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Billet de blog 24 juin 2022

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Une aventure de Julie en Pays de Caux - 3

C’est la plus jeune, Eva, toujours directe et spontanée, qui s’est lancée dans cette déclaration. Elle fait rosir les joues de sa grand-mère. Plus posée, Anaïs tend la main à Jeanne en la saluant avec respect, puis se tourne vers Julie, quelque peu étonnée de cette hardiesse de langage.

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Pour commencer la lecture au chapitre 1

Chapitre 3 – La Compagnie Princ'S

Illustration 1
Vue sur la falaise d'amont et "le trou à l'homme" partiellement visible (marée à ce niveau en interdit l'accès)

« Des choses difficiles à dire ». Cette phrase énigmatique prononcée par José, ne cesse de trotter dans la tête de Julie sur le chemin du retour.

« Que veut-il dire ? Que peuvent être ces « choses » ? Je ne vois vraiment pas » se répète-t-elle à chaque virage, dans la voiture conduite avec prudence par André.

« Alors, ce marché Julie, comment l’as-tu trouvé ? Bien différent de ton marché parisien ? » lance-t-il tout à trac.

Elle sursaute légèrement à cette interpellation soudaine, contrainte de sortir de ses questions sans réponse.

« Le marché... le marché… euh… ah oui, le marché ! Il est très bien, surtout en plein air avec tout ce monde et le soleil, c’est agréable. Les gens parlent beaucoup, beaucoup plus qu’au marché d’Oberkampf le vendredi où je vais, quand c’est les vacances. Ils sont plus détendus, dirait ma mère. Ah oui… j’ai admiré les produits du marchand portugais et je m'en régale d'avance. »

Jeanne prend la parole :

« Que oui ! Tu apprécieras encore plus la morue que j’ai finalement achetée, quand tu la dégusteras avec sa recette portugaise. Tu verras comme c’est bon ! »

Julie ne cesse de penser que ce rendez-vous au « Trou à l’homme » c'est pour demain. Il faudra bien pourtant attendre ! Comment calmer cette impatience et surtout trouver une bonne raison pour s'y trouver à 14 heures ... pas une mince affaire !

Le repas terminé, Jeanne s’adresse à sa petite amie :

« Pendant que grand-père fait sa sieste quotidienne, tu as le choix : rester ici sur le terrain ; tu peux te reposer sur la balancelle, enfin faire tout ce qui te plaît sur la pelouse, ou alors venir avec moi chez ma grande amie Charlotte pour un goûter gourmand dans une belle maison. Je crois même me rappeler qu’elle a ses petites-filles chez elle en ce moment. Que décides-tu, Julie ? »

Cette dernière n’hésite pas une seconde : c’est la belle maison !

Un quart d’heure après, Jeanne amène Julie sur les hauteurs d’Étretat pas très loin du terrain de golf, chez Charlotte. Durant le court trajet, elle apprend que son amie habite une grande maison aux volets verts dans un magnifique parc, mais aussi qu’elles se connaissent depuis longtemps, depuis… Jeanne ne sait même plus depuis combien d’années !

L’allée verdoyante et ombragée d’un parc fort bien entretenu les amène tout droit vers une confortable maison de la fin du XIXe siècle. Cédant à la mode des bains de mer et des constructions en silex taillés et briques, c’est à cette époque que, de villages de pêcheurs, Étretat devint cité balnéaire prisée du Tout-Paris fortuné. Une riche demeure à n’en pas douter !

Sur le perron, Charlotte agite sa main, toute souriante dans sa belle robe jaune et blanche, bordée de dentelles et nouée à la ceinture. Mais que se passe-t-il ? Deux visages très jeunes pointent un instant leur nez derrière le rideau de l’entrée. Notre passagère voit aussitôt une grande fille bondir hors de sa cachette provisoire, descendre en courant les escaliers du perron, suivie par une enfant visiblement plus jeune qui rit de toutes ses dents de lait... enfin celles qu’il lui reste !

« Bonjour Jeanne chérie, bonjour grande fille ! »

Devant ce vêtement du plus bel effet, Julie se retient d’exécuter une révérence et sourit à cette idée avant de saluer son hôtesse :

« Julie Madame, bonjour Madame.

– Eh oui, dit Jeanne, c’est la petite-fille dont je t’ai parlé ; ma Julie qui passe deux semaines chez nous pour les vacances. Elle est arrivée hier. André et moi, nous n’attendions que sa venue pour passer un bel été.

– Bien sûr, ma Jeanne. Moi, je pensais accueillir seulement Anaïs, mais c’est encore mieux : Eva sa jeune sœur est finalement venue avec elle pour trois semaines. C’est pour moi un grand bonheur. Depuis que je suis seule, cette maison est bien grande. Avec elles, c’est la vie qui revient.

– Et bien, c’est parfait. Crois-tu que nous puissions les laisser jouer toutes trois ensemble, tandis que nous préparerons le goûter et bavarderons ? dit Jeanne.

– Pas de problème. Gilbert notre jardinier est là, aujourd’hui. Il saura jeter un œil sur nos petits-filles. »

Charlotte s’adresse alors à Julie :

« Julie, tu peux aller faire connaissance avec mes petites-filles. Tu verras, elles sont adorables et bien vives ! Je les appelle, elles ne doivent pas être loin. »

Charlotte, qui n’a pas vu ses petites-filles dans son dos, met sa main autour de sa bouche en entonnoir pour amplifier le son de sa voix légère et un peu tremblante. En détachant les syllabes de leurs prénoms, elle appelle d'une voix à peine plus forte :

« A-na-ïs... E-va... Venez ici mes chéries… »

Sortant de l’entrée, elles surgissent sans tarder devant elle.

« Bonjour Madame Jeanne, notre grand-mère nous a parlé de vous. Elle vous aime bien vous savez. »

C’est la plus jeune, Eva, toujours directe et spontanée, qui s’est lancée dans cette déclaration. Elle fait rosir les joues de sa grand-mère. Plus posée, Anaïs tend la main à Jeanne en la saluant avec respect, puis se tourne vers Julie, quelque peu étonnée de cette hardiesse de langage.

« Bonjour, je m’appelle Anaïs et toi, c’est comment ?

– Moi c’est Julie. Et ta petite sœur ?

– Eva. Comme  Eve,  mais avec un  a  ! lança Eva

– Julie, si tu veux venir jouer avec nous, c’est maintenant et jusqu’à l’heure du goûter. Avec ma sœur, on aime s’amuser comme des folles et ici c’est super ! Tu aimes courir, j’espère ? » poursuit Anaïs.

Charlotte a juste le temps de dire au petit groupe que Gilbert leur donnera le signal du goûter. Déjà, toutes trois se mettent à courir en direction d’un massif de fleurs où travaille le jardinier.

« Eh bien, elles vont s’en donner à cœur joie dans ton parc, Charlotte. Nous pourrons bavarder tout à loisir avant le goûter. J’ai apporté un cake aux griottes.

– Tu as raison. J’ai préparé moi-même un gâteau aux poires, elles auront donc le choix, ce ne sera pas pour leur déplaire ! Nous aussi, on fera les gourmandes. Entrons ! »

Essoufflées après leurs courses éperdues dans le parc où tout doit être montré à Julie, les trois filles arrivent devant l’entrée de la cabane construite près du mur d’enceinte entre deux saules pleureurs. Anaïs stoppe Julie. Grave, elle déclare solennellement :

« Julie, notre grotte secrète – c’est la cabane que tu vois sous les arbres – est le repaire de la Compagnie Princ'S qui compte deux membres. Tu ne peux y entrer que si tu deviens le troisième membre. Es-tu d’accord ? »

Julie n’a aucune envie de dire "non", bien au contraire et s’empresse de répondre d’un "oui" franc et massif.

« Nous allons donc te bander les yeux avec nos mouchoirs avant de rentrer. Après, une cérémonie longue et pénible te sera imposée. Alors à la fin, si tu supportes bien les épreuves, tu seras admise dans notre société secrète. Tu devras prêter serment et jurer fidélité à notre cause. Es-tu prête pour ce passage terrible et terrifiant ? »

Julie n’en croit pas un mot : « pénible », « terrible », « terrifiant » c’est pour s’amuser ! Elle tente par tous les moyens de ne pas rire et de garder un air sérieux. Elle répond sans attendre ni hésiter :

« Oui Anaïs, je suis prête pour subir les épreuves terribles et terrifiantes !

– Maintenant tu m’appelles Princesse Anaïs et ma sœur, c’est Princesse Eva »

Ses yeux sont bandés avec les deux mouchoirs noués bout à bout. Eva ouvre la marche en battant des mains. Anaïs guide les pas de Julie et lui fait baisser la tête à l’entrée. Dans la cabane, la petite enlève le bandeau et lui enjoint de s’asseoir.

« Moi, Princesse Eva, présidente de la Compagnie Princ'S, je vais conduire ton interrogatoire. N’oublie pas que tu dois réussir toutes les épreuves pour entrer dans la Compagnie. Ce sera dur, très dur, aucune personne n’a jamais réussi et personne encore ne l'a tenté ! »

Sans son bandeau, Julie parcourt rapidement des yeux la cabane. Elle aperçoit sur un mur de planches trouées, une vieille photo de « Pirates des Caraïbes », une cordelette suspendue au-dessus des têtes, deux ballons à moitié gonflés comme guirlandes, une vieille table basse avec des os secs et poussiéreux dessus. Un coffre dans le fond est presque caché par un rideau à moitié déchiré. Des branches entremêlées en guise de plafond… L’endroit plaît à la candidate, invitée à prendre place sur un « merveilleux et magique fauteuil princier » ; un fauteuil qui n’est, en réalité, qu’un vieux siège en toile, vestige d’une très ancienne 2 CV. Les deux sœurs s’assoient face à elle sur de gros pneus peints de couleurs vives, baptisés chacun « Trône royal des princesses héroïques ».

L’interrogatoire commence par Anaïs, dans une pose princière comme on en voit au cinéma, main sur le cœur, puis l’ouvrant peu à peu :

« Nous, Princesses héroïques des Temps modernes, saluons aujourd’hui en notre château, la présence de Dame Julie qui veut entrer dans la Compagnie Princ’S. Princesse Eva, avez-vous quelque chose à ajouter ?

– Oui ! j’ajoute que j’ai toujours quelque chose à dire et j’ajoute ce que je vais dire. C’est une question pour Dame Julie : quel âge avez-vous dans le monde de tous les jours et toute l’année, maintenant ? Attention, ne jamais nous mentir, sinon c’est perdu !

– Je ne mens jamais, même maintenant. J’ai 11 ans depuis le mois de mai, mais je sais que je fais plus grande.

– C’est le même mois que moi, génial ! mais reprenant aussitôt un ton solennel – euh… là n’est pas la question. Ici, nous avons décidé que c’est moi la plus grande ! Donc, tu cherches pas à faire la grande : ici tu es petite… enfin plus petite que moi. OK ?

– Ok, Princesse. Je fais aussi quelquefois plus petite que mon âge ! Puis-je poser une question ?

– Pas encore, la cérémonie n’est pas terminée, elle commence. À la fin, tu pourras, peut-être, éventuellement, être nommée Princesse, mais il faut le mériter. Princesse Anaïs, c’est à ton tour de poser une question.

– Oui, ici, j’ai accepté la dure règle de la Compagnie : plus grande que vous, je suis considérée comme plus petite que vous… »

(en aparté à sa sœur) « ici seulement ici, tu entends bien Eva ?

et je dois obéir, enfin si je le veux, à Princesse Eva la Grande ! Donc, dis-nous vraiment si tu aimes les aventures, si tu ne crains pas le danger et si tu sais garder un secret ?

– C’est beaucoup de questions à la fois... Voyons... J’aime les aventures depuis que je suis grande, mais quand j’étais petite fille, je lisais des livres d’aventures et je m’imaginais aventurière. Je n’ai jamais peur du danger, sauf si le danger est vraiment dangereux ou si mes parents me le disent. À l’école, on me dit souvent que je suis casse-cou et fonceuse. Moi, je pense que les autres filles sont plutôt timides, alors bien sûr, quand on n’est pas une fille timide, ça fait jaser !

– (toujours en aparté) « jaser » ça veut dire quoi Anaïs ? –

– Parler comme une pie. Comme une pie, tu vois qui je veux dire ?

– Non, pas moi ! répond farouchement Eva, menton en avant. Moi, je parle quand je veux dire quelque chose et que je sais ce que je veux dire. À l’école, je fais pareil et ça marche !

– Donc, ça fait jaser ! Je m’en moque, je vis ma vie et je rentre en sixième à la rentrée !

– Moi je rentre au CE2. C’est le cycle des zapprofondissements. Je sais pas ce que ça veut dire, mais c’est les grands qui y vont !

Princesse Eva, tout à l’heure ! Ecoutons Dame Julie nous répondre.

– Je finis ma réponse : je sais très bien garder un secret et je ne vous dirai rien de mes secrets. »

Eva renchérit :

« Oui, mais quand même, on peut se les dire entre nous les secrets, c’est bien vrai Anaïs ?

– Ça dépend des secrets ; il y a des secrets secrets et des secrets qu’on peut dire à ses meilleures amies.

– Voilà, j’ai donné ma réponse. Je peux poser moi aussi des questions ? enchaîna Julie.

– C’est bientôt fini, pas d’impatience. Il faut que notre Compagnie se réunisse pour décider si ta réponse nous permet de t’accepter. Nous allons délibérer. »

Les deux sœurs font mine de se retirer un instant derrière le rideau et de prendre une décision déjà prise. Elles se retournent. Eva proclame solennellement :

« Aujourd’hui en l’an de Grâce particulière et définitive de cette année, à l’unanimité des princesses royales ici présentes, tu es admise dans la compagnie Princ’S. Maintenant, il faut te mettre à genou pour recevoir ton titre de noblesse et prêter serment. Après, nous t’apprendrons la devise et la règle de la Compagnie que tu devras savoir par cœur. »

Julie se met à genou en regrettant de s’agenouiller sur un sol de terre un peu dur et terreux. « Ce sera dur » disait Eva, elle se dit que la seule chose dure de la cérémonie, c’est le sol !

« Moi, Princesse Eva, présidente royale de la Compagnie Princ’S, en présence de la Générale en chef de notre Noble Armée Vaillante te fait Princesse Julie dans notre société secrète. À propos des secrets, c’est moi et à moi seule que tu diras tous tes secrets pour que je voie si c’est un secret qu’on peut dire ou un secret secret !

– Tu es vraiment gonflée, Eva ! s’exclame Anaïs puis, s’adressant à Julie :

– Ne l’écoute pas, elle fait ça pour tout savoir et rien dire aux autres, en plus !

– Tu es gonflée toi aussi, il faut bien que quelqu’un aide Julie pour ses secrets, voyons ! Moi, c’est pour rendre service... Enfin bon, puisque c’est comme ça, je renonce à rendre ce gentil service. Julie, tu feras ce que tu voudras avec tes secrets... Bon, notre devise c’est : « Princ’S, toutes pour une, une pour toutes ! ». Il faut la savoir par cœur. Deux règles : je suis la plus grande quand on est dans notre cabane, pas de discussion. L’autre c’est : la Compagnie combat tous les méchants et se bat pour sauver la terre entière et même au-delà. Maintenant tu dois prêter serment. »

Princesse Julie prête alors serment en jurant fidélité à la Compagnie, le respect des règles, récite plusieurs fois la devise qui l’amuse (elle lui rappelle une histoire qu’on lui a racontée ou un livre lu mais lequel ?). Elle trouve même des formules alambiquées et des remerciements incroyables qui ravissent les deux sœurs. Elle termine en disant :

« On peut aussi être amies. Je peux poser mes questions ?

– Oui, maintenant, toutes les questions que tu veux. Et puis, on arrête de s’appeler Princesse ; c’est bon juste pour la cérémonie, après c’est pénible ! répond Eva du tac au tac.

– Bon alors, j’aimerais bien savoir votre âge, d’où vous venez et ce que vous faites ?

– J’aurai 12 ans le 11 novembre, un jour célèbre, et célèbre pourquoi ? Vous le savez ? » répond aussitôt Anaïs.

Sa sœur ne peut s’empêcher d’intervenir :

« Oh que si ! Tu le dis assez ! Tu te répètes ma chère !

– Oui mais notre amie ne le sait pas forcément. Le 11 novembre c’est l’anniversaire de la fin de la guerre de 14-18. Mon arrière-grand-père l’a faite et il s’est battu sur la Marne. Il a même été blessé et il a eu une médaille. Je l’ai pas connu, c’est papa qui nous l’a dit et c’était une guerre terrible. Avec des millions de morts. Petite, j’avais envie de pleurer en y pensant... Bon enfin, c’est passé... À la rentrée, je serai en troisième au collège Landowski à Boulogne-Billancourt. J’aime beaucoup les livres et tout ce qui est aventure, partout dans le monde. Plus tard, je veux être exploratrice ou ethnologue ou alors écrire et voyager. Enfin, j’ai plusieurs idées. Ah oui, j’oubliais, j’adore les langues et j’apprends l’anglais et le russe. »

Sa petite sœur intervient à son tour, se tournant vers sa nouvelle amie :

« Moi, j’ai eu 8 ans le 8 mai, c’est aussi un anniversaire, le mien et un autre, mais lequel ? Le 8 mai, c’est quoi, Julie ? Tu n’sais pas ? »

Julie connaît cette date anniversaire, mais elle sait aussi qu’Eva meurt d’envie de la lui expliquer, alors elle attend un peu...

« C’est l’anniversaire du 8 mai 45, la victoire des Alliés, la fin de la guerre en Europe. Je l’ai appris à l’école. Alors moi, je rentre au CE2 et j’aime bien l’école, pour les amies, mais aussi pour les professeurs, enfin les sympathiques, les autres tant pis pour eux, ils ne savent pas ce qu’ils perdent. J’aime beaucoup l’histoire et la géographie et les sciences, surtout les expériences parce qu’on en fait beaucoup, “la main à la patte” ça s’appelle. En plus, je suis déléguée de classe et j’aime ça. Ah oui ! c’est à l’école Escudier. Nos parents habitent à Boulogne-Billancourt, alors nous aussi. Mais ils ne sont pas de là au départ. Ma mère vient de Bretagne, de Trégastel, on y va quelquefois et mon père a tellement voyagé qu’il ne sait plus d’où il vient… enfin c’est ce qu’il dit pour me faire croire, mais je sais que c’est pas vrai ; d’ailleurs il le dit en riant. Et toi ? »

Elles parlent, se questionnent, s’interrompent, rient, insouciantes et heureuses de se trouver si bien ensemble. Quand soudain, la voix de Gilbert à la porte – il n’a pas le droit d’entrer et il le sait ! – retentit :

« Demoiselles, c’est l’heure du goûter, le chocolat est chaud et les grands-mères mangent le gâteau, bientôt y’en aura plus ! »

C’est en courant qu’elles sortent du repaire et essoufflées à leur arrivée dans la salle à manger où attendent grands-mères et chocolats fumants avec deux gâteaux fort appétissants.

Eva lance sans attendre :

« Grand-mère, on s’est tellement bien amusées toutes les trois ! Julie pourra venir passer la journée demain avec nous s’il te plaît, Mamie ?

– Eh bien ! quel empressement ! Et toi Anaïs, qu’en penses-tu ? répond Charlotte.

– Je pense la même chose. Pour une fois, on est bien d’accord. On adore Julie et à trois, on s’amuse vraiment bien. J’aimerais lui montrer mes livres, mais aussi aller à la plage avec elle.

– Et Julie, qu’en pense-t-elle ?

– C’est parfait pour moi, Madame. Aller à la plage demain après le déjeuner serait vraiment, vraiment parfait… mais peut-être que ce n’est pas possible ?

– Bon les filles, vous êtes toutes d’accord, semble-t-il. Demain mercredi, c’est possible. Jeanne, tu nous confies ton amour de fille pour la journée ?

– Devant cette unanimité, je ne peux que m’incliner. J’amènerai donc Julie, disons pour 10 heures si cette heure vous convient.

Intérieurement Julie jubile. Elle sera au rendez-vous avec José. Cette fois c'est certain.

Tu peux l’amener dès 9h30, si tu veux. Aussitôt réveillée, Eva va sans arrêt demander si elle arrive bientôt. Alors, le plus tôt sera le mieux et d’accord pour la plage après le repas. C’est la mer descendante. La basse mer est à 14h36 si je me souviens bien. Je vérifierai. Bon maintenant, puisque tout est réglé, passons au goûter. »

Le goûter est avalé avec délectation. Chacune pense à ce lendemain ensemble : quel bonheur ce sera ! Julie, plus que toutes, apprécie ce moment délicieux. Le goûter bien sûr, mais surtout ces nouvelles amies et, elle n'en doute pas une seconde, la possibilité de rencontrer José, discrètement, au « Trou à l’homme » pour savoir et comprendre...

© Georges-André ... ... et le chapitre 4 c'est ici


Bonne lecture et à la semaine prochaine....


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