Iran : un nouveau juge en chef radical pour sévir contre l'OMPI

Ebrahim Raïssi est un ennemi juré de l’Organisation des Moudjahidine du Peuple d’Iran (OMPI) et sa nomination illustre la volonté de Khamenei de sévir durement contre la principale force de résistance qui a réussi à étendre son influence en Iran ces derniers mois et participe activement à organiser et diriger les « foyers de résistance ».

Iran: la nomination de Raïssi à la tête de la justice iranienne vise à créer un climat de terreur qu’il espère utile pour freiner la gronde qui balaie l’Iran Iran: la nomination de Raïssi à la tête de la justice iranienne vise à créer un climat de terreur qu’il espère utile pour freiner la gronde qui balaie l’Iran

Par Anahita Irani

La constitution de l'Iran stipule que "afin de s'acquitter des responsabilités du pouvoir judiciaire dans tout ce qui concerne les domaines judiciaire, administratif et exécutif, le chef suprême doit nommer un homme juste, honorable, doué en matière judiciaire et doté de prudence et capacités administratives en tant que chef du pouvoir judiciaire pour une période de cinq ans, qui sera la plus haute autorité judiciaire. C’est sur cette base que le guide suprême de l’Iran, l’ayatollah Ali Khamenei, a nommé Ebrahim Raisi au poste de juge en chef le 7 mars.

Très proche de l'ayatollah Khomeiny à l'époque comme d’Ali Khamenei aujourd'hui, il fait partie de ces hommes ultraconservateurs qui imposent la dictature religieuse dans tout le pays depuis la révolution islamique de 1979.

Si Raisi remplit les critères d’expertise pour être juge en chef, le critère «juste et honorable» de son travail fait froid dans le dos et donne la mesure de la direction choisie par l’ayatollah Ali Khamenei. Personne n’a oublié l’implication de Raisi en tant que procureur général adjoint dans les exécutions massives d’opposants en 1988. Rouhollah Khomeiny, nomma Raisi, alors âgé de 28 ans, au sein d'un comité spécial composé de quatre membres et baptisé "commission de la mort" qui a ordonné l'exécution extrajudiciaire de plus de 30 000 prisonniers politiques. Un des crimes le plus horrible commis dans l'histoire de la République islamique.

Iran: Sévir contre l’OMPI

Ebrahim Raïssi est un ennemi juré de l’Organisation des Moudjahidine du Peuple d’Iran (OMPI) et sa nomination illustre la volonté de Khamenei de sévir durement contre la principale force de résistance qui a réussi à étendre son influence en Iran ces derniers mois et participe activement à organiser et diriger les « foyers de résistance ». Le renversement du régime pour et par le peuple est à l'ordre du jour.

En 2009, après le soulèvement populaire contre la réélection frauduleuse de Mahmoud Ahmadinejad, Raïssi a déclaré au lendemain de la manifestation d’Achoura en décembre: « Ce qui est arrivé dans la Journée de l’Achoura, peut relever bel et bien de Moharebeh et être qualifié comme tel. Sauf que parfois il s’agit d’une organisation, c’est-à-dire le cas de toute une organisation qui entre en Moharebeh, comme celle des monafeghines (Moudjahidine - OMPI) Dans l’affaire de l’organisation des monafeghines , tout individu qui apporte son assistance, sous toute forme ou dans toute circonstance, serait considéré Mohareb parce qu’il s’agit d’un courant organisé (…) L'OMPI est un mouvement organisé», et «celui qui aide l'OMPI de quelque manière que ce soit et dans n’importe quelle circonstance (...) sera considéré mohareb ». Raïssi a souligné que l'utilisation de bâtons et de pierres méritaient aussi l’accusation de mohareb », ce qui entraîne la peine de mort (Télévision d’Etat, 30 décembre 2009).

 Alors que Khamenei est sur le point d’avoir 80 ans, la course est ouverte pour choisir son successeur et Raisi est un concurrent sérieux grâce à un certain nombre de facteurs. Raisi est un ancien élève de Khamenei et lui reste fermement fidèle. Il est politiquement bien connecté et accepté par le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) et ce en raison de ses vues conservatrices. 

En tant que tuteur, Raisi avait accès aux vastes ressources financières de la Fondation du sanctuaire de l’Imam Reza. En tant que procureur général du Tribunal spécial du clergé, il peut faire tomber des rivaux cléricaux. Il possède également une vaste expérience judiciaire et est membre du conseil d'administration d'une commission de l'Assemblée des experts.

Cette nomination n’est pas anodine au vue des dernières manifestations populaires et du nombre d’Iraniens illégalement emprisonnés pour avoir exprimé leur dissidence pacifique. La nomination de Raisi tend à renforcer la culture de l'impunité autour des auteurs des crimes contre l'humanité de 1988, mais elle indique également que la répression en Iran va probablement s'intensifier et sera vigoureusement protégée par l'État.

 

iran; la nomination de Raïssi illustre la volonté de Khamenei de sévir durement contre la Résistance démocratique © CNRI France

 

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