Climat et vie sur Terre : contre la résignation, urgence de l'action des peuples 1/2

De plus en plus massivement à travers le monde, en Europe et en France, la population – des plus jeunes aux plus âgés - manifeste pour le climat et la vie sur Terre quand les politiques de tous bords vont à petits pas face à l'urgence climatique. Non rien n'est désespéré. Face au fric qui pollue et tue, aux mensonges des corrompus, la lutte des peuples fait et fera entendre sa voix et ses choix.

          Au fil des dizaines d'années, de manière croissante, maintenant avec la force d'une vague géante, malgré les dénégations de politiques, d'états, de groupes de pression, de scientifiques corrompu.e.s ou borné.es, la reconnaissance massive, en France et à l'échelle planétaire, du dérèglement climatique et de ses conséquences est devenu une préoccupation première qui met en cause, au-delà même des énergies fossiles, le fonctionnement de nos sociétés dites avancées. Mieux, le lien massif entre ces dérèglements climatiques et l'activité humaine dominée par la recherche exacerbée du profit immédiat maximum sans tenir aucun compte des conséquences pour l'écosystème Terre et pour les populations, est lui-même de plus en plus reconnu.

          La mobilisation dans l'action – notamment de très jeunes - suppose en amont de ne pas verser dans le catastrophisme inéluctable et l'inanité de l'action. Certains nous promettent déjà l'apocalypse, le collapsus, l'effondrement, prophètes de malheur ou aveugles d'hier, qui savent déjà que tout est cuit avant même d'agir, déjà désespérés ou fatigués qui parlent d'agir après le déluge vers 2050 (1).

         A la marche du siècle du 16 mars à Clermont-Ferrand, une pancarte proclamait : "La situation étant désespérée, tout est maintenant possible !!!" Ah que non ! La situation n'est pas désespérée sauf à projeter son propre désespoir.

          A quoi servirait-il d'agir en effet si tout est trop tard, la situation désespérée ? Serait-il si tard que la résignation nous pousserait à attendre l'inéluctable avec les maigres jouissances du désespoir et qui se pense avoir raison parce que s'estimant lucide ? Certes la stratégie des petits pas dénoncée par Nicolas Hulot dans son intervention télévisée explicitant sa démission de ministre de l'environnement, perd le temps précieux que nous n'avons (presque) plus (2). Certes l'inéluctable est bien l'élévation moyenne néanmoins différenciée des températures du globe avec son cortège de changements brutaux et cataclysmiques, déjà visibles. Les rapports successifs du GIEC (3) de plus en plus précis et alarmants, les phénomènes météorologiques extrêmes qui gagnent en intensité et en fréquence (cyclones, inondations, sécheresse, fonte des glaces aux pôles, hausse du niveau des mers...) et les changements climatiques déjà perceptibles dans nombre de régions du monde ne laissent aucun doute : le dérèglement climatique est en marche.

 Rien n'est perdu, cette lutte et ces choix pour réduire le réchauffement et ses conséquences

          Pourtant, il n'est rien de plus faux de croire que tout est perdu ou désespéré. Bien sûr l'ampleur de la tâche est immense et longue mais ensemble les centaines de millions de citoyens du monde peuvent peser lourd. Ce sont bien les peuples du monde qui, de pays en pays, de continent en continent, après le choc de savoir l'inéluctabilité des premiers changements climatiques veulent faire entendre leurs voix et leurs choix pour enrayer ces changements autant que possible en agissant efficacement et au plus vite. Les peuples savent bien, malgré les difficultés, qu'ils ne peuvent s'en remettre à leurs gouvernements et à l'autocontrôle des sociétés mondialisées. Dans ce combat pour la planète, c'est aussi le combat des peuples pour leur émancipation à défaut de se retrouver les seuls à supporter humainement et financièrement des mesures pour le climat (4)

          Rappelons quand même que le seul combat perdu d'avance est celui que l'on ne mène pas. La menace est là qui appelle à l'action continue et urgente, pas à la désertion ou à la résignation.

          La certitude d'une montée en température moyenne du globe, ses conséquences sur l'agriculture et l'alimentation mondiale, sur la santé des populations, le niveau des eaux et la submersion des zones côtières, l'avenir de la démocratie, la bio-diversité, la mise en mouvement de réfugiés climatiques et bien d'autres conséquences sont affaire entendue (5) mais à quel niveau tout est là.

Plus chaud que le climat ... aussi longtemps surtout ! © Georges Plus chaud que le climat ... aussi longtemps surtout ! © Georges

 Incertitudes et fourchettes = nos raisons d'agir massivement

          La menace comporte de nombreuses et fortes incertitudes avec des fourchettes de chiffres qui vont du supportable à l'insupportable. Rien n'est totalement joué encore si ce n'est l'urgence pour combattre cette élévation des températures et minorer ses redoutables conséquences.

  • Nous ne savons pas quel sera le niveau maximal de la température moyenne atteint au cours du siècle et en fin de siècle (et le siècle prochain ??) : entre les 1,5° de l'accord de Paris, non réaliste au vu des mesures prises, et le pic du réchauffement à 3, 4, 5 ou 6 degrés de température moyenne (écart considérable), une augmentation exponentielle des conséquences à mesure de l'augmentation de la température. Selon les mesures prises, ce réchauffement peut varier fortement dans sa valeur maximale comme dans la date de dépassement de valeurs intermédiaires. Bien évidemment les conséquences en seront majorées ou minorées. Ce sont et seront les mesures prises, initiées dans l'action citoyenne qui feront la différence.
  • Nous savons seulement que la vitesse des changements climatiques est et sera rapide et durable avec ses effets systémiques. Pourtant, des conséquences dramatiques qui arrivent trente ans plus tôt ou trente ans plus tard n'est pas indifférent ; c'est du temps pour s'organiser, s'adapter à ces changements, poursuivre ou accentuer les mesures prises ou encore à prendre... A la fin du siècle, le pic sera-t-il atteint ou non ? Combien de degrés ? Dans la certitude du réchauffement planétaire, l'incertitude est grande du degré atteint,de la date du maximum d'élévation, des paliers successifs et de l'ampleur des effets systémiques.

          Une chose est sûre : les émissions de gaz carbonique et de méthane, la destruction de la bio-diversité, l'hyper-consommation – gaspillage d'énergie, des matières premières, productrice de montagnes de déchets et de trafics de déchets - de produits industriels sans cesse plus vite obsolètes ou en panne, l'utilisation de produits toxiques dans l'agriculture et l'élevage industriel détruisent les écosystèmes, la Terre et ses populations. Urgente nécessité.

          Chaque fois que l'action peut ralentir et réduire ces émissions, responsable du réchauffement, de la même manière ralentir, réduire et supprimer l'utilisation de produits toxiques, responsable de la chute de la bio-diversité et de notre empoisonnement, garante de la vie sur terre et son adaptation aux changements, alors notre Terre peut rester davantage une Terre habitable. Sera-ce suffisant pour réduire de façon importante les changements qui s'opèrent et s'opéreront ? Nos enfants et nos petits-enfants le sauront dans bien des dizaines d'années et plus. La fin du siècle est une date symbolique mais tout au long de ce siècle, nous connaîtrons les conséquences de l'augmentation de la température actuelle qui se poursuivra.

FIn du monde pas à l'ordre du jour mais fin du mois, tous les mois. © Georges FIn du monde pas à l'ordre du jour mais fin du mois, tous les mois. © Georges

 Notre entrée dans une nébuleuse de conséquences

          Nous sommes déjà entrés dans une sorte de nébuleuse de conséquences durables et d'intensité croissante. Nous n'allons pas dans le mur pour une catastrophe, un effondrement planétaire et unique, fantasme du grand soir de fin du monde (comme aurait pu l'être la guerre nucléaire). Nous sommes dans un enchevêtrement de conséquences dramatiques ou délétères qui nous affectent déjà et pour longtemps, du niveau local au niveau mondial en passant par différents niveaux "régionaux", à l'échelle de la Terre, d'un pays, d'un continent.

          Dès lors à l'opposé de se résigner ou de céder aux sirènes du collapsus démobilisateur, prétexte à toutes les dérives en actes et en discours, est bien indispensable d'expérimenter d'autres façon de produire et de vivre, de manifester et lutter par d'autres voies durablement, toujours plus nombreux sans attendre des lendemains plus incertains encore, pour limiter autant que faire se peut le niveau de ces degrés supplémentaires - tous les dixièmes de degrés comptent -, éliminer l'utilisation des produits toxiques, gagner du temps pour permettre une adaptation moins brutale à ces changements qu'il nous faut affronter (6).

 

1 - A l'exemple d'un Yves Cochet :

https://www.liberation.fr/debats/2017/08/23/de-la-fin-d-un-monde-a-la-renaissance-en-2050_1591503

2 - Au micro de Léa Salamé et Nicolas Demorand, Nicolas Hulot annonce sa démission

https://www.francetvinfo.fr/politique/nicolas-hulot/video-nicolas-hulot-demissionne-retrouvez-l-integralite-de-l-entretien_2914421.html

 3 - « Climat : il y a un espoir de limiter le réchauffement mais au prix d’un sursaut international », Pierre Le Hir, Le Monde, 08-09-2018

https://www.lemonde.fr/climat/article/2018/10/08/climat-le-rapport-de-la-derniere-chance_5366081_1652612.html

 Rapport du GIEC « à l'intention des décideurs », Octobre 2018

4 - Après des dizaines d'années de promotion des véhicules fonctionnant au diesel, malgré les études montrant le danger des particules fines, cédant à l'enfumage des constructeurs avec le pot catalytique, à l'abri des normes de pollution soi-disant respectées (maquillage mondial révélé par le dieselgate), en quelques mois, le gouvernement français a augmenté le prix du gas-oil au niveau de l'essence prenant au piège du diesel les acheteurs qui y avaient été encouragés : budget automobile en hausse, véhicule invendable. Faut-il rappeler qu'avec les radars installés massivement, la vitesse à 80km/h et ces hausses brutales, la révolte a sonné avec les Gilets Jaunes. Cette manière de procéder : attendre des années ou des dizaines d'années pour prendre les bonnes mesures et les prendre brutalement à 180° pour les faire peser sur la population, est la préfiguration de ce qui nous attend sans nos luttes.

https://www.afd.fr/sites/afd/files/2018-10-01-50-29/note-synthese-rapport-giec.pdf

 5 – Dossier de presse ONG, octobre 2018, sur le site du « Réseau Action Climat  France »

https://reseauactionclimat.org/wp-content/uploads/2018/10/dossier-giec-15.pdf

 6 - « Après la « Marche du siècle » pour le climat, beaucoup de contestataires veulent des actes », Le Monde, 18-03-2019

https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/03/18/la-mobilisation-pour-le-climat-met-le-gouvernement-sous-pression_5437564_3244.html?xtmc=giec&xtcr=6

Porfolio du 16-03-19 sur mon blog :

https://blogs.mediapart.fr/202127/blog/160319/fin-du-monde-fin-du-mois-meme-combat

Lire aussi le billet du blog de Yann Quero du 27/01/19 : https://blogs.mediapart.fr/yann-quero/blog/270119/l-anthropocene-ou-la-chaoscene

 

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