L'hebdo du Club (14): qu'ils se dissolvent tous !

Rupture ou continuité ? Libéralisme ou socialisme ? Autoritarisme ou démocratie ? Rarement un remaniement aura soulevé autant de questions sur sa nature, aura suscité autant d'opposition, aura laissé le chef du gouvernement dans une situation politique si peu améliorée. Un coup de poker qui conduit le pays directement à l'étape suivante, 2017 ou une sixième République – à moins qu'il ne nous ramène à la précédente. 

Rupture ou continuité ? Libéralisme ou socialisme ? Autoritarisme ou démocratie ? Rarement un remaniement aura soulevé autant de questions sur sa nature, aura suscité autant d'opposition, aura laissé le chef du gouvernement dans une situation politique si peu améliorée. Un coup de poker qui conduit le pays directement à l'étape suivante, 2017 ou une sixième République – à moins qu'il ne nous ramène à la précédente. 

Car « le hollandisme est un sarkozysme continué, en matière économique et sociale, mais aussi par des dérives racistes commises par Manuel Valls lorsqu’il était ministre de l’Intérieur », note Joshua Adel, qui remarque que « chaque fois qu’une solution de gauche s’est présentée » au président, « il l’a écarté par obstination idéologique à garder “ le cap ”». Mais pourquoi ? « L’entêtement de l’énarque absolu locataire de l’Élysée à “ garder le cap ” de l’austérité découle de l’habitus de classe de la bourgeoisie d’État, formée à l’ENA et dans les business schools du vieux capitalisme français. »

Le président « table sur le discrédit évident de la droite classique et il multiplie les clins d'oeil ou les concessions à une droite plus modérée, en espérant ainsi  être au second tour de la présidentielle en  2017 et battre Marine Le Pen, qui y sera de toute évidence. Il oublie que ce calcul n'est pas gagné: il aura contre lui tous les déçus de sa politique, à gauche en particulier, de plus en plus nombreux, et il oublie que, malheureusement, une partie d'entre eux, dans les classses populaires et comme tous les sondages le prédisent, pourrait se tourner d'emblée vers le Front national en raison de sa démagogie, qui  est, certes, populiste mais prend aussi en charge des préoccupations populaires qu'on ne saurait négliger quand on se veut de gauche », analyse le philosophe Yvon Quiniou, qui fut longtemps membre du PCF. « Hollande, via Valls, vient de rompre définivitement avec le socialisme, voire la social-démocratie. »

« Cette incapacité » du président de la République « à entendre ce que disent celles et ceux qui ont voté pour lui est déroutante lorsqu’on milite à gauche. Déroutante car elle ferme de nombreuses possibilités d’agir » écrit Caroline de Haas, qui avait quitté le Parti socialiste en avril dernier après 13 ans de militantisme. « Ils ont tracé une feuille de route sans tenir compte ni du vote du 6 mai, ni de la réalité sociale, ni des aspirations des citoyens, ni des alertes de toutes celles et ceux qui sont engagés dans la société. »

« De ce fossé entre les discours et les actes provient une partie du sentiment de trahison qui traverse l’électorat populaire »estime le réseau de jeunes socialistes Inventons demain, qui insiste sur la nécessité d'une refondation morale : « La gauche ne retrouvera pas la confiance du peuple sans inventer une nouvelle morale de l’action politique. Il est temps de dire haut et fort : la politique est un engagement bénévole et les mandats politiques doivent être des CDD, renouvelables une fois. »

Faudrait-il dissoudre ? Dissoudre, mais quoi ? s’interroge Emmanuel Tugny. « Ce qu’une dissolution doit aujourd’hui de toute urgence dissoudre, c’est l’évacuation du politique du champ de la politique, du politique comme engagement conceptuel, comme subordination du destin personnel, des humeurs, à une cause relevant de l’avenir en commun. » Gauche, droite, écolos, fachos… dissolvons-les tous. Mais ne comptons pas sur une droite qui « de plus en plus complaisamment, de façon toujours plus paresseuse,  (...) a renoncé à faire un point idéologique clair, exprimable, explicitable, accessible au jugement et à l’idéation, sur les voies et moyens contemporains de l’illustration des principes d’innovation, d’efficacité, d’ordre, de création de richesse, de liberté d’initiative ».

D'ailleurs, « prérogative exclusive du Président de la République (art.12 de la Constitution) », la dissolution de l’Asemblée nationale n’est pas l’issue démocratique que certains espèrent, avertit Paul Alliès, président de la Convention pour la 6° République: le chef de l’Etat « peut donc en user dans une perspective politique à laquelle F. Hollande doit penser en anticipant les calculs de ses alliés et adversaires: par exemple provoquer une cohabitation à quelques encablures de l'élection de 2017. » D'autant que le régime tient bon: « Le régime de la Ve République est donc irréformable mais est-il pour autant en crise ? Celle-ci supposerait que les institutions soient à la fois remises en cause par une fraction significative du personnel politique et des partis de gouvernement et aussi par un mouvement de contestation des autorités de quelque nature que ce soit. Il n'est certainement pas à exclure que ces deux conditions se croisent d'ici 2017 mais ce n'est pour l'instant pas le cas. »

« Chers députés socialistes, qui vous sentez vous aussi trahis et prit en otage par le pouvoir, je vous cite (...) Churchill qui a toujours résumé ce que devait être pour moi l’intégrité en politique : “ Certains changent de convictions pour l’amour de leur parti, d’autres changent de parti pour l’amour de leurs convictions ” »rappelle Nicolas Vrignaud dans un Contre appel aux 200 parlementaires qui ont déclaré ce jeudi leur soutien au Premier ministre.

Mais c'est dès le début du quinquennat que les promesses ont été enterrées : « La seule alternative crédible serait pourtant d’aller enfin vers cette politique de gauche pour laquelle nous avons été élus… mais qui n’a finalement jamais été réellement mise en œuvre depuis notre retour au pouvoir ! » remarque le député socialiste Philippe Noguès.

Pourtant, remarque dans son blog Amélie Poinssot, journaliste à Mediapart dont elle fut correspondante en Grèce, « le film est déjà connu... il s'est déroulé à Athènes, ces cinq dernières années. Il a abouti à une spirale récessionniste, 28% de chômage et un parti socialiste représentant quelque 8% de l'électorat, gouvernant main dans la main avec la droite conservatrice. » 

Philips Michel craint tout particulièrement l'action du nouveau ministre de l'économie, Emmanuel Macron, qui s'est lié d'amitié avec le président de Nestlé, Peter Brabeck: « (...) Nestlé ruine (les) populations pauvres du globe en leur vendant une eau qui devrait être un "bien naturel commun", donc accessible gratuitement à tous (voir, par exemple, les journées du collectif CAMédia). Alors, en se présentant comme une sorte de "fils spirituel" de Peter Brabeck, je dois dire que Monsieur Macron me fait peur. Très peur. »

• Quatorze parutions en un an, ce n'est pas sérieux pour un hebdo. De quoi prendre une bonne résolution.

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