Autisme : Images pieuses, la chute de Saint Asperger

Saint Asperger, patron du Spectre de l’Autisme selon son Apôtre Lorna Wing, mille fois innocentée de l'affreux crime de mère-frigidisme par son intercession, serait une crapule nazie, selon une enquête approfondie. Pas étonnant, qui a dit pas étonnant ?

L'Invention du Specte de l'Autisme L'Invention du Specte de l'Autisme

 

Catastrophe Humanitaire : le Saint Patron du Spectre de l'Autisme, si évidemment supérieur à l'autisme décrit par Kanner, tellement psychiatriquement ringard, était d'une part un homme d’extrême droite, probablement antisémite, promu jeune parce que son seul challenger était juif, d'autre part un accompagnateur zélé des nazis après l’Anschluss dans leurs programmes de purification raciale, jusqu'au meurtre des enfants considérés comme irrécupérables.

C'est ce qu'un article très documenté, écrit après une longue enquête historique par Hervig Czech et publié par la Revue "Molecular Autism" (tout un  programme), révèle.

Voila déjà sa traduc-googlesisation, c'est toujours ça de pris..... Méfiez vous quand même de la traduction vicieuse de «race hygiene» par hygiène de la course.....

Lisez le en anglais, je ne doute pas qu'une traduction française voie prochainement le jour, ce ne sont pas les bonnes volontés qui manquent....

Le radieux Spectre de l'Autisme, vantés par (presque) tous comme une vraie avancée scientifique, une vérité révélée à laquelle chacun doit se convertir en se battant la coulpe pour ses erreurs passées, tire son origine de "ça". Asperger, vanté pour son flair clinique et son rôle de précurseur du "vrai" autisme, divinisé par Lorna Wing dans son "invention" du nouvel autisme, maintenant inscrit au patrimoine de l'Humanité, était au fond moralement une crapule.

Quand je travaillais à un  projet de formation (qui ne s'est du reste jamais concrétisée), j'avais créé ceci, un timbre commémoratif de la découverte d'Asperger

Asperger : Timbre commémoratif Asperger : Timbre commémoratif

que j'avais fait dériver d'un autre timbre, célébrant ces années

Timbre Commémoratif Original Timbre Commémoratif Original

que j'avais d'abord "amélioré" ainsi

Amélioration de l'Original Amélioration de l'Original

j'avais tenté, après avoir masqué la date originale en reproduisant le fond régulier du timbre gravé, de retrouver une police du même style pour parfaire mon forfait. J'avais aussi "rectifié" la couleur jaunie du timbre, que j'avais recentré. J'avais essayé de mettre tout d'aplomb, mais j'avais été envahi par ce visage de sauveur combattant.... 42, 42 quoi ?

Enfin, je recopie ici un passage d'un de mes précédents billets, parlant des "influences" de l'autisme moderne et de son pendant plus ancien, celui de Kanner.

Le temps de la guerre, de cette guerre, fut le temps de la création du concept d'Autisme, par Leo Kanner, le juif galicien émigré aux USA, mais non, non par Hans Asperger, l'autrichien, alors citoyen de ce Grand Reich Allemand. La victoire actuelle de l'autisme d'Asperger, fusionné par Lorna Wing à l'autisme décrit par Kanner, ce qui est une étape majeure de la création de l'actuel concept d'autisme, est-elle une si bonne nouvelle que ça ?

Au delà des disputes entre spécialistes de la spécialités, et en particulier sur le rôle de "messager de l'autisme" (?) joué par le juif Georg Frankl, d'Asperger, dont il était un assistant, jusqu'à Kanner, qui l’accueillit aux USA, c'est bien un choix conceptuel, subjectif, qu'on se trouve confronté. L'autisme nouveau est, certes, élargi considérablement dans un vaste ensemble, un spectre impressionnant, mais dans lesquels les "autistes selon Kanner", sont extrêmement minoritaires, comme dilués, et devenant de ce fait marginaux. Les "vrais" autistes, sont maintenant les autistes selon Asperger. Ces derniers semblent beaucoup plus proches des "neurotypiques" que nous sommes sensés être (comme jadis nous étions sensés nous définir comme névrotico-normaux), encore que touchés par un "handicap invisible". On peut alors les décrire facilement comme atteints d'un "déficit cognitif" qu'il faut parfois assez subtilement chercher pour le découvrir. Les "entrées" du Spectre de ce côté sont bien plus nombreuses que sur le pôle Kanner, dont la symptomatologie est plus visible, mais moins "cognitive" de prime abord, et davantage psychiatrique. L'autisme selon Kanner devient une bizarrerie, un particularisme, presque une anomalie dans le nouvel ensemble défini, dont on conserve pieusement le nom, ce qui achève de nous faire perdre tous nos repères conceptuels.

Le passage comme type de référence descriptive de Kanner vers Asperger est consubstantiel au nouvel autisme. Mais, encore une fois, n'est ce qu'une bonne idée ?

L'Autisme est une idée, pas une réalité matérielle, la psychiatrie est une idée, et non une "science" de la matérialité, aussi séduisante apparaît cette dernière pour nous masquer la faiblesse et la précarité de la condition humaine que nous, nos patients, nos usagers, enfin celui en face, partageons tant, et qui fait que le relation "sociale" (entre les être humains) qui naît face à face, parfois côte à côte (ce que note bien de Laurent Mottron) est toujours importante, parfois salvatrice, pour les autistes comme pour chaque être humain, qu'elle ait lieu avec n'importe quel être humain, ou bien un autre .

Ceux qui vendent cette précarité humaine contre le plat de lentille de la matérialité, habillée du mot science, et appelle ça la psychiatrie d’aujourd’hui, la seule, la vraie, garantissant à tous une parfaite innocence dans le procès subjectif où nous sommes, malgré tout, engagés, ceux là font un mauvais calcul dans leur investissement, voyant ce qu'ils croient gagner, oubliant ce qu'ils perdent et font perdre à ceux qui les côtoient.

Me promenant récemment à Belle, dans le parc de l’Hôpital déserté de ses figurants de mon enfance, les folles qui y déambulaient, je me rappelai ce que mes parents me disaient enfant pour me donner somme toute une ligne de conduite et de comportement "social": "il ne faut pas dire "fou", ce sont des malades mentaux". Ils devaient être, dans le jeune âge de leur pratique psychiatrique, encore dans l'illusion d'un progrès médical, et devaient se tromper, la jeunesse se trompe souvent....

Me promenant à Belle, me souvenant de mon père goy, de ma mère juive, pris dans l'après guerre et l'avenir qui resplendit, avec un arrière goût étrange des cendres dont mon berceau fut rempli, 16, rue La Fontaine, Paris 16°, l'histoire, on ne peut l'ignorer mes bons amis, sinon elle se souvient de vous.

Oui, il y a une psychiatrie völkisch, celle du bon sens, de la nature et de son naturel, c'est le naturalisme dans lequel elle s'englue, celle de la cécité épistémologique renommée science, qui aime toucher le cerveau, et pense qu'on libère l'être humain en l’assurant de la toute puissance de cet organe qui agit à l'insu de notre plein gré (c'est là le moindre de ses charmes) et du fatum tout puissant du génome. Pas étonnant, pas étonnant qu'elle ait convoquée, cette psychiatrie völkisch là l'ombre de Hans Asperger, Lorna Wing étant sa Pythie, ils étaient fait pour s'entendre.

C'est du reste la lecture de l'éditorial dans la même livraison de "Molecular Autism", que je vous conseille de consulter qui m'y a fait repenser. Simon Baron Cohen et toute une brochette d'autres le cosignent. J'en extrait ceci

We want to stress our immense respect for our late colleague Dr. Lorna Wing, in London, who first coined the term Asperger syndrome in 1981 and developed her concept of the “autism spectrum” encouraged by the insights of Asperger and his staff. At that time, she and we as scientists and clinicians, as well as the broader autism community, were unaware of Hans Asperger’s close alliance with, and support of, the Nazi program of compulsory sterilization and euthanasia.

Nous tenons à souligner notre immense respect pour notre regrettée collègue, la Dre Lorna Wing, à Londres, qui a inventé le syndrome d'Asperger en 1981 et développé son concept du «spectre de l'autisme» encouragé par les idées d'Asperger et de son personnel. À cette époque, elle et nous en tant que scientifiques et cliniciens, ainsi que la communauté de l'autisme en général, ignorions l'étroite alliance de Hans Asperger avec le programme nazi de stérilisation forcée et d'euthanasie.

S'ils le disent, ça doit être vrai

 

 

 

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