«Il faudra m'attendre un peu»

Michel Boujut avait rencontré Edwy Plenel lors d'une émission de radio, au lendemain du décès d'Eric Rohmer. C'était en janvier 2010, et quelques jours après, «Boujut», comme il se présentait –«Allo, c'est Boujut...»–, nous proposait de publier les chroniques hebdomadaires qu'il rédigeait pour la Charente Libre, «le quotidien de (son) département».
Michel Boujut avait rencontré Edwy Plenel lors d'une émission de radio, au lendemain du décès d'Eric Rohmer. C'était en janvier 2010, et quelques jours après, «Boujut», comme il se présentait –«Allo, c'est Boujut...»–, nous proposait de publier les chroniques hebdomadaires qu'il rédigeait pour la Charente Libre, «le quotidien de (son) département».

 

Aussitôt dit, aussitôt fait, et cette fois le temps avait pu se dérouler à l'envers, et c'est ainsi que le premier billet de blog sur Mediapart de ce «journaliste, critique de cinéma et écrivain» est daté du 21 décembre 2009. Chroniqueur de l'actualité, Boujut mariait avec une plume sèche présent et passé, culture et politique, cinéma et cinémas... Il y a un mois, il n'était pas peu fier, devine-t-on, d'annoncer la réédition d'un numéro de la revue «La Tour de Feu», édité par son père Pierre Boujut en 1955, et consacré à Henry Miller, en un temps où l'écrivain américain faisait figure aux yeux de certains de «corrupteur de la jeunesse».

Quand nous nous nous sommes rencontrés, il avait déjà le titre de son livre à paraître, «Le Jour où Gary Cooper est mort»: le 13 mai 1961, et Boujut fêtait ses 21 ans en désertant. La guerre d'Algérie se ferait sans lui. Le cinéma y gagnerait un critique, un amoureux.

 

 

 

 

Cette année, c'est à l'hôpital Saint-Antoine que Boujut a été admis le jour de ses 71 ans. Le jour où Boujut est mort, c'était hier. Chaque semaine, il m'envoyait sa chronique, on avait convenu de la faire paraître le lundi, 48 heures après la Charente Libre. Il y avait parfois des dérogations, comme ce jeudi 25 juin 2010 où il s'emportait contre le limogeage des «pertinents et impertinents Stéphane Guillon et Didier Porte» par Jean-Luc Hees, président de Radio-France. Il y racontait avoir connu «l'honneur d'être (brutalement) débarqué» de Charlie Hebdo par «un autocrate fielleux», Philippe Val. Didier Porte, Boujut venait de temps à autre l'applaudir, le lundi matin au «138», et l'on se rencontrait café à la main. C'est qu'il voisinait Mediapart non seulement dans l'esprit mais aussi dans le quartier.

Le 6 janvier dernier, «Le Jour où Gary Cooper est mort» était enfin librairie, et les «bonnes feuilles» sur Mediapart. «Tout récapituler l'air de rien»: ainsi Antoine Perraud saluait l'ouvrage autobiographique de Michel Boujut.

«Il faudra m'attendre un peu», m'écrivait-il quelques jours après son hospitalisation. Salut l'ami, je t'attendrai toujours le lundi.

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