Non à l'état policier: front uni syndical et climatique

Deux autres responsables syndicaux au commissariat. La dérive vers un état de droit de plus en plus policier grâce aux dispositions législatives et réglementaires liberticides adoptées au fil des lois se confirme jour après jour. Un front uni des organisations syndicales et climatiques devient une riposte pour construire un avenir démocratique répondant aux défis de notre temps.

Ce 11 février, un rassemblement intersyndical conséquent a apporté son soutien aux deux responsables mis en cause dans l'action du 18 janvier au Lycée Blaise-Pascal de Clermont à la suite de cinq autres déjà entendus au commissariat dont un lycéen mineur. Il s'agit de Patrick Lebrun, secrétaire académique du SNES et de Fabien Claveau adjoint académique du même SNES. Xavier Marand, secrétaire général adjoint a fait le déplacement de Paris. Le cortège s'est ensuite rendu devant les locaux de l'Inspection Académique dans la Cité administrative pour un barbecue réjouissant et grave bien venté.

Déclaration à la sortie de l'audience libre au commissariat © Georges André

La multiplication de la nécessité des actions de soutien pose la question de comprendre cette vague et ses enjeux a replacé dans une évolution autoritaire du système et droit qui organise la démocratie, des réponses à apporter à cette évolution. Ecoutons Maître Borie, avocat inlassable des réprimés :

La démocratie malade est maintenant en danger bien réel

Nous savions la démocratie malade, nous la voyons en danger, véritablement en danger. Le fondement de la République, la séparation des pouvoirs, est elle-même mise à mal : le pouvoir législatif est absorbé par l'exécutif comme vient de le démontrer, s'il en était besoin, l'épisode lamentable du congé de parents endeuillés par la mort d'un enfant. La cour, gouvernement et députés LREM, servent un premier refus pensant servir le monarque qui ne s'est pas exprimé. Après ce refus, le MEDEF déclare qu'il est d'accord pour l'allongement du délai. Macron prend alors la parole pour appeler à plus d'humanité. La cour s'exécute en tentant de masquer ce qui ne peut l'être : la servilité des courtisans par une sortie qui se veut honorable. Tant mieux si cette sortie s'effectue au bénéfice des parents endeuillés mais quelle démonstration !

La démocratie est en danger. Il nous faut la défendre bec et ongles, la vivifier malgré un pouvoir qui veut l'affaiblir pour la contrôler, mener sa politique de clan des riches sans opposition sérieuse.

En danger ? La vague des violences policières, nouvelle politique initiée en décembre 2018 face aux Gilets Jaunes s'est imposée malgré les blessures graves, les morts collatéraux, les gazages et nassages systématiques. La deuxième étape de cette nouvelle politique répressive se déroule sous nos yeux. Elle remet en cause la liberté d'expression, d'organisation et de manifester. Elle instaure peu à peu, un état policier où Justice et Police ne sont plus au service de l'Etat mais enrôlées au service d'une minorité, d'un clan.

 Les glissements successifs ne datent pas d'hier. Combien de lois successives depuis Sarkozy, en passant par Hollande et maintenant à Macron pour constituer un arsenal juridique et règlementaire étoffé au main des procureurs et des préfets tous aux ordres ? Loi « Renseignement », loi « anti-casseurs » etc...

Quelques exemples :
Quel que soit l'objet que vous portez, tout objet courant, même de protection élémentaire peut être déclaré « arme par destination » et vaudra des poursuites après éventuels tabassage pour que la loi et l'ordre rentrent bien dans la tête. Tout objet peut être vu comme une arme par destination : le policier sait lire dans les pensées et on ne la lui fait pas.

Lire aussi cet article édifiant publié par le Monde : « Les violences policières découlent directement de la volonté des gouvernants d’annihiler toute contestation »

Si vous vous rendez à une manifestation qui n'a pas été autorisée, circulez sur un périmètre interdit, vous serez poursuivis. Souvenons-nous que la loi « renseignement » autorise toutes les écoutes, les perquisitions, les assignations sur simple « présomption » non divulguée.

La manière dont Blanquer fait passer en force les nouvelles épreuves E3C est à la fois révoltante et significative : portes et salles fermées à clef, CRS présents dans l'établissement, poursuites des profs contestataires y compris des responsables syndicaux, improvisations, selon l'établissement des sujets connus à l'avance (= égalité des candidats?) etc... Tout se passe bien dit le Ministre. On a connu mieux ! Décidément, ce quinquennat est placé sous le signe du déni et de l'esbrouffe.

Depuis les lois liberticides de Sarkozy, Hollande & Valls, l'achèvement (provisoire) de dispositions de l'état d'exception intégrées dans la loi par Macron, nous savions bien que les justifications réitérées pour imposer ces lois successives étaient un masque, un paravent de pure forme pour la constitution de cet arsenal juridique et réglementaire destiné à mater tout mouvement social dès lors qu'il ne s'épuise pas de lui-même, qu'il s'oppose efficacement aux réformes, qu'il constitue une contestation irréductible, une limitation de la force et du passage en force, unique façon de gouverner et régner pour ce tandem Macron/Philippe. Il est en place et il fonctionne.

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 La démocratie en danger

La démocratie est en danger parce que le champ politique et les partis de gauche - tous compris - ne sont plus une alternative crédible dans une intolérance réciproque, cachée ou exprimée, et l'impossibilité de reconstruire une alternative chacun voulant dominer cette gauche émiettée.

Elle est en danger parce que cette état qui devient policier refuse l'expression des revendications sinon très encadrées sur parcours imposé, ne gênant personne, ne bloquant rien, refuse l'opposition en intimidant, en multipliant partout les audiences libres en commissariat des militants et responsables des organisations syndicales et bien d'autres. Des audiences libres avant transmission au procureur qui décide souverainement (et des consignes politique si besoin...) des poursuites ou du classement sans suite. Ces contestataires visibles, responsables ou pas sont devenus cibles à atteindre pour alimenter les fichiers informatiques des identités digitales et souvent génétiques, rendre possible en temps voulu, à l'automne ou plus tard, des poursuites judiciaires ou administratives en laissant ailleurs la brutalité policière se déchaîner et encore ailleurs faire la photo pour amuser la galerie (le T-Shirt de Macron !)

Cet état qui devient de plus en plus policier est le levier pour liquider la démocratie en liquidant toute expression démocratique de la société civile, démocratie réduite aux acquêts, aux apparences rituelles d'une élection en réduisant les autres à un rôle mineur, paravent à la dévitalisation continue de la démocratie française.

Nous ne pouvons plus compter sur les institutions aux ordres, ni sur les partis politiques défaits d'avoir trompé leurs électeurs à coup de promesses non tenues, de renoncements, de trahisons des mandants, de radicalités condamnant à l'opposition et la dénonciation (confortables), de mensonges et de non-dits coupables.

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 La société civile contre l'état policier

La seule force encore capable d'éviter le pire entre extrême libéral et extrême nationaliste, c'est la société civile et ses organisations.

Partout et tou.te.s, syndicalistes, militants d'autres organisations, sont potentiellement des cibles à neutraliser par tous les moyens qui ne manquent pas dans un état de droit peu à peu taillé sur mesure par des lois liberticides depuis, au moins, le nerveux Sarko pour réprimer réglementairement. Je suis aussi une cible potentielle en informant, chroniquant, visibilisant les actions comme bien d'autres journalistes indépendants ou citoyens. Sauf à « fermer sa gueule » et laisser le pire advenir, nous ne pouvons que faire face collectivement à ce péril imminent qui englobe l'actualité et l'échéance de la prochaine présidentielle. Lire du 16-02 : "Castaner veut contrôler les vidéos de violences policières".

 Qui va payer la transition climatique ?

La lutte contre le péril climatique se heurte à une question fondamentale : Qui va payer ? Pour les actionnaires et les très riches, la réponse est évidente : pas nous ! La réforme des retraites et toutes celles qui ont précédé dans ce quinquennat indiquent qui va payer : le peuple, actifs et retraités !

Lutter contre le péril climatique, ce péril qui met en cause toute l'organisation des sociétés basées sur le seul profit immédiat et maximal, de nos modes de production et de consommation, de l'organisation spatiale mondiale des populations (zones inondées ou devenues désertiques) va entraîner des bouleversements sociaux considérables.

Ces bouleversements sociaux, sociétés et emplois, solidarités organisées, peuvent entraîner une opposition frontale entre organisations qui luttent pour le climat et organisations syndicales et sociales. La lutte pour le climat peut se dévoyer au service du capitalisme en permettant aux actionnaires et aux plus riches d'engranger les bénéfices de la transition inévitable. En ce cas, la justice sociale passerait à la trappe. La défense de l'emploi peut se dévoyer dans l'existant parfois intenable. En ce cas, la lutte climatique passe à la trappe. Il ne s'agit pas seulement de proclamer la « justice sociale et climatique » (ce qui peut devenir rituel et rien d'autre) pour la réaliser.

La vague d'intimidations et de poursuites actuelles montre la ligne jaune fluctuante des actions à venir, y compris des actions seulement climatiques. La nécessité d'un front uni contre ce glissement vers un état policier et sa version actuelle, la vague de poursuites et de mises en cause, me paraît urgente.

Le soutien des personnes entendues au commissariat de Police comme à la sortie du tribunal, est constitué, pour le plus grand nombre, par les militants de l'organisation du mis.e en cause et des individualités autres. La multiplication des mises en cause, à terme des poursuites, celles actuelles, nécessitent un front de solidarités inter-organisations sans exclusive.

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 Comité de liaison – Front de solidarités inter-organisations syndicales et climatiques

  • Afin que lutte sociale et climatique puisse avancer dans une convergence à construite,
  • Afin qu'une solidarité d'intérêts bien compris s'oppose à la vague d'intimidations et de poursuites qui nous menace tou.te.s,
  • Afin que la lutte contre cette réforme des retraites qui exprime ce que les Gilets Jaunes ont exprimé dès le début de leur mouvement : le peuple ne paiera pas la facture de la transition énergétique et sociale par son appauvrissement.

Toutes ces organisations, qu'elles que soient leurs effectifs, ont une responsabilité maintenant pour faire advenir ce front uni. Des animosités, des intolérances, des rejets, des mépris, des indifférences peuvent s'y opposer comme toujours mais la conviction de l'absolue nécessité de cette convergence peut permettre de les dépasser quand tant de militants et de personnes se retrouvent dans ce double objectif et pourraient, conscients de l'enjeu et à défaut, se retirer de ce combat comme j'en ai déjà rencontré.

En tous points du territoire, chaque organisation peut dès maintenant prendre une initiative pour débuter sans préalable un comité de liaison pour envisager cette convergence et l'action dans le respect des identités des organisations, sauf à laisser faire la dérive autoritaire qui, l'un.e après l'autre peut engloutir contestataires et organisations ou amener aux renoncements et aux trahisons.

L'Histoire ne repasse pas les plats, elle offre à un moment une fenêtre d'opportunité à ceux/celles qui s'en emparent quand il est temps. A mon sens, c'est maintenant. Pas sûr que nous ayons encore beaucoup de temps. Après, voguera la galère pour chacun.e. Ces paroles peuvent être balayées d'un revers de main par qui ne veut pas entendre ni se mettre en question. On peut toujours s'inventer des raisons pour refuser de voir l'inéluctable comme à croire un peu vite "pas possible".

Pour finir sur des notes combatives et festives :

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Action anti-répression © Georges André
Déclaration Solidaires

  Déclaration FSU/SNES

  Déclaration UNEF

 

 

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