Manifestation contre les idées et les agressions de l'extrême droite sur la ville

La manifestation contre les extrêmes droites et leurs idées a réuni 500 personnes à Clermont-Ferrand. Elle a permis aussi de constater et de révéler la recrudescence des violences de l'extrême-droite dans la ville en marge des manifestations. Fascisme à combattre : « On ne peut plus attendre » lance, avec justesse, le porte-parole du collectif.

Bonne nouvelle : le conseil d'état annule 4 dispositions du schéma de maintien de l'ordre.

La manifestation contre les extrêmes-droites et leurs idées à l'appel du Collectif de lutte contre les extrêmes-droites du Puy-de-Dôme (LECD63) s'est déroulée sans incident et réunissant 500 personnes réellement comptées avec, au départ, une forte présence policière remarquée (fourgons, voiture, motos) probablement pour éviter des contacts avec des groupes de fachos repérés et repérables qui d'ailleurs "ont escorté tout du long la manifestation"  comme le révèle place de la Victoire le porte-parole du collectif de lutte contre les extrêmes-droites du Puy-de-Dôme au micro.

Étrangement, pas de banderole unitaire à la tête de la manifestation mais un camion-sono particulièrement puissant. Dans le cortège au milieu des drapeaux des organisations, deux banderoles de militants que vous pourrez voir en photo (comme en vidéo).

Sans incident ? Tout au moins un dont je témoignerai plus loin.

Clermont antifasciste © Georges-André Photos

Déclaration du collectif contre l'extrême-droite

Le porte-parole du collectif s'est seul exprimé place de la Victoire devant l'ensemble des manifestants. Nous publions l'intégralité de sa déclaration.
"Bravo à tous ceux et toutes celles qui sont venu·e·s ici ce matin pour dire non au fascisme, non à toutes les extrêmes droites. Aujourd’hui, il y a des manifestations partout en France contre les idées d’extrême droite, cela doit marquer le début d’une contre-offensive sociale et solidaire. Bravo, et aussi merci, parce que la situation est suffisamment grave pour qu’on ne puisse plus attendre. Tous les indicateurs sont alarmants. Les sondages montrent une progression inquiétante du vote pour les extrêmes droites. Leurs idées se banalisent, se répandent largement dans la population et dans un nombre croissant de mouvements politiques.

Elles sont favorisées par une politique gouvernementale autoritaire, avec ses lois sécuritaires, avec ses attaques contre les travailleurs, contre certaines parties de la population, contre des militantes et des militants. Dans ce contexte, les propos racistes, sexistes, xénophobes et homophobes s’expriment ouvertement, une vision conspirationniste du monde se répand, favorisée par une situation sociale et sanitaire anxiogène, le refus de la diversité et de l’égalité se développe, et les actes de violence se multiplient, et on sait qu’ils peuvent tuer, comme, le 5 juin 2013 pour Clément Méric...

La banderole réalisée par un militant LFI © Georges-André Photos La banderole réalisée par un militant LFI © Georges-André Photos

"... Dans le Puy-de-Dôme, avec le score misérable du Rassemblement national aux municipales à Clermont, on s’est cru un peu à l’abri. Eh bien c’est fini : aujourd’hui le Rassemblement national est le seul parti politique à réussir à présenter des candidat·e·s dans les 31 cantons du département aux élections départementales de samedi prochain.

Et dans le même temps, deux ans après qu’on a chassé le Bastion social, le développement des groupes d’extrême droite à Clermont-Ferrand a repris, avec une série d’intimidations et au moins six agressions violentes ces derniers mois.

Ne laissons pas penser que ce n’est pas grave, qu’on peut attendre, ne soyons pas aveugles : l’histoire nous apprend à quel point ce serait dangereux. Rappelez-vous : en novembre 1932, après un recul électoral des nazis, Léon Blum déclarait : « Hitler est désormais exclu du pouvoir. Il est même exclu, si je puis dire, de l’espérance du pouvoir » ; deux mois plus tard, Hitler était au pouvoir !

S’il ne faut pas attendre, c’est précisément parce que, dans cette lutte contre les extrêmes droites, nous pouvons gagner encore une fois, comme nous l’avons déjà fait,

En 1994, les plus anciens et anciennes s’en souviennent, Jean-Marie Le Pen a tenu un meeting dans la salle Gaillard, eh bien nous lui avons fait comprendre qu’il ne fallait pas revenir, et il n’est plus jamais revenu.

En 2018, quand les néo-fascistes du Bastion social ont voulu s’installer ici, nous avons réagi assez fort pour qu’ils ne puissent pas imposer leur loi, et ils ont dû fermer leur local...

La manifestation avec la bande-son des slogans © Georges-André Photos
"... Aujourd’hui, devant la double menace du Rassemblement national et des groupuscules, qu’ils soient identitaires, royalistes ou fascisants, mobilisons-nous résolument, obstinément. Nous ne sommes pas en grand nombre ce matin, eh bien si chacun et chacune de nous amène une personne à la prochaine manifestation, nous serons le double !

Parce qu’il y aura une prochaine fois, il y aura des prochaines fois. On a déjà de prochains rendez-vous : samedi prochain à Clermont place de Jaude à 14 heures avec la Marche des fiertés pour les droits des personnes LGBTQI+ ; le 3 juillet à Perpignan pour une grande manifestation nationale organisée à l’occasion du congrès du Rassemblement National.

Et puis le collectif LCED 63 prépare déjà de prochaines initiatives locales : on va continuer, jusqu’à ce que les idées de toutes ces extrêmes droites soient disqualifiées, jusqu’à ce que la démocratie ne soit plus menacée, jusqu’à ce qu’on puisse se promener dans cette ville sans craindre une agression.

Cela ne dépend que de nous. Il n’y a pas de fatalité : ensemble et résolus, nous sommes une force. Faisons-la grandir. N’ayons qu’une ligne directrice : ils ne passeront pas."

Livradois anti-raciste © Georges-André Photos Livradois anti-raciste © Georges-André Photos

Les agressions - a minima - depuis janvier

Depuis fin janvier, plusieurs agressions se sont produites à Clermont-Ferrand en marge ou à l'issue des différentes manifestations. Il est difficile d'attribuer toutes ces agressions à des provocateurs venus de la fachosphère mais plusieurs le sont avec certitude.

En voici une liste non exhaustive mais celle que j'ai pu reconstituer par différentes informations. Au demeurant, vu la situation, il n'est pas possible actuellement de savoir si la manifestation de ce 12 juin n'a pas donné lieu à incident ou agression à son issue sur un individu isolé.

  • samedi 30 janvier après midi au retour place de Jaude de la manifestation contre les lois liberticides du gouvernement, Anne Laure militante de Solidaires a été violemment agressée par un individu à vélo. Ce qui l'a choqué ? choquée de l'agression mais aussi pas d'aide du policier qu'elle a approché.

  • Dimanche 31 janvier - les agressions verbales et physiques à l'encontre de militants de l'UNEF venu contre-manifester suite au rassemblement contre la Manif Pour Tous.

  • Lors du rassemblement pour dénoncer les actions d’Israël à Jérusalem Est, devant la Comédie occupée par Culture en danger 63, trois jeunes provocateurs ont débarqué mais aussitôt coursés se sont enfuis.

  • Le 4 mai, l’agression d’une policière en civil affectée à la surveillance de la manifestation intersyndicale du 1er mai à Clermont-Ferrand par des éléments extérieurs à la manifestation.

  • Agression le 13 mai d'un jeune de l'UNEF portant le T-Shirt BDS sur la place de la Victoire. Après une deuxième agression, il a fini à l'hôpital. Vous avez pu entendre ce court récit en regardant la vidéo sous le tiret "Anti-fa pour son groupe" sur le billet du 16 mai "Solidarité avec le peuple palestinien contre la guerre pour une solution politique"
    Sous les drapeaux, la plage ? Résistance ! © Georges-André Photos Sous les drapeaux, la plage ? Résistance ! © Georges-André Photos

Initié par l'UNEF Auvergne (dont celui agressé à deux reprises est membre) un communiqué a été envoyé à la presse le 28 mai, signé par de très nombreuses organisations*. En voici l'intégralité :  "Depuis plusieurs mois maintenant, les agressions et le harcèlement fasciste se multiplient dans notre ville. Des syndicalistes et des militant·e·s du mouvement social sont suivi·e·s,violenté·e·s, parfois roué·e·s de coups par des individus exprimant leur haine de toutes celles et ceux qui peuvent s'apparenter à des"gauchistes". Ils s’attaquaient de nouveau, la semaine dernière, au syndicat étudiant en ciblant un camarade de l'UNEF Auvergne. Ces agressions sont intolérables, et ce climat nauséabond doit cesser ! Ces agressions ne sont pas des actes isolés. Elles sont de plus en plus fréquentes, visent à effrayer et à rendre impossible toute forme de résistance. Elles visent des individus, mais aussi des organisations, des collectifs, et a pour but de les fragiliser tout en affirmant la présence menaçante des extrêmes droites dans nos rues.
Alors que des manifestations d'extrême droite se tiennent aujourd'hui régulièrement, le gouvernement Castex décide cependant d'interdire des manifestations en soutien à la Palestine,victime d'un pays dirigé par un gouvernement d'extrême droite.Alors que les violences policières sont dénoncées, il propose une loi de sécurité globale qui limite la possibilité de s'en protéger. Alors que, contre l'extrême droite, l'unité et la solidarité permettent de faire front, le gouvernement ne fait que diviser, attaquant notre syndicat quand les victimes de racisme souhaitent se rencontrer pour construire des solutions.
Le gouvernement actuel, s'il prétendait faire barrage à l'extrême droite, ne fait que l'alimenter. Et alors que celle-ci prospère, il choisit de débattre avec elle à des heures de grandes écoutes à la télévision, et manifeste à ses côtés, entravant le travail des parlementaires.
De même, en cassant peu à peu tous nos conquis sociaux, le gouvernement actuel divise, individualise, et rend plus compliquée encore la protection face à l’extrême droite." ...

Hors témoignages, que je n'ai pu obtenir, on ne fait pas plus clair sur la gravité de la situation et l'urgence de réagir massivement. Les 500 personnes aujourd'hui ne pèseront pas lourd si la mobilisation n'enfle pas par diverses formes et une organisation concrète, dans l'unité de tous et de tous les instants. Les fachos sont de retour parce qu'ils sentent le vent mauvais qui souffle, prêts à frapper comme toujours. La lutte contre le fascisme est de retour, au pied du mur. Lire ici

Le temps est au rendez-vous de la chaleur © Georges-André Photos Le temps est au rendez-vous de la chaleur © Georges-André Photos

Incident

Au début de ce billet j'ai signalé un incident dont je peux faire le récit : l'oeil dans le viseur de mon appareil photographique, j'appuie sur le déclencheur quand une main se met devant l'objectif. Bon, j'appuie à nouveau et la même main - sans un mot - se met à nouveau devant l'objectif manifestant une intentionnalité évidente. Je me relève. Monsieur me dit à demi-mot qu'il ne veut pas être photographié mais enchaîne presque aussitôt : il ne veut pas que je photographie et il va m'en empêcher (alors que tout autour de multiples appareils photos et smartphone sont levés). Pas question de céder et lui ai dit clairement. Je suis allé relater l'incident à un militant auprès duquel je l'ai identifié. Après coup je l'ai reconnu sur une photo prise antérieurement. Bizarre non ? On peut manifester dans une "manif anti-facho" et se conduire en facho.

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Dans un tract distribué durant la manifestation, RESF 63 précise :

"En cette période pré-électorale, circulent les différentes professions de foi des partis politiques. Parmi elles, celle du Rassemblement National dénonce comme scandaleuse l’aide aux migrants. Le Réseau Éducation Sans Frontière du Puy-de-Dôme tient à apporter sa réponse en dénonçant le scandale d’appeler à la haine et à l’exclusion :
✔ en lieu et place de la fraternité (pourtant inscrite sur les frontons de nos mairies, dans la devise de notre République!)
✔ en désignant les étranger-e-s (adultes ou enfants, mineur.e.s isolé.e.s ou non…) comme responsables de tous les maux qui (soi-disant) nous accablent : insécurité, manque d’argent public chronique pour les aides sociales nécessaires aux plus précaires, aux plus fragiles de
toutes celles et ceux qui sont ici, qui vivent ici, et dont les étrangers, nos voisin.es, font (toutes et tous) partie…
✔ en ne remettant pas le moins du monde en cause la scandaleuse répartition des richesses actuelles, responsable à l’échelle de toute la planète des pires inégalités et de la destruction de notre habitat terrestre. Est-il tolérable qu’une toute petite minorité d’êtres humains, ici-bas, accumulent jour après jour des milliards à ne savoir qu’en faire, en détruisant tout, pour satisfaire leurs appétits
insatiables, quand d’autres n’ont pas même de quoi se nourrir chaque jour, se soigner ou éduquer leurs enfants ?
✔ en distillant auprès de leurs concitoyen.ne.s le poison du racisme , de la discrimination et des mensonges simplificateurs.
Non la population française, héritière des idéaux de la Révolution de 1789 ( liberté,égalité…et fraternité !) n’acceptera jamais d’effacer la signature de la France des grands textes internationaux de défense et de protection des Droits Humains que sont (par exemple) la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme de 1945, la Convention Internationale des Droits de l'Enfant de 1990 [...] Contre la haine nous resterons aux côtés des sans-papiers. Nous continuerons à militer pour la régularisation de toutes et tous et pour la fermeture des centres de rétention."

* Communiqué signé par : UNEF Auvergne, CGT Educ'action, CGT 63, Union syndicale Solidaires, FSU, France-Palestine Solidarité 63, Les Amis de l'humanité, Les Amis du temps des cerises, ATTAC 63, La Cimade63, R.E.S.F 63, Osez le féminisme 63, Planning familial 63, Libre Pensée 63, L.F.I, Parti de gauche.

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