Monsieur Macron, l'écologie ne doit pas être un alibi politique

Le sujet de l'écologie a fait irruption dans l'allocution télévisée de M.Macron suite au remaniement ministériel. Depuis le début du quinquennat les discours grandiloquents n'ont pas manqué, mais les décisions politiques vont à l'inverse. Alors M.Macron nous attendons avec impatience les décisions "profondes, inédites" en espérant qu'il ne s'agit pas d'un simple alibi politique.

Pris dans spirale moribonde depuis la rentrée, monsieur le président Macron, vous vous êtes adressé aux français lors d'une allocution télévisée de quelques minutes. Contre toute attente, l'écologie est apparu au premier plan de votre discours :

"Je sais que l'esprit profond du peuple français a toujours été de ne pas se soumettre, ne pas se soumettre à la tragédie écologique et faire des choix clairs et profonds pour changer notre manière de produire, de nous déplacer, de nous alimenter. Là aussi, il ne s'agit ni de dénoncer une tragédie, ni de rester dans l'immobilisme. Mais de prendre des décisions profondes, inédites"

Pourtant - à quelques rares exceptions près comme l'abandon du projet d'aéroport de Notre Dame de Landes - depuis votre élection en mai 2017, votre politique gouvernementale et les arbitrages ont été défavorables à l'écologie. On pourrait d'ailleurs qualifier la doctrine macronienne sur l'écologie de cynique : des discours grandiloquents mais abstraits ("make our planet great again"), le recrutement d'une icône de l'écologie médiatique (mais malheureusement M.Hulot a claqué la porte), des objectifs lointains, quelque mesurettes symboliques qui n'entravent surtout pas l'économie qui reste la priorité numéro 1.

Mais peut-être M.Macron avez-vous changé et pris conscience de l'urgence écologique. Dans ce cas, je me permets de vous formuler quelques mesures simples, concrètes et à court terme qui pourraient bien être étiquetées comme "profondes et inédites". Je les avais d'ailleurs déjà formulées en juillet 2017 lors de l'annonce du plan climat de M.Hulot :
1) Réduire les limitations de vitesse sur autoroute à 110 km/h
2) Arrêter le Grand Prix de F1 et prendre des mesures contre les sports mécaniques
3) Aligner la fiscalité du kérosène du transport aérien sur celle de l'automobile
4) Mettre en place un plan de reboisement de la France
Faisant suite aux actualités récentes, je pourrais également ajouter : arrêt du projet de mine d'or en Guyane, annulation du contournement autoroutier de Strasbourg, fermeture de la biorafinerie de La Mède, renforcement des règles de la loi littorale et non l'inverse, etc... Les idées ne manquent pas, n'hésitez donc pas à me solliciter si vous jugez cette liste insuffisante pour "sortir de l'immobilisme". Croyez-moi de telles mesures, aussi simples soit-elles, représenteraient une inflexion majeure de la politique française sur l'écologie, elles marqueraient durablement les consciences et amorceraient la transition que vous appelez de vos vœux.

Ou alors ne s'agit-il que d'un alibi politique pour détourner l'attention de l'imbroglio actuel, dans une longue tradition des présidents français  (rappelez-vous M.Chirac "notre maison brûle et nous regardons ailleurs"), suscitant de l'émotion par de grands discours abstraits mais totalement creux. Alors dans ce cas M.Macron je vous prierais d'avoir l'obligeance de cesser de prendre l'écologie comme un alibi politique car le sujet est on ne peut plus sérieux, en tout cas beaucoup plus que les élucubrations politiciennes actuelles.

Dans l'attente de l'annonce des vos mesures.

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