Contre la loi «Sécurité globale» Clermont double la mise

Ce 5 décembre à Clermont-Ferrand, une nouvelle manifestation pour le retrait du projet «Sécurité Globale» a doublé la mobilisation, autour de 3000 personnes, à l'appel ou avec le soutien de 27 organisations. Foin de réécriture de l'article 24. Qu'on ne s'y trompe pas, ce combat victorieux donne la possibilité des luttes nécessaires à venir ou la répression renforcée. Entrez au coeur de la manif...

Ce samedi 5 décembre, dès 14h, un rassemblement à l'appel de la CGT était organisé contre les licenciements, le chômage et la précarité, contre la réforme de l'assurance-chômage, la justice sociale et la répartition des richesses. A 15h, une nouvelle manifestation pour les libertés publiques et le retrait de la loi Sécurité globale a rejoint cette première mobilisation sur la place de Jaude portant le nombre autour de 3000 manifestant.e.s, soit le double du rassemblement du 28 novembre. Cette importante mobilisation est à mettre à l'actif d'organisations syndicales et du mouvement social qui depuis plusieurs semaines recherchent cette convergence des colères sur la base de la lutte pour les libertés, matrice de la possibilité des combats à venir.

Cette fois, c'est à l'appel de : l'Union Syndicale Solidaires Auvergne,  SUD Education, Unef Auvergne, FSU 63, CGT éduc'action 63, Syndicat des Avocats de France, les amis du Temps des Cerises, La Cimade63, Osez le féminisme, LDH63, LP63, DAL63, Chôm’actif,  Alternatiba 63, RESF 63, Planning familial 63, ATTAC 63, AFPS 63, Vérité et Justice pour Wissam, les Gilets Jaunes, avec le soutien de Greenpeace, PCF 63, Parti de Gauche 63, NPA, France Insoumise, Union Communiste Libertaire, UD CGT.

Retrait de la loi Sécurité globale

La totalité des organisations présentes ne se satisfont pas de l'entourloupe de la réécriture de l'article 24 qui refera surface à toute occasion dès la prochaine loi sur le séparatisme islamique (elle a encore changé de nom !). L'ambiance festive et revendicative donne le ton. Les organisations sont convenues d'une seule intervention avant la manifestation. C'est Mohanad Alabbas pour la Ligue des Droits de l'Homme 63 qui intervient.

Mohanad Alabbas, LDH, s'adresse aux manifestant.e.s © Georges-André Photos
"Suite à la très forte mobilisation lors des manifestations du 21 et du 28 novembre, le  gouvernement et sa majorité parlementaire tentent d’éteindre le feu qu’ils ont eux-mêmes allumé en annonçant, lundi 30 novembre, la réécriture intégrale de l’article 24 de la proposition de loi Sécurité globale.

Ils essaient de sortir l’article 24 de la proposition de loi Sécurité globale… pour mieux inclure ses dispositions dans l’article 25 de la loi sur le séparatisme. Et les articles 21 et 22 sont toujours là, visant l’instauration d’outils de surveillance de masse. L’utilisation des drones avec caméras (article 22) menace la liberté d’expression et de manifestation et rend illusoire la protection des sources des journalistes et lanceur·ses d’alerte.

Ces dispositions liberticides, ainsi que celles du schéma national du maintien de l’ordre, représentent une menace pour le droit d’informer et d’être informé et doivent disparaître. Il appartient au président de la République, garant des libertés publiques, de procéder à leur retrait. 

  • Nous refusons que la France soit le pays des violences policières et des atteintes à la liberté d’informer.
  • Nous maintenons que sans images diffusées par la société civile, les violences policières resteront impunies. L'affaire de Wissam, cas exemplaire de violences policières avec absence de vidéo, écartement des témoins décisifs, erreurs d'expertises, perte de preuves, extrême lenteur de la justice, est le reflet d'un blocage à l'expression de la vérité quand des policiers sont mis en cause.
  • Nous ne voulons pas d’une société où l’État peut voir avec des drones et des caméras piétons, sans être vu.
  • Nous ne voulons pas d’une loi qui porte atteinte aux libertés fondamentales et au regard des citoyen.nes.
  • Nous rappelons que le droit français sanctionne les actes et non les intentions, comme le prévoit l’article 24.
  • Nous affirmons que l’atteinte au droit des citoyens et de la presse à informer est inacceptable et que l’arsenal juridique existant est amplement suffisant pour protéger les forces de l’ordre, notamment grâce au Code pénal et la loi de 1881.
  • Nous rappelons que l’article 12 de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen institue une force publique et non pas une force floutée.
  • Nous alertons sur le fait que la France risque de se retrouver cette année sur la liste des pays qui violent la liberté de la presse, lors de la prochaine session du Haut-Commissariat aux droits de l’Homme des Nations unies, à Genève, début 2021.
  • Nous sommes aux côtés de l’ONU, de la Commission européenne, du parlement européen, de la CNCDH, de la Défenseure des droits, et de toutes les forces progressistes pour condamner ces lois liberticides. Et dernièrement le Forum Civique Européen qui alerte sur la détérioration rapide de l’espace civique et de l’État de droit en France.
  • Nous exigeons le retrait de toutes ces lois liberticides qui constituent une menace aux valeurs de la République mais aussi le remaniement du nouveau Schéma National du Maintien de l’Ordre".

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En début de rassemblement, je croise trois jeunes filles qui distribuent une plaquette. Elle a belle allure. Elles m'expliquent : « C'est un collectif d'artistes et d'étudiants de Clermont-Ferrand et partout en France ... En fait, Réseau [le titre de la revue distribuée] est la revue « Self-control », numéro 1, qui aborde de manière artistique toutes les politiques qui se passent en ce moment dans notre Société. On s'est d'abord intéressé.e.s à la loi de Sécurité globale mais on va s'intéresser à tout ce qui est politique par l'image.... on agit également sur internet. Sur Instagram, on fait des micros actions d'un point de vue artistique. On est assez récent.e.s, on a commencé au deuxième confinement. Instagram : réseau.20.20 »
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La manifestation

La manifestation démarre derrière la grande banderole "Retrait total du projet de loi « Sécurité Globale »" dans une ambiance colorée accompagnée par les basses de la sono surpuissante de groupes technos installés sur le même périmètre. Un itinéraire court a été choisi : Jaude, Avenue Colonel Gaspard, Rue St-Genès, Place de Sugny, retour à Jaude par la Préfecture. La vidéo vous place au coeur de la manif.

Au coeur de la manif, des slogans et des chants © Georges-André Photos

Les interventions finales

Au retour, chacune des nombreuses organisations devaient prononcer sa déclaration. Au fur et a mesure des interventions, la sono surpuissante déclenchée par moments imposait des interruptions. La Préfecture aurait donné l'autorisation de l'installation de ces grosses sonos de 12h à 18h au moment des deux rassemblements. Etrange autorisation qui pose question aux organisateurs ! La jeunesse techno bien présente, venue pour la teuf gratuite et en plein air, pied de nez au confinement et aux mesures sanitaires, piaffait donc d'impatience. Les interventions se sont interrompues après la huitième tandis que la force des sonos donnaient le "la".

Jean-Louis Borie - Syndicat des Avocats de France

Il ouvre la longue liste des interventions : « Ça me fait chaud au cœur qu'on cesse d'être confinés, qu'on soit ensemble. ». De sa voix forte de passionné habitué des prétoires, il déclare : « On ne veut plus de cette société d'isolement et de surveillance...Tous ensemble on saura faire en sorte que les jours d'après seront ceux qu'on veut...La parole importante c'est celle que vous prendrez dans vos lycées, facs, entreprises... ». Il ne veut plus de « cette 19ème ou 20ème loi [liberticides]...Contre les réformes qui affaiblissent les droits des citoyens, chômeurs, retraités. » Enfin, il martèle : «  Museler, isoler, bâillonner, Assez ! » et conclut : « En sachant être convaincant.e.s, autour de vous, on gagnera ».

L'intervention de Jean-Louis Borie, SAF © Georges-André Photos

Didier PAGES - Union syndicale Solidaire Auvergne

« Bravo ! [… ] Mouvement unitaire dans tout le pays. Solidaire peut être fier d'être ici ensemble. 25 organisations réunies sur un même appel....La colère sociale face à la répression et à la violence policière ou la question climatique... » Il réclame le retrait de cette loi sur la sécurité globale et appelle à une large mobilisation : «  Il faut additionner toute les forces disponibles … C'est l'objet et la tâche de tous et toutes syndicalistes, militants politiques, économiques et écologistes. Faisons-les reculer tous ensemble, tous ensemble. »

Les manifestant.e.s pendant l'intervention de Solidaire © Georges-André Photos

Mayke FUSTIER– UNEF Auvergne

Mayke rappelle qu '« aujourd'hui 5 décembre c'est la date anniversaire de la première manifestation contre la réforme des retraites... Macron s'attache à casser tous les acquis sociaux : droit du travail, retraite et justice sociale, jeunes, écologistes, LUXFER, la colère des soignants, des postiers, des cheminots. Il s'attache au démantèlement des services publics... Le système nous précarise toujours plus. Nous voulons une société meilleure et plus juste, pas de patriarcat ni racisme, l'arrêt des poursuites pour les militants attaqués... ». Elle revendique l'abandon des armes létales dont sont dotés les policiers et se réjouit «  que les caméras étaient présentes, heureusement que les vidéos mettent à jour les violences policières. »

Avec vigueur toujours s'exprime l'UNEF emportant l'adhésion © Georges-André Photos Avec vigueur toujours s'exprime l'UNEF emportant l'adhésion © Georges-André Photos

Jacques MARCHE, LIBRE PENSEE 63

« Cette loi de sécurité globale est dangereuse. Les articles sont des négations, des atteintes aux libertés démocratiques. D'autres textes liberticides sont en préparation comme la loi sur le séparatisme, qui va à l'encontre de la loi de 1905,... Le gouvernement veut faire taire ceux qui ne pensent pas comme eux. » Au nom de la Libre Pensée, il réaffirme l'exigence du retrait de la loi liberticide sur la sécurité globale et parle de « tour de passe passe législatif » dans la réécriture de l'artcile 24 qui sera recyclé dans le projet de loi du 9 décembre (dit, avant de changer de nom, sur le « séparatisme islamique »). Pour ce retrait, il appelle à poursuivre la mobilisation.

Patrick LEBRUN, FSU

Patrick attaque bille en tête : « Malgré les vidéos des dernières violences policières le gouvernement ne recule pas....Darmanin doit être limogé, la responsabilité est politique... Lallement doit être destitué ». Il poursuit : « La généralisation de la surveillance de masse portée par le loi de la sécurité globale est inacceptable. ..Elle accroît le sentiment d'impunité des policiers... Cette loi est aux antipodes de la démocratie... » Patrick rappelle que de nombreux militants [dont deux secrétaires sur Clermont ] sont toujours poursuivis. Il demandent l'arrêt des poursuites et dénonce avec force la « possibilité de maintenir en garde à vue des enfants de moins de 13 ans ».

 © Georges-André Photos © Georges-André Photos

Collectif Vérité et Justice pour WISSAM – Elise

Depuis 9 ans, suite au passage de la nuit du 31 décembre 2011 au 1er janvier 2012 au Poste de Police de Clermont dans des circonstances peu à peu élucidées par sa famille, ses avocats, de contre-expertise en contre-expertise, la mort de Wissam reste impuni par un traitement juridique qui a tout fait pour brouiller les pistes, l'accuser mensongèrement, refuser d'entendre des témoins etc. Elise rappelle la terrible fin de Wissam, la terrible épreuve de sa famille et le combat mené pour obtenir enfin la Vérité et la Justice pour Wissam. Au nom du comité, elle annonce une journée-évènement le 9 janvier 2021 pour le neuvième anniversaire de sa mort le 9 janvier 2012 et réclame l'abandon de la loi Sécurité Globale, l'abandon des poursuites sur les militant.e.s, la suppression de l'IGPN au profit d'une organisation indépendante pour conclure : « La mort de Wissam c'est l'affaire de tous ». Voir notre billet précédent.

Elise - Vérité et Justice pour Wissam © Georges-André Photos

AFPS -  Marie-Joëlle VANDRAND

« ... L’AFPS 63 revendique le droit d’informer, le droit de critiquer Israël et d’appeler au boycott. Nous pensons que le cœur de notre activité future peut être directement impacté par le développement des lois liberticides, la répression des journalistes et des citoyens photographes.... pour nombre de politiciens, la répression israélienne est un modèle cité en exemple après chaque vague d’attentats. Dans le cadre de la grande campagne liberticide raciste et islamophobe qui a suivi les attentats de Conflans et Nice, Aurore Bergé, députée La République en marche (LREM), a déclaré « Israël est notre première ligne de front contre le terrorisme », et 5 dirigeants LR ou RN, cités dans le Figaro du 2 novembre, ont tenu le même discours. 

Avec la colonisation, l’apartheid et l’épuration ethnique l’occupation de la Palestine a fait d’Israël le laboratoire de l’énorme marché du capitalisme sécuritaire et du contrôle des populations. Les amalgames faits en France par des personnes publiques qui ne peuvent ignorer la politique menée en Israël-Palestine sont scandaleux. En nous présentant comme un modèle la répression de la résistance palestinienne, ils visent à nous faire oublier la source de la violence.

En réalité Israël participe grandement à l’injustice et à l’insécurité de cette région du monde et a fait la démonstration de l’échec de sa politique sécuritaire.  Israël vit sous état d’urgence permanent depuis sa création il y a 72 ans. Si cette politique répressive payait le pays serait en paix depuis longtemps. Le « tout sécuritaire » n’est pas un mode de gouvernance et oser voir en Israël, pays condamné à de multiples reprises pour ces incessantes violations des droits de l’homme, un modèle en dit long sur ce que sont capables de nous préparer nos dirigeants ! Faisons converger les luttes des différentes associations, syndicats, partis politiques et citoyennes/citoyens pour la défense de nos libertés."

 © Georges-André Photos © Georges-André Photos

CGT Educ'action – Sophie BRUTUS

Ce Syndicat CGT exige le retrait de cette loi. Elle rappelle que depuis un an ou plus des luttes existent dans le département : Les Luxfer (certain.e.s sont présents à la manifestation), des profs contre la loi Blanquer, les cheminots contre la privatisation de la SNCF et maintes entreprises régionales.

Elle poursuit : « Un an et quoi ? Rien, toujours en lutte, toujours attaqué par un gouvernement anti-social et autoritaire qui a supprimé l'ISF et donne des milliards pour les grandes entreprises et si peu aux pauvres …L'état n'a jamais autant réprimé. ». Elle appelle à la grève le 26 janvier prochain.

 © Georges-André Photos © Georges-André Photos

Aux cris de « Libertés, libertés » (cf notre vidéo de la manif au début du billet), le succès de cette journée réjouit les organisateurs/trices et manifestant.e.s avec la mobilisation importante en forte hausse et l'appel ou le soutien d'un nombre imposant d'organisations qui demandent, a minima le retrait de cette loi « Sécurité Globale ». Un nouveau rassemblement est annoncé sans date pour le moment.

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