Des Français discrets

La France est un pays vraiment étrange. Sa grandeur, historiquement incontestable, s’accompagne toujours de petitesses tout aussi indéniables. Et cela depuis au moins Louis XIV. Voilà qu’aujourd’hui des élites politiques sinon intellectuelles déclenchent une polémique inouïe autour du burkini et travaillent à fabriquer une nouvelle sorte de citoyens : « les Français discrets ».

Que l’expression vienne de Jean-Pierre Chevènement (il aurait déclaré que les musulmans devraient se montrer plus  discrets dans l’espace public) n’a rien d’étonnant. L’ancien ministre de l’intérieur appartient à une tradition « républicaine nationaliste », ce qui est un oxymore en effet. Mais l’important est qu’il exprime ce qu’une bonne partie de  l’opinion pense de manière ouverte, reprise aussi bien par les dirigeants de la droite  que par ceux d’une  gauche à la Valls.

Essayons de comprendre cette opinion forte en France mais avant tout rappelons rapidement ce qu’est le burkini. Ce vêtement de bain a été inventé en 2004 par l’australienne d’origine libanaise Aheda Zaneti pour remplacer le hidjad (qui n’est pas le burka, lequel masque le visage) pour des  raisons de confort aurait-elle déclaré dans les médias. Pourquoi donc le burkini serait-il plus choquant que le hidjad alors qu’il n’en est que sa mise  en forme balnéaire ? Est-ce parce qu’en inscrivant cette tenue de bain dans le  domaine de la mode et de la publicité on la modernisait en quelque sorte, on lui donnait plus de visibilité,  dans le même temps où elle renvoie à une tradition pour nous des plus  rétrograde ?  Ceux qui –et il y en    a des juristes et des philosophes- exigent que le burkini soit interdit sur les plages ne l’exigent pas concernant la rue pour le  hidjad- Où est la  différence ? Si on admet que pour des raisons d’instruction publique on peut interdire à l’école les signes ostentatoires de signes religieux, quel est le  statut de la plage ? Est-elle plus publique que la rue ou plus privée ? Ces  questions restent posées. En attendant, cet été aura dévoilé que la plage a un statut que la république  n’a pas suffisamment pensé ce à quoi vont  s’atteler allègrement les candidats à l’élection présidentielle.

On pourrait me demander  ce qui m’autorise à parler de « tradition rétrograde ». Chaque culture ne possède-t-elle pas son système de normes  et de valeurs ? De quel  droit peut-on considérer  qu’une culture est supérieure à l’autre ? N’est-ce pas le travers dans lequel tombe la  culture occidentale et particulièrement en France. On aurait oublié Montaigne : «  Vérité en deçà des Pyrénées, erreur  au-delà » !

Je ne pense pas  du tout  qu’il existe des  cultures supérieures à d’autres. Chaque  culture à  sa  manière reflète  l’Humanité. (Edouard Glissant parlait « des humanités » et non comme moi de l’Humanité. Il ne supportait pas  ce qu’il appelait mon  « universalisme »). Toutefois, à l’intérieur de chaque culture peuvent exister des  éléments qu’on peut soumettre à la critique. Je suis tout  à fait opposé à toute identité de  nature « culturaliste » et je n’hésite pas à critiquer ce que notre culture antillaise peut avoir de négatif.

Cela étant précisé, revenons au Burkini. Je dois avouer que je supporte mal les femmes  voilées, pour des raisons de  principe (ce  qui renvoie au statut qu’on donne à la  femme), pour  des raisons  esthétiques, pour des raisons  personnelles liées à mon  enfance  -mais de grâce, laissons Freud de  côté. (Je  vous renvoie à un article précédent publié dans Médiapart : Le nègre, le voile et L. Rossignol).  Un de mes   amis m’a  déclaré l’autre jour que puisque les autorités iraniennes obligeaient  les hôtesses  françaises à porter le voile  lorsqu’elles  débarquaient dans un  aéroport iranien la justice voudrait qu’on interdise aux hôtesses  iraniennes  de porter  le voile quand elles  arrivaient à Orly. Il a  été étonné que je sois contre une  telle proposition. La France n’est pas l’Iran  et elle n’interdit pas le  port du  voile (sauf le Burka) dans l’espace public. Le jidhad n’est pas interdit dans l’espace public. La justice  n’est pas  subordonnée aux  humeurs  de  l’opinion et ne relève pas d’on ne sait quelle loi du talion. Dans  un tel cas, la  France n’a pas à trahir ses  principes.

Or, c’est ce qu’elle fait  en ce moment concernant le burkini. De même que je n’apprécie guère  les femmes voilées, je peux  comprendre que leur vue sur les plages choque une bonne partie  des Français. C’est normal et cela relève du débat public  qui doit traverser la société civile et non d’on ne sait   quelle  répression. La libération des  femmes a été assimilée  sur les plages  de France à la diminution  progressive de  la surface du tissu enveloppant leurs corps. Le bikini a été une révolution en ce domaine suivi maintenant par le monokini. Il  reste à parier qu’on en viendra bientôt, si cela n’est pas déjà, au simple cache sexe le plus démuni possible. Telle est la libération des femmes vue  de France. On peut apprécier mais on pourrait toutefois  se demander pourquoi une femme en monokini serait-elle  plus « libérée » qu’une femme en bikini. Quand j’étais enfant, les femmes âgées se baignaient à la mer en robe mais à la rivière les femmes lavaient le linge seins nus. Delacroix a imaginé la république guidant le peuple en une femme avec un sein dénudé. Tatuffe aurait dit : « cachez-moi ce sein », les Femen : « mettez-la en monokini » et la  très catholique Cristine Boutrin : « déguisez la  en none ». 

En vérité, tous ces bouts de tissu censés recouvrir le coprs de la femme sur les plages restent tout de même attachés à la  mode que pilote les  classes dominantes ce  qui produit une inégalité. Les femmes dont le corps ne correspond pas aux canons de la  mode en raison de leurs  rondeurs ne peuvent porter le  bikini. La seule solution à laquelle je pourrais adhérer est le port du zérokini –si on peut s’exprimer  ainsi- Tous nus, serait le  symbole  de l’égalité même. Mais même dans ce cas, je  demeure dubitatif quand je pense que Lévi-Strauss déclarait  que l’homme n’est jamais nu. Les femmes pourraient toujours manifester une différence par la coiffure ou par des tatouages sur le  corps. De ce fait, Tous nus ou zérokini pourrait-il régler bien des comportements  névrotiques qui nous  taraudent, nous les humains mâles ?. Un ami marseillais me disait que ce qu’il ne supporte pas c’est que  le mari des femmes en burkini peuvent admirer les seins de sa femme en monokini et  lui il ne peut le faire  pour les  femmes burkinées, ce  qui serait à ses dires inégalitaire d’un strict point de vue républicain. « Ne l’écoute pas me déclara vivement sa  femme, il passe son  temps à observer les femmes en burkini car cela suscite son imgination érotique». L’autre jour, sur  la plage  de Sainte-Anne en Guadeloupe, une religieuse était assise sur un tronc de cocotier, entourée de femmes en bikini et certaines métropolitaines en monokini (il n’y a pas encore de burkini sur nos plages) Elle  semblait  heureuse et respirait profondément les vents  alizés. Un bref  instant je l’ai imaginée en monokini. J’ai chassé bien sûr tout de suite cette idée inconvenante de mon esprit. Mais cela m’ a fait penser à l’un des amis originaire du Burkina Faso dont l’obsession est de séduire de jeunes religieuses. Toute cette problématique de seins vêtus et de seins dénudés (soulevée par ce type de polémique dont seuls les français ont le secret et la passion, du moins depuis l’affaire Dreyffus) me donne le  tourniquet et commence à inquiter ma compagne.   L’autre jour, contrairement à ses habitudes, elle s’est présentée au lit avec une chemise quelque peu déchirée (en guise de contestation sociale ?) et d’un pantalon.  C’est comme si toute cette dialectique de voilement et de dévoilement du corps de la femme n’obéissait pas seulement à des logiques de pouvoir mais aussi à des pulsions sexuelles inonscientes qui relèvent de l’interprétation psychanalytique et que voile l’obsession en France du burkini, ce qui intrigue tant les étrangers. Reste à parier que bientôt on  verra apparaître des femmes en burkini dans les films pornos. Mais loin de moi l’idée que les  femmes se mettent en burkini pour mieux  provoquer les  hommes.

Ainsi donc, quelles que soient les  raisons qui peuvent pousser à détester le burkini, il est inadmissible, du point de  vue  de la laïcité et des valeurs  républicaines, qu’on puisse interdire à des femmes de se  baigner dans  les habits  qu’elles ont choisis. Elles ont  tout  à fait  le droit de  se  vêtir selon leurs  conceptions religieuses, même si celles-ci ne sont pas les nôtres ou que nous soyons, comme  moi, des athées. En conséquence, d’un simple point de vue  républicain (la république est avant tout un Etat  de  droit) les décisions administratives visant à interdire le burkini  prises par les maires de France  sont tout  à fait  inadmissibles car elle contredisent la  loi républicaine sur le  port des vêtements dans  l’espace public car le hidjad n’étant pas interdit dans la  rue, sa transcription en tenue de bain ne peut l’être à la plage. Reste à comprendre maintenant les  raisons profondes de  tels agissements.

Les raisons avancées ne tiennent pas debout. La première, est que le port du Burkini  peut troubler l’ordre public. Pourquoi ? Ces femmes n’agressent personne  et tolèrent même le port du monokini chez d’autres. Et si elles  sont agressées en raison de leur tenue il faut s’en prendre aux agresseurs et non à elles qui sont victimes. Pensons à ces  femmes, au début  du port du monokini,  ces  femmes qui  se faisaient agresser ou insulter. Deuxièmement, on affirme qu’elles expriment un lien avec le  terrorisme. Où est la preuve ? Ont-elles fait l’éloge du terrorisme ? Beaucoup  de ces femmes interrogées affirment  condamner les  attentats. La troisième est que le burkini a un sens  symbolique, celui d’une radicalisation islamiste. C’est possible. Mais l’idéologie néolibérale produit aussi en France  des subjectivités déjantées, nihilistes, ouvertes au terrorisme. Enfin, la république peut-elle interdire la croyance en un intégrisme  religieux ? Si on le pense, autant arrêter ces femmes voilées dans la rue, pourquoi attendre qu’elles soient sur les plages ? Toutes ces raisons avancées ne sont que des ratiocinations visant à masquer les vrais motifs de l’interdiction et qui relèvent presque d’une sorte d’impensé collectif et qui s’exprime surtout dans des prises de positions qu’on qualifie de « symboliques » comme ce fut le cas pour la « déchéance de nationalité ». Quel est  cet impensé ?

Nul  ne l’exprime mieux que  Jean-Pierre Chevènement. D’un côté il laisse entendre que le droit ne peut interdire le port du burkini mais de l’autre il affirme que les Musulmans devraient se faire plus  discrets dans l’espace public. De même que Valls déclare que la loi ne peut interdire le burkini mais qu’il soutient les maires l’interdisant. On aura tout entendu de ce premier  ministre ! Remarquons que Chevènement ne parle pas des « islamistes » mais des musulmans. Pourquoi ne précise-t-il pas que les  chrétiens et les  Juifs devraient eux-aussi se montrer plus discrets  dans  l’espace public ? Il y a là une distinction antirépublicaine qui est  faite entre  citoyens français et qui contredit l’article 1 de la  Constitution. Qu’est-ce donc que cela  peut bien signifier ?

 La contradiction ou ce qu’on pourrait  appeler désormais sinon l’oxymore mais du moins le « paradoxe chevèvementiste » mérite une interprétation. Celui     qui a  été choisi pour diriger la Fondation de l’Islam  de France parce que « grand républicain » ne fait qu’exprimer sans le savoir les contradictions qui ont toujours  taraudé le  républicanisme français. D’un côté on affirme « nos  valeurs »  républicaines, « liberté, égalité, fraternité » et autres principes républicains tout à fait estimables et, de l’autre, on a du mal à penser une identité vraiment  républicaine car on est tenté par une identité de nature nationaliste laquelle a du mal avec la diversité et nourrit une haine de la différence comme  si toute une ontologie de l’identité en France avait du mal à penser un Humanisme de la diversité pour reprendre le titre d’un livre d’Alain Renaut. On comprend mieux qu’une telle contradiction chez des républicains déclarés puisse produire une « identité malheureuse » dont Alain Finklierkraut est le pathétique représentant. En réalité, comme l’a montré Blandine Kriegel dans Philosophie de la république, la pensée républicaine a toujours  été minoritaire en France. Toute l’histoire en témoigne. A cela  il  faut  ajouter les aventures impérialistes constantes. Jules Ferry, autre « grand républicain » a transformé l’instruction publique de Condorcet en éducation nationale. Il fut aussi un grand colonialiste.

Le problème théorique que je ne peux développer amplement dans le cade restreint  de ce billet, est  que l’identité républicaine est toujours difficile, il relève d’un  certain volontarisme  et  de la  rationalité du droit. Une identité de nature nationaliste paraît  donc plus « naturelle ». Chaque fois que la France traverse une crise grave, l’identité républicaine est menacée et  l’identité nationaliste refait surface. Ce fut le cas de Vichy, cette honte de la France. Aujourd’hui en témoignent la montée du FN et le fait que toute la  droite Sarkozy le premier de même que Valls, courent tous sur  le  terrain de Marine Le  Pen. Mais le phénomène est mondial. Quand l’identité politique se délite, naturellement monte le populisme qui pose une âme ou essence du peuple qui ne peut affirmer son unité qu’en produisant un ennemi. Le Musulman joue ce rôle d’ennemi en France et tel est le  sens de l’impensé dont je parle. Face au glissement vers l’extrême-droite de la droite et d’une gauche quelque peu à la masse, la France file un mauvais cocon. Elle est une nouvelle fois à un tournant de son histoire. La  question de l’identité va miner  les  élections futures et la question sociale sera mise de côté. Le  mythe de « l’âme de la France » qui apparaît au XIX° siècle et que l’on croyait d’un  autre âge (Joseph de Maistre, Barrès) refait surface avec tous les dangers fascisants possibles. A cette époque, le Juif était l’ennemi, aujourd’hui c’est le Musulman. Face à la  crise économique, à la persistance  du chômage et  aux attentats, l’émotion gagne irrésistiblement  l’opinion. Les politiques l’utilisent pour les élections. Aucune grande voix  authentiquement républicaine ne s’élève et le Président de la  République n’a pas  grand-chose à dire. Un vrai Français est plutôt blanc et  judéo-chrétien. Les  autres ? Ils peuvent bien rester français  surtout pour ceux qui sont nés Français mais à condition d’être le moins visibles possible. Ainsi est née la catégorie  de « Français discrets ». Avec une telle distinction, on fait  le jeu de Daech. L’histoire n’arrêtera jamais donc de nous surprendre !

On pourrait me  rétorquer : comment pouvez-vous trouver insupportable l’image  de la femme que renvoie le burkini, être contre la  montée du radicalisme musulman dans les pays arabes,  en France aussi et être  contre l’interdiction du Burkini ? A cela je  réponds : le droit n’est jamais le prolongement d’une émotion collective ni même celui d’on ne sait quelle « âme d’un peuple ». La république est un Etat de  droit. Le peuple comme  communauté de  citoyens est un peuple « réfléchi » et on ne nait pas citoyen, on le devient. Le droit a aussi  une fonction  instructive et transforme l’identité culturelle  en promouvant une culture démocratique. Il faut d’un côté tolérer toutes les  opinions ou croyances –tel est le sens profond de la laïcité- et de l’autre instruire dans le but d’ « instituer »  le citoyen afin qu’il sache faire un usage public de sa  raison pour se prémunir contre toute radicalisation et reconnaître l’égalité des hommes et des femmes. La république, parce qu’elle est fondamentalement généreuse et a toujours une  visée universaliste et  humaniste, doit d’abord savoir accueillir. Telle est son optimisme. Mais celui-ci doit se dépouiller de tout caractère impérialiste qui a toujours marqué l’universalisme français ayant oublié Montaigne. Ce n’est  que si la république reconnaît  sa diversité ethnique ou  culturelle qu’elle  pourra éduquer correctement tous les Français, quelle que  soit leur origine, dans  un  projet d’identité politique commune qui n’exclut pas les antagonismes mais leur permet au contraire de s’opposr positivement. Il ne faudrait donc pas confondre intégration républicaine et  assimilation culturelle. Une identité politique républicaine commune ne devrait  pas s’opposer à une  diversité culturelle sauf si des éléments d’une  culture remet  en cause l’identité républicaine. Et sur cela la république doit être ferme. Il ne s’agit donc pas là de « culturalisme ». Ceux  des Français qui confondent intégration républicaine et  assimilation  culturelle font preuve de  culturalisme dans le même temps où ils dénoncent  tout  culturalisme. L’identité républicaine ne  se réduit pas à une seule identité culturelle, fût-elle majoritaire, mais elle  tolère des  visions du Bien différentes.

On peut trouver cela très abstrait. L’idée même de  contrat social est abstraite, depuis Hobbes, car la réalité de la nation comme collectif inscrit dans l’histoire est celle  gouvernée par les émotions et les passions. C’est vrai. Mais  c’est  une bonne  abstraction car la république est une idée vers laquelle on doit toujours tendre. Cependant, il  faut  aussi tenir  compte de la réalité c’est-à-dire de l’effectivité historique. Hegel a essayé de dépasser cette contradiction avec  sa théorie du désir de reconnaissance. On peut simplement  s’inspirer de  Hegel sans être hégélien et penser que sans cette dialectique de la reconnaissance qui  unit l’Etat dans sa rationalité et la nation dans  sa  réalité laquelle est un accroissement  de la diversité culturelle, les crispations identitaires, de  toutes  parts risquent de conduire dangereusement à des conflits  ethniques. Si la nation est aussi histoire, la France a évolué de façon  irréversible et sa  réalité collective est  celle d’une grande  diversité  culturelle. Telle est sa réalité historique aujourd’hui qu’elle doit assumer. Elle se créolise en quelque sorte. Mais n’est-ce pas une  chance ? Les jeunes pourront donner sens à cette créolisation notamment dans le  domaine esthétique. L’histoire ne fait pas marche  arrière. Ainsi, le  récit national doit  intégrer tous  les  aspects de l’histoire de France, celle de l’esclavage et de la colonisation  qui font partie de  son histoire nationale car il faudra comprendre pourquoi la république en France a toujours été  si fragile, les deux premières républiques ayant été éphémères et les deux suivantes s’étant puissamment investies dans d’horribles aventures  coloniales où l’homme et ses droits furent broyés « et la fureur de l’homme écrasé commme la grappe dans la vigne » ainsi que l’écrivit  Saint Jonh Perse dans Annabase. Quant à la cinquème, les Guadeloupéens de ma génération ont du mal à oublier les massacres de Mai 1967 à Pointe-à-Pitre. Il ne s’agit pas  là de  « repentance » ni même de « réparations » comme l’exigent des Français issus des pays colonisés mais de « reconnaissance collective », en une sorte de nouvelle Fédération et d’une meilleure interprétation de l’histoire, purgée de cet impensé que nous avons dénoncé et que dévoile la polémique concernant le  burkini. C’est peut-être la seule catharsis possible sinon  le tragique risque d’investir un réel pas du tout esthétique. Soyons honnêtes : la France n’est pas  menacée par on ne sait  quelle  tentative de Califat et  que représenteraient symboliquement quelques  femmes se baignant en burkini. Elle est assezsolide pour cela. Mais son ventre mou est la question identitaire qui, si elle  est mal résolue, conduira s’il  y a d’autres attentats à  des guerres ethniques, à des tentations fascistes et on ne sait à quelle nouvelle Saint-Barthélemy, qui feront tragiquement le  bonheur de Daech.

 

 

 

 

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