La sûreté nucléaire, un principe fragile et menacé

La Commission d’enquête sur la sûreté et la sécurité nucléaire bat son plein alors que le Débat public sur la PPE a suscité de très nombreux événements un peu partout en France. Beaucoup voient dans l'atome une solution pérenne pour la France. Faudrait-il encore que cette technologie soit sûre et que chacun comprenne ce que signifie ce fameux principe de sûreté...

La sûreté nucléaire de prime abord est un principe dont la définition précise. L’Autorité de sûreté nucléaire la définit ainsi :

« Ensemble de dispositions permettant d'assurer le fonctionnement normal d'une centrale nucléaire, de prévenir les accidents ou les actes de malveillance et d'en limiter les effets tant pour les travailleurs que pour le public et l'environnement.

Ces dispositions doivent être prises aux stades de la conception, de la construction, de la mise en service, de l’utilisation, de la mise à l’arrêt définitif et du démantèlement d’une installation nucléaire ou d’un dispositif de transport de matières radioactives[i]. »

EDF, premier exploitant nucléaire dans le Monde, précise les choses en proposant une définition qui intègre des éléments nouveaux du droit nucléaire :

« La sûreté nucléaire est l'ensemble des dispositions techniques, humaines et organisationnelles mises en œuvre à toutes les étapes de la vie d'une centrale nucléaire pour protéger, en toutes circonstances, la population et l'environnement contre une éventuelle dispersion de produits radioactifs.

Ces dispositions sont prises en compte dès la conception de l'installation, intégrées lors de sa construction, renforcées et toujours améliorées pendant son exploitation. Elle repose sur la mise en place de lignes de défense successives et indépendantes, que l'on appelle la défense en profondeur.[ii] »

La sûreté nucléaire ne possède donc pas de définition claire. Le principe a des contours variables en fonction des acteurs et même des circonstances _ nous le verrons plus tard. C’est en tout cas ce qui apparaît à la lecture de cette page du site de la représentation permanente de la France auprès des Nations unies :

« Le glossaire de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) définit et explique les termes utilisés dans les différentes publications de l’Agence. Ses définitions servent de référence dans le contexte international :

  • La sûreté nucléaire (nuclear safety) désigne l’obtention de conditions d’exploitation correctes, prévention des accidents ou atténuation de leurs conséquences, avec pour résultat la protection des travailleurs, du public et de l’environnement contre des risques radiologiques indus.
  • La radioprotection (ou protection radiologique) désigne la protection des personnes contre les effets d’une exposition à des rayonnements ionisants et les moyens d’assurer cette protection.
  • La sécurité nucléaire (nuclear security) désigne les mesures visant à empêcher et à détecter un vol, un sabotage, un accès non autorisé, un transfert illégal ou tout autres actes malveillants mettant en jeu des matières nucléaires et autres matières radioactives ou les installations associées, et à intervenir en pareil cas.

Selon le droit français

Le droit français (article L. 591-1 du Code de l’environnement) a retenu des définitions différentes pour ces mêmes termes :

  • La sûreté nucléaire est l’ensemble des dispositions techniques et des mesures d’organisation relatives à la conception, à la construction, au fonctionnement, à l’arrêt et au démantèlement des installations nucléaires de base ainsi qu’au transport des substances radioactives, prises en vue de prévenir les accidents ou d’en limiter les effets.
  • La radioprotection est la protection contre les rayonnements ionisants, c’est-à-dire l’ensemble des règles, des procédures et des moyens de prévention et de surveillance visant à empêcher ou à réduire les effets nocifs des rayonnements ionisants produits sur les personnes, directement ou indirectement, y compris par les atteintes portées à l’environnement.
  • La sécurité nucléaire comprend la sûreté nucléaire, la radioprotection, la prévention et la lutte contre les actes de malveillance ainsi que les actions de sécurité civile en cas d’accident.[iii]»

Une définition française pour le moins légère

Vous aurez bien perçu un écart est apparu entre le consensus international et l’acception française de la sûreté nucléaire :

Article L591-1

Créé par Ordonnance n°2012-6 du 5 janvier 2012 - art. 3

La sécurité nucléaire comprend la sûreté nucléaire, la radioprotection, la prévention et la lutte contre les actes de malveillance ainsi que les actions de sécurité civile en cas d'accident.

La sûreté nucléaire est l'ensemble des dispositions techniques et des mesures d'organisation relatives à la conception, à la construction, au fonctionnement, à l'arrêt et au démantèlement des installations nucléaires de base ainsi qu'au transport des substances radioactives, prises en vue de prévenir les accidents ou d'en limiter les effets.

La radioprotection est la protection contre les rayonnements ionisants, c'est-à-dire l'ensemble des règles, des procédures et des moyens de prévention et de surveillance visant à empêcher ou à réduire les effets nocifs des rayonnements ionisants produits sur les personnes, directement ou indirectement, y compris par les atteintes portées à l'environnement.

L’IRSN reprend comme on pouvait s’y attendre cette définition « française » :

« La sûreté nucléaire recouvre l’ensemble des dispositions techniques et les mesures d’organisation prises en vue de prévenir les accidents ou d’en limiter les effets. Elles concernent la conception, la construction, le fonctionnement, l'arrêt et le démantèlement des installations nucléaires de base, ainsi que le transport des substances radioactives. La sûreté nucléaire est une composante de la sécurité nucléaire qui comprend, en outre, la radioprotection, la prévention et la lutte contre les actions de malveillance, ainsi que les actions de sécurité civile en cas d’accident.

Il s’agit donc à la fois :

  • d'assurer des conditions de fonctionnement normal de l’installation sans exposition excessive des travailleurs aux rayonnements ionisants, et sans rejets excessifs de radioactivité dans l’environnement
  • de prévenir les incidents et accidents
  • de limiter les effets sur les travailleurs, les populations et l’environnement, d’incidents ou d’accidents qui surviendraient néanmoins.[iv]»

Telle est la définition courante de la sûreté que chacun utilise dans les commissions locales d’informations et autres instances d’information et de concertation sur l’industrie nucléaire. La sûreté nucléaire recouvre tout ce qui est mis en œuvre pour « prévenir l’accident et en limiter les effets ». Cette définition synthétique a le mérite d’être claire et sans ambiguïté.

Sauf que _ comme d’habitude dans le nucléaire _ le diable se cache dans les détails. La définition française de la sûreté est en deçà de la définition internationale. La fameuse « obtention de conditions d’exploitation correctes » proposé par l’AIEA que l’on ne peut suspecter d’être une officine écolo a comme par enchantement disparu du droit français. Tout au plus on doit se contenter ici d’un « relatives à la conception, à la construction et au fonctionnement » qui précise le champ d’application des « dispositions techniques et mesures d’organisations »…. prises en vue de prévenir les accidents.

On est dès lors en droit de se demander comment se fait-il que le législateur n’ait pas vu cette « exception française » et surtout cherché à la résoudre au vu des risques que l’industrie nucléaire fait peser sur toute l’Europe voire le Monde ?

Les débats autour du Titre VI de la loi de transition énergétique pouvait permettre de proposer une transcription en droit français du consensus international. Cela a été fait pour préciser modestement[v] les « dispositions applicables à compter de l'entrée en vigueur du protocole portant modification de la convention de Paris, signé à Paris le 12 février 2004 » (Article L. 597-1 du Code de l’environnement) à l’Article 130[vi]. Ça n’a pas été le cas pour la sûreté. L’essentiel des dispositions ont été renvoyées à des Ordonnances laissant à la haute-administration le soin de légiférer (Article 128 et 129). Le droit nucléaire français depuis s’est approfondi tout du moins dans sa partie législative[vii] mais de façon très technocratique… sans permettre le débat démocratique que chacun est en droit d’attendre au vu des enjeux.

On peut comprendre qu’au regard des aspects très techniques de l’industrie nucléaire et du droit qui lui est applicable il est très difficile d’associer le plus grand nombre au travail législatif. La remarque est fondée mais elle n’épuise pas le sujet. Il n’y a pas besoin de sortir de la botte de Polytechnique pour contribuer à une définition de la sûreté nucléaire et amener le législateur à en déduire un cadre réglementaire conforme.

D’où vient donc l’écart entre la définition française de la sûreté et la définition internationale ?

Quelques éléments objectifs permettent de comprendre pourquoi  la définition internationale a été interprétée en France de manière très singulière par les exploitants et la Haute-Administration.

La France est en effet, l’Etat le plus nucléarisé au monde puisque le territoire accueille plus de deux installations nucléaires par million d’habitant. Un record mondial. Et je ne parle pas de l’accumulation unique dans le système solaire de substances radioactives « artificielles » ou plutôt industrielles. Quelque soit la manière de prendre les choses, la France métropolitaine est le territoire le plus exposé aux activités atomiques civiles et militaires.

La filière nucléaire apparaît donc comme un acteur puissant de l’industrie et de la recherche depuis la Seconde Guerre mondiale même si on peut nuancer la communication dont abuse ce « pôle de compétitivité. Ce que l’on a coutume de désigner comme le « lobby nucléaire » a depuis longtemps conçu une stratégie pour subjuguer le pouvoir politique et orienter les décisions qui l’intéresse.

L’une de sa préoccupation majeure est de garantir à ses partenaires et clients des coûts de production présentés comme faibles. C’est ce qui avait justifié l’abandon de la filière Graphite-Gaz au profit de la « deuxième génération », ces réacteurs à eau pressurisée conçus par Westinghouse à partir des chaudières atomiques des sous-marins nucléaires e l’US-Navy[viii]. C’est ce qui a déterminé le fameux Plan Messmer de 1974[ix] inspiré par la fameuse Commission PEON[x] mobilisée en faveur de la nucléarisation de la France[xi].

L’objectif visé est clair. Il s’agit de conquérir « l’indépendance technologique » dans des « conditions économiquement acceptables ». Faut-il encore pour cela dans un Etat de droit que la réglementation n’apporte pas « trop » de contraintes à des chantiers évalués alors à plus d’un milliard de Francs. En toute bienveillance l’Etat a donc autorisé le développement de la filière nucléaire avant de légiférer et de réglementer cette industrie en transcrivant des textes internationaux[xii] et en adaptant des textes anciens comme par exemple un décret de 1926 sur les bateaux à vapeur[xiii].

Si un droit nucléaire existe, il est donc postérieur au choix de recourir à cette technologie et à sa mise en œuvre[xiv]. En France la construction du parc n’a pas été autorisée au regard de principes juridiques mais dans le cadre d’une procédure de gré à gré entre le maitre d’ouvrage et les services de l’Etat. Pour le dire autrement, EDF et l’Etat ont bricolé un compromis dans le souci d’une protection de la santé et de l’environnement requise par toute une série de textes internationaux au premier rang desquels le traité Euratom[xv]. Il faut attendre 1984 pour qu’un arrêté définisse enfin un cadre précis à la qualité de la conception de la construction et de l’exploitation des installations nucléaires de base…

Three Miles Island puis Tchernobyl viennent ébranler cette configuration singulière qui permet aux exploitants de « négocier » avec la Haute-Administration des règles au fil de l’eau. Le spectacle du risque nucléaire impose un renforcement du droit nucléaire[xvi] c’est-à-dire des contraintes prescrites aux exploitants. Quelques déclinaisons sont bien connues. L’Etat essaie de mettre de l’ordre dans les autorisations de rejets et prélèvements des centrales. On commence à imaginer un dispositif de gestion des matières radioactives qui ressemble à quelque chose. Des événements « hors dimensionnements » sont désormais envisagés et doivent amener l’exploitant à prendre des mesures.

Le curseur se déplace dans le sens de la protection de l’environnement et de la santé publique non sans répercussion sur les coûts d’exploitation et de construction des installations nucléaires. L’acceptabilité sociale du nucléaire a donc un prix, un prix très nettement supérieur à la générosité locale de l’exploitant qui a contribué à faire fleurir au milieu de nulle part des piscines olympiques, des patinoires et autres équipements collectifs. Dans les faits la sûreté nucléaire a été renforcée tout particulièrement après la création de l’Autorité de contrôle mais sa définition n’a pas bougé…

Une définition pas si confortable pour une industrie persuadée de son excellence

On se trouve donc dans une configuration très singulière que Lény Patinaux présente dans sa thèse sur le projet Cigéo[xvii]. Faute de résolution pour amener l’exploitant à démontrer la sûreté effective d’une installation, l’Etat se contente de prescrire un cadre réglementaire qui permette de justifier que des efforts ont été réalisés en ce sens « dans des conditions économiquement acceptables ». Cet étrange dispositif a plus d’un mérite : d’abord elle épargne à l’exploitant de publier des chiffrages économiques des mesures qu’il envisage, ensuite elle lui évite d’avoir à soumettre différentes options aux autorités, enfin elle privilégie « l’obligation de moyens » à « l’obligation de résultats » comme le donne à voir la si difficile mise en œuvre du « noyau dur[xviii] ».

La sûreté nucléaire apparaît dans ces conditions non pas tant comme un principe mais comme un arbitrage entre la protection de l’environnement et de la santé publique d’une part et la protection des intérêts économiques de l’exploitants _ responsable de son installation[xix] _ d’autres part. On comprend mieux ainsi toute la doctrine de sûreté française : puisque la sûreté est un arbitrage, cela justifie avant de mettre en œuvre quoi que ce soit d’évaluer d’abord des probabilités. Et c’est seulement à partir du moment où celles-ci deviennent « trop grandes » qu’il y a opportunité à agir. Chacun sait ce que cela a donné à Fukushima ou à Paluel où un événement impossible a eu lieu le 31 mars 2016….

Tout au plus la sûreté nucléaire relève du Pari pascalien chez des gens intimement persuadé de leur excellence technique et donc de la robustesse des installations qu’ils ont conçues. Puisque la catastrophe est impossible rien ne sert de charger trop la barque. Il suffit de mettre en œuvre quelques mesures au titre de la responsabilité des exploitants sans que cela ne coûte que trop cher. Les ingénieurs EDF en sont finalement arrivés à admettre le bien fondé de cette devise Shadock :

 

shadock-3

Sauf que leur direction ne l’entend pas de cette manière. Pour certains, la sûreté est un luxe dont il ne faut trop abuser surtout dans un contexte économique tendu ou plutôt concurrentiel. Au tournant du XXe et du XXIe siècle, EDF est ainsi l’objet d’injonctions contradictoires. D’aucuns tirent le signal d’alarme en donnant à voir que les centrales ne vieillissent pas aussi bien que prévu alors que d’autres voient le trou du déficit se creuser tendanciellement.

L’arbitrage ne tarde pas. L’opérateur énergétique de l’Etat accepte le renforcement du droit nucléaire mais obtient en contrepartie que la durée d’exploitation des réacteurs soient étendues. C’est un marché de dupes. Ce qui est acquis d’un côté est grignoté de l’autre dans la mesure où le plus grand nombre reconnaît qu’il ne va pas être aisé d’amener des installations d’un autre temps à un référentiel de sûreté exigeant. Les doutes sont tels que quelques-uns se demandent si finalement il ne serait pas plus simple de tout reprendre à zéro puisqu’il est plus facile de construire du neuf que de rafistoler de l’ancien.

Ainsi naquit l’EPR, ce réacteur évolutionnaire sensé permettre à EDF de présenter enfin une installation conforme au référentiel de sûreté post-Tchernobyl en ouvrant la voie au remplacement des vieilles chaudières construites un peu n’importe comment dans les années 1970 à Fessenheim et ailleurs[xx]. Mais fallait-il encore que entreprises et savoir-faire existent pour construire cette merveille de technologie qui permettra de se débarrasser du plus tôt des vieilles guimbardes de framatome… Chacun connaît la suite. Le renforcement de la sûreté s’il est possible sur le papier ne l’est pas forcément sur le terrain.

Péril sur la sûreté nucléaire

En 2012, la filière nucléaire est dans une impasse[xxi]. L’état des 58 réacteurs en exploitation se dégrade au point d’afficher le taux de disponibilité le plus bas au monde. Les chantier EPR tournent au cauchemar pour les énergéticiens non sans creuser à des niveaux abyssaux leur déficit (14 Mds au passif d’EDF pour seulement 4 réacteurs…). La situation est tellement dégradée que les écolos se sentent pousser des ailes et osent demander une Energiewende pour la France, cette fameuse transition énergétique.

Les nombreux articles de ce blog racontent comment cette espérance a été méthodiquement ruiné par le couple Hollande Macron qui pour finir a offert un considérable cadeau à la filière nucléaire[xxii]. Mais il ne faudrait pas limiter l’œuvre de ces deux personnages à une recapitalisation financière, ils ont systématiquement démantelé le droit nucléaire. Pour ainsi dire le curseur qui avait bougé après Tchernobyl vers un renforcement de la sûreté repart dans l’autre sens vers la protection des intérêts économiques de l’exploitant.

La Loi de transition énergétique est votée alors que le reflux a déjà commencé. Dès 2013 des signes donnent à voir que l’ASN est dans le viseur de la Haute-Administration. Les moyens manquent alors que les événements graves ne cessent de se multiplier (deux pertes de réfrigérants primaires coup sur coup à Paluel et Cruas au printemps 2012). Le Débat national sur la transition énergétique en parallèle loin de permettre un dialogue équitable sur le nucléaire offre une formidable tribune à EDF et Henri Proglio qui ose tout. Le positionnement du pouvoir qui s’est empressé de soutenir le projet ASTRID[xxiii] est évident. Sans abuser de la communication tapageuse de Sarkozy, tout est fait pour soulager l’industrie nucléaire… Somme toute la mise en œuvre de la Loi déçoit dans le domaine du nucléaire comme dans les autres[xxiv]. La montagne aura finalement accouché d’une souris.

L’heure est à la sanctuarisation de la filière nucléaire. C’est en tout cas ce que certains proposent à l’occasion du débat sur la Programmation pluriannuelle de l’énergie[xxv]. L'espérance de décarbonation par l’atome ne va pas de soi. On sait déjà qu'elle est quasi infinançable. Elle peut aussi s'avérer fatale au vu l'état effectif des installations et de l'incapacité de l'exploitant à renforcer réellement leur robustesse.

Si EDF veut porter ses installations à 50 en reportant après la PPE la mise à l’arrêt d’autres réacteurs que ceux de Fessenheim[xxvi], faudrait-il qu'elle puisse le faire et qu'existent des garanties solides qu'elle le fera. Or rien n'est moins certain aujourd'hui. Non seulement les doutes sur la qualité des équipements et d'éléments importants pour la protection (EIP) sont de plus en plus grands, mais l'ASN est contrainte de déclarer que ces contrôles doivent s'adapter à ce contexte nouveau et ne pourront en aucun cas viser une quelconque exhaustivité[xxvii]. 

Au moment même où le gouvernement s'apprête à reporter de 2025 en 2032 _ voire 2035 _ la baisse de la part du nucléaire dans le mix électrique, il est surprenant qu'il soit si peu question de sûreté, de contrôle des installations et de risques nucléaires. Le nécessaire débat sur la sûreté nucléaire passe à la trappe comme le rappellent justement Benjamin Dessus et Bernard laponche dans une tribune publiée par Le Monde le 02 juin 2018[xxviii] :

« On se trouve donc dans une situation particulièrement préoccupante, dans laquelle l’ASN peut apparaître aux yeux des citoyens comme un garde-fou suffisant, alors que les conséquences des décisions qu’elle pourrait être amenée à prendre en cas de défaillance d’une installation ou d’un équipement nucléaires ne sont nulle part analysées et encore moins prises en charge par la puissance publique et les industriels du secteur. Les futurs choix énergétiques de la France ne peuvent pas faire l’impasse sur le risque d’un accident nucléaire grave ou majeur, dont la probabilité est loin d’être négligeable

Il y a décidément quelque chose qui ne tourne pas rond au pays de l'atome roi. Le problème est qu'à force de jouer avec les statistiques, la loi d'airain du nucléaire va finir par frapper... peut être plus tôt que certains le croient. Or il n'y a pas de doute. Dans la mesure où la France compte le plus grand nombre d'installations sur un territoire modeste au cœur de l'Europe, il est à craindre que la fatalité frappe ici quelle que soit la résolution des équipes dans les centrales pour éviter le pire...  

Ne conviendrait-il donc pas d'envisager les choses autrement sans oublier bien évidemment de prendre en compte la question des déchets... reportée à un débat ultérieur l'automne prochain ?

Plutôt que de laisser se dégrader le contrôle de sûreté et d'exercer des pressions sur l'expertise publique, d'autres solutions sont possibles afin de protéger l'environnement et la santé publique. L'enjeu n'est autre que de strictement encadrer l'exploitation des installations nucléaires pour les accompagner vers une Mise à l'arrêt définitif au plus tôt.

[i] https://www.asn.fr/Lexique/S/Surete-nucleaire

[ii] https://www.edf.fr/groupe-edf/espaces-dedies/l-energie-de-a-a-z/tout-sur-l-energie/produire-de-l-electricite/la-surete-nucleaire

[iii] https://onu-vienne.delegfrance.org/Presentation-de-la-surete-et-de-la-securite-nucleaires

[iv] http://www.irsn.fr/FR/connaissances/Installations_nucleaires/La_surete_Nucleaire/organisation_surete_nucleaire/Pages/sommaire.aspx#.WxJmbUiFPct

[v] https://blogs.mediapart.fr/guillaume-blavette/blog/260914/une-loi-qui-nassure-pas

[vi] https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexteArticle.do;jsessionid=214ED4C59427DDB567E84B19D494B82F.tplgfr22s_1?idArticle=JORFARTI000031045247&cidTexte=JORFTEXT000031044385&dateTexte=29990101&categorieLien=id

[vii] https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000032003979&categorieLien=id

[viii] http://www.editionsamsterdam.fr/le-rayonnement-de-la-france/

[ix] https://www.alternatives-economiques.fr/1974-plan-messmer-choisit-loption-nucleaire/00067465

[x] http://ecorev.org/spip.php?article88 ; http://ecorev.org/spip.php?article89

[xi] http://www.slate.fr/story/36491/france-nucleaire-nucleocrate

[xii] https://www.sqdi.org/wp-content/uploads/Le-droit-nucl%C3%A9aire-confront%C3%A9-au-droit-de-lenvironnement-%E2%80%93-Autonomie-ou-compl%C3%A9mentarit%C3%A9.pdf?x85994

[xiii] https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=LEGITEXT000006062479

[xiv] https://www-pub.iaea.org/MTCD/publications/PDF/Pub1160f_web.pdf

[xv] https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=LEGISSUM%3Axy0024

[xvi] https://www.asn.fr/Informer/Publications/La-revue-Controle/Controle-n-197-La-reglementation-Le-guide-Inondations-La-dose-au-patient

[xvii] https://www.lemonde.fr/planete/article/2018/02/07/centre-d-enfouissement-de-bure-l-impossible-preuve-scientifique-de-la-surete_5252802_3244.html

[xviii] http://www.irsn.fr/FR/connaissances/Installations_nucleaires/La_surete_Nucleaire/evaluations-complementaires-surete/Pages/4-france-tirer-les-lecons-de-fukushima.aspx#.WxKkx0iFPcs

[xix] http://www.assuratome.fr/fr/13-la-responsabilite-civile-de-l-exploitant-nucleaire

[xx] http://www.sortirdunucleaire.org/La-farce-cachee-du-nucleaire

[xxi] La publication de l’arrêté du 7 février 2012 marque le point le plus avancé de l’approfondissement du droit nucléaire en France

https://www.lesechos.fr/13/02/2017/lesechos.fr/0211797613487_edf-s-apprete-a-lancer-sa-recapitalisation-a-4-milliards.htm

[xxii] https://www.capital.fr/entreprises-marches/macron-justifie-l-operation-areva-edf-par-l-international-1045541

https://bfmbusiness.bfmtv.com/entreprise/macron-ouvre-la-voie-a-une-recapitalisation-d-edf-959830.html

https://www.lesechos.fr/13/02/2017/lesechos.fr/0211797613487_edf-s-apprete-a-lancer-sa-recapitalisation-a-4-milliards.htm

[xxiii] https://www.lemonde.fr/planete/article/2012/06/30/couleuvres-a-neutrons_1727403_3244.html

[xxiv] https://www.actu-environnement.com/ae/news/application-loi-transition-energetique-ambition-deception-27261.php4

[xxv] https://www.novethic.fr/actualite/energie/energie-nucleaire/isr-rse/programmation-pluriannuelle-de-l-energie-edf-et-l-ademe-affichent-des-visions-tres-eloignees-sur-la-consommation-et-le-nucleaire-145864.html

[xxvi] https://www.actu-environnement.com/ae/news/nucleraire-reacteur-fermeture-edf-2029-30554.php4

[xxvii] https://www.youtube.com/watch?v=g1b1yO3pvMs

[xxviii] https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/06/02/la-question-du-risque-nucleaire-est-exclue-du-debat-public-sur-l-energie_5308526_3232.html

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