Nouveau: l'école récompense les tricheurs!

A ma gauche, des enseignants et des militants qui se battent depuis des années, dans le cadre de leur travail ou au sein d'associations, mais avec des moyens limités. A ma droite, quelques multinationales qui utilisent les moyens les plus détestables ...

tricheur © Georges de La Tour tricheur © Georges de La Tour
A ma gauche, des enseignants et des militants qui se battent depuis des années, dans le cadre de leur travail ou au sein d'associations, mais presque toujours bénévolement et avec des moyens limités, pour promouvoir et développer une utilisation éthique, responsable et éducative de l'informatique à l'école.

A ma droite, quelques multinationales qui utilisent les moyens les plus détestables (lobbying intensif, verrouillage technique, désinformation, pressions sur les entreprises et sur les gouvernements, ...) pour s'approprier un marché et un public captif. Sans parler de leurs pratiques économiques insupportables (vente forcée, "optimisation" fiscale, ...)

Au centre, le Ministère de l'Éducation Nationale, mais également la majorité des responsables de l'Etat, censés garantir l'impartialité de l'administration et effectuer les choix les plus pertinents pour l'enseignement au bénéfice des élèves et de l'institution.

Quel est l'enjeu? L'Éducation Nationale bien sûr!

Sauf que, pour les premiers, l'Éducation est une mission et il s'agit d'aider les élèves à affronter la révolution numérique, à devenir des citoyens responsables mais également libres de faire des choix avisés quant à leur utilisation du "numérique" aujourd'hui et demain.

Pour les seconds, en revanche, l'Education Nationale est un immense marché, celui des commandes publiques, et au-delà, celui que représentent des millions d'éléves et d'enseignants obligés d'utiliser des matériels et logiciels commerciaux. En faisant le pari que les utilisateurs d'aujourd'hui seront les consommateurs de demain.

Que croyez-vous qu'il arriva?

Entre l'appui d'une communauté riche de milliers d'enseignants qui ont déjà fait la preuve de leur engagement, de leur efficacité et qui s'appuient sur des pratiques à la fois responsables et durables, et l'allégeance à une multinationale qui ne respecte pas les lois du pays, qui pratique l'évasion fiscale, et dont les pratiques depuis le début sont basées sur l'enfermement des utilisateurs dans un éco-système pervers, le Ministère de l'Éducation Nationale a choisi ... Microsoft, bien sûr! (et aussi les 13 millions d'euros qu'il a gentiment déposés sur la table!)

Le plus absurde dans l'histoire c'est que ces 13 millions qui, n'en doutons pas, ont largement pesé dans la balance pour que le gouvernement puisse annoncer triomphalement la mise en place d'un énième "nouveau plan numérique" sans débourser un centime, mais en donnant les clés du camion à Microsoft, ces 13 millions, donc, sont une goutte d'eau par rapport aux sommes que Microsoft soustrait au fisc français depuis des années.

Une fois encore, on fait entrer le loup dans la bergerie, pour de sordides questions de budget! On récompense les tricheurs parce qu'ils ont le pouvoir de l'argent. Et on ignore les valeurs dont on se réclame, tout en méprisant ceux qui se battent sur le terrain pour les défendre. Bel exemple pour notre jeunesse!

 Et si on obligeait simplement les multinationales à payer leurs impôts, plutôt que de les implorer à genoux de nous donner quelques miettes de ce qu'elles nous doivent? Cela nous donnerait les moyens de garantir notre souveraineté sur l'Education Nationale.

 SIGNER ET FAIRE SIGNER LE COMMUNIQUÉ (plus de 6000 signataires au 15 janvier 2016)

Bruno Menan - membre de l'APRIL

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