L'Autisme est une idée 13 : Chasing Rainbows - Théorie Aveuglante ?

Quelle est la nature de l'Autisme est une question intéressante. Quelle est la nature de l'idée qu'on a de l'Autisme en est une autre, mais qui formate complétement la précédente, l'enfonçant parfois dans des culs de sac logiques. Un article s'intéressant aux frères et sœurs des autistes en fournit une illustration.

 

Chasing Rainbows Chasing Rainbows
Chasing Rainbows, Chasser les Arcs-en-Ciel, se réfère à une recherche illusoire, aléatoire, infinie, et en même temps, arc en ciel oblige, en l'occasion rare où les éléments se conjuguent étrangement, bien excitante.

C'est un peu le cas de la Science Moderne de l'Autisme, édifice somptueux dont il est convenu de ne pas apercevoir les lézardes, et que la Vulgate moderne présente comme triomphante sous l'avatar de l'autisme comme entité Neuro-Développementale sortie toute nue et vraie de son puits d'innocence.

C'est ce rêve que je tente de saisir, lorsqu’il ondoie sur ses bords, scintille à ses frontières, ses recouvrements, ses apories. C'est que cette Science est, comme toute autre, œuvre de l'esprit humain, et en partage les faiblesses, les approximations et les pentes parfois tragiques.

Allons encore sur l'un de ses bords, quand cette Science tente d’appréhender la nature des frères et sœurs des autistes, tels qu'Elle les définit. J'utilise pour cela la traduction d'une brève revue récemment parue dans Spectrum News, le blog dont je vous vante souvent les mérites.

 

 Les frères et sœurs d'enfants autistes ont des problèmes sociaux, émotionnels
par Jessica Wright / 11 octobre 2018


Selon une nouvelle analyse approfondie
1, même les frères et sœurs typiques d'enfants autistes ont tendance à avoir des problèmes d'anxiété, de dépression et de difficultés sociales.

Les résultats fournissent la preuve la plus solide à ce jour que ces frères et sœurs ont également des problèmes, explique l’auteur principale Carolyn Shivers, professeure adjointe de développement humain au Virginia Polytechnic Institute et à la State University. "Nous avons trouvé des preuves de près de 70 études qui indiquent qu'il se passe vraiment quelque chose de ce côté."

Les résultats concordent avec la théorie du «phénotype général de l’autisme», selon laquelle les membres de la famille des enfants autistes partagent certains traits de la maladie.

Cependant, cela ne révèle pas dans quelle mesure les difficultés des frères et sœurs sont dictées par la génétique plutôt que par l’environnement familial, explique William Mandy, maître de conférences en psychologie clinique, de l’éducation et de la santé à University College London, qui n’a pas participé à l’étude.

«Nous ne comprenons pas vraiment ce qui sous-tend [ce phénomène]», a déclaré Mandy. "Espérons que ce document lance des recherches qui tentent vraiment de comprendre les mécanismes." La compréhension de la biologie pourrait éclairer l'héritabilité de l'autisme et peut-être donner des stratégies cliniques précieuses pour aider les frères et sœurs, dit-il.


Frères et sœurs à risque:

Les chercheurs ont analysé 69 études regroupant 6 679 enfants ayant un frère ou une sœur autistes et 21 263 témoins; 30 des études sont des thèses, des résumés et des posters de recherche non publiés. Inclure les travaux non publiés permet de lutter contre les biais de publication - le fait que les revues favorisent les résultats qui soutiennent une association par rapport à ceux qui n'en montrent aucune, dit Shivers. La plupart des études sont basées sur des questionnaires auto-déclarés ou sur des parents.

Toutes les études incluent des frères et sœurs âgés d'au moins 5 ans, lorsque ces comportements deviennent généralement apparents. La plupart ont un groupe témoin de couples frères sans autisme. Dans certaines de ces paires de contrôle, un des frères et sœurs a un autre trouble du développement ou un autre handicap. Pour les 14 études sans groupe de contrôle, l’équipe de Shivers a comparé les frères et sœurs à d’autres groupes de contrôle du groupe d’âge correspondant à des études de taille comparable. Les résultats ont été publiés le 3 octobre dans Clinical Childl and Family Psychology Review
.

Les frères et sœurs d'enfants autistes sont plus susceptibles que les frères d'enfants sans condition d'être renfermés (withdrawn - avec retrait) et d'avoir de mauvaises aptitudes sociales. Ils ont également des problèmes sociaux et émotionnels plus graves, selon diverses mesures, que les frères et sœurs d’enfants ayant une déficience intellectuelle ou une autre forme de retard de développement.

Cependant, ils ne sont pas plus susceptibles que les contrôles d'avoir des problèmes de comportement extérieur, tels que l'agression. Et leurs stratégies pour faire face à l'adversité ne sont pas inhabituelles non plus.

Les résultats suggèrent que les frères et sœurs des enfants autistes sont à risque de développer des affections secondaires ou des traits associés à l'autisme, mais pas aux caractéristiques fondamentales de l'autisme, que les chercheurs n'ont pas examinées, déclare Molly Losh, professeure agrégée en sciences de la communication et troubles de la communication à la Northwestern University d'Evanston, Illinois. Losh n'était pas impliqué dans l'étude. «Ils indiquent des comorbidités et des caractéristiques qui peuvent s'agréger dans des familles et pour lesquelles des frères et sœurs peuvent être à risque», dit-elle.


Modèles de rôle:

Les résultats ne varient pas en fonction des personnes ayant rempli les questionnaires: parents ou frères et soeurs eux-mêmes. Selon Shivers, cela est quelque peu surprenant, car les parents d’enfants autistes sont susceptibles d’être particulièrement sensibles aux traits de l’autisme chez leurs autres enfants.

«Pour moi, cela signifie que c’est une chose réelle: il n’y a pas que les frères et sœurs qui sont trop dramatiques ou les parents qui sont trop inquiets», dit Shivers.

Dans l’ensemble, les résultats suggèrent que les frères et sœurs des enfants autistes bénéficieraient des traitements comportementaux précoces.

«Les frères et sœurs devraient faire l'objet d'un dépistage des symptômes d'intériorisation et d'autres symptômes psychologiques, qui peuvent être ciblés efficacement grâce à des interventions fondées sur des preuves», déclare Paige Siper, professeure assistante de psychiatrie à la Icahn School of Medicine du Mount Sinai, à New York, qui n'a pas participé aux travaux. l'étude.

Une autre étude, publiée le 3 octobre dans le Journal of Anormal Child Psychology, traite de l’autre côté de la relation fraternelle: ses effets sur la personne autiste
2. Les chercheurs ont constaté que les enfants autistes ayant des frères et sœurs typiques avaient de meilleures compétences sociales que ceux sans frères et sœurs. Les chercheurs suggèrent que des enfants typiques peuvent servir de modèles à leurs frères et sœurs plus jeunes atteints d'autisme.


Références:

  1  Shivers C.M. et al. Clin. Enfant Fam. Psychol. Rev. Epub avant impression (2018) PubMed
  2  Ben-Itzchak E. et al. J. anormal. Child Psychol. Epub ahead of print (2018) PubMed

 

 

Les frères et sœurs d'autistes présentent des troubles, mais, attention, des troubles non autistiques selon la définition canonique, ou faisant partie d'un "phénotype élargi". A vrai dire ce serait le versant intériorisation (ou retrait), ou une certaine pauvreté dans les relations "sociales" (c'est à dire interpersonnelles) ou bien d'autres symptômes psychologiques sortant des symptômes supposés caractéristiques de l'autisme.

Ces frères et sœurs sont supposés "à risque de conditions secondaires, ou de traits associés à l'autisme (at risk of secondary conditions or traits associated with autism)" C'est là où on touche une limite de la conceptualisation moderne de l'autisme comme entité neuro-développementale à base essentiellement génétique. L'étude phénotypique des frères et sœurs tape dans une autre cible de caractéristiques de conditions secondaires (non autistiques) ou de traits associés à l'autisme , bref du hors autisme ou du péri-autisme. En ne localisant qu'un cœur de cible symptomatique prototypique de l'autisme, on est obligé de convenir que se situent hors de cette cible de bien proches. On sait classiquement que les frères et sœurs des autistes sont plus que d'autres susceptibles d'être eux même autistes; on sait maintenant que ceux qui ne le sont pas ne sont pas exempts de symptômes, même s'ils sont décrits comme périphériques ou étrangers à l'autisme. On retrouve par là les constatations faites lors des "sorties" documentées de l'autisme, qui ne sont pas exceptionnelles, et que j'avais précédemment rapporté

Si le cadre standard posé par, par exemple, le DSM IV/5 ne convient pas, c'est à une modification de ce cadre conceptuel que nous sommes convié, qui pourrait prendre la forme suivante :

  • Dissocier les conditions nécessaires et suffisantes pour poser un diagnostic d'autisme de l'idée qu'ils sont une formulation exhaustive de cette condition.
  • Considérer l'ensemble symptomatique présenté par les autistes comme faisant partie de l'autisme, comme autant de formes cliniques, en excluant de les considérer comme des co-occurences d'autres conditions, comme des comorbidités, ce qui obscurcit considérablement les choses.

Cela inviterait à étudier justement les balancements de formulations symptomatiques le long du temps chez une même personne, mais aussi simultanément chez ses proches. Par exemple penser que les symptômes présentés par les frères et sœurs d'autistes n'entrant pas dans les critères d'un diagnostic d'autisme ont quelque chose à voir avec ce qu'est l’autisme.

Bien entendu cela conduit à une transformation du cadre conceptuel étroit et linéaire qui a cours aujourd'hui, mais à l’intérêt de rendre possible des études plus fines sur la nature propre de l'autisme, en sortant des chemins tout tracés, comme celui qui conduit à l'idée bien simplificatrice de "trouble neuro-développemental". Après tout les frères et sœurs dont a parlé l'article précédent sont tout aussi neuro-développementaux que leur frère ou sœur autiste, mais d'une façon différente. Cela nous conduirait à envisager le neuro-développement comme un processus complexe, et tenant à des facteurs peut être mineurs selon un processus chaotique rendant compte de leur aspect pseudo aléatoire. Pourquoi un enfant est autiste et son frère ou sœur ne l'est pas, à quoi cela tient-il ?

Chasing Rainbows est une comédie musicale filmée MGM, en partie perdu (dont les deux séquences en tehnicolor 3 bibande, dont la trace ne subsiste que par leur son sur disques Vitaphone), qui date de début 1930, dont les acteurs principaux sont le couple vedette de Broadway Melody of 1929,  Bessie Love et Charles King, et dont le relatif échec conduisit à la cessation de la production de comédies musicales à la chaine chez MGM, dont l'annulation, par Irving Thalberg, le directeur de production des studios, de "The March of Time", presque entièrement tourné. Une de ses chansons de "Chasing Rainbows", "Happy Days Are Here Again" chantée par Charles King, musique de Milton Ager, paroles de Jack Yellen, fut l'hymne de la première campagne présidentielle victorieuse de Franklin Delano Roosevelt en 1932.

"I'm Always Chasing Rainbows" est  le nom d'une chanson qui a cette année 100 ans, succès de 1918, musique de Harry Caroll (d'après Frédéric Chopin), paroles de Joseph McCarthy.

I;m Always Chasing Rainbows (1918) © CatsPjamas1

 

iacr

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