LUXFER : drame humain et mépris des hommes, gâchis industriel, autorités défaillantes

31-01-20 LUXFER. La multinationale impose sa loi contre la reprise de l'activité. Les autorités jouent les absents pour que tout soit irréversible par la destruction de cet outil de travail performant. Les salariés assument toutes les responsabilités pour maintenir la possibilité d'une reprise, une production d'avenir en France, la défense des salariés illégalement licenciés pour motif économique.

A Gerzat, commune limitrophe de Clermont-Ferrand, après 14 mois de lutte pour sauver leurs emplois et l'outil industriel face « à une multinationale crapuleuse » et dans l'immédiat, empêcher la destruction des installations, « une soixantaine de salariés et ex-salariés se relaient jour et nuit pour occuper le site ». Son objectif est clair : «  Tant que l'usine ne sera pas placée sous tutelle de l'Etat pour être mise à disposition d'un repreneur. Tant que le Ministère du Travail n'aura pas invalidé le motif économique de ces licenciements. Et tant qu'une aide plus poussée sur les reclassements des salariés ne soit mise en place. »* Le tout, sous la menace d'intervention musclée de milices privées ou policières et d'engins de destruction.

Avec la visite des installations, au fil des ateliers, chacun peut constater combien, profondément, ces salariés ou ex-salariés de Luxfer, aiment leur travail et leur outil de travail, leur usine et leurs productions. Ils aiment leur travail malgré les conditions de sécurité pointées de multiples fois par l'Inspection du Travail, tout aussitôt soumise à un chantage aux licenciements pour que rien ne soit fait, casque de sécurité y compris ! Qui ne comprendrait pas cela, ne comprendrait rien à cette lutte intersyndicale, dos au mur et seuls responsables : sauver l'outil industriel performant, réorienter les productions, sauver des emplois.

 © GeorgesAndréPhotos © GeorgesAndréPhotos

Ce vendredi 31 janvier, ces salariés organisaient une manifestation de la gare à l'usine. Sur le rond-point, le soleil et le temps hors de saison incitaient à s'attabler, ce qui fut fait dans un moment de discussion, suivi de deux prises de paroles avec une synthèse exceptionnelle de la situation par Axel PERONCZYK, délégué CGT, porte-parole de l'Intersyndicale. En l'écoutant, vous comprendrez tout l'enjeu, les péripéties, l'inertie des autorités.

Durant sa déclaration les journalistes de "Là-bas, si j'y suis" l'ont enregistré comme d'ailleurs de multiples interviewé.es. A écouter sur le site.

Exceptionnelle déclaration d'Axel vibrant et très ému

Axel avec les journalistes de "Là-bas si j'y suis" et d'autres. © GeorgesAndréPhotos Axel avec les journalistes de "Là-bas si j'y suis" et d'autres. © GeorgesAndréPhotos

 LUXFER en situation de monopole pour des profits supérieurs

La société anglaise Luxfer « a décidé de fermer sa seule usine du monde [en juin 2019] fabriquant des bouteilles de gaz haute pression en aluminium de très haut de gamme, dans le but de se servir de sa position de monopole pour prendre en otage ses clients en baissant la qualité des produits en augmentant ses prix de vente... Les produits vendus (l'oxygénothérapie [à domicile] remboursée par la Sécurité sociale, les Appareils Respiratoires Isolants des pompiers et les bouteilles d'assistance respiratoire pour les hôpitaux...) sont destinés notamment à l'état français... En tant que client final, [il] est directement impacté par les agissements de Luxfer. En laissant faire cette société, l'Etat trahit ses citoyens pour favoriser une multinationale. »

« En plus d'avoir servi à conforter leur position de monopole, le plan de licenciement a permis … de spéculer sur la destruction de cette usine ? BlackRock [oui, ce fond qui attend la retraite par capitalisation grâce à la réforme Macron] a acheté 33M€ de titres avant la flambée de l'action LUXFER pour en revendre une partie lorsqu'elle était au plus haut. »

Bref pour ces puissants, l'activité et l'outil industriel ne compte que le temps du profit maximum immédiat et le cours de l'action. Pas une nouvelle mais une occasion de constater qu'au fond, les vrais défenseurs de l'activité et de l'outil de travail sont ceux/celles qui travaillent (en plus ici de l'environnement menacé). C'est un sujet de malentendus à n'en pas douter : deux logiques indiscutablement opposées entre le capitalisme financier, avec la complicité active ou passive des autorités de ce pays et celui de l'emploi et du tissu industriel du côté syndical et salariés.

« ...95% des machines prévues pour la destruction avaient été achetés par Pechiney, entreprise nationale avant que l'usine de Gerzat soit bradée à Luxfer lors de l'effondrement du géant Péchiney. C'est donc le contribuable qui a payé ces machines », dont une presse géante de 210 tonnes ultra-performante (le bâtiment est construit autour) de 10 millions d'euros en 1996, plus que durable. Laisser sans emploi cet outil, un non-sens !

 © GeorgesAndréPhotos © GeorgesAndréPhotos

 Volonté d'étouffer toute reprise d'activité

LUXFER a refusé le projet reconnu viable de SCOP présenté par les salariés licenciés sur le mensonge de raison économique refusée par l'Inspection du travail. Cette société cherche à détruire illégalement ces installations pour empêcher la reprise d'activité par quiconque, SCOP ou société. Eliminer un possible concurrent pour garder le monopole ? Pas très libéral tout çà, « concurrence non faussée » disent-ils... ! Pourtant ces salariés prévoyaient une fabrication non concurrentielle notamment sur les réservoirs pour véhicules à hydrogène, voie d'avenir.

 «  le 13 janvier, Luxfer a décidé de reprendre le démantèlement dans la plus parfaite illégalité. Luxfer cherche à casser volontairement l'outil de travail pour se dédouaner de ses obligations de revitalisation... », « le Ministère de l'Economie et des Finances leur aurait ordonné de ne pas vendre le site.» Après rencontre avec ce même Ministère, celui-ci a tout nié en bloc. [il devait faire un démenti et rappeler les obligations du groupe LUXFER en terme de revitalisation]... cela n'a jamais été fait.

 Risque majeur de pollution de l'environnement

Le péril environnemental menace par les pollutions des sols, des écoulements de toutes sortes qui se déversent sans contrôle dans le Bédat, la rivière du Nord de Clermont-Ferrand, menaçant la population de pollutions silencieuses air/eau/terrains et cultures bien réelles (amiante, métaux lourds, solvants chlorés etc...),  « … avec le risque de voir une friche industrielle polluée, abandonnée en plein centre-ville...Au-delà de l'aspect illégal de ce démantèlement, Luxfer fait courir un risque aux citoyens de la ville de Gerzat. Aucun plan de prévention n'a été réalisé ? Les machines sont encore branchées électriquement et certaines contiennent jusqu'à 14 tonnes d'huile. De nombreux bâtiments et machines contiennent de l'amiante qui pourrait se propager dans l'air si le démantèlement continue dans ces conditions. Les risques environnementaux, sanitaires ou d'incendies sont trop grands pour que l'Etat laisse faire cette destruction. »

Le déjeuner sur l'herbe © GeorgesAndréPhotos

Des propos écoeurants et ignobles

Quel mépris de la part de Luxfer et ses directeurs successifs, d'une violence écoeurante. Il faut vraiment être solide pour ne pas répondre par une violence secondaire au péril de sa santé peut-être, quand on est ainsi méprisé et baladé (pour être poli). Avant d'aller plus loin, vous êtes invité.e.s à lire le bas de page.

 « Un comportement ignoble de la Direction

 Depuis le début du PSE [plan social d'entreprise], LUXFER a monté de nombreux plans diffamatoires visant à accélérer la procédure du PSE et à faire virer des salariés pour faute lourde. Pourtant à chaque fois cela a été démenti par les Renseignements Territoriaux et cela a même valu à LUXFER une suspension du PSE par la DIRECCTE [Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi].  Pour citer quelques unes de leurs tentatives :

  •  Ils ont fait croire que deux élus avaient caché des bouteilles de gaz pour faire exploser le bâtiment administratif pour les faire convoquer par la police.
  • Lors d'une grève, ils ont fait croire au Maire que les salariés avaient séquestré le directeur et ont demandé l'intervention des CRS. Le Maire est venu lui-même constater que la manifestation était pacifique et que le directeur se portait bien.
  •  Ils ont fait croire que le CHSCT harcelait l'ingénieur sécurité dans l'usine depuis 2 mois , sauf que celui-ci ne venait pas sur le site depuis 3 mois.
  • Notre direction anglaise réunissait les salariés pour leur dire «  Vous ne vous êtes pas donné les moyens de réussir dans la vie, c'est normal que vous soyez licencié », « Contrairement à nous les dirigeants, en tant qu'ouvriers vous ne vous êtes pas donné les moyens d'entretenir correctement votre famille », « Vous êtes des personnes incivilisées », « Joyeuses fêtes, vos meilleures années seront devant vous » etc... pour tenter de faire craquer les salariés.
  •  L'envoi d'Huissiers de Justice chez les élus,
  • Ils ont fait venir des « gardes du corps » non assermentés qui suivaient les élus dans Gerzat pour leur mettre la pression.
  •  Le nouveau Directeur Guy LEBLOND, insultait les salariés par la fenêtre «  vous êtes inutile », « bon à rien », « vous êtes des pions sortants » et plus récemment « bande de feignants, allez travailler »
  • Des cadres dirigeants sont venus provoquer les salariés licenciés pendant leur entretien d'embauche collectif.

 Pourtant toutes ces pressions ont été dénoncées à l'Inspection du Travail. Mais Bernadette FOUGEROUSSE (Directrice Départementale de la DIRECCTE) précise que l'Inspection du Travail n'interviendrait pas sur des questions de harcèlement. »

 A tous les niveaux, les autorités du ministère à la préfète, baladent, jouent l'enlisement, ne prennent pas leur responsabilité.

 « Les salariés ont eu une réunion au Ministère de l'Economie et des Finances. Agnès Pannier-Runacher (secrétaire d'Etat auprès du Ministre de l'Economie et des Finances) et Patrice Ivon (Cabinet de Murielle Pénicaud) étaient conviés et ne sont pas venus. Ils n'ont même pas pris la peine de décommander. La réunion s'est tenue avec Marc GLITA (Délégué Interministériel aux restructurations d'entreprises). Les salariés sont tombés face à un mur, le Ministère n'a pris aucun engagement et ne veut pas intervenir dans cette affaire prétextant qu'il n'a aucun levier pour dénouer cette situation »

 Un levier ? « L'article L1233-62 du code du Travail précise « Le plan de sauvegarde de l'emploi prévoit des mesures telles que […] des actions favorisant la reprise de tout ou partie des activités en vue d'éviter la fermeture d'un ou plusieurs établissements ». Ces mesures avec restrictions ont été fixées en préfecture et apparaissent sur http://www.puy-de-dome.gouv.fr/deuxieme-comite-de-suivi-luxfer-a7464.html

L'usine, ses ateliers, ses machines et le savoir-faire des salariés © GeorgesAndréPhotos

Constat et solidarités

 Il est clair que les autorités, du niveau national au niveau local, ont fait le choix de LUXFER pour bloquer une reprise d'activité contre l'intérêt des salariés et de la France, ni plus ni moins. Chacun peut se demander quel est le dessous des cartes ? Quels intérêts réciproques sont défendus ? Bref, quel deal ? Nos autorités prennent le risque de violences secondaires à ces violences successives au long de ces quatorze mois. Il serait aisé ensuite d'employer la force publique et dénoncer ces réactions violentes en judiciarisant avec force de loi dans la nouvelle offensive répressive que chacun peut constater en instrumentalisant la Justice. Pyromanes ! La démocratie, malade, est en danger.

Maintenant, vous savez. La solidarité c'est venir à Gerzat au plus vite pour soutenir ces occupants par votre passage et si possible participer aux actions qui seront entreprises. Le calendrier est à consulter sur : https://63.demosphere.net/

 

Il nous remercie, nous l'appaudissons

Un peu de légèreté : du rond-point à l'usine

Légèreté du transport © Georges André

Pour ceux/celles qui ne le connaîtrait pas, un excellent billet d'Eric FASSIN "La violence aveugle" à lire sans tarder.

* Toutes le citations sont extraites du dossier de presse CFDT - CGT remis à cette manifestation.

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Avant de se déchaîner sur son clavier en débitant des violences verbales bien inutiles et faciles, souvent sous pseudonyme, ces travailleurs appellent de nous un minimum de décence et de retenue sans lâcher sur le fond avec des mots justes et incisifs et non attiser la haine, même s'il y a de quoi hurler ... me semble-t-il.

 

 

 

 

 

 

 

 

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