L'Autisme est une idée 8 : La Psychothérapie de l'Autisme est biologique

L'Autisme sera Scientifique, ou ne sera pas, tel des le mot d'ordre ! alors parler de Psychothérapie, oh là là. Enfin, allons y !

 

J’ai trouvé ce petit article, très vif, écrit à propos de la psychothérapie, mais pas du tout dans l’autisme. Il a comme intérêt de poser un problème général d’intelligibilité de ce qu’est d’une part un parti pris d’exposition d’une problématique (un angle de vision, un point de vue), et d’autre part la possibilité de traduction d’un angle de vision à un autre.

 

La psychothérapie est " le " traitement biologique

Robert A. Berezin, MD

16 mars 2018

Les neurosciences nous enseignent de façon surprenante que non seulement la psychothérapie est purement biologique, mais qu'il s'agit du seul véritable traitement biologique. Elle s'adresse au cerveau de la façon dont il se développe, mûrit et fonctionne. Elle suit les principes de l'adaptation évolutive. Elle est en accord avec la génétique. Et elle guérit spécifiquement les adaptations problématiques du cerveau de la façon dont elles ont évolué en premier lieu. La psychothérapie désactive la cartographie cérébrale inadaptée et favorise de nouvelles voies constructives. Laisse-moi t'expliquer.

Les opérations du cerveau sont purement biologiques. Le cerveau cartographie nos expériences et nos souvenirs grâce à l'enchaînement de billions de connexions neuronales. Ces bandes interconnectées créent des circuits plus grands qui cartographient tout au long de l'architecture du cortex. Cela génère des cartes neuronales symboliques de haut niveau qui prennent forme sous forme d'images dans notre conscience. Le jeu de la conscience est le plus haut niveau de forme symbolique. C'est un théâtre vivant de l'imaginaire, un monde figuratif qui se compose d'une distribution de personnages qui se relient entre eux par le sentiment ainsi que par des scénarios, des intrigues, des décors et des paysages.

Au fur et à mesure que nous nous adaptons à notre environnement, le cerveau cartographie notre expérience émotionnelle grâce à la mémoire corticale. Cela commence très tôt dans la vie. Si un bébé est surpris par un bruit fort, ses bras et ses jambes vont s'agiter. Son cœur pompe l'adrénaline, et il pleure. Cette " sursaut " cartographie une réponse de combat ou de vol dans son cortex, qui est cartographié par la sérotonine et le cortisol. Le bébé est restauré par la tenue de sa mère. Sa réparation réactive rétablit et maintient son bien-être, qui est cartographié grâce à l'ocytocine. Ces expériences de formation continue de la vie sont mises en mémoire précisément de ces deux manières de base.

Ces deux modes de base sous-tendent le mappage de l'ensemble de la pièce en mémoire. Une pièce de théâtre écrite à travers l'attachement positif et les émotions favorisera l'authenticité et l'amour. L'un écrit à partir d'un traumatisme peut générer un récit plus sombre et des symptômes psychiatriques. Un jeu problématique affecte le sens même de soi de l'enfant, son estime de soi et sa valeur. Il déforme également la qualité de la relation avec d'autres personnes par rapport à celle de la méfiance, de l'éloignement émotionnel et de la colère.

C'est notre tempérament génétique individuel qui détermine la forme des symptômes psychiatriques, qu'il s'agisse de dépression, d'anxiété, de phobies, d'hyperactivité, d'obsessions, de compulsions ou de psychose. La privation et la maltraitance chez une personne peuvent générer la dépression, tandis qu'un traumatisme similaire chez une autre personne peut générer un état phobique. Le tempérament est la composante génétique dans la formation des conditions psychiatriques.

Réparer le cerveau

Le processus de psychothérapie répare spécifiquement et biologiquement les dommages causés au jeu de la conscience. Pour présenter notre expérience et la façon d'effectuer des changements cérébraux, j'utiliserai un exemple simple d'apprentissage neuromusculaire. Cet exemple concerne l'apprentissage de la guitare. L'apprentissage neuromusculaire est similaire à d'autres instruments de musique, au sport, à la danse ou à toute autre activité physique apprise.

Que se passe-t-il dans le cerveau lorsque vous apprenez à jouer l'accord de guitare Si7 ? Il nécessite une attention totale pour séparer vos doigts de manière précise afin de maintenir les cordes à l'intérieur de certaines frettes. Quand vous essayez pour la première fois, vous ne pouvez pas le faire. Vous devez placer lentement chaque doigt sur la frette droite. Les muscles n'ont pas l'impression qu'ils pourraient s'y rendre, maintenir la position ou obtenir le son des cordes. Et ça fait mal. Il faut d'abord quelques secondes pour finaliser la position correcte de l'aiguille. Chaque doigt doit être placé individuellement.

Au fur et à mesure que vous continuez à jouer Si7, cela devient un peu plus facile. Après une nuit de sommeil, vous réessayez, et c'est encore très maladroit. Vous avez encore besoin d'une attention consciente pour mettre correctement vos doigts sur les frettes. Le son commence à s'améliorer. Mais l'accès est encore très lent. L'accord n'est pas encore utilisable. Après 3 jours de travail, vous pouvez enfin jouer l'accord. Vos doigts ne vous font plus mal, et il y a une meilleure coordination pour la position de la main. Votre main fonctionne maintenant comme une unité entière, sans grand effort conscient. Vous n'avez plus à y penser. Vous avez maintenant maîtrisé l'accord. Vous avez établi une carte neuromusculaire Si7 dans votre cortex.

Disons que vous avez appris l'accord à l'aide d'une position de main chiffonée et maintenant vous voulez le corriger. Pour ce faire, vous devez d'abord vous forcer à arrêter d'utiliser l'ancienne position de la main. Une fois de plus, vous devez accorder toute l'attention consciente à tenir vos doigts et votre main différemment. Cela vous ramène aux douleurs musculaires, à la maladresse, à la lenteur, à l'incapacité et à la frustration, comme cela a été le cas la première fois, mais pas tout à fait aussi mal. Ceci est nécessaire pour que vous puissiez établir une nouvelle et différente carte neuromusculaire Si7 dans votre cortex. Une fois que ceci est établi, il fonctionne en utilisant la nouvelle carte, ce qui vous permettra de jouer automatiquement. Le processus de changement cérébral implique la désactivation et la désuétude, sans utiliser l'ancienne carte du cerveau, puis la création d'une nouvelle expérience neuromusculaire pour créer un accord Si7 nouvellement cartographié, qui est activé.

Ce terme décrit l'apprentissage et le changement neuromusculaire simple. Dans la sphère émotionnelle du jeu de la conscience, le changement et la croissance sont beaucoup plus compliquées. Parce que la pièce est écrite à travers l'amygdale et le système limbique, le changement doit se faire par le sentiment. Le processus de changement s'appelle le deuil.

Il faut pleurer le traumatisme pour passer à quelque chose de nouveau et de meilleur. Le traumatisme est le plus difficile de tous les attachements au deuil.

En psychothérapie, le patient pleure les douleurs de sa vie dans un contexte de confiance émotionnelle avec le thérapeute. Le patient pleure l'abus et la privation de sa vie et fait face à la douleur à nouveau afin de désactiver les cartographies négatives liés au cerveau. Les cinq étapes du deuil d'Elisabeth Kübler-Ross décrivent avec précision les processus d'abandon de l'ancienne pièce pour accepter et habiter une nouvelle pièce. Il faut passer par les étapes suivantes : le défi et le déni - être prêt à s'ouvrir et à ressentir à nouveau la douleur. Ensuite, on ressent la colère à la source réelle de l'abus ; et on ressent la tristesse de perdre de vieilles sources problématiques de sécurité ou la privation de douleur elle-même ; et finalement l'acceptation de ne plus habiter son ancienne identité familière. Il faut pleurer le traumatisme pour passer à quelque chose de nouveau et de meilleur. Le traumatisme est le plus difficile de tous les attachements au deuil.

La vieille pièce qui génère des symptômes et de la souffrance a été écrite à partir de traumatismes, de cartographies neuronales impliquant l'activité de la sérotonine et du cortisol et l'influence dans le système limbique, qui est impliqué dans l'expérience émotionnelle. Il faut pleurer les attachements traumatiques pour qu'ils perdent leur pouvoir et qu'ils soient relégués à la mémoire désactivée. Dans le contexte de la sphère de sécurité du thérapeute, on digère, désactive et repose lentement les cartographies de l'ancienne pièce de théâtre ; les symptômes et la souffrance générés par l'ancienne pièce de théâtre disparaissent. Pendant la thérapie, le patient écrit et habite un nouveau jeu de confiance et d'émotions positives et d'attachement. Ici, l'ocytocine est le médiateur, plutôt que la sérotonine. Le processus de deuil en psychothérapie répare spécifiquement le cerveau de la même façon que la pièce originale a été construite.

Le domaine de l’autisme est passionnel, et l’a toujours été. Dans la manière moderne d’en rendre compte on utilise souvent actuellement un angle de vision biologique, neurologique, neuro-scientifique, ce qui peut donner l’illusion que l’autisme est contingenté à une froide biologie, mais également que les prises en charge qu’on peut proposer en vue d’améliorer le vécu des personnes autistes se limiteraient à des interventions décrites en des termes d’allure scientifiques, biologiques, mécaniques. Le comportementalisme s’est inséré dans cet interstice, se décrivant comme une science de l’éducation, science quantifiable et répondant à des lois présentées comme assurées.

La psychothérapie dans l’autisme a, du fait de la prédominance écrasante du courant comportementaliste aux États Unis, été complètement balayée du vocabulaire, si elle ne l’a pas été complètement de la gamme des interventions proposés. Le courant développementaliste, bien que minoritaire, a continuer de promouvoir les relations, les affects, l’attention interactive.

Le petit article que je vous ai soumis ne traite absolument pas de l’autisme mais pose un problème d’ordre général : l’action psychologique, la psychothérapie, l’utilisation des émotions, des affects, des mouvements de l’esprit sont des  actions biologiques dont on peut rendre compte aussi en des termes biologiques  J’avais, dans une précédente traduction d’un article portant sur ce qu’est un psychiatre, déjà voulu abordé cette question, source de confusion.

Un état, aussi biologique soit-il, aussi contraint par la génétique, le développement du cerveau, la neurologie, peut avoir comme intervention cible une psychothérapie, une action psychologique. L’autisme tout aussi bien.

Aussi le bloc présenté de « l’autisme scientifique », ne contraint nullement la prise en charge recommandable à une suite d’action d’allure biologique ou scientifique. La clef là se trouve être les preuves, au sens le l’Evidence Based Medecine qu’on peut porter au crédit de ces assertions : l’action proposée est-elle efficace, ou ne l’est-elle pas. L’obstacle là est bien entendu le coût et la lourdeur de telles études, mais il n'est pas insurmontable

On a beaucoup parlé de l’intention gouvernementale de favoriser, dans l’élaboration du 4° plan autisme, de « La Science ». J’en suis tout à fait d’accord, à condition bien entendu de dégager ce que sont ces sciences, de définir à quelles objets ces sciences ont trait, et de ne pas prendre pour « LA » science un conglomérat disparates de bouts de sciences, valables localement pour leurs objets, mais amalgamées en un bloc soudé par un liant artificiel, subjectif et orienté.

On peut parfaitement rendre compte de l'autisme en utilisant la lingua franca actuelle, le décrire comme une entité neuro-développemntale, neurologique. Je vous ai exposé précédemment mes doutes sur la novation absolue apportée par ce mode d'exposition, qui fait dire, conte toute évidence, que ce nouvel autisme serait radicalement différent de celui antérieurement décrit. Mais changer de vocabulaire, traduire, exposer selon le nouvelles conventions de l'époque, c'est facile, en tout cas pour moi.

Jeter le bébé avec l'eau du bain des mots anciens me parait plus inutile qu'utile. Jeter à l'égout le trésor des liens, des relations, des affects, des caresses et des mots, de ce qui dure et ce qui change, de ce qui est en toi, puis en moi, de ce qui reste ou qui bouge, de ce qui se tient blotti, de ce qui fait douleur ou joie dans notre malédiction humaine que nous sommes en interaction permanente avec d'autres humains me semble plus contestable.

Autant l'exposition scientifique de l'autisme peut être, après tout, une manière de parler la langue des hommes, autant l'exigence de propulser dans la fournaise du Moloch tout ce que nous avons appris du commerce entre personnes me parait abusive.

Alors,  la Psychothérapie dans l'Autisme, autant l'évaluer, pas vrai ?

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