Le procès de Will et la répression syndicale

Le même jour à la même heure, 14h ce 14 octobre : un procès, celui de Will, pour tag sur passage-piéton du prénom « Wissam » jeune homme mort après son passage au commissariat de Clermont-Ferrand dans la nuit du 31 décembre 2011 au 1er janvier 2012 et la manifestation contre la répression syndicale suite à la contestation de la réforme Blanquer.

Le procès de Will

Will est un militant de longue date, bien connu sur Clermont-Ferrand, anarchiste convaincu et revendiqué, écorché vif et généreux. Nous avons relaté les poursuites dont il est l'objet après une garde à vue particulièrement pénible et dangereuse pour sa santé, décrite ici.

Rappelons les faits : en marge de la manifestation contre le projet de loi retraite du 5 décembre 2019, ce militant a été pris en flagrant délit à… écrire sur un passage piéton le prénom « Wissam », seul et à la peinture acrylique (elle disparaît avec la pluie)... Wissam El Yamni, mort des suites de son passage dans la nuit du 31 décembre au commissariat de Clermont ! Depuis, le Comité Vérité et Justice pour Wissam tente d'obtenir la vérité sur ce qui s'est vraiment passé dans ces locaux (mais que l'on sait trop bien et pas par ouï dire) et la traduction en Justice des auteurs et complices.

Will écrivait « Wissam » pour rappeler aux passants qu'un homme est mort, que les responsables ne sont pas inquiétés grâce à une enquête escamotée. Evidemment, ce type de militant, on l'attend au tournant pour le neutraliser et pour longtemps. Un prétexte ou un autre... tout semble bon pour additionner. Tout cela, sauf anosmie, a des relents politiques.

De cette garde à vue, dramatique et dangereuse pour sa santé au renvoi du procès avec contrôle judiciaire fréquent et respecté au printemps 2020 puis enfin, à ce procès en correctionnelle ce 14 octobre, Will a passé des mois éprouvants, interdit de manifestation.

Les chefs d'accusation

Il est « poursuivi pour trois délits : participation à une réunion en vue de commettre des violences, dégradation de biens publics et détention d’objets dangereux. » Eloïse Lebourg

Sur la place devant le palais de Justice de Clermont-Ferrand, un petit comité de soutien attend à l'extérieur le procès et le verdict de ces trois magistrats après 14h. Sa compagne, rongée par le stress d'une  peine majeure possible qui sera prononcée et le froid fait vif, précise différents points qui éclairent un peu plus ce parcours anti-fasciste.

Devant le palais de Justice avant la pluie © Georges-André Devant le palais de Justice avant la pluie © Georges-André

Son nez fracturé, pas de coupable

Voilà quelques années, un groupe d'extrême-droite antisémite et violent « né à Lyon et fondé par des membres du Groupe Union Défense (GUD) », a tenté d'essaimer dans les plus grandes agglomérations du pays. Rattaché idéologiquement au fascisme italien, ils avaient élu domicile en juillet 2018 à Clermont-Ferrand, en un lieu, rue de la treille. Cherchant l'agression et agressant, ils ont très vite défrayé la chronique locale et la Justice durant leur passage-éclair dans la ville qu'ils ont fini par quitter en octobre de la même année. Ils ont même réussi à « casser la gueule » à d'autres en se trompant de personnes...

Will assis a une table de café dans cette rue, a subi l'agression d'un de ces fachos, lui cassant le nez devant témoins. Plainte déposée, classée sans suite : « Pas d'audition des témoins » dit sa compagne, donc pas de poursuite de l'agresseur connu et identifié, impliqué dans d'autres violences. Elle nous apprend encore que la Ville de Clermont avait déposé plainte pour dégradation de bien public, (le passage pour piétons à nettoyer), ville qui n'était pas représentée au procès.

Dans le ciel qui s'assombrit peu à peu, les nuages finissent par lâcher leur pluie sur les personnes encore présentes. Elles se réfugient sur la partie couverte et ouverte du palais pour une longue attente qui se prolonge. Attendre à l'extérieur quand à l'intérieur se déroulent les débats.

Sur la place, discussion au frais © Georges-André Sur la place, discussion au frais © Georges-André

Le verdict

Peu avant 17h30, Will, visage tendu et creusé, sort pour fumer une clope. Les trois juges délibèrent. La procureure requiert « 12 mois d’emprisonnement dont 4 avec sursis, une obligation de soin, une interdiction de manifester pendant un an, et une interdiction de détenir une arme pendant 5 ans… ». E.L.

Eloïse Lebourg, journaliste et co-fondatrice de Médiacoop assiste au procès. Elle en relate les moments, en particulier la plaidoirie de son avocat, Maître Jean-Louis Borie, en pleine forme et en verve pour stigmatiser des éléments de preuve qui ne relèvent pas de l'illégalité. Quel homme celui-là qui s'épuise, infatigable, pour apporter une défense pointue, avec quel talent, en défense ou partie civile, poursuites souvent longues et complexes. Il démonte ce dossier particulièrement léger. Le lire pour mesurer cet échafaudage judiciaire et sa vanité, le verdict en trompe l'oeil, les interventions et paroles de Will. « Procès de Will, condamné pour un tag en la mémoire de Wissam »

Vers 18h, Will, son avocat, la journaliste de Médiacoop sortent du tribunal pour annoncer le verdict : « 6 mois avec sursis probatoire, obligation de soins, interdiction de détenir une arme, obligation d'indemniser les victimes si elles se manifestent, amende de 500€ » (J-L Borie).

Will, à la porte, côté sortie et son avocat © Georges-André Will, à la porte, côté sortie et son avocat © Georges-André

Soulagement et condamnation

Certes, il sort libre du tribunal, pas d'interdiction de manifester ni de peine de prison ferme mais le sursis est bien là sur le seul mais lourd chef d'accusation de « délit en réunion » qui est bien retenu. Pour l'heure, à sa sortie, c'est un soulagement qui se lit sur son visage bien fatigué quoique plus détendu, un soulagement pour ses ami.es présent.es qui ne peuvent réprimer le désir d'accolade et se retrouver enfin libre dans sa tête. Comme il l'indique lui-même, d'autres combats sur d'autres terrains et enjeux attendent ce gaillard cabossé, ni violent ni dangereux sinon peut-être pour lui-même et au-delà comme une salvatrice reconstruction. La vérité et la Justice pour Wissam

Malgré la fatigue, il explique et fume sa clope sous les regards attentifs © Georges-André Malgré la fatigue, il explique et fume sa clope sous les regards attentifs © Georges-André

Contre la répression suite aux actions contre la réforme Blanquer et ses E3C

La réforme Blanquer imposée brutalement en ce début d'année, a rencontré une opposition syndicale argumentée et concrète. Elle a imposé une réforme du baccalauréat qui fait la part belle aux résultats dans l'établissement, aggravant les inégalités de notation et "d'ambiance" entre lycées, le décalage du calendrier des épreuves. Les premières épreuves dites E3C (Épreuves Communes de contrôle Continu, nouvelles épreuves sur trois périodes, 2 sessions au 2e et 3e trimestre de la classe de première, une au 3e trimestre de la classe de terminale) ont été inauguré à Clermont-Ferrand dès le 18 janvier au lycée Blaise-Pascal qui se sont déroulées avec d'autres dans une ambiance et des mesures franchement lamentables (salle d'épreuves fermées, chantage, présence policières …)....Pendant ce temps, Buzin niait la possible épidémie pour la France dont le gouvernement avec sa réforme des retraites ne s'en préoccupait pas plus que d'une gripette. On connaît la suite mais pas la fin et pas avant longtemps.

Devant le Rectorat © Georges-André Devant le Rectorat © Georges-André

A l'évidence, ces E3C, outre le problème de fond, ont été organisées dans la précipitation d'un ministre qui ne connaît que le passage en force. Des responsables syndicaux auvergnats ont été entendus au commissariat avant d'éventuelles poursuites (lire ici notre billet du 13 février : Non à l'état policier: front uni syndical et climatique ). Ils sont toujours dans l'attente de la décision du procureur de poursuivre ou pas.

Des manifestants devant les grilles du rectorat © Georges-André Des manifestants devant les grilles du rectorat © Georges-André

A Melle, dans l'académie de Poitiers, quatre enseignant·es, militant·es du syndicat SUD éducation passent en Conseil de discipline à partir du 12 octobre pour « contestation de la réforme du Lycée entre 2018 et 2020 ». Le front syndical a compris la menace de poursuites généralisées et la nécessité de présenter un front uni face à cette répression syndicale caractérisée qui s'étend. Pour bien comprendre cet enjeu et ces soubassements, lire L’acharnement. Les 4 de Melle et la répression dans l’éducation

En soutien aux 4 de Melle, sous la menace des poursuites possibles sur Clermont-Ferrand suite à l'action syndicale du 18 janvier à Blaise-Pascal, une manifestation intersyndicale CGT Educ-action 63, SNES-FSU 63, Sud-éducation 63, SNALC Auvergne et UNEF Auvergne s'est déroulée devant le rectorat à 14h ce 14 octobre pour dénoncer la répression syndicale « partout à l'oeuvre ». Une délégation a été reçue au rectorat pour réclamer « l'abandon des plaintes et des menaces de procédures disciplinaires » contre ces responsables syndicaux. Les militants ont attendu avec peu de cris ou de slogans, mais dans un bruissement intense de conversations et d'échanges sur la situation, tous masqués. Une ambiance particulière de front commun et nécessairement solidaires.

 © Georges-André © Georges-André

Ajout du 16-10-20 : La délégation est sortie assez tard. Chacune des organisations a pris la parole succinctement pour en expliciter le contenu apportant chacun.e des éléments qui permettent de se rendre compte du dialogue impossible entre une administration forcément aux ordres dans ses échelons intermédiaires. Bref, la négation de la répression Blanquer, la façade du "dialogue social', le couteau quasiment sous la gorge : qui dit de ne pas s'inquiéter de poursuites administratives "pour le moment" mais qui tomberaient si poursuites ... Faire confiance à la Justice de ce pays. La confiance se mérite dit-on. Les procs c'est une autre histoire. L'intimidation est déjà de la répression. Elle vise bien à faire taire, déresponsabiliser, écarter et ne rien entendre, a fortiori rien accepter des critiques pour ne rien changer de sa politique de coups de force sans dialogue social sinon le mot.

Vous trouvez ci-dessous un montage des cinq courtes déclarations, vidéos fournies par Nicolas pour l'Union Syndicale Solidaires 63, suivies des déclarations successives de chacun.e pour ajuster le temps visionnage à votre convenance. 

Les déclarations successives des 5 responsables syndicaux reçus en délégation © Vidéos : Union syndicat Solidaires 63 - Montage Georges-André

Les déclarations successives

Déclaration CGT Educ'action © Vidéo : Union syndicales solidaires 63 - Montage : Georges-André
 
Déclaration SNALC © Vidéo : UNION SYNDICALE SOLIDAIRES 63 - Montage : Georges-André
Déclaration FSU © Vidéo : Union Syndicale SOLIDAIRES 63 - Montage : Georges-André
 
Déclaration UNEF © Vidéo : Union Syndicale SOLIDAIRES 63
Déclaration Sud - Education © Vidéo : Union Syndicale Solidaires 63 - Montage - Georges-André

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