Une équipe cycliste pour sportwashing qui dénie la tragédie du peuple Palestinien 1/3

En 2021, Chris Froome, quadruple vainqueur du Tour de France sera le coureur-vedette de la nouvelle équipe cycliste « Israël Start Up Nation » qui participe cette année pour la première fois au Tour de France, bien décidé à gagner encore. Cette équipe «ambassadrice de l'Etat Hébreu» et son financeur ont pour ambition de redorer l'image d'un pays ternie par l'oppression du peuple Palestinien.

En 2021, Chris Froome, quadruple vainqueur du Tour de France sera le coureur-vedette de la nouvelle équipe cycliste « Israël Start Up Nation » - elle participe cette année pour la première fois au Tour de France - bien décidé à gagner une cinquième couronne.

Pour deuxième billet : Sportwashing Tour de France : campagne AFPS63 - Tractages marchés & médias 2/3

La "diplomatie sportive" ou la politique par le vélo

Pour l'heure, elle n'a d'autre ambition que de figurer au classement et de se montrer au public mais dès 2021, entend gagner ce Tour pour redorer l'image d'un pays que les images de violences et de meurtres à l'égard du peuple palestinien et de sa terre ont terni, si ce n'est davantage. Cette équipe est « l' ambassadrice de l'Etat Hébreu » comme le titre Libération dans son article du 5 mars 2020. Bref, s’approprier les valeurs positives véhiculées par le sport pour redresser l’image de ce pays à défaut de masquer totalement le réel tragique vécu (procédé dit de sportwashing).

 A l'origine de cette équipe et de son financement, le milliardaire canado-israélien Sylvan Adams, - né en 58 à Québec, installé en Israël en 2016 - n'a pas perdu de temps. Il ne s'en cache pas et revendique cette mission auto-proclamée qui ne peut, dans sa philosophie politique, que plaire aux dirigeants israéliens s'inscrivant parfaitement dans cette diplomatie du fait accompli où les Palestiniens ne comptent pas, où le bulldozer côtoie les armes pour détruire les maisons, ravir les terres, construire des murs et tirer à vue comme en 2018 durant ces marches du retour des réfugiés de Gaza, images épouvantables diffusées sur nos écrans. Faut-il ajouter cette annexion de la vallée du Jourdain en cours pour priver les Palestiniens des terres fertiles et de l'accès à l'eau ?

Sylvan Adams a notamment déclaré à Libération son ambition de présenter l'état israélien comme une « démocratie vivante et robuste », un « pays normal, sûr, ouvert et tolérant », à rebours d'un traitement « pas toujours équilibré dans les medias ». Sur le site Franceinfo : « Pour Sylvan Adams, il ne s'agit pas seulement de sport. "D'un côté nous devons promouvoir le cyclisme en Israël, explique le milliardaire. De l'autre, nous devons promouvoir notre pays pour montrer le vrai visage d'Israël qui est tellement mal compris à cause d'une couverture médiatique à sens unique."

Les cyclistes engagés dans cette formation sont les ambassadeurs d'Israël : « Pour Asaf Ackerman, journaliste à la chaîne [israélienne] Sport5, l'événement est considérable : "Tout le monde va voir l'étoile de David et le drapeau d'Israël pour la première fois ! On veut tous renvoyer une image parfaite dans le monde." . Bref, pas une équipe nationale au sens strict car financée essentiellement par ce milliardaire avec des cyclistes de toutes nationalités mais une équipe qui arbore le drapeau blanc et bleu israélien, utilise le nom Israël, sert sa propagande et son dessein.

Apartheid et crimes, des avis et décision à étouffer

Faut-il rappeler qu'en décembre 2019, après cinq années de travail et d'investigation, la Cour pénale internationale autorise la Palestine à attaquer Israël pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité : pas une petite reconnaissance quand cet état utilise tous les moyens de pression possible pour étouffer toutes les voix qui mettent ce pays en accusation. Entre autres, Le Monde, L'humanité, Solidaire, Amnesty en ont rendu compte. Le déni a ses limites, probablement pas avec le premier Ministre israélien actuel. La vérité sur ces crimes pourra émerger, condition nécessaire à la Paix durable. A la suite de quoi les sanctions américaines (Trump et Nétanyahou même combat) sont tombées sur la procureure de la Cour Fatou Bensouda qui souhaite poursuivre : lire

Faut-il rappeler l'avis consultatif de la Cour internationale de Justice du 9 juillet 2004, sur les « conséquences juridiques de la construction d’un mur dans le territoire palestinien occupé » (en anglais) ?

L'Association des Universitaires pour le respect du Droit International en Palestine éclaire ce travail et les mesures de rétorsion prises par les mêmes dès la parution de ce rapport pour le bloquer et le discréditer.

Extrait : « Cet avis consultatif important de la Cour internationale de Justice se concentre sur la question de savoir si Israël, en vertu du droit international, avait le droit légal de construire ce mur de sécurité sur le territoire palestinien occupé. Par un vote décisif de 14 voix contre 1, la Cour conclut que l’emplacement du mur est décisif du point de vue juridique, et qu’étant donné le caractère illégal du mur, celui-ci doit être démantelé sur le champ et les Palestiniens indemnisés pour le préjudice causé […] Le rapport conclut que la politique et les pratiques d’Israël envers le peuple palestinien corroborent les allégations d’apartheid, ce qui indique un régime oppressif se fondant sur une race qui soumet délibérément et systématiquement le peuple palestinien, afin de satisfaire aux ambitions idéologiques et territoriales d’Israël comme reflétant le résultat gouvernemental du projet sioniste […] Comme il est typique ces dernières années, Israël, traînant les États-Unis pas loin derrière lui, a dénoncé le rapport et moi-même en tant qu’auteur le jour même où il a été publié par la CESAO. L’ambassadeur des États-Unis, souvent plus israélien que les Israéliens, a exigé que le secrétaire général des Nations-Unies nouvellement élu, Antonio Guterres, rejette le rapport ou alors qu’il subisse une réduction du financement des États-Unis. Guterres en a déçu beaucoup en cédant à cette inconvenante pression, ordonnant en premier à la directrice de la CESAO, Rima Khalaf, de retirer le rapport de son site web, puis, alors qu’elle refusait, d’accepter sans objection sa démission de principe. » Une interview à lire dans son intégralité.

En juillet dernier, "l'ONG israélienne Yesh Din a publié un nouvel avis juridique de l’avocat des droits de l’homme Michael Sfard déclarant que le crime contre l’humanité de l’apartheid est commis contre les Palestiniens en Cisjordanie, même sans nouvelles étapes vers l’annexion".

Un risque intéressé pour le Tour

La Société du Tour de France (A.S.O.= Amaury Sport Organisation) se prête à ce jeu politique, intéressée par l'éventualité d'organiser un Tour d'Israël (« En revanche, Amaury Sport Organisation, détenteur du Tour de France, étudierait l'hypothèse »). Elle se prête à un jeu dangereux : les équipes de marques sont une chose, a priori non politiques, mais une équipe politico-sportive qui revendique de polir l'image du pays avec des cyclistes pour ambassadeurs, c'est ouvrir la porte à d'autres équipes politico-sportives qui s'appuieraient sur d'autres philanthropes milliardaires. Pour équilibrer cet engagement-intéressement, peut-être pourrait-elle financer le développement d'un cyclisme palestinien, peut-être une équipe handisport avec Alaa Al Dali, coureur cycliste amputé après le tir d'un sniper israélien en 2018 ?

 © Georges-André © Georges-André

A.S.O élabore et diffuse les images officielles du Tour non sans les avoir aseptisées par la réalisation pour leur retransmission à l'échelle mondiale. Il est même aujourd'hui techniquement possible, pour éviter « l'incident » ou plus simplement les événements gênants et contestations de toutes sortes de diffuser en direct avec …. un différé de quelques secondes ou quelques minutes pour parer à toute "mauvaise" éventualité, politiquement incorrecte. Reste les chaînes de télévision qui, quand elles en ont les moyens humains et matériels, peuvent filmer elle-même le Tour. La diffusion est une autre histoire.

Cette intrusion d'une équipe fondée sur la promotion d'un pays en guerre permanente pour estomper apartheid et crimes de guerre, amener peu à peu à dissoudre le cri désespéré des palestinien.nes à se dissoudre dans un enthousiasme sportif d'un public amnésique ou aveugle marque une étape forte dans la propagande israélienne appuyée sur la rhétorique idéalisée de valeurs positives en contradiction flagrante avec des dizaines d'années de déni et de violences armées.

Comprendre les enjeux et la contestation

L'organisation politique de la Grèce antique est dite « berceau de la démocratie » oubliant sa large population d'esclaves. Israël, une « démocratie » qui pratique la violence armée et l'apartheid des Palestinien.nes !

Devant cette offensive d'une « diplomatie sportive », des voix d'organisations et d'associations se sont élevées pour refuser et déjouer la propagande de ce plan qui se poursuivra en 2021 pour, cette fois, emporter le Tour et bénéficier des acclamations sur les Champs-Elysées. La saga ISN se poursuivra, raison de plus pour en saisir l'enjeu. Soutenue par de multiples organisations, l'association France-Palestine Solidarité (A.F.P.S.) veut dénoncer cet objectif et sensibiliser l'opinion en poursuivant la campagne B.D.S (Boycott – Désinvestissement – Sanctions)

« Le BDS a vu le jour en 2005 sur la base d’un appel lancé par une large coalition d’acteurs de la société civile palestinienne, rejoignant ainsi une entreprise de résistance pour donner un rôle primordial au mouvement de solidarité mondiale […] pour l’avenir, la pression permanente exercée par le BDS offre le meilleur espoir de parvenir à la paix et à la justice, pour les Palestiniens et pour les Juifs, et il mérite un soutien supplémentaire au vu des échecs de la diplomatie intergouvernementale et des Nations-Unies, dans leurs tentatives de trouver une paix durable, ou d’offrir le moindre espoir de voir la fin de l’épreuve quotidienne des Palestiniens. » (Interview juillet 2018 de Richard Falk pour le 13ème anniversaire du BDS)

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 Deux étapes du Tour à Clermont, l'AFPS réagit et agit

Avec deux étapes sur Clermont-Ferrand, l'AFPS du Puy-de-Dôme est aux avant-poste pour tenter avec ses moyens et toutes les contraintes inhérentes (sanitaire, policières, militantes ...) de faire entendre la contestation et de sensibiliser le public.

Dès le 24 août, elle s'adressait à diverses organisations, associations et presse locale (Médiacoop en a vraiment rendu compte, pas La Montagne, pourtant Nice-Matin) pour révéler l'enjeu de cette aventure cycliste :

« Dans l'édition 2020 du Tour de France, qui aura lieu du 29 août au 20 septembre, apparait une équipe baptisée Israël Start-Up Nation a pour objet de véhiculer une image "reluisante" d'Israël. Elle a été créée par un milliardaire israélo-canadien, qui s'est offert la licence de l'équipe russo-suisse Katusha, et souhaite "Présenter l'État hébreu comme une démocratie vibrante et robuste, un pays normal, sûr, ouvert et tolérant".
La stratégie clairement exposée de l'équipe Israël Sart-Up Nation est : "pour les coureurs, comme pour les membres du staff, d'agir comme des ambassadeurs de l'État d'Israël". Le Tour de France 2020 va donc être le théâtre d'une vaste opération de propagande pour faire oublier les crimes de l’Etat d'Israël contre le peuple palestinien.
Nous ne mettons évidemment pas en cause l’existence de l’État d’Israël, mais estimons qu’
il est impossible de passer sous silence le sort que subit le peuple palestinien, depuis plus de 70 ans.* Tant que ses droits seront bafoués, tant que continuera le processus de colonisation et de conquête de territoires par la force, tant que le droit international et les droits humains ne seront pas respectés, Israël ne sera pas un État comme les autres, ni "un pays normal, sûr, ouvert et tolérant".
Aux violences et spoliations en Cisjordanie s'ajoutent le blocus de Gaza qui enferme et meurtrit une population de 2 millions d'habitants, ainsi que le non-respect du droit au retour de millions de réfugiés palestiniens.
Pour ses divers crimes, l'Etat d'Israël a été condamné à de nombreuses reprises par des résolutions de l'ONU, mais il n'en a jamais tenu aucun compte. Cet État s’est aussi doté en 2018 d'une loi dite loi de l'État Nation du peuple juif qui instaure, officiellement, l'existence de deux catégories de citoyens, les Juifs et les non Juifs, les premiers ayant tous les droits, les autres étant privés de nombreux droits. Cela s'appelle une situation d'apartheid, qualifiée de crime contre l'humanité par le droit international.

Avec plus de 25 organisations du Collectif Palestine 63, co-signataires, nous diffuserons un tract et porterons des affiche et banderoles sur le Tour, et autour de celui-ci, lors de plusieurs actions pour dénoncer cette entreprise de blanchiment des crimes israéliens, et la complicité du Tour de France. »

Vingt-six organisations ont signé cet appel et s'associent au BDS : AFPS-BDSF 63, ADECR 63, Amis Diplo 63, Amis Huma 63, Amis Tps Cerises, ATTAC 63, AAFrTunAuv, Ass Educ Intercultur, Ass Soc-Cultur Emigrés, CGT-UD63, CIMADE 63, Dar Salem, EELV 63, FSU 63, France Insoumise 63, JC 63, Libre Pensée 63, LDH Clermont-Riom, MRAP 63, PCF 63, PG 63, RESF 63, Solidaires Auvergne, Survie 63, UNEF Auvergne, Urgence Gaza. Au 8 septembre ce sont 28 organisations ...

Elles concluent : « Israel Start-Up Nation fait de la propagande ! Ce n’est pas Israel Start-Up Nation, c’est Israel Hold-Up Nation ! Boycottons Israël, Etat colonial et d'apartheid, jusqu’à ce qu’il respecte les droits humains et le droit international »

28 organisations appellent à une déambulation le mercredi 9 septembre, à 18h place de Jaude, Clermont-Ferrand

Nous en rendrons compte, comme des autres actions réalisées, dans un prochain billet.

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* C'est nous qui mettons en gras.

** « A ce jour, plus des 2/3 des Palestiniens, soit près de 8 millions de personnes, sont des réfugiés et des exilés, majoritairement au Proche-Orient, mais aussi en Europe et dans le monde entier. Deux millions de personnes survivent très difficilement dans le ghetto de Gaza, d’autres en Syrie et au Liban, en Jordanie et en Palestine (Cisjordanie et Jérusalem). Certains tentent de traverser la Méditerranée et d’arriver en Europe occidentale, avec toutes les difficultés et les risques que vous connaissez. » (source AFPS)

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