Nouveau camp de migrants sur la place du 1er mai à Clermont-Ferrand

Depuis un mois et demi, des familles de migrants se sont installées place du 1er mai à Clermont-Ferrand. De jour en jour, d'autres sont arrivées pour approcher aujourd'hui les trois cents. Situation inadmissible et indigne à l'approche de la pluie et du froid. Les bénévoles et associations présentes donnent toute leur énergie pour aider ces personnes et imposer un hébergement conforme à la loi.

Depuis 1 mois et demi, un camp de migrants s'est constitué place du 1er mai à Clermont-Ferrand avec de nouvelles arrivées, semaine après semaine.

Crise récurrente : après celui de septembre 2017 à la fac de lettres soldé au bout de trois semaines par l'hébergement de tous - plus de cent personnes - , une quarantaine de migrants sont arrivés place du premier mai dès le 31 août. Depuis, les arrivées se poursuivent. (1)

Quatre-vingt six enfants enfants, dont un bébé de quatre mois, dorment ici sous les tentes du Secours Populaire, cinquante autres sont accueillis en squat organisé dit 5E, sous le coup d'une expulsion possible sur ordre du préfet, pour la rue, autrement dit pour cette place (2), quarante-sept autres sont logés en familles d'accueil (3). Au total plus de cent quatre-vingt mineurs, enfants souvent très jeunes. Fort heureusement, ceux-ci sont scolarisés même si la scolarisation demande du temps pour sa mise en place à leur l'arrivée. Un appel des acteurs de l'Education veut favoriser une solution pérenne d'hébergement de ces enfants (et leurs familles) accueillis dans les écoles de la ville. Un rassemblement de ces acteurs est prévu ce mercredi 10. A suivre.

 

A l'étroit sous les tentes, des hommes jouent aux cartes tandis que le bébé attend dans la poussette © Georges A l'étroit sous les tentes, des hommes jouent aux cartes tandis que le bébé attend dans la poussette © Georges

Des mineurs non accompagnés arrivent encore. L'ASE doit les prendre en charge, conformément à ses missions et à la loi : assurer l'hébergement et un suivi y compris dès la déclaration de minorité. Débordée dans tous les sens du terme – comme le 115 pour les hébergements d'urgence – elle ne valident que « parcimonieusement » la présomption de minorité qui donne les droits de mineur isolé. Quatre-vingt pour cent des recours sont acceptés par le tribunal. Un camouflet pour l'ASE !

Sur le camp aujourd'hui près de 300 personnes : familles en cours de demande d'asile, déboutés, réfugiés avec carte de séjour, S.D.F.

Les tentes s'entassent avec leurs auvents de fortune Les tentes s'entassent avec leurs auvents de fortune

Une fois les personnes arrivées sur la place dans le dénuement le plus complet, des associations ont organisées la survie (Cimade, R.E.S.F., Secours populaire, L.D.H...) distribuant tentes et premiers secours, aidés en cela par de nombreux bénévoles dont Fanny qui se donne sans compter, toujours dans les tâches multiples du quotidien et de l'organisation où l'urgence domine, efficace malgré la fatigue, dont Albert le cuisinier-pâtissier qui lui aussi sans compter son temps et sa santé chancelante, organise le repas du soir avec les dons et les plats apportés, tant d'autres encore, hors ou dans ces associations, indignés solidaires et actifs qui pallient la carence des pouvoirs publics et des politiques répressives à courte vue sans humanité, sans oublier l'accompagnement juridique et procédural qui prend temps et énergie. Un vrai travail ! Tout est à faire sur tous les fronts, en même temps, jour après jour, dans la plus totale précarité que réchauffe pourtant la solidarité et les relations humaines.

Bénévoles et migrants se succèdent sous ces barnums à tout faire Bénévoles et migrants se succèdent sous ces barnums à tout faire

Quand la Police donne à un mineur non accompagné une carte imprimée à partir de Mappy pour lui indiquer la place du 1er Mai au lieu de téléphoner à l'ASE, c'est bien le désarroi qui s'exprime quand d'autres, bien au-dessus, sont responsables, tergiversent, laissent pourrir la situation pour jouer les nettoyeurs. Héberger un mineur à l'hôtel et le laisser la journée sans suivi est-ce sérieux après de constater que certains peuvent déraper  même pontuellement au contact de plus âgés mal intentionnés ? C'est l'abandon et advienne que pourra, quitte à dénoncer les conséquences de cet abandon en les rejetant sur ces personnes en situation de complète précarité !

Après quinze jours, la Mairie a implanté un bloc sanitaire, un robinet d'eau en plein air et le branchement électrique sécurisé. Les douches municipales à dix minutes sont ouvertes avant dix heures. L'équipement festif voisin prête aussi ses douches quelques heures. A juste raison, le maire a proposé une table-ronde au préfet (4) et au président du conseil départemental pour sortir de cette crise prévisible, sans réponse. Quel abandon quand la loi impose l'hébergement, autorise la réquisition.

Vers le soir, des feux s'allument pour le repas grâce aux palettes de bois récupérés. Vers le soir, des feux s'allument pour le repas grâce aux palettes de bois récupérés.

Au-delà des catégories juridiques, les associations réclament l'hébergement et l'accompagnement de tous. Personne ne doit coucher dehors à l'approche des pluies et du froid qui s'annoncent quand tant de logements sont vacants à Clermont (plusieurs milliers), quand des équipements publics parfois désaffectés (gymnase...) sont disponibles. Au-delà de ces urgences prévisibles, ils réclament avec force et cris depuis bien longtemps l'organisation d'hébergements d'urgence pour éviter la répétition anuuelle des camps de fortune, situations inacceptables et indignes qui n'évitent le drame que par l'action des bénévoles et d'associations.

L'urgence et la débrouille est permanente. Tout est urgence  ! Urgence sanitaire et hygiène, alimentaire, équipements et distribution en fonction des arrivées, accueil des nouveaux arrivants dans le dédale des procédures et des lieux. La population clermontoise et auvergnate, solidaire, apporte nourriture et vêtements, des restaurants livrent des plats et invendus, quelques C.E ont signé un chèque. Cette chaîne de solidarité est vitale pour que ces conditions précaires soient au moins allégées, n'empire pas malgré l'afflux continu, l'absence de solutions d'hébergement de tous, l'exposition permanente sur la place sans intimité autre qu'une toile de tente, le froid et la pluie qui seront là bientôt.

Sous un barnum aménagé grâce aux dons de livres et jeux, un espace pour les enfants sous le regard des mères et bénévoles © Georges Sous un barnum aménagé grâce aux dons de livres et jeux, un espace pour les enfants sous le regard des mères et bénévoles © Georges

 Pour visualiser le reportage photographique (portfolio) : cliquer ici

Le journal régional « La Montagne » dans sa version papier du samedi 13-10 indique :

« Les 251 migrants installés place du 1er-Mai à Clermont-Ferrand depuis le 3 septembre devraient provisoirement être relogés à partir du mardi 16 octobre dans deux gymnases de la ville.... un nouveau recensement effectué le 9 octobre par les services de l'Etat a permis de dénombrer 251 personnes dont 164 adultes et 87 enfants aux statuts administratifs divers... le gymnase de l'état sera disponible le 16 octobre. Le gymnase de la Ville sera ouvert quelques jours plus tard car il nécessite une remise en état minimale... ».

Logements durables et papiers demandent les associations solidaires.

  1. Pour mieux comprendre  l'origine : https://www.lamontagne.fr/clermont-ferrand/social/puy-de-dome/2018/09/12/camp-de-migrants-place-du-1er-mai-a-clermont-ferrand-comment-en-est-on-arrive-la_12977367.html

    et aussi : https://blogs.mediapart.fr/simon-lamure/blog/160218/clermontfacsolidaire-chronique-dune-lutte-victorieuse

  2. Suite à l'action judiciaire de la famille Mulliez qui veut récupérer le bâtiment pourtant inutilisé. "La famille Mulliez partage l'une des plus grandes fortunes professionnelles de France... Cette fortune, estimée à 26 milliards d'euros par Challenges en 2016, en ferait la troisième fortune de France." Source : Association familiale Mulliez - fiche Wikipedia.

  3. Une nouvelle initiative en ce sens, SAJE (Solidarité accueil des jeunes étrangers). S'adresser au 22 bis impasse bonabo à Clermont.

  4.  Le dernier recensement sur le camp par la Préfecture remonte au 19 septembre, comment dans ces conditions chercher des solutions sans la réalité des chiffres par nature évolutif ? Suite à la manifestation du 8 octobre, un nouveau recensement devait avoir lieu tôt le matin du 9.

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