Demande de mort choisie: plus d'une centaine de perquisitions le 15 octobre

Le 15 octobre, à deux jours de l'Assemblée générale fêtant les dix ans de l'association Ultime Liberté, sur ordre du parquet de Paris, 125 perquisitions opérées à 6 heures du matin ont été effectuées sur l'ensemble du territoire pour récupérer la dose létale des personnes perquisitionnées, parfois très âgées, qui permet de mettre fin dignement à leurs jours quand la vie n'est plus possible.

Le 15 octobre, à deux jours de l'Assemblée générale fêtant les dix ans de l'association Ultime Liberté, sur ordre du parquet de Paris alerté par les Autorités américaines, cent vingt cinq perquisitions opérées à 6 heures du matin ont été effectuées sur l'ensemble du territoire.

Il s'agissait de récupérer la dose létale des personnes perquisitionnées, parfois très âgés, qui permet de mettre fin dignement à ses jours quand la vie n'est plus possible tout en la poursuivant plus tranquillement jusque là, dans la sérénité d'une possible mort douce. Il s'agit aussi de mettre fin à toute commande ultérieure, réponse violente du conservatisme sociétal.

Pour un témoignage direct de ce qu'ont vécu les perquisitonné.e.s lire : Le pentobarbital, médicament de la mort ou passeport vers "l'ultime liberté"?

 Le gouvernement légifère sur la PMA mais choisit les perquisitions pour refuser le droit à une mort choisie. Il a écarté de la loi bio-éthique toute disposition nouvelle concernant la fin de vie préférant en rester à cette loi Claeys-Léonetti qui n'apporte aucune réponse au 90% de personnes régulièrement sondées qui se prononcent pour l'euthanasie ou le suicide assisté (36% pour le droit à l'euthanasie quel que soit l'état de santé).

Comme je disais sur mon premier billet le 25 février 2015 : le choix d'un suicide volontaire et non-violent (par euthanasie ou suicide assisté) se pose dans les mêmes termes que l'avortement criminalisé avant la loi Veil. Il impose de partir en Suisse ou en Belgique pour mettre fin à ses jours légalement. C'est une énorme inégalité de plus : disposer d'une somme conséquente pour partir à l'étranger, se loger et régler sa fin n'est pas à la portée de quantité de nos concitoyens.

 A ceux-là et celles-là, il reste la seule possibilité d'une mort violente, en se jetant sous un train (combien d'arrêts inopinés de trains pour cette « solution » ?), sauter du pont etc. La liberté effective de la mort volontaire acquise dès la Révolution Française est, en pratique, interdite sauf à finir dans une mort violente qui fait horreur au plus grand nombre.

Dernière violence faite à nos concitoyens quand nos pays voisins se sont dotés d'une législation qui encadre euthanasie ou suicide assisté. Les lobbies qui refusent cette avancée sociétale, comme toutes les autres, seraient-ils plus puissants en France ? Le marché de la fin de vie serait-il trop juteux (EPHAD, industries pharmaceutiques, prothèses/orthèses, assistances de toutes sortes …) pour en risquer de perdre une miette ?

Ce droit concerne tout un chacun à tout moment de sa vie et pas seulement à la fin. Il concerne des millions de personnes très âgées et de malades incurables.

Lire aussi : "Perquisitions" Daniel Bougnoux, professeur émérite à l’Université Stendhal de Grenoble, 20 octobre.

Il est urgent d'entamer un processus législatif pour donner ce droit effectif au suicide sans violence. Les perquisitions et l'illégalité seraient la seule réponse comme au temps de l'avortement ? C'est méconnaître cette puissante volonté des personnes à décider de leur sort. C'est laisser les soignants dans de poignants et difficiles cas de conscience. C'est refuser jusque dans la mort la liberté de son corps et de sa vie. C'est occuper la Justice, les fonctionnaires de Police ou de gendarmerie à des tâches qui, au regard de l'actualité, sont vraiment plus urgentes et essentielles pour assurer notre sécurité collective... Ce droit à décider de sa fin de vie qui n'enlève rien ni ne pénalise personne.

Les organisations pour des réformes sociétales, les personnalités de tous horizons peuvent exprimer leur solidarité ou leur engagement.

Chacun peut prendre connaissance et signer la pétition pour une mort volontaire ici.

 Lire aussi "Perquisitions-désillusions" sur le site de "Le Choix - Pour une mort citoyenne".

Je reproduis ici le texte rédigé par François Galichet, ancien professeur de philosophie à l’Université de Strasbourg, auteur de Mourir délibérément (Presses universitaires de Strasbourg, 2014) et de Vieillir en philosophe (Odile Jacob, 2015). Ce texte est publié sur le site d'Ultime Liberté.

« Trafic de barbituriques » ou moyen de vivre mieux ?

Ces derniers jours ont eu lieu un peu partout en France, sur ordre du parquet de Paris, des opérations de police chez des personnes ayant commandé à l’étranger du pentobarbital
afin de pouvoir mourir dignement si nécessaire : au total 125 perquisitions à domicile.
Des personnes âgées, voire très âgées, ont vu débarquer chez elles, souvent très tôt le matin ( 6 h !) des policiers qui ont fouillé leur appartement, retourné leurs affaires, inspecté leur ordinateur et leur téléphone portable.Beaucoup en ont été traumatisées.

Il ne s’agit pas, comme certains articles de presse le suggèrent, d’un  « trafic » , mais de personnes qui, soucieuses d’échapper à des fins de vie catastrophiques (AVC, Alzheimer, cancer, maladie de Charcot, etc.) ont cherché à se procurer ailleurs un moyen qu’elles obtiendraient si elles habitaient la Suisse, la Belgique, les Pays-Bas ou le Canada.

Une enquête menée auprès de certaines d’entre elles montre que la possession de ce produit leur permet de mieux vivre, de se sentir plus libres, plus sereines, et parfois d’affronter des épreuves qu’elles n’auraient pas acceptées sans cela.

Au moment où la France doit faire face à une vague de terrorisme sans précédent et où les réseaux de trafiquants de drogues prolifèrent impunément, la police n’a-t-elle rien de mieux à faire que de traquer des retraité(e)s paisibles comme s’ils étaient de dangereux malfaiteurs ?

Ces personnes n’ont commandé le produit leur permettant une mort digne et tranquille que parce que la France, contrairement à d’autres pays, refuse jusqu’à présent de voter une loi qui légaliserait l’aide à mourir.

Il serait temps que les députés français légifèrent sur la fin de vie, conformément au vœu, d’après les sondages, de plus de 90% de la population. Alors qu’ils viennent de le faire pour la GPA, qui ne touche qu’un petit nombre de femmes, la fin de vie concerne des millions de personnes, et potentiellement tout un chacun."

 

 

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