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Billet de blog 8 juin 2022

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Éric au tribunal pour outrage quand les expulsions outragent fraternité et solidarité

Ce 7 juin vers midi, quelques dizaines de personnes sont devant le tribunal de Clermont-Ferrand avant la comparution d'Eric Durupt en correctionnelle défendu par Maître Borie. Des personnes et des organisations : CGT Educ'action, Sud Education, F.S.U., RESF 63, LDH63 et venu de Paris, Jules Siran de la fédération Sud Education pour marquer la solidarité face au délit de solidarité.

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Lire ou relire : Acharnement contre Eric, père de cœur de Madama, qui comparait au tribunal ce 7 juin

Lire sur Médiacoop : "L'outrage de la tristesse"

Ce 7 juin vers midi, quelques dizaines de personnes sont devant le tribunal de Clermont-Ferrand avant la comparution d'Eric Durupt en correctionnelle défendu par Maître Borie. Des personnes et des organisations ; CGT Educ'action, Sud Education, F.S.U., RESF 63, LDH63 avec un drapeau du NPA sous le soleil ou à défaut sous le barnum de Sud. Venu de Paris pour la circonstance, Jules Siran de la fédération Sud Education est aussi de cette énième protestation marquant la solidarité face au délit de solidarité.

Depuis plus d'un an, vexations, humiliations, mises en cause et pièges n'ont pas manqué à ces deux parents de cœur, Véronique de Marconnay et Eric Durupt avant et après le passage à la clandestinité de Madama défendu bec et ongles par un collectif d'organisations et RESF 43/63 contre la décision préfectorale d'expulsion malgré une vraie insertion. De quoi hurler contre cette volonté politique d'expulser dans un advienne que pourra après – on s'en lave les mains - pour ces familles, pour ces jeunes, pour ces enfants qu'on renvoie, qu'on refoule, qu'on rejette, refusés parce que nés de l'autre côté de la Méditerranée : une simple et implacable volonté politique de rejeter, ancré dans les désirs d'une extrême-droitisation raciste.

Face au tribunal © Georges-André Photos

Et pourtant, Eric et Véronique ont été acceptés comme famille d'accueil par le Juge des enfants qui leur a confié voilà quelques années ces deux enfants - dont Madama - et un autre mineur qui ne veut pas donner son nom manifestant cette peur de l'expulsion qui ne quitte jamais ces jeunes devenus majeurs. Sont-ils donc nos parias choisis sur la couleur de peau, naufragés rescapés d'une traversée de tous les dangers, à pied ou en bateau ?

Au moment de rentrer au tribunal, le vigile arrête : la comparution est publique mais ... la présidente n'accepte qu'un accompagnateur avec Eric. Publique cette audience ? Nous restons donc à la porte.

Le tribunal dans le dos © Georges-André Photos

Vous écouterez Véronique de Marconnay dire avec émotion cette épouvantable journée du 9 mars 2021 où le piège a été tendu pour cravater Madama sous prétexte de quelques questions à lui poser à la Police des frontières direction le Mali via le Centre de rétention administrative de Lyon. Cette journée épouvantable où leurs deux parents d'accueil qui ont évidemment tissés des liens affectifs forts avec ces deux mineurs devenus majeurs, entendent la brutalité du piège asséné dans la froideur et l'inhumanité administrative : pas des questions à poser mais le Mali. Ecoutez la, elle dit à travers Madama, ce que vivent tant d'accueillants, tant de personnes fraternelles dans ce pays devenu hostile à l'étranger du sud qui fuit la misère ou la guerre, comme si misère et guerre n'avait pas partout le même visage de l'horreur et du sordide. Les informations venant d'Ukraine sont emblématiques de toutes les misères, de toutes les guerres et nous en avons tous et toutes vu les images.

Pour la première fois, elle exprime son désarroi, son abattement même combatif face à cette journée du 9 mars 2021, « journée noire et de cauchemar » terminée dans  « la douleur et le désespoir ». Elle donne le déroulé de cette avalanche de nouvelles assénées par un fonctionnaire d'autorité de la PAF qui convoque Madama pour « poser quelques questions » et se termine par OQTF*, IRTF**, rétention immédiate en CRA*** avant l'avion pour le Mali, décisions assénées brutalement tout en étant eux-mêmes alors accusés de produire de faux-papiers, papiers appréciés par la Police des Frontières érigée compétente pour apprécier vrais et faux-papiers ! Elle pose la question «  qu'est-ce qu'on fait là ? Qu'est-ce qu'on a fait ? », impression d'être considérés comme des délinquants.

Elle nous apprend que le deuxième malien accueilli dans cette famille d'accueil (décision du juge des enfants) fait maintenant objet du même acharnement que MADAMA, leur faisant vivre un même « calvaire ». « Briser les solidarités, ils n'y arriveront pas ! »

Véronique de Marconnay © Georges-André Photos

Vous écouterez Eric Durupt évoquer cette répression qui touche Madama, Véronique et lui-même depuis plus d'un an. Elle se poursuit avec ce qu'il qualifie « d'acharnement judiciaire » au motif de délit d'outrage avec une disproportionnalité des faits ; un acharnement pour faire peur et dissuader d'accueillir des migrants. Il rappelle qu'ils ont été poursuivis pour faux-papiers via la PAF (produit par Madama) classée sans suite. Ils ont refusé la reconnaissance préalable de culpabilité afin d'avoir accès à la défense que permet cette comparution.

Eric Durupt © Georges-André Photos

Vous pourrez encore écouter Jules Siran pour qui cette lutte d'écho national révèle le délit de solidarité de fait dans un état qui maltraite, discrimine et déshumanise les migrants et criminalise les mouvements sociaux, vraie politique de racisme d'état. La suspicion est systématique de faux-papiers, de triche sur l'âge à l'entrée en France. Il voit en Véronique et Eric un symbole de la répression des solidarités, en proie aux vexations et intimidations continues, le symbole de l'unité des très nombreuses organisations syndicales, politiques et associatives qui les soutiennent, symbole de la solidarité de l'accueil inconditionnel et du choix de fraternité.

Jules Siran - Fédération Sud Education © Georges-André Photos

Les déclarations se sont succédées :

Sud Education Auvergne résume la garde à vue de Madama, cette éprouvante journée du 9 mars. Il rappelle la lutte d'Eric et Véronique en particulier cette grève de la faim de trois semaines d'Eric dont il a eu de peine à se remettre. « Poursuites minables » et « expulsions idéologiques » dit-il. En ce moment, les OQTF pleuvent dans les écoles et des familles entières sont menacées d 'expulsion.

Frédéric de la CGT Educ'Action63, avec son accent arigéeois et sa force de conviction : « Quand on voit des jeunes humiliés, des jeunes maltraités... contraints de vivre dans la clandestinité, çà peut pas laisser indemnes... poursuites indignes ».  « Expulser les migrants dans un pays qu'ils ont fui est un crime ».

Mohannad, LDH63, parle de «délit de solidarité » . Il rappelle que la fraternité est un principe à valeur constitutionnelle jugé tel par le conseil constitutionnel en 2018. « Comment se fait-il que c'est la police aux frontières qui devient experte » dans l'appréciation des papiers ?... « On ne mesure pas les dégâts humains qu'on provoque » par ces rejets. Tous les gouvernements ont fait voter de nombreuses lois qui sont des obstacles pour obtenir des droits en France quand ils devraient s'inspirer des déclarations des droits de l'Homme.

Didier, RESF 63, déclare qu'avec le vaste réseau d'organisations qu'est RESF63, « On arrive à organiser des mobilisations. C'est pas toujours facile pour donner en même temps un peu d'espoir » qu'on va gagner. « Pas d'action ultra-minoritaire » ajoute-t-il. Il rappelle la forte mobilisation à Riom pour annuler les OQTF, la première l'ayant été entre les deux tours de la présidentielle.

Il constate une multiplication des OQTF en cette fin d'année scolaire. Tous doivent être régularisés.

« S'il y a un outrage qui est fait c'est l'outrage qui est fait par la préfecture à des élèves » de multiples écoles et lycées menacés d'expulsion après OQTF. Il appelle au rendez-vous ce jour à 18h devant la préfecture conte cette multiplication des expulsions.

Martine, RESF63, opiniâtre accompagnatrice de longue date de ces histoires familiales témoigne de la lutte de cette famille géorgienne « dont le papa OQTF, aurait été expulsé ce matin , la maman restant en France avec quatre enfants dont trois nés en France et le préfet a le culot de lui dire « avec une petite aide au retour, vous retournez dans votre pays et vous refaites votre vie » avec trois enfants qui ne parlent que le français ! »

Elle appelle à venir ce soir à 18h devant la préfecture pour la levée des OQTF et la régularisation.

Nous avons appris en soirée la sanction visant Eric : 600€ d'amende plus 500€ pour préjudice moral (quand celui de ses parents d'accueil et de coeur est, lui, resté gratuit) avec dispense d’inscription au volet B2 du casier judiciaire ce qui est essentiel pour que cette condamnation n'ait aucun impact sur sa carrière d’enseignant.

De la même manière, nous avons eu connaissance à cette occasion de la manifestation devant la préfecture ce même jour à 18h et la manifestation de la semaine dernière devant l'école Jean Butez à Clermont-Ferrand qui ne nous a pas été signalée. Lire à ce propos : Médiacoop " Soutien à Ana et Maté, 9 ans et 5 ans.". Nous y étions néanmoins à 18h pour en rendre compte au plus vite.

Lire le billet sur ce 18h : le point sur les OQTF : "Des témoignages multiples pour dire les déchirements face à la pluie d'OQTF"


* OQTF = Ordre de quitter le territoire français - Dès lors tout est possible vers l'expulsion immédiate ou plus tard.

** IRTF = Interdiction de retour sur le territoire français - De plus en plus, les préfets expulsent et interdisent le retour pour une période déterminée.

*** CRA = Centre de rétention administrative : La rétention administrative permet de maintenir dans ce lieu fermé un étranger qui fait l'objet d'une décision d'éloignement [d'expulsion par OQTF], dans l'attente de son renvoi forcé. Décision préfectorale susceptible de recours.

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