Il y a 75 ans, dans la nuit du 25 au 26 décembre 43, le massacre nazi d'Habère-Lullin

Il y a 75 ans, dans la nuit du 25 au 26 décembre 1943, la 9e compagnie SS Polizei est montée d'Annemasse à Habère-Lullin (74) pour réprimer un bal clandestin. Un massacre nazi s'en est suivi, qui a fait 31 victimes.

Il y a 75 ans, dans la nuit du 25 au 26 décembre 1943, la 9e compagnie SS Polizei est montée d'Annemasse à Habère-Lullin (74) où se déroulait un bal de Noël, un bal clandestin organisé par la jeunesse locale dans le château du village. Fin 1943, sous l'occupation allemande, les bals étaient interdits, et des jeunes gens commençaient à se regrouper dans les montagnes pour échapper au Service du Travail Obligatoire. Quant aux nazis, ils étaient déterminés et venaient pour tuer. Le drame d'Habère-Lullin a ainsi été un massacre nazi ayant fait 31 victimes parmi lesquelles 6 ne sont pas revenues de déportation.

Habère-Lullin aujourd'hui. Crédit: Joseph Boer, 2009. Source: CartesFrance.fr Habère-Lullin aujourd'hui. Crédit: Joseph Boer, 2009. Source: CartesFrance.fr

Aujourd'hui, il n'y a plus de château à Habère-Lullin, puisqu'il a été brûlé au cours de cette nuit tragique, et jamais reconstruit. Il n'y a plus qu'un monument commémoratif. Pour les 70 ans du drame, en 2013-2014, ce crime nazi avait été la cible d'une opération de brouillage mémoriel que nous avons déjà déplorée dans ce blog. Nous n'y reviendrons pas. À l'époque, l'affaire avait été d'autant plus choquante que les Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation avaient mis sur pied avec leurs propres moyens une petite exposition historique et commémorative qui rappelait ces faits dramatiques. Le décalage entre porteurs et briseurs de mémoires n'en avait été que plus saisissant.

Depuis lors, Christiane Béchet-Baretta et Gérard Capon en ont tiré un ouvrage publié par un éditeur local. Ainsi l'histoire et la mémoire de ce Noël tragique peuvent-ils être mieux connus désormais.

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Le rappel de ce terrible drame 75 ans après les faits invite surtout à déplorer à nouveau combien cet événement dramatique est resté inconnu, occulté, et combien il demeure une page noire et délaissée à l'échelle de la région franco-genevoise. À cette région correspondent les terres habitées par de très nombreux frontalières et frontaliers qui vont travailler chaque jour dans la ville suisse voisine parce que son bassin de recrutement économique naturel dépasse largement la frontière artificiellement étroite qu'elle a héritée du Congrès de Vienne de 1815; mais aussi, dans l'autre sens, les espaces investis en France par une partie de la population genevoise pour des résidences principales ou secondaires. Certes, la commune d'Habère-Lullin et la Vallée Verte dans laquelle elle se situe ne sont pas incluses dans la région dite du Grand-Genève, agglomération franco-valdo-genevoise qui est aujourd'hui en voie de constitution. Mais la proximité est bien là. Et la ville d'Annemasse d'où sont partis les bourreaux nazis et où plusieurs victimes de ce drame ont ensuite été enfermées à l'Hôtel Pax en fait bien partie. Dès lors, cette région peut-elle vraiment exister sans promouvoir une connaissance commune de l'histoire de ses composantes territoriales, y compris alentours, spécialement pour une période tragique comme celle des occupations italienne et allemande ? Peut-elle se concevoir et se construire un sens commun sans un travail croisé d'histoire et de mémoire englobant des faits tragiques comme ceux d'Habère-Lullin? Rien n'est moins sûr.

Charles Heimberg (Genève)

Nous reproduisons ci-dessous notre préface de l'ouvrage Noël 1943. La massacre d'Habère-Lullin qui est disponible en ligne, avec notamment aussi sa table des matières, et qui peut être téléchargée en passant par cette adresse.

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