Iran : Vague d'indignation après l’exécution de 25 prisonniers sunnites un seul jour

réprobation" mondiale après l exécutions collective d’un groupe sunnite accusés de meurtres et d’avoir menacé la sécurité nationale, c’est l’une des plus importantes exécutions de masse en République islamique.

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L’Iran a pendu 20 membres d’un groupe sunnite accusés de meurtres et d’avoir menacé la sécurité nationale, c’est l’une des plus importantes exécutions de masse en République islamique.

  Un grand nombre de prisonniers sunnites ont été pendus, mardi 2 août 2016, à la prison de Gohardacht, à Karadj (l’Ouest de Téhéran). Le régime des mollahs a tenté d'empêcher la diffusion de détails sur les exécutions de ces prisonniers qui avaient été accusés de «Moharebeh (guerre contre Dieu) et de propagande contre le régime ».

  La plupart des victimes ont été arrêtés entre 2009 et 2011, subi la torture entre 18 à 31 mois dans les cachots du VEVAK (Ministère des renseignements) et ont été privés de leurs droits les plus élémentaires tels que l'accès à un avocat, aux traitements médicaux, à des visites de famille. Ils avaient protesté à plusieurs reprises contre ces conditions insupportables.

  Shahram Ahmadi est parmi les prisonniers sunnites exécutés. Blessé au moment de son arrestation par des agents de renseignement en avril 2009, il a perdu un rein et une partie de son intestin. Torturé et mis à l'isolement, il a contracté diverses maladies et a perdu son audition.

 Shahram Ahmadi, n’est pas inconnu des organisations de défenses des droits de l’homme, des Nations Unies ou encore du Parlement européen. De nombreux groupes de défense des droits de l'homme ont déclaré depuis 2012 que sa condamnation s'appuyait sur des aveux passés sous la contrainte. Amnesty international avait déjà appelé à sa libération il y a un an, Le Secrétaire Général des Nations Unis dans son rapport annuel a affirmé qu’Ahmadi avait été arrêté pour avoir simplement distribuer des livres.

  Le 5 juillet dernier, Shahram Ahmadi avait de nouveau écrit à Ahmad Shaheed, le Rapporteur spécial de l'ONU sur la situation des droits de l'homme en Iran : en lui rappelant son souhait d’ “être traité comme un être humain, comme un accusé, dans un tribunal équitable, d'avoir un avocat, qu'il me lise mon dossier, que mon bourreau ne soit pas à côté du juge au moment de mon procès”. Dans un ultime geste de désespoir, le 2 août, il avait posté une dernière vidéo depuis l’intérieur de sa prison où il dit qu’il n’a commis aucune crime sauf « distribuer des livres et pamphlets concernant les propos de quelques mollahs shiites qui avaient insulté et tourné en ridicule les valeurs sacrées des sunnites». Il rappelle aussi les propos de Mohammad Moghiseh, le mollah accusateur: “Vous avez commis trois crimes : le premier est que vous êtes kurde, le second que vous êtes sunnite et enfin que vous avez agi contre notre régime. Vous avez fait ces trois crimes et pour chacun d’entre eux vous aurez sa propre punition.”

  Depuis mardi, de nombreuses voix s'élèvent contre ces exécutions barbares.

  Jeudi, la France a fait part de sa "réprobation" après ces exécutions. Paris et l'Union européenne ont rappelé "leur opposition à l'utilisation de la peine de mort". L'UE qui s'est dite "préoccupée par le grand nombre d'exécutions en Iran a qualifié ce châtiment d’inhumain".

 Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme a dénoncé vendredi l'exécution par pendaison de ces 20 condamnés en raison de sérieux doutes sur l'impartialité de leur procès. Zeid Ra'ad Al Hussein a déclaré que "le caractère trop vague des accusations associé au mépris du droit des accusés à un procès équitable en bonne et due forme ont conduit à une grave injustice". Il ajoute aussi qu’au moins l'un des hommes exécutés, Shahram Ahmadi, a été apparemment battu et contraint de signer une feuille blanche où de faux aveux ont par la suite été consignés.

  Le Comité de Soutien aux Droits de l’Homme en Iran (CSDHI) et La Fédération Internationale pour les droits de l’homme (FIDH) condamnent fermement ces exécutions collectives et les qualifient de crime contre l’humanité. En taxant ses victimes de « terroristes » et de « djihadistes », le régime des mollahs voudrait profiter du climat qui règne en Occident pour acheter le silence des puissances occidentale afin d’éliminer toute forme d’opposition, y compris religieuse. Elles appellent la communauté internationale, en particulier les États ayant des liens économiques et politiques avec l'Iran, à prendre des mesures immédiates pour empêcher l'exécution des prisonniers restants. Elle demande aussi à ce que les autorités iraniennes respectent leurs obligations en vertu du droit international, notamment le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, ratifié il y a plus de 40 ans par l’Iran

 L'Iran est l'un des pays au monde où se pratiquent le plus d'exécutions. Human Rights Watch a déclaré cette semaine qu'au moins 230 personnes avaient déjà été exécutées dans le pays depuis le début de l'année. Des crimes qui se perpétuent depuis 37 ans et que le gouvernement actuel de Rohani poursuit sans relâche et en toute impunité  

 

 

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