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Billet de blog 24 avr. 2021

Maintenant ou trop tard

Avril 2022, 1er tour de la présidentielle : les candidat·es de gauche sont éliminé·es. Le second tour se joue entre MLP et Macron. Avec deux candidats « de gauche », aucun ne pouvait parvenir au deuxième tour ; une déroute historique, une catastrophe qui livre la France a un nouveau fascisme rampant. Les gauches, toutes confondues, seraient responsables. Que faire ?

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Avril 2022 : Résultats du 1er tour de l'élection présidentielle

Les candidat.es de gauche sont éliminés. Le second tour se jouera entre MLP arrivée en tête et Macron. Avec deux candidats « de gauche », aucun ne pouvait parvenir au deuxième tour de la Présidentielle.

Voulons-nous connaître ce résultat au soir du premier tour ?

L'élimination, une fois de plus et cette fois la bonne, pour laisser filer à la victoire l'une ou l'autre ? Certains diront « blanc bonnet- bonnet blanc »* d'autres ne le penseront pas mais ne pourront plus « faire barrage » quand il le fallait avant cette échéance par une candidature unique des gauches (issu.e ou non d'un de ces partis, extérieur serait mieux) aux deux qualifiés qui signifient « Catastrophe, climat compris ! ».

Pour moi, ce n'est pas « blanc bonnet -bonnet blanc » vu avec le recul de l'Histoire mais entre ces deux maux, aucun n'est acceptable, MLP en pire du pire. Le barrage contre l'extrême-droite a été dissous avec la rhétorique du FN-RN reprise par la classe politique dans son ensemble, d'abord à droite devenue droite-extrême, mais aussi par une partie de la gauche, dévoyée et sans perspective avec des « personnalités » qui n'ont plus que le goût du pouvoir à défaut de convictions qu'elles n'avaient pas ou si jeunes...

La population elle-même s'est montrée de plus en plus perméable à cette rhétorique :

  • matraquée depuis cinquante ans par la haine de l'étranger, musulman, rom, migrant ... sans cesse plus partagée y compris par ceux/celles qui se disaient "de gauche", laïques et républicains, qui ne sont qu'intolérance et exclusions,

  • par ce refus constant et agressif de considérer les constructions sociales du genre, de la sexualité, des minorités, la domination masculine, le racisme et la corruption, l'intersectionnalité des dominations jusqu'à mentir, tromper, désigner à la vindicte et empêcher toute recherche.

  • par des politiques décevantes ou en continuité avec une politique pour les plus riches, celle de gauche d'abord qui a trahi l'espérance, impliquée dans de si nombreux scandales retentissants,

  • par ces mensonges apparus tels sans y mettre fin, ce cynisme pour tout justifier jusqu'aux renoncements, la note salée présentée aux plus démuni·es, peuple des précaires, des domin.ées, des smicards, des chômeurs, des migrants, des campagnes et des banlieues abandonnées aux trafics.

A la fin, ces partis ne bernent plus le peuple qui, pour échapper à ces fausses alternances, ces politiques réactionnaires, pourrait se jeter dans la gueule du loup.

Il serait vain, totalement vain, d'espérer à sa suite un mouvement social si massif qu'il remettrait en cause les décisions négatives et délétères qui seront prises alors, quel que soit le vainqueur. Le pouvoir dispose déjà de tous les moyens juridiques et de surveillance pour mater ce mouvement par le fric (une pluie d'amendes salées à tout propos), la matraque (des unités chargés de frapper dans une doctrine d'affrontement), le sang ... et les poursuites professionnelles notamment des fonctionnaires. Nous pourrons défiler parfois, bien encadré.es par des dispositifs policiers conséquents avec drones pour maintenir un semblant de contestation possible, pour si peu.

La pandémie de Covid-19, la possible suivante, pourra encore justifier longtemps la privation des libertés fondamentales. Avec Macron, nous aurons encore les mensonges et une politique liberticide, anti-sociale, anti-migrants même insérés et au travail, pour parachever son œuvre de destruction au service des plus riches qui ne doivent surtout pas payer les dégâts.
Avec Le Pen, nous aurons la brutalité d'une vérité raciste et xénophobe (Valls lui donnera ses conseils), celle de Trump avant même son élection et d'un illustre prédécesseur qui avait tout écrit dans un livre. Dans un premier temps, pour rallier population et courtisans qui se presseront, se faire quelque peu consensuelle, elle pourrait sembler alléger la brutalité que des débats ont mis en évidence mais pas seulement bien sûr, contenir les groupuscules néo-nazis prêts à en découdre, Marion Maréchal-LePen qui se profile en successeur mais après ce temps, s'il était, tout serait possible. La France rejoindra alors en Europe, la Pologne, la République tchèque, la Hongrie, d'autres, pour l'essor de la démocratie illibérale qui n'est que le cache-sexe d'un régime autoritaire en marge de la République, loin de la démocratie. Jean-marie-la-sale-blague aura gagné, in fine.

On peut même envisager un deuxième tour avec le/la candidat.e LR, ce petit parti gangrené par l'idéologie d'extrême-droite qui l'a encore prouvé au Sénat avec la loi « Justice globale » et maintes personnalités (Estrosi, Ciotti, Aubert, Hortefeux... pour n'en citer que quelques-uns et pas plus). Avec l'un ou avec l'autre, finalistes présumés, le résultat sera le même : catastrophe pour les français et pour la France. Ils n'hésiteront pas, pour leur grande majorité, à voter MLP contre Macron et s'en aller quérir portefeuilles et responsabilités.

2022 : Déroute historique des gauches ?

2022 serait une déroute historique, une catastrophe qui peut livrer la France a un nouveau fascisme rampant qui ne dira pas son nom. Même sous le numéro V, une République en trompe-l’œil, un changement de régime véritable que le pouvoir personnel de Macron a déjà inauguré avec la pandémie, deviendra réalité. Il exerce aujourd'hui un pouvoir si personnel qu'il ne fait plus que consulter y compris ses ministres et ses conseils en tout genre ; un omni-président qui a fait don à la France et à son peuple de son intelligence supérieure dont celle d'épidémiologiste en chef pour vaincre la pandémie. Les scientifiques sont si décevants !

Les gauches, toutes confondues, seraient responsables

Sans candidature unique et commune, ce scénario « catastrophe annoncée » est des plus probable avec deux finalistes sans la gauche mais avec, pour la troisième fois, le FN-RN qualifié au second tour. Les responsables ne seraient ni la droite ni l'extrême-droite mais ces partis de gauche, tous confondus : LFI, EELV, PS, PCF et les autres, qui, pour des raisons subalternes face à cet enjeu qui écrase tous les autres n'auront pas su, pas voulu, pas pu dépasser leurs différences, leurs égos, leurs analyses, leurs propositions agissant ainsi contre ce peuple qu'ils prétendent défendre.

Je ne doute pas un instant que des millions d'électeurs et électrices peu à peu, s'ils n'ont pas déjà pris conscience de cet enjeu qui dépasse tous les autres et de toutes les élections, bien au-delà des positions partisanes, s'en saisiront mais il sera peut-être déjà trop tard, s'il ne l'est pas déjà. Si cette tragédie advenait, nul doute que ces partis porteraient une responsabilité historique écrasante dont ils auraient à payer le prix pendant longtemps et d'abord en détestation réciproque bien adaptée à la situation créée ! Ce « peuple de gauche » dont les contours sont des plus mouvants, saurait qui les a trahi et abandonné au sort funeste des peuples opprimés, écrasés, méprisés, réprimés. L'intersectionnalité des dominations fera le reste. Il est à craindre que beaucoup quittent en retour un combat qui n'aura servi globalement au mieux qu'à retarder une échéance dramatique sans parvenir à écarter l'irrésistible ascension d'Arturo Ui.

Que faire maintenant ?

Alors que faire ? Que faire face, maintenant, à des partis qui ne semblent pas pouvoir sortir de leurs citadelles, de leurs schémas, de leurs réflexes, de leurs logiques internes ? (Dimanche on se réconcilie, lundi matin on s'étripe ou se ment). Ma voix n'est rien qu'une virgule dans une grande bibliothèque mais des millions de voix peuvent changer le cours de cette histoire. D'autres voix plus claires ou plus fortes peuvent se lever. C'est maintenant qu'il faut secouer élu.es et partis de gauche sans exclusive et sans ménagement. Il n'est jamais certain qu'une Libération soit possible ou … si loin, loin devant... dans un monde où la révolte ne sera plus qu'un épisode sans lendemain, vite éteint sauf à la maintenir à un petit niveau pour prétexte à toujours plus de surveillance y compris dans la sphère privée et le renforcement d'un néo-fascisme tout auréolé de technologies high-tech et connectées.

Après il sera trop tard et cette fois nous paierons le prix que nos aïeux ont payé en leur temps. Les plus jeunes plus longtemps.

On pourra lire ou relire : Face aux périls majeurs, sagesse de l'unité, courage de la résistance ( 4 )  du novembre 2020.

__________

* En 1969, le départ de De Gaulle après l'échec de son référendum amène une élection présidentielle. La défaite cuisante du candidat Gaston Deferre (SFIO) avec 5,01% malgré le bon résultat de Jacque Duclos (PCF) avec 21,3%, mais aussi les candidatures de Rocard et Krivine amène un second tour sans la gauche entre Alain Poher (qui avait apprécié son intérim de présidence, lui le Président du Sénat, centriste) et Georges Pompidou. Entre les deux tours, le PCF refuse de choisir et prône l'abstention. Pour ce second tour, une formule, attribuée à Jacques Duclos, est donnée comme explication : Poher/Pompidou c'est « blanc bonnet, bonnet blanc ».

Déjà candidatures multiples à gauche et second tour sans la gauche ! Tous avaient de bonnes raisons de reporter cet échec sur l'autre... une belle jambe ! Tiens tiens, en ces mois pré-présidentielle 2022, comme un air de déjà vu !

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