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Billet de blog 28 nov. 2017

L'Autisme est une idée 7 : vers une neurologie à deux personnes ?

Neurodéveloppemental, l'autisme est neurodéveloppemental, et puisque tout le monde est d'accord, l'affaire est dans le sac. Mais qu'est-ce que c'est que cette neurologie là ? Pourrait-elle se concevoir à plusieurs ?

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En matière d'Autisme moderne, Il y a les scientifiques, mais on verra la nature des sciences dont ils sont les humbles serviteurs, et les autres, suivez mon regard. Pauvres autres, au demeurant, mais passons.

Du côté de la Lumière de  la Science, ceux qui définissent l'Autisme comme un désordre  neurodéveloppemental (neurodevelopmental disorder).

Avec ces désordres là, on croit avoir tout dit, et plus encore, d'un peu tout, de l'hyperactivité, de l'autisme, des tics, des incapacités d'apprentissage (learning disabilities),  et ce qu'on appelait jadis l'infirmité motrice cérébrale, la paralysie cérébrale (cerebral palsy).

Moi qui dans mon jeune temps me piquait d'étudier le Harrison, qui était un traité de médecine des États Unis, j'ai vu les pauvres termes médicaux indigènes remplacés par leurs équivalents américains, du syndrome de Down (ex trisomie 21)  à la maladies de Graves (ex Basedow). Ce n'est ni mieux, ni pire, juste une trace de notre progressive acculturation, nous qui utilisons maintenant dans tous les spots publicitaires des chansons dont, si nous en percevons l'intention musicale, nous ne comprenons pas complétement les paroles anglaises.  Ainsi l"élément central des chansons, ou de l'opéra du reste, le glissement musique/paroles (on  sait combien du reste certains autistes peuvent, par le biais du glissement mélodico/sémantique chanter ce dont ils ne peuvent parler), ce glissement donc se trouve comme annihilé par notre emprunt inconsidéré.

Revenons à notre neurologie à deux.

J'ai lu un article, en libre disposition du reste, qui traite de ça.

Voici la traduction française de son abstrait, pardon son résumé.

La suppression du rythme Mu reflète les interactions face-à-face mère-enfant: une étude pilote avec enregistrement MEG simultané

Chiaki Hasegawa, Takashi Ikeda, Yuko Yoshimura, Hirotoshi Hiraishi, Tetsuya Takahashi, Naoki Furutani, Norio Hayashi, Yoshio Minabe, Masayuki Hirata, Minoru Asada & Mitsuru Kikuchi Scientific Reports 6 , Numéro d'article: 34977 (2016)

Résumé

Les interactions spontanées en face-à-face entre les mères et leurs enfants jouent un rôle crucial dans le développement des esprits sociaux; Cependant, ces dynamiques inter-cerveau sont encore peu claires. Dans cette étude pilote, nous avons mesuré la suppression du mu en MEG ( magnétoencéphalographie) lors d'interactions spontanées et non-linguistiques face à face entre des mères et leurs enfants atteints de troubles du spectre autistique (TSA) en utilisant le système d'hyperscanning MEG (enregistrement simultané). Les résultats ont montré des corrélations significatives entre l'indice de suppression mu (index of mu suppression - IMS) dans la région précentrique droite et les caractéristiques (ou la gravité) des TSA chez 13 mères et 8 enfants (les données MEG de 5 des enfants n'ont pas pu être obtenues en raison du bruit du aux mouvements ). De plus, des valeurs plus élevées de l'IMS (c.-à-d. Une forte suppression mu) chez les mères étaient associées à des valeurs plus élevées de l'IMS chez leurs enfants. Pour évaluer la contingence comportementale entre les mères et leurs enfants, nous avons calculé des corrélations croisées entre l'amplitude du mouvement de la tête de la mère et de l'enfant pendant les enregistrements du MEG. En conséquence, chez les mères dont les mouvements de la tête avaient tendance à suivre le mouvement de la tête de leur enfant, les amplitudes de suppression mu dans la zone pré-centrale de la mère étaient grandes. D'autres études avec des échantillons de plus grande taille, y compris des enfants en développement, sont nécessaires pour généraliser ce résultat aux interactions typiques entre les mères et leurs enfants.

Ce qui est intéressant dans cet article, c'est l'audace de ses auteurs,  qui se sont affranchis du tabou absolu de l'autisme post-bettelheimien, l'étude de la relation interhumaine.

Si on passe de la neurologie à une seule personne, adoptée comme paradigme descriptif d'un autisme isolé, se développant dans un espace uniquement centré chez l'individu autiste, à la neurologie à deux personnes au moins, on se trouve alors confronté au démon dont on croyait s'être libéré. Il se passe aussi quelque chose dans le cerveau de l'autre de l'autiste, ici dans le cerveau d'une mère qui interagit avec  son enfant autiste. Et une science audacieuse peut le montrer. Ce qu'il s'y passe, du reste, question mu, c'est un parallélisme absolu. Et comme la suppression mu est inversement  proportionnelle à la sévérité de l'autisme chez l'enfant, on se rend compte que l'effet chez la mère est lui aussi proportionnel.

Si on en revient à la science, on se rend compte aussi combien les expérimentations sont conditionnées par des éléments extra-scientifiques, en particulier les a priori conceptuels. J'ai ici souligné l'audace des concepteurs de cette expérimentation, qui s'affranchissent d'un interdit de penser. Si le «scientifique» reste asservi  à la neurologie à une seule personne, il ne risque jamais de pouvoir étudier l'etendue de l'effet de la transmission interactive, se contentant de fortifier l'hypothèse isolationiste d'un autisme circonscrit. Les seules preuves «scientifiques» iront ici donc toujours dans ce sens là. C'est en fait là où nous en sommes, la «science» confortant l'hypothèse de départ. On ne prouvera jamais ce qu'on ne cherche pas, et surtout pas ce qu'on veut ne jamais chercher.

Les «scientifiques» du nouvel autisme ont parfois de singulières oeillères...

Non , l'autisme ne se passe pas uniquement dans le cerveau de l'autiste, il diffuse dans les autres cerveaux, il y a un effet transmis à distance. L'autisme se passe aussi chez les partenaires de l'autiste, et c'est du reste la raison pour laquelle, en agissant uniquement sur ces partenaires, on peut obtenir des résultats prouvables chez l'autiste, comme Jonathan Green et ses équipes l'a démontré très clairement.

Il faut donc, dans notre nouvel autisme français, pouvoir aussi s'affranchir des diktats des fondamentalistes de l'autisme à une seule personne, conception séduisante, rassurante, mais intégralement fausse.

Quant aux décideurs, quel courage surhumain faut-il leur supposer pour s'opposer aux armées de ce que Michelle Dawson nomme «le cirque de l'autisme»...

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