Face aux périls majeurs, sagesse de l'unité, courage de la résistance ( 4 )

L'incendie ravage le monde, en Europe, la peste brune montre les poings, nos chères libertés sont matraquées par ce pouvoir indigne et méprisant. La colère sourd, la révolte gronde. Sonne le tocsin pour ne jamais entendre le glas. Devant l'abîme, plus d'alternative ni d'attente : résistances de toujours et front uni pour les chasser, quoi qu'il en coûte. Chacun.e en est responsable.

L'incendie ravage le monde, des peuples en révolte ou en colère tentent d'arracher à leur pouvoir un avenir au risque de leur vie. En sommes-nous si éloigné.es ? En Europe, la peste brune insidieuse est presque triomphante. En France, nos libertés si chères, sont prises d'assaut. Sonne le tocsin et jamais le glas. Qui ne l'entend ? Qui se rend sourd ? La haine, la colère, l'abattement se disputent la rue, se cachent en nos maisons.  Il n'y a plus de paix sans se lever, se rassembler et user de nos libertés assiégées. Devant l'abîme, plus d'alternative ni d'attente : résistances de toujours et front uni pour les chasser, quoi qu'il en coûte.

4 - Quand sonne le tocsin, résistances et front uni !

1 - Souffle d'espoir et de mobilisation : la victoire de Joe Biden et Kamala Harris

2 - Défis et périls majeurs et durables en Europe et dans le monde

3 – Pandémie et terrorisme - état policier et suspension des libertés en France

Les défis et périls majeurs que j'ai tenté d'expliciter dans mes trois billets précédents montrent, comme l'actualité, que nous sommes à un carrefour historique ; un moment où nos libertés sont attaquées, abimées, méprisées toujours un peu plus par des lois qui ne respectent pas les libertés fondamentales, menaçant directement la démocratie, où l'Europe est en crise profonde qui déstabilise ses propres fondements, porte ouverte à l'Europe brune.

Le projet de loi « Sécurité globale », actuellement en discussion est la cerise sur le gâteau. Avec l'accélération de ce processus ancien de lois sécuritaires qui ne règlent rien, via la pandémie et le terrorisme, cette loi fait entrer le pays, non seulement par son article 24 mais la loi tout entière, dans un état policier avec l'impunité légale des forces de l'ordre (au service d'un clan politique et non de la Nation) tout aussi légale, l'atteinte majeure au droit d'informer, le rapprochement des militaires, des sécurités privées, des policiers municipaux dans leurs fonctions et leurs armes. De quoi surveiller et réprimer, en toutes occasions, le plus grand nombre de citoyens et leur contestation dans la violence discrète avec des amendes au montant prohibitif et dissuasif. Il est temps d'entendre sonner le tocsin.

Chacun, un tant soit peu attentif, devrait pourvoir comprendre cette rupture en cours qui s'annonce radicale dont nous ne pouvons prévoir ni la sortie, ni la durée, ni les souffrances, pour construire un chemin démocratique. Nous sommes juste avant cette rupture historique, cet effondrement démocratique qui, si nous ne l'empêchons pas, viendra et durera.

Comme Sabrina Kassa l'a écrit le 5 novembre : « Le monde est sans dessus dessous, au bord de l’abîme, nous ne pouvons pas nous permettre de nous réfugier dans nos jardins secrets. L’heure est à la résistance, sur tous les fronts, et en premier lieu sur le terrain de la démocratie, car s’il bascule dans la barbarie et la guerre civile, nous serons tous responsables d’avoir laissé la terreur et la peur nous gouverner, ou tout simplement d’avoir détourné le regard. », Hebdo #91: être debout avec… Eric Fassin!

Nous ne pouvons pas détourner le regard, nous laisser croire que ce n'est qu'une péripétie pas si grave, ou, à l'inverse, que « c'est foutu », nous réfugier comme certain.es dans l'attitude du spectateur qui l'avait bien dit mais n'a rien fait, ni même vitupérer sur son clavier, de sa détestation stérile qui n'est que bave sans morsure. L'auto-intoxication menace la lutte.

Dans son « Cap au pire » du 10 novembre, Frédéric Lordon citant Françoise Giroud, précise avec justesse à propos de la transition au fascisme que nous subissons : «... Ainsi commence le fascisme, il ne dit jamais son nom, il rampe, il flotte, quand il montre le bout de son nez on dit : c’est lui ? vous croyez ? Il ne faut rien exagérer ! Et puis un jour on se le prend dans la gueule et il est trop tard pour l’expulser ». Il poursuit : « Avec le fascisme, le problème du diagnostic formel c’est qu’avant l’heure c’est pas l’heure, et qu’après… ça ne l’est plus — en tout cas ça n’est plus celle de faire quelque chose pour l’éviter... ».

La question est bien là : éviter le pire dans l'action, non seulement décrire son avancée, son accélération comme si déjà le pire ne pouvait pas être évité. Trop facile pour chacun.e de regarder passer l'Histoire, laisser les digues sauter les unes après les autres. Je refuse de considérer l'inéluctabilité de l'état policier ou du fascisme.

Nous avons tous et toutes une responsabilité individuelle et collective dans ce carrefour historique entre abîme et avenir. Il s'agit de le saisir en toute conscience et sans tarder. L'honnêteté, je la suppose, pas forcément la mobilisation de l'intelligence même collective, tant l'émotion – colère, rage, détestation - peut submerger et emporter dans un flot impulsif et submersif. C'est avec les tripes, le cœur et l'intelligence que nous pouvons espérer trouver les voies, user de nos voix, pour détourner le cours du fleuve, comme un trépied, assise stable et solide.

Deux conditions essentielles et indissociables

L'heure est à organiser, vivifier, développer partout une nouvelle résistance. La Résistance avec ce grand « R » est celle d'une autre époque, celle de la Collaboration. Souvenons-nous qu'elle fut ô combien sanglante et meurtrière, qu'elle fut ô combien divisée malgré l'ennemi commun amenant des luttes fratricides malgré son indispensable unification. Je ne l'emploierai pas mais utiliserai ce terme « nouvelle résistance » pour désigner sa filiation qui n'est pas non plus un calque (ne confondons pas les époques), signifier un vaste mouvement de résistance du peuple à développer et amplifier pour faire échec à cette involution dramatique.

A elle seule, cette nouvelle résistance, ces résistances pourtant essentielles, ne suffiront pas à renverser le cours des événements. La date, peut-être la dernière, est celle de la prochaine élection présidentielle, printemps 2022. Si d'aventure Macron ou Le Pen devenait président.e, il paraît assez évident qu'avec ce mandat inamovible de cinq ans, cette durée permettrait l'installation d'un état policier prompt à utiliser toutes les violences pour étouffer la protestation du peuple, prêt à modifier encore la répartition du pouvoir, voire retoucher la Constitution dans un sens anti-républicain et anti-libertés. La liberté de la Presse serait attaquée, Médiapart en première ligne comme le montre déjà l'acharnement de Darmanin, ministre de l'Intérieur et cette plainte pour blog dont MDP devrait être tenu pour responsable. Chacun peut en comprendre l'ampleur et la gravité s'il veut bien ouvrir les yeux, dans la continuité aggravée de ce qui se passe aujourd'hui.

Macron ou Le Pen ? Macron s'est maintenant positionné à l'extrême-droite non pas dans ce nationalisme dévoyé de l'autre mais dans sa rupture avec les libertés et un pouvoir personnel pour imposer plus encore la loi du profit et de la finance mondiale. Il ne s'exprime plus que par le « Je » du monarque. Entre une extrême-droite et une autre, bien des électeurs resteront à la maison si ces deux-là devaient squatter le second tour. Il nous appartient, à gauche, que cette éventualité fort probable n'arrive pas pour élire un.e président.e de gauche. Sans la nouvelle résistance du peuple mobilisée au-delà d'une élection au résultat positif, nous aurions une période de gauche avec des réformes nécessaires mais très vite un ralentissement, un affadissement ne pourrait que se produire vite, justifié par toutes contraintes (sans parler des événements dramatiques qui pourront survenir à tout moment).

C'est très exactement la leçon de la victoire de Mitterrand en 1981 : pas de mobilisation populaire. Résultat : deux ans de lois majeures (petit rappel non exhaustif : 5ème semaine de congé payés, Lois Auroux (travail), retraite à 60 ans, augmentation importante du Smic et d'autres...mais enterrement des 35h avec les 39h pour les obtenir au début 2000, passage si mal géré). Pourquoi sans mobilisation massive, Mitterrand aurait-il poursuivi sur cette lancée ? Le jeu du pouvoir, les enjeux internationaux, européens tendent toujours à ramener la balle au centre (si je puis dire), dans ce ventre mou de la politique, un peu d'un côté, un peu de l'autre qui arrange la marge et laisse la page vierge : donner des gages et pas plus. Pourtant, quoiqu'il ait fait ou pas fait, avait une stature d'homme d'état… les autres !..

Au bout de cinq ans où en serions-nous ? Aurions-nous encore la possibilité d'un scrutin présidentiel permettant de les virer pour un.e candidat.e de gauche réel ? Pas sûr du tout. Tant de « réformes » peuvent compliquer un futur scrutin... L'incendie du Reichstag ne peut être écarté, toujours prétexte pour juguler ce qui reste de libertés. N'a-t-il pas déjà eu lieu au fait ? Scrutin réduit à l'impossible alternative ?

Nous devons tous et toutes, tout faire pour gagner cette élection présidentielle, peut-être la dernière dans ces conditions, pour la gauche accède au deuxième tour et l'emporte. Cette condition d'accès au second tour ne peut être prise à la légère ou être évacué par un pari des plus risqué. Elle demande à chacun, intelligence d'abord et l'émotion, on l'aura aussi après, celle de la joie ou la tristesse.

J'ajoute que si l'un des deux, EM ou MLP, accédait à la présidence, loin de renforcer les oppositions, cette élection amènerait un tel état de submersion par un découragement trop général que bien des forces d'opposition de gauche pourraient s'en trouver très affaiblies, réduites à un petit noyau pur et dur incapable d'analyser cet échec trop percutant, se livrant à un jeu de règlements de comptes stériles, intemporels et si dérisoires ! Les opportunistes sauront accourir à ce qui peut paraître, et pourrait être, durable dans l'oppression d'un peuple que les jeux politiques n'auront pas protégé mais au contraire rendu plus vulnérables, pus irréversibles.

Fondamentalement, la responsabilité des organes des partis politiques de gauche, tous confondus dans une même responsabilité, est de tout faire pour un candidat au second tour ce qui implique, - de se refuser la logique du parti d'abord et du peuple après, bien que le discours soit toujours « pour le peuple ». Mon œil !!! Au passage, cette attitude ne réduirait pas chacune de ces forces politiques, bien au contraire, elle les porterait, conscientes d'elles-mêmes, au service de l'élection et de la nouvelle résistance, avant et après l'élection.

La nouvelle résistance

Résister en  :

  • s'organisant individuellement et collectivement (dans des mouvements et forces de taille et de terrains variables mais convergents) pour contester une pensée politiquement correcte et consensuelle, une politique au service des plus riches qui appauvrit les autres, détruit la bio-diversité, épuise les ressources naturelles et les sols, accélère le dérèglement climatique,

  • construisant toutes les alternatives possibles pour faire face aux défis de tous ordres qui conditionnent un avenir vivable et démocratique sans se limiter aux seules possibles imposées par un état centralisé ou ses échelons administratifs et territoriaux.

Ces terrains de résistance représentent un éventail des plus large et pour n'en pas oublier, je n'en cite aucun. Vous pouvez consulter les titres de mes billets, des manifestations que j'ai chroniquées pour un aperçu de cette diversité, encore que tant d'autre peuvent l'être pour en rendre compte et visibiliser.

L'important, me semble-t-il, est de ne pas faire de chaque terrain un terrain si particulier, si indépendant des autres qu'il serait à part ou encore en faire un combat entre individus, sans impliquer les structures de pouvoir. Ce dernier pourrait, à peu de frais, récupérer ce terrain pour mieux réprimer les individus en caricaturant et dénaturant ce combat. Dans un état policier, la cause féministe me semble courir ce risque conduisant probablement à accentuer les divisions entre militantes comme entre associations.

Résister peut prendre de multiples formes : partager une information fiable et sourcée, modifier ses habitudes de consommation et d'achats, téléphones et applications comprises, sans céder systématiquement aux modes alimentaires, vestimentaires et inévitablement festives. Eteindre la lampe de trop, prendre un fournisseur d'énergie coopératif, refuser Linky, préférer le commerce local à la grande surface, se passer du black Friday, délaisser Amazon, se défier des messages qui scandalisent à bon compte en jouant sur la seule émotion, cultiver un peu sur son balcon, sur sa terrasse, dans son jardin, tomates l'été, salades d'hiver... Vous le savez bien tant d'actes individuels possibles qui n'ont pour but que de résister et d'améliorer quelque chose dans la vie sans toujours courir après tel achat, sans se préoccuper du voisin ou de la voisine, prendre un peu plus le temps de parler à qui vous interrompt, quelquefois, écrire un message qui fera plaisir simplement par sa réception, téléphoner, répondre à une invitation comme inviter. Résister c'est réapprendre la solidarité du quotidien, la fraternité vivante du local. C'est aussi arrêter les insultes, la fuite en avant, arrêter de botter en touche et contenir son égo, son narcissisme selfisé ; questionner les convictions inébranlables (surtout si nombreuses). Bref rendre viable et vivante une société meurtrie comme nous le sommes tous. Remplacer la compétition permanente par la coopération. Tout peut-être utile au niveau individuel sans en faire une obsession ou une rigidité de plus, une bonne conscience d'en faire assez. Cool ! l'enjeu c'est soi et autour de soi pour vivre mieux.

Mais résister c'est aussi s'engager dans des collectifs, des réseaux de résistances. Résister collectivement c'est aussi diffuser des informations vérifiées avec responsabilité et pas impulsivement, aiguiser à plusieurs son sens critique, son information, démasquer les imposteurs qui pullulent sur les réseaux sociaux, les chaînes de télé-poubelles, surtout si nos convictions nous portent à gober sans arguments sérieux ou les croire sérieux. Mettre en œuvre des alternatives au gaspillage d'énergie, des ressources, à la surconsommation ; réparer des produits qu'il faudrait imposer réparables et tant d'autres engagements... pas forcément devenir un activiste ou un militant permanent mais donner de son temps à sa mesure, de son énergie pour construire du collectif sans noyer le poisson d'une organisation qui se veut sans chef, qui peut ne laisser une place active et décisionnelle qu'aux initié.es, les autres comme main d’œuvre active.

Les résistances sont à l'ordre du jour ou plutôt, pour répondre à son désordre, résister à ce bulldozer fascisant, s'opposer à cette affirmation de toujours du capitalisme, « pas d'autres voies, pas d'autre avenir, pas d'autre croissance » qui cherche la soumission librement consentie ou à défaut la soumission par la contrainte et la matraque. Elle l'est au désordre du jour, pour construire des alternatives organisationnelles et concrètes, inventer un avenir possible quand tout doit être repensé sans en rester aux débats d'idées, des bonnes résolutions, des propos lénifiants vite piégés par le réel qui résiste… quand on s'y attaque.

Moyens des résistances – mobilisation populaire

Les moyens d'aujourd'hui ne sont plus seulement les manifestations traditionnelles du mouvement syndical et ouvrier mais se sont élargis à la désobéissance civile, à la production d'informations alternatives (illustrées dans les vidéos des violences policières en direct, raison pour laquelle ce pouvoir veut bâillonner, parfois à la construction de lieux à projets. La mobilisation populaire, forcément ponctuelle même longue, sera possible à l'aune du nombre croissant des résistants conscients de la particularité de sa résistance ou de sa lutte et tout autant de la communauté fondamentale des résistances. Dit autrement, la densité des résistances au quotidien peut favoriser la mobilisation populaire d'une plus grande ampleur. La convergence des luttes a ses limites : une mobilisation de grande ampleur a besoin de saisir les enjeux, périls et menaces de la situation et se retrouver sur un dénominateur commun, pas le plus petit, sinon chacun a déjà son pré carré légitime à défendre mais... en défensive, c'est pas gagné !

La loi en discussion « Sécurité globale » mérite sans attendre des manifestations massives par un front uni politique, syndical, associatif, le plus large sans s'occuper du confinement ou de sa fin (mais avec masques et distance) pour signifier le refus de cette loi et son possible abandon, qui inaugure l'ère de l'état policier. Quand la République est en danger, on ne peut plus attendre des jours meilleurs sans agir. Les articles des uns et des autres, les avertissements d'autorité (défenseure des droits) y compris étrangères (ONU), les divisions et fragmentation (article 24 ou toute la loi) de la majorité parlementaire ne suffisent pas à repousser ce projet. Attendrait-on l'invalidation par le Conseil constitutionnel ?

L'important, me semble-t-il est que ces résistances et ces résistant.es croissent et s'enracinent dans une distance critique des discours dominants sans pour autant verser dans une résistance aux changements ou adopter ce qu'il est convenu d'appeler les thèses complotistes.

Le complotisme fait le lit de l'état policier

Ces thèses complotistes, construites de bric et de broc pour mieux berner et intoxiquer, dévoient la résistance en l'enfermant dans des croyances à défaut d'arguments, une voie qui étouffe le sens critique ; pas une voie d'avenir mais celle du Moyen-âge, des sorcières, des alchimistes, des philtres et des légendes. Que Médiapart pense nécessaire de mettre en titre de Une «  Le documentaire «Hold-Up», une parodie d’investigation » montre le danger réel, massif et désorganisateur de cette menace. Une vraie menace sur la démocratie, symétrique aux mensonges et dénis des politiques, des affaires judiciaires de toute une classe dirigeante, économiques et politiques qui minent la crédibilité, libérant l'énergie pour croire aux sornettes, s'en approcher et perdre pied par le vraisemblable et non le vrai. J'ai tant rencontré de militants qui s'y perdent ! C'est atterrant. A qui profite le crime ? Il n'est pas difficile de comprendre qui sont ces poissons en eaux troubles qui instillent du poison dans une société en proie au doute, aux mensonges et déni de mensonges depuis si longtemps. Il en a fallu du temps pour y parvenir (inventer des outils technologiques pour les diffuser instantanément et massivement, un Trump pour faire basculer ce monde dans la confusion et le fake plus vrai que vrai) mais nous y sommes. Ce combat ne peut être marginal, ils menacent la possibilités des combats, la possibilité d'un renouveau démocratique par une aliénation des intelligences individuelles et collectives.

Résister c'est vivre des expériences positives de vie

Résister c'est encore la possibilité de vivre des expériences qui permettent de ne pas désespérer, vivre la fraternité, la solidarité concrète, garder ou retrouver une énergie vitale, découvrir du sens au combat collectif malgré ses insuffisances, ses déceptions qui rappellent sans cesse l'écart béant entre nos utopies et le réel de l'humain, des réalisations humaines et la longueur du temps nécessaire pour mesurer la validité du chemin. Le durable s'oppose au jetable mais le temps nécessaire s'oppose à l'instantané qui fait de nous des ludions sans mémoire. Simplement du courage et une idée qu'à plusieurs c'est davantage supportable. Etait-il si facile en 1940 de s'engager pour la victoire incertaine ?

Sommes-nous capables de nous reconnaître facilement donneurs de leçons et juges comme si notre époque dominait en tout domaine les générations qui nous ont précédés ? Serons-nous assez courageux et dignes d'avoir résisté assez pour que le pire ne puisse advenir et qu'advienne un monde vraiment plus vivable, quelque peu fraternel dans une démocratie revivifiée aux yeux du monde dont nous ne sommes pas isolé.es mais solidaires pour le meilleur et pour le pire ? Pour moi, il n' y a ni grand soir, ni révolution à attendre comme elle fut possible dans une France de famine ; des révoltes assurément mais qui ne pourraient emporter un pouvoir policier qui s'est organisé avec des possibilités de surveillance, de fichage, de répression sans égal dans l'Histoire, sans même envisager que celles-ci se renforcent sans cesse quoi qu'il en coûte de sang et de larmes, presque rien en somme. Le capitalisme et le nationalisme tuent, violent, méprisent, rejettent, appauvrissent, détruisent. Ils n'ont pas fini cet œuvre de mort et de destruction et n'ont pas besoin d'y être aidé par nos décisions irresponsables, inconscientes ou rageuses, bref seulement émotives.

2 – Gagner la présidentielle de 2022

Un changement majeur à gauche pour 2022 est la condition essentielle tout autant que le nombre et les forces résistantes pour éviter le précipice du régime autoritaire fascisant qui, en cinq ans de plus, ne saurait être évité dans l'empilement continu de lois liberticides et répressives des citoyens et des travailleur.euses que nous devons essentiellement aux trois présidents depuis 2007. Nous redresserons la barre ou nous coulerons pour un bon bout de temps. Inutile de se raconter des histoires pour se brouiller la vue. La gauche ne peut perdre que par ses divisions, par une volonté hégémonique, pas à cause de la droite,.

Si Macron ou Le Pen venait au pouvoir, nous aurions nos années « faits alternatifs », la surveillance et la répression en un seul paquet. Un état centralisé comme la France peut imposer ce joug. La Constitution est écrite de telle manière qu'une fois élu le président inamovible a un pouvoir exorbitant comme la dérive présidentielle de Macron depuis son élection l'illustre abondamment et plus encore que ses prédécesseurs, dynamique propre à la Vème République tout autant qu'au monarque. Il ne resterait plus qu'une Révolution Française-bis pour le renverser. Ne nous cachons pas l'inanité d'une telle hypothèse à tous égards. La responsabilité de toute la gauche politique est pleine et entière sans exception.

La « gauche »  quelle gauche ?

Qui est « la gauche » aujourd'hui ? Ce terme même est sujet à rejet ou discussion sans fin. Les exclusives des uns et des autres, se rejetant comme « extrémistes » ou « pas de gauche » ne sont plus de mise. La gauche est éclatée en multiples forces du rose-pompon au grenat et au noir, comme, peut-il sembler, elle ne le fut jamais (sauf que sous la IVème avec Mollet ce fut pas beau à voir non plus). Son unité programmatique est un leurre ce qui ne signifie nullement que des objectifs communs ne puissent être trouvés mais il faut le vouloir et travailler vite et bien.

Quelles sont les forces qui peuvent amener au second tour un.e candidat.e de gauche ? Une seule force , deux, trois … ? Laquelle se sent assez forte, assez mobilisatrice pour, à elle seule, se qualifier pour le second tour ? Probablement pas seulement LFI, les autres aussi. Dans ces tours d'ivoire, tou.tes se retrouvent pour se surestimer. Tout est bon pour entretenir son illusion. Bref, une façon de « perdre si ce n'est pas moi ». Trahison du peuple qui s'ignore, gravissime.

En réalité, quelles que soient les croyances, elles ne sont que croyances et paris. Pour moi il est hallucinant et irresponsable de prendre un tel risque face à de tels enjeux pour imposer son ou sa candidate et espérer le second tour. La réalité des forces est là quoique certain.es ne voudront jamais le considérer : aucune force à gauche ne peut, à elle seule, espérer figurer au second tour sauf parier sur l'epsilon ! On ne peut pas parier sur epsilon de chances quand c'est le peuple et la démocratie qui est en jeu face à l'état policier qui est là. Lucidité des forces en présence, pas une trahison des efforts de ces croyant.es.

Je conçois que, les militants d'un parti, les sympathisants peuvent croire dur comme fer en la chance de leur candidat.e. Tout est organisé pour cela : se monter mutuellement la tête pour y croire et regonfler ceux/celles qui peuvent penser un peu autre chose. C'est pareil dans tous les partis. On fait tellement de paris qu'on en oublie, de pari en pari, que l'on peut perdre et que cette fois, si c'est perdu c'est au moins l'état policier. Mais à la fin, l'édifice s'effondre. Je sais bien qu'aujourd'hui on peut croire avoir gagné quand on perd mais enfin, on n'en est pas tous là !

Penser lucidement, c'est souvent un crève-cœur qui impose fréquemment de reconsidérer totalement ses désirs. Je reconnais que l'épreuve du réel, estimer réellement la situation et ses forces, est bien difficile quand on est militant dans un parti qui a toujours tendance à surestimer ses forces et tendance à sous-estimer la situation. Certes, on ne gagne pas si on n'y croit pas beaucoup mais ce n'est jamais une garantie de gagner !

L'élimination au premier tour sans appel ni rappel

Le danger premier, absolu, sans appel, serait l'élimination du ou des candidats de gauche au premier tour. Nous l'avons vécu en 2017. En ce cas,en 2022, nous aurions tous perdus et pour longtemps. L'objectif de parvenir au second tour et gagner, plus indispensable que jamais, devrait pouvoir guider chacun dans sa réflexion, ses choix, son action quoiqu'il en coûte dans ses conflits de loyauté ou d'autre.

Sans le voir comme suffisant mais nécessaire sans hésiter, il faut organiser une alliance électorale pour gagner avec toutes les forces de gauche soit tous les partis qui s'en réclament sans exclusive ou qui veulent rejoindre cette alliance. Le second tour est à ce prix ou il n'y aura pas de second tour avec la gauche.

La division à gauche nous ferait perdre à coup sûr avec un ressentiment encore plus fort dans le même camp. Oui nous sommes dans le même camp, pas tous sur la même idéologie, pas tous sur la même longueur d'onde et c'est tant mieux, mais tous nous gagnerons ou tous nous perdrons. C'est aussi simple que ça. Si nous gagnions, c'est après, qu'il faudra encore et toujours se mobiliser pour avancer à gauche. Si nous perdions « Adieu veau, vache, cochon, couvée... Qui ne fait châteaux en Espagne ? » pour le dire sur le ton de la fable.

Des faux y'en a partout, des carriéristes y'en a partout, des bidons y'en a partout, des tièdes ou des brûlants, là, il vaut mieux peut-être avoir les deux. C'est le monde tel qu'il est. A partir de là, on peut travailler ensemble si on ne se croit pas supérieur à tous les autres ou plus légitime. Les invectives, le ressassé des responsabilités passées que personne ne veut entendre, les renvois de balles en formules assassines bien léchées seraient l'auto-destruction méthodique d'un avenir commun. C'est si délicieux de balancer la formule aussitôt reprise qui fait le buzz. Si c'est impossible de s'en abstenir, nous avons déjà perdu et ce sera Le Pen ou Macron.

Un pouvoir qui rend fou

Qui que soit élu.e à gauche, nous n'y échapperions pas. Croire le contraire est un aveuglement ou une inexpérience matinée d'illusions : ce pouvoir du président dans cette Vème monarchique est tel qu'il transforme le locataire de l'Elysée. « La télé rend fou » a écrit un ancien présentateur du journal télévisé, Bruno Masure. Croyez-vous que le pouvoir du Président de la République ne rende pas fou au sens où posséder ce pouvoir fait basculer dans la croyance à la Toute-Puissance au moins en France, jardin intérieur, illusoire là comme ailleurs ? Pour contre-balancer quelque que peu ce pouvoir et cette illusion, les résistances et la mobilisation populaire sont indispensables et ne peuvent s'accorder de repos, ni avant, ni après.

Un programme ?

Ceux/celles qui réclament un programme s'illusionnent sur la possibilité même de tenir un programme. La vie du monde va trop vite, ce qui est pensé avant ne tient pas la route après, pas complètement certes mais pour le plus gros : il faut faire face à une actualité imprévue et mouvante ou des événements inopinés, imprévisibles obligent à revoir sa copie initiale, innover, interagir dans une complexité sans nom. C'est vrai pour l'environnement national mais aussi européen et mondial. Quand on raisonne systémique, il est évident que le système doit se réorganiser dès qu'un élément est modifié et les éléments modifiés du monde ou de notre pays ne manquent jamais. Qui pouvait prévoir la pandémie avec son impact ? Certes les scientifiques savaient qu'une pandémie arriverait mais à quel moment et quelle gravité ? Qui pouvait prévoir la série et le nouveau style d'attentats ? Certes nous avons été victimes de nombreux attentats mais toujours surpris par l'irruption de ceux-ci et leur « nouveau style ». Il faut alors faire face et là, ce n'est pas le programme-catéchisme qui peut beaucoup aider sauf pour dire par d'autres qu'il n'a pas été tenu, ce qui est à peu près toujours le cas. Ne rien dire sur la direction de la présidence n'est pas non plus chose tenable mais encore faut-il être déjà engagé.es dans une campagne avancée. Là aussi, il faudrait innover. Les mandats impératifs sont une illusion ou un carcan impossible à tenir sauf à provoquer plus de mal que de bien. Avec l'âge, je peux dire que nous en avons connu des engagements non tenus, des propos de campagnes qui semblaient aller dans un sens et qui allaient dans un autre, sans parles du maquillage (Hollande fut un chef !). Les déclarations et programmes de campagne servent surtout à donner à croire au maximum de forces et de voix que les décisions vont aller dans le sens du sous-groupe. Il faut donc en dire à chacun pour que chacun se sente entendu. C'est le prix de la mystification réussie.

Il n'est pas question d'oublier les leçons de son histoire partisane déçue parfois vécue comme trahison mais de travailler ensemble, enfin ensemble et forcément ensemble pour une victoire à l'élection présidentielle. C'est la leçon du parti démocrate américain et des candidats à la Primaire, tous derrière et avec Biden. Croyez-vous qu'entre eux, n'existaient pas des différences profondes  qui refont surface ? Ils ont fait front uni et ils ont gagné. Sans ce front uni solide, Biden perdait face à Trump et ses 70 millions de votes. Sanders aux USA a soutenu fortement Biden qui a viré Trump. Quelle leçon des partisans de Sanders qui pour sa dernière campagne n'a pas voulu jouer avec le feu. Chapeau cent fois ! C'est une responsabilité historique assumée. Candidat, Sanders n'aurait pas gagné mais sans Sanders, Biden ne gagnait pas. Des leçons à méditer pour la gauche française.

Candidatures multiples à gauche ?

Le résultat de 2017 est éclairant : plusieurs candidats, ce fut perdu pour le second tour, Macron est président. Ceux qui n'ont pas voté, comme ceux qui ont voté Macron sont également responsables du quinquennat Macron à défaut d'avoir élu l'autre candidate. MLP c'était mieux ? Cette fois, un duel, opposant au second tour les mêmes, conduirait à un rejet massif des deux candidats laissant l'un ou l'autre gagner sans victoire acquise d'avance. Macron c'est pourri, il conduit à l'extrême-droite mais Le Pen serait encore pire avec des lois redoutables dans les mains des fachos totalement amateurs, sans parler des groupuscules dans son sillage et l'extrême-droite européenne avec les nouveaux nazis allemands. Bonjour la France au matin du résultat !

Oui, en cas de second tour 2022 identique à celui de 2017, sans la gauche, une proportion importante d'électeurs n'iront pas voter. Il faut en être vraiment conscient.

Comprendre l'élection présidentielle c'est intégrer l'élection à deux tours où deux seulement des candidats pourront participer au deuxième tour pour un élu. Le candidat de gauche doit passer le premier tour, c'est la difficulté principale. Désunie, c'est cuit d'avance !

Quelle condition pour figurer au second tour ? Il y en a certainement plusieurs mais une et une seule me paraît incontournable : Un SEUL candidat dès le premier tour ! Deux candidats se neutraliseront réciproquement pour le second tour et la gauche ne figurera pas au second tour Certains se réjouiront du score élevé du champion battu, accusation réciproque de cette défaite mais la défaite sera là et le second tour une fois de plus sans nous, sans la gauche, face au précipice.

Un.e seul.e candidat.e mais aussi un.e candidat.e neuf, qui n'a pas participé au précédent scrutin de 2017 pour la raison simple qu'il faudra mobiliser sur une personnalité mobilisatrice qui demande un nom nouveau pour éviter les querelles anciennes toujours prêtes à rejaillir à tout moment. Je sais Biden a réussi la troisième fois mais il avait Trump à dégommer et derrière, un front uni des démocrates.

A mes yeux, le candidat ou la candidate ne devrait pas être dans l'équipe de gouvernance d'aucune des organisations politiques de la gauche : les organisations politiques sont largement discréditées. Restent les inconditionnels ou les enthousiastes. Le pays a besoin de retrouver une confiance dans un.e candidat.e nouveau, vraiment nouveau, sinon MLP sera celle qui apparaîtra nouvelle ou pas encore essayée. J'ai pas envie « d'essayer » Le Pen ! Des noms me viennent comme à beaucoup, qui ont une stature nationale, une expérience ministérielle ou pas.

Jean-Luc Mélenchon s'est lancé dans la course à la présidentielle et n'a eu aucune difficulté à trouver ses 150 000 demandes, nombre vraiment faiblard. Un million aurait eu de la classe et relevait de la performance mais ces chiffres sont subalternes. Je sais aussi que beaucoup chez les Insoumis s'en réjouissent voyant déjà la victoire possible avec ce champion qui se place avant quiconque. Il part très tôt, avant tout le monde pour éviter la concurrence. Il a toute légitimité de se présenter mais est-il LE bon candidat unique et commun ? Une question, somme toute essentielle. Je ne le pense pas. Un plafond de verre limite cette troisième candidature : Mélenchon a une expérience ancienne en politique. Ce n'est pas un homme neuf mais un vieux briscard, probablement sa dernière campagne. Je ne doute pas un instant de la sincérité de son ambition pour le pays mais il a montré trop d'énervement pour endosser une stature plus sereine, pas crédible assez. Nous savons qu'il peut se laisser emporter par la rage publiquement. Moi aussi, mais je ne suis pas candidat. Sa candidature peut apparaître comme un deuxième essai après l'échec de 2017, ce qu'elle est. Tous, nous rêvons de deuxième chance, qui souvent reste rêve.

La rage peut être aussi celle de ses partisans quand ils attaquent en meute toute autre voix, méthode contestable et si contre-productive. On ne peut pas prétendre représenter le peuple et utiliser des méthodes de voyous sur les réseaux sociaux ou ici même. Elles ne sont pas si différentes de celles qui amènent au suicide ou au meurtre sur ce sréseaux sociaux. Ce sont celles que nous avons connues en 2017. Il est pourtant toujours possible d'argumenter pour convaincre... si on veut convaincre bien sûr ! Le reste est fuite en avant ou tentative d'intimidation. Je ne méconnais pas non plus les possibilités de provocateurs. Les commentaires à l'appel d'une candidature Taubira sur Médiapart reprend le même fonctionnement. J'ai bien compris : il faut décourager pour que Jean-Luc Mélenchon soit suivi par toute la gauche pour se hisser au second tour. Illusion terrible. Procédé compréhensible mais contestable : LFI n'est pas toute la gauche et ne peut le prétendre. De quoi décourager des électeurs potentiels qui n'aiment pas le procédé, cavalier, qui plus est, en un moment délicat et contestable. Je ne suis pas contre un état policier pour accepter ces méthodes comme valables et sans conséquence : procédé détestable qui montre un visage négatif d'une gauche prête à tout, y compris à certaines médiocrités.

Candidature commune et unique – front électoral nécessaire

S'il était le candidat unique et commun de la gauche, je voterai Mélenchon mais il n'a pas cherché à l'être. Un autre serait parti dans les mêmes conditions, je tiendrai le même discours. Il ne peut y avoir qu'une candidature à gauche, celle qui peut le mieux mobiliser et parvenir au second tour.

LFI a un rôle historique à envisager : porter au pouvoir non pas l'un des siens, celui qui a porté avec quel acharnement, quel courage, quelle rage cette utopie d'un grand parti ou mouvement pour changer réellement le destin du pays, du peuple et sa Constitution mais un.e candidat.e unique et commun.e non issu.e d'un parti de gauche qui peut porter ce fardeau et cette responsabilité. Il n'y en pas beaucoup mais il y en a. Renverser la table maintenant, c'est peut-être promouvoir cette candidature unique et commune que personne n'attend. Cette unité peut autoriser tous les espoirs. La vraie force de LFI est de la mettre ainsi au service de la gauche toute entière et du bien commun. Au-delà de l'élection, la France Insoumise n'en serait que plus forte, à la hauteur de sa contribution.

Pourquoi pas une Primaire en France ? Pourquoi pas présenter un ticket (le/la candidat.e donne le nom du futur premier ministre) ?

Une responsabilité historique pour éviter la catastrophe

La seule responsabilité, vitale, des partis de gauche est de se mettre d'accord pour une candidature unique et commune. Qu'ils se débrouillent, c'est leur job ! Ne faut-il pas un tremblement de terre à gauche pour éviter la catastrophe qui s'annonce ? Si l'intelligence suffisait !

Avec cette catastrophe évitable parce que visible, comme toujours c'est le peuple, les plus pauvres, les plus vulnérables, les plus précaires, population toujours croissante qui payera cette impéritie, note que notre génération pensait ne jamais payer. Si Hölderlin ("Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve") remarque avec justesse la croissance de ce qui sauve quand croît le risque, il ne dit pas qui l'emporte finalement !

Ces partis, tous compris, s'ils échouaient à se mettre d'accord pour un candidat unique et commun pourraient encore prétendre représenter le peuple ? Ce peuple se jetterait alors dans les bras du national-socialisme quelle qu'en soit la couleur et la forme, comme il le fit en Allemagne face à la division et les luttes au sein de la gauche allemande. Cette catastrophe leur serait imputable pour longtemps, tous réunis dans la même opprobre d'un échec dont on ne se relève pas.

Qui suis-je pour parler ainsi pourra-t-on se demander ? Bloggeur régulier sur ce Club, ma seule conscience politique et plus encore sociale et environnementale. Résistant, jamais assez, je participe déjà autant que faire se peut à visibiliser les mouvements sociaux et climatiques, à proposer ma réflexion et mon analyse d'une vie entière chauffée au politique, au social, à la créativité et à l'Autre dans sa différence heureusement irréductible, pas toujours simple à vivre.

Celui ou celle qui parvient au bout de ce long écrit qui clôture la série a fait du chemin. Pas si mal ! Bien sûr certain.es s'arrêteront non pas seulement par la longueur, le temps qu'il faut pour le parcourir mais en disqualifiant ce raisonnement et cette analyse qui bouscule. C'est plus facile ainsi de se rassurer et fermer les yeux. Ne vous y trompez pas, mon cri est le cri de tant d'autres qui ne le peuvent pas. C'est bien un cri, sachez l'entendre et agir comme votre conscience, votre intelligence, vos tripes et votre cœur vous parleront... peut-être.

J'ai exposé et argumenté deux conditions pour inverser le cours de notre histoire : les résistances du plus grand nombre et l'élection d'un président de gauche à la présidentielle de 2022. Les deux conditions sont indissociables. Sans l'élection, la résistance devra faire comme toujours, bien trop sur la défensive : affronter le pouvoir en place pour limiter le recul et la casse et y laisser beaucoup de plumes et de résistant.es avant une autre échéance en 2027. Mais quelle échéance en 2027 ? Le temps aura passé, les conditions auront changé, avec la mise au pas des médias « d'opposition » dont ce journal pour lequel bien des politiques voudraient la peau et pas que celui-ci. Les télés publiques aussi, Arte et Franceinfo TV à la botte et en premier. Ce qui est peut-être possible en cette période ne le sera peut-être plus après. N'a-t-il pas déjà commencé à brûler notre Reichstag ?

Si les partis de gauche prenaient la responsabilité de présenter plus d'un.e candidat.e, a fortiori un chapelet de candidat.es pour se compter ou chercher l'hégémonie, ils prendraient une responsabilité historique écrasante face au peuple de gauche après Hollande qui a pulvérisé la gauche par un quinquennat désastreux, devant l'Histoire ils prendraient une responsabilité comme l'Assemblée qui vota les pleins pouvoirs à Pétain. Echec prévisible. Catastrophe annoncée.

Avec l'hédonisme de surconsommation et de bien-être frelaté contre la servitude absolue, cette misère et l'exclusion qui s'étend quand d'autres se goinfrent et n'ont jamais assez, croyant se sauver dans des oasis préservés, si ce n'est en étoiles, ces deux visions cauchemardesques du futur rejoindraient celle de George Orwell et son année célèbre, celle d'Aldous Huxley et son meilleur des mondes dans un mix désespérant. Alors, bienvenue à « No future ».

C'est maintenant qu'il nous faut décider : résister et s'unir pour les virer.

 

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Que ferais-je alors, petit pion dans l'histoire, si l'éventualité devenait réalité ? Peut-être pas le seul à faire ainsi, peut-être nombreux. A soixante-dix balais au chrono l'an prochain, peut-être écœuré, laisser ce champ de ruines pour cultiver mon jardin, pourtant ravi de la poussée du printemps, des légumes et de fruits comme de la vigueur de l'automne, couleurs saisies au couchant… mais être heureux quand tant de malheurs et malheureux toujours plus nombreux ? Impossible. Peut-être nous-mêmes, touchés par l'épreuve, le malheur.

 

 

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