L’anti-livre noir de la psychanalyse” de J.-A. Miller : une tromperie très culottée

La récente sortie en poche de L’Anti-livre noir de la psychanalyse de Jacques-Alain Miller invite à examiner les petits textes qu’il contient. Le titre est une mystification : le livre n’est que le recyclage d’un “Forum anti-TCC” organisé 5 mois AVANT la sortie du "Livre noir de la psychanalyse". Il ne répond pas du tout aux critiques fondamentales détaillées dans le fameux "Livre noir".

Le Livre noir de la psychanalyse (LNP)

Paru en septembre 2005, cet ouvrage de 832 pages, présentait 74 chapitres rédigés par 40 auteurs (historiens, philosophes, épistémologues, psychiatres, psychologues, psychothérapeutes, patients) de 10 nationalités différentes. Il comportait 5 parties : 1. La face cachée de l’histoire du freudisme et les mensonges freudiens. 2. Les facteurs du succès de la psychanalyse, particulièrement en France, et son déclin actuel dans la plupart des pays. 3. Les problèmes épistémologiques, l’efficacité comparée des thérapies, les impasses de la psychanalyse et ses mécanismes de défense. 4. Des témoignages de victimes de la psychanalyse. 5. Des alternatives : neurosciences, médicaments, thérapies cognitive-comportementales, thérapie rationelle-émotive (Ellis), thérapie cognitive (Beck), thérapie de couple, ethnopsychiatrie, etc.

La 2e édition, parue en 2010, a allégé l’ouvrage (540 p.). La 5e partie a été omise. Quelques pages ont été ajoutées, notamment sur l’histoire du Livre noir et les réactions déclenchées.

L’Anti-livre noir de la psychanalyse (A-LNP)

Cinq mois après la sortie du Livre noir, en février 2016, Jacques-Alain Miller publie une « réplique ». On lit sur la 4e de couverture : « Ce sont quarante “coups d’épingle” portés par des psychanalystes lacaniens découvrant avec effarement les sottises, souvent dangereuses, des “TCC” (thérapies cognitive-comportementales). […] On verra en quoi les TCC sont accordées à la montée en puissance des pratiques de contrôle social et de dressage humain au début du XXIe siècle ». Lisons bien : des “coups d’épingles” contre les TCC

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L’ouvrage de Miller comporte 47 textes. Mis à part la préface de 2 pages et quelques rares pages réparties dans 3 textes, il n’est absolument pas question du Livre noir de la psychanalyse. Sur les 295 notes de bas de pages, Le Livre Noir n'est cité que 5 fois (pp. 153, 258, 267, 270, 275), ce qui représente à peine 1,7 % des références. 98% des références ne citent pas l’ouvrage !

Quelques mois avant la parution du Livre noir, un internaute, dont j’ignore l’intention, m’a envoyé le programme d’un « Forum anti-TCC » qui allait se tenir au Méridien-Montparnasse sous les auspices de l’Ecole de la Cause Freudienne, le 9 Avril 2005, c’est-à-dire 5 mois AVANT la parution du LNP. J’avais conservé ce document car j’y étais directement mis en cause. Un historien-psychanalyste, Philippe Hellebois, « directeur thérapeutique au Cortil » [1], allait y parler de « L’ire hilarante du Pr Rillaer ». Dans L’anti-livre, je retrouvais le titre, très légèrement modifié : « L’ire hilarante du professeur Van Rillaer ». En comparant tous les titres des communications au « Forum anti-TCC » du 9 avril et tous les titres des chapitres de l’Anti-livre noir, je constatai avec étonnement et amusement que J.-A. Miller avait tout simplement recyclé les communications du Forum tenu 5 mois plus tôt [2]. Il n’était question que de TCC, mis à part un texte d’Yves Cartuyvels, paru sur le site du Nouvel Observateur quelques jours après la sortie du Livre noir. Soulignons que dans le LNP, il n’est question des TCC que dans un chapitre de 25 pages (dont j’étais l’auteur), ce qui correspond à 3% des pages de cet ouvrage ! Il est évident qu’il y a tromperie sur le contenu de L’Anti-livre noir de la psychanalyse. Dans cet ouvrage, qui aurait dû s’appeler « Le Livre noir de l’INSERM et des TCC », les nombreuses remises en question de la valeur de la psychanalyse ne sont aucunement envisagées !

La plupart de personnes qui ont acheté l’ouvrage à sa sortie (2006) sur Amazon (“Achats vérifiés”) ont dénoncé la supercherie, écrivant p.ex. : « En fait ce n'est qu'une série d'articles en majorité de psychanalystes lacaniens qui expliquent selon eux pourquoi les TCC c'est pas bien » ; « Une liste de textes si courts et avec si peu de substance qu'ils pourraient figurer dans n'importe quel magazine hebdomadaire, de l'Express à Elle ».

Des caricatures grotesques des TCC

Miller écrit en 1ère page de l’Anti-livre : « Ah, les Tcc! Bel acronyme! Il y a peu, il était inconnu du public français. Il fut lancé un peu plus tôt, en février 2004, par un fameux “rapport” bénéficiant d'un label prestigieux, celui de I'INSERM, l'Institut national de la santé et de la recherche médicale. Cette “expertise” prétendait renseigner objectivement le consommateur sur l'efficacité des diverses psychothérapies disponibles sur le marché. Les Tcc sortirent victorieuses de l'évaluation comparative. La psychanalyse arrivait bonne dernière ».

Il est vrai qu’en 2004 les TCC, combattues avec force par les psychanalystes, était moins connues que dans tous les autres pays occidentaux, mais il existait une association, regroupant des centaines de participants, depuis 1971. Dans les universités des pays anglo-saxons, les TCC étaient enseignées comme les mieux basées sur des données contrôlées et comme les plus efficaces. Jusqu’au moment de la sortie du rapport de l’INSERM, Miller en ignorait quasi tout. Cette ignorance lui a fait déclarer des énormités comme celle-ci, à la sortie du Livre noir : « Les thérapies cognitivo-comportementales sont des méthodes cruelles qui passent par l’exposition du sujet au trauma lui-même — par exemple en mettant un patient phobique des cafards devant des cafards. La première fois, il hurle, la deuxième fois un peu moins et, au bout de quelque temps, on considérera qu’il est guéri !»[3]. Quelques années plus tard : « À ceux qui l’ignorent encore, les TCC, ce sont des thérapies qui ont pour curieuse particularité de s’attaquer aux problèmes du patient par des exercices pratiques : vous avez peur de l’araignée ? On va vous soigner en vous forçant à toucher une araignée » [4] (je souligne).

N’importe quel étudiant qui a commencé une formation en TCC dira qu’il s’agit d’une connerie magistrale car on sait, depuis que les TCC sont apparues (années 1950), qu’une phobie s’intensifie lorsqu’on est brutalement mis en présence de ce qui fait peur ! Cela s’appelle le processus de « sensibilisation », l’inverse de l’« habituation » et de l’« extinction » que l’on recherche par la thérapie, et qui ne s’obtient que par une confrontation très progressive, avec des situations phobogènes, en commençant par les plus faciles. Pour la TCC d’une phobie d’araignées, voir : http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article373

Autre échantillon du niveau de contributeurs du Forum=L’Anti-Livre : Mme Aflalo, médecin-chef d’un Centre de la Croix-Rouge, écrit : « Les TCC reposent sur l’équation scientiste : chien russe + ordinateur américain = homme. Cette pratique de forçage utilise la suggestion. […] Il s’agit de discréditer la psychanalyse pour obtenir les mannes financières de l’État et des assurances » (p.45).

Des mots répétés sans cesse et qui résument la « pensée » des auteurs de l’A-LNP sont : « destruction du sujet », « totalitarisme », « bureaucratisme », « scientisme », « idéologie de l’évaluation » … écrits souvent avec des guillemets.

Les textes, rappelons-le, sont ceux d’un colloque de lacaniens milleriens : ces lacaniens parlaient à des lacaniens. Aussi de nombreux passages ne sont guère compréhensibles pour le lecteur qui connaît le français mais pas le lacanien. Echantillon : « Au-ras-des-appâts-rances, il s’agit bien de mettre une barre sur ce nouveau tutor qui démultiplie les conditionnements : le même pour tous, sur toute la planète, mais un par un… En définitive, l’évaluateur n’est que la marionnette du conditionneur qui a lancé dans le monde un nouveau type d’éducateur déconnecté du signifiant mais bien assis sur sa jouissance. Là réside la nouvelle imposture » (sic, p. 107).

La contribution d’Yves Cartuyvels à L’Anti-Livre

Deux semaines après la parution du Livre noir, Yves Caruyvels, professeur de droit à l’université Saint-Louis (Bruxelles), a envoyé au Nouvel Observateur un texte que l’on retrouve dans l’ANP sous le titre « À propos du Livre noir de la psychanalyse. Guerre des psy ou enjeu de société ? ».

Les deux premiers mots sont importants : il est très très peu question du LNP et on ne trouve pas une seule référence en bas de page à cet ouvrage, pas même au chapitre de 25 pages sur les TCC (rappelons : 25/830 pp.). Manifestement Cartuyvels n’a lu que la table des matières et a rapidement feuilleté le livre car il n’y est pratiquement question que d’un seul des 40 auteurs : moi-même, et cela dès la 12e ligne de la 1ère page. Je suis présenté en quelques sorte comme « la » référence des TCC avec deux de mes ouvrages : La gestion de soi (1992) et Psychologie de la vie quotidienne (2003).

Pourquoi tant d’honneur ? J’enseigne dans la même université que Cartuyvels [5]. Depuis quelques années il ne me porte pas dans son cœur, ce que je déduis du fait qu’il ne daigne pas réagir à mes salutations quand je le croise. Mes collègues pensent que cela tient au fait que sa compagne est une lacanienne. Son texte apparaît comme un règlement de compte. Ceci, bien sûr, n’invalide pas l’éventuelle justesse de ses analyses. Freud, dans un moment de lucidité, a écrit très justement que « le fait qu’une doctrine soit psychologiquement déterminée n’exclut nullement qu’elle soit scientifiquement correcte » [6].

Le texte de Cartuyvels paru dans l’A-LNP reproduit très largement son texte envoyé au Nouvel Observateur. L’hebdomadaire m’avait fait parvenir le texte envoyé en me proposant d’y répondre. Ma réponse a permis à Cartuyvels de corriger quelques sottises qui n’apparaissent plus dans l’A-LNP. Exemple : « Quels sont les liens entre la psychologie scientifique et les puissants lobbys pharmaceutiques dont les subsidiations et cadeaux de toutes sortes sont à la limite de ce qui serait considéré comme de la corruption ailleurs? ». J’avais répondu : « Manifestement M. Cartuyvels confond “psychologie scientifique” et “psychiatrie biologique”. En ce qui me concerne, j'affirme sur l'honneur n'avoir reçu de firmes pharmaceutiques rien de plus que l'un ou l'autre stylo bic et de petits bloc-notes, à l'occasion de congrès de psychothérapie, où se trouvaient quelques stands de firmes produisant des psychotropes ».

La principale modification est l’ajout de quelques pages sur Les Impostures intellectuelles de Sokal et Bricmont, pages qui reproduisent les réflexions de J.-L. Genard, un collègue de l’université Saint-Louis. Ni ce collègue ni Cartuyvels n’ont lu Sokal et Bricmont correctement. Ils affirment que, selon Sokal et Bricmont, les sciences humaines ne sont pas des sciences parce qu’elles se caractérisent par des théories trop vagues que pour être testée empiriquement. Bien sûr, aucune citation référencée pour ce qu’il faut appeler une « fake news ». Sokal et Bricmont n’ont fait que se moquer de l’usage fantaisiste de formules mathématiques par Lacan, Kristeva et quelques autres comiques, du genre : « L’organe érectile est égalable au V-1 de la signification plus haut produire, de la jouissance qu’il restitue par le coefficient de son énoncé à la fonction de manque de signifiant: (-1) » [7]. Genard et son comparse Cartuyvels n’ont pas lu ou pas compris ce qui se trouve en 4e de couverture : « Dans ce livre, les auteurs ont rassemblé et commenté des textes illustrant les mystifications physico-mathématiques de Jacques Lacan, Julia Kristeva […] Ils montrent que, derrière un jargon imposant et une érudition scientifique apparente, le roi est nu ».

Cartuyvels se présente comme : « Juriste et criminologue de formation, actif depuis longtemps dans le champ de la déviance comme dans celui de la Santé mentale » (p. 153). Renseignements pris, Cartuyvels est un criminologue en chambre. Son activité professionnelle consiste à donner des cours, participer à des réunions, aller en bibliothèque, écrire des textes. Je n'ai jamais entendu dire qu'il ait une quelconque pratique dans le domaine de la délinquance ou de la psychothérapie.

Cartuyvels ne connaît pas grand-chose de la psychologie scientifique, ni même de la psychanalyse. Les 120 premières pages du LNP se rapportent aux mensonges de Freud et de disciples sur les « découvertes » et l’efficacité de l’analyse freudienne. Réaction de Cartuyvels : « Que Freud ait quelque peu arrangé les choses ici et là, et dans quelle mesure, je suis incapable d'en juger. Mais, à supposer que cela soit exact, Freud ne serait pas un cas unique, loin de là ».

La plupart des gens « arrangent les choses ». Dans le cas de Freud, ce n’est pas « à supposer », c’est démonté, et ce ne sont pas de petites choses. À titre d’exemple parmi beaucoup d’autres, rappelons que Freud a écrit maintes fois qu’Anna O., le cas prototypique de la psychanalyse, « a été guérie de tous ses troubles » alors qu’il savait parfaitement que cette « cure par la parole » avait aggravé l’état de la patiente à un point tel qu’elle avait dû être placée en hôpital psychiatrique [8].

Deux critiques majeures

Une des critiques majeure de Cartuyvels est d’ordre épistémologique : « La singularité de l’humain met radicalement en échec toute tentative d’énonciation de règle “scientifique” à vocation générale et prédictive le concernant » (p. 167). J’avais répondu ce qui suit sur le site du Nouvel Observateur (et cela n’avait suscité aucune modification par Cartuyvels de son texte dans l’A-LNP) :

« Je suis absolument stupéfait d'apprendre que M. Cartuyvels remet "radicalement" en question la possibilité d'établir des "lois" sociologiques ou psychologiques (c'est-à-dire des relations du type "si A, alors B, et non C"). Je ne comprends pas, dans ces conditions, son adhésion sans réserve à la psychanalyse. Le psychanalyste, bien plus que le psychologue scientifique, abstrait et généralise ! Alors que le psychologue dit que, chez les enfants de 5 ans, un peu plus de la moitié préfère le parent du sexe opposé, le psychanalyste affirme que le complexe d'Œdipe est universel. Le psychologue scientifique veut bien admettre que certaines femmes préfèreraient être des hommes, notamment à cause de leur statut, mais Freud affirme que la psychologie de toutes les femmes est toujours polarisée par « l'envie du pénis ». Je me permets de signaler, car nous n'avons visiblement pas la même formation épistémologique, que les lois de la psychologie sont “probabilistes”, mais que cela ne les empêche pas d'être “scientifiques”. J'ai développé cela dans Psychologie de la vie quotidienne, p. 60. Dans le même ouvrage, j'ai souligné toute l'importance de la démarche herméneutique lorsque la question ne se prête pas à la vérification expérimentale (p. 53).

Certes, à un certain niveau, tout est singulier. P.ex. l'assemblage de mots que vous lisez ici est unique dans l'histoire de l'univers. Toutefois, ce qui importe, p.ex. quand la simple écoute ne suffit pas pour aider efficacement des personnes en souffrance, c'est de connaître des structures, des processus, des lois psychologiques. C'est grâce à la connaissance de lois empiriques ET en tenant compte des particularités de la personne que des médecins et des psychologues peuvent agir mieux que des gens simplement empathiques ou compatissants. (A toutes fins utiles, je rappelle que des connaissances scientifiques n'excluent aucunement une attitude respectueuse, chaleureuse et empathique).

Si seule compte la singularité, il faut oser faire le pas accompli par Lacan dans les années 70. Le maître parisien déclarait : le psychanalyste ne dispose pas d'un savoir qu'il peut appliquer ou enseigner ; il est seulement le “sujet supposé savoir” ; la psychanalyse est une expérience strictement personnelle ; “le psychanalyste ne s'autorise que de lui-même” ; “la psychanalyse est intransmissible” ; “chaque analyste est forcé de réinventer la psychanalyse” (Pour les références, voir Livre noir, p. 436) ».

L’autre critique essentielle est de nature politique : « Le discours TCC est parfaitement en phase avec un projet, symbolisé jusqu’à la caricature par la droite néolibérale américaine, qui disqualifie la question du sens ou de la légitimité de l’action au nom de la seule “efficacité stratégique” à court terme, voire à moyen terme » (p. 181). En guise de réponse, je me contente de celle de Mme Ursula Gauthier, qui a coordonné le dossier sur le LNP paru dans Le Nouvel Observateur :

La réponse de Mme Ursula Gauthier au texte de M. Cartuyvels :

« Je souhaite réagir sur un seul point : l’assertion de M. Cartuyvels selon laquelle la psychanalyse serait par essence de gauche, et ses opposants de droite.

De nombreux psychanalystes mettent en avant cet argument. Le Nouvel Observateur est un journal de gauche et à ce titre, enclin à examiner très scrupuleusement la “coloration” politique des discours ou des phénomènes dont il rend compte. Des psychanalystes nous ont de façon insistante alerté sur ce qu’ils tenaient pour une orientation politique droitière des auteurs du Livre Noir. Nous avons enquêté à ce propos et conclu qu’il s’agissait de rumeurs infondées, voire malveillantes.

J’en viens à ce que M. Cartuyvels analyse comme une sorte d’orientation idéologique globale qui placerait les TCC dans le camp néo-libéral. A ses yeux la préoccupation de ce que les psychanalystes appellent “le sens” serait la marque de fabrique de la gauche, alors que l’“efficacité” (tant prisée par les TCC) serait celle de la droite. Ces assimilations me semblent discutables :

- Au nom de quoi devrait-on disqualifier comme étant “droitière ” la recherche de l’efficacité dans le traitement des personnes souffrant de graves problèmes psychologiques, autant de la part des personnes concernées que de la part des soignants ?

- En quoi la gauche et l’efficacité seraient-elles incompatibles ?

- En quoi l’efficacité et le “sens” lui-même seraient antinomiques au point de ne pouvoir coexister au sein de la même démarche ? Faut-il croire M. Cartuyvels quand il dénie à toute autre approche que la sienne la capacité de donner “du sens” au fait humain ? Bref, cette façon de se positionner dans le débat me semble peu féconde pour les malades, pour la gauche, comme pour la réflexion philosophique.”

Concernant d’autres critiques aux TCC, voir : http://www.pseudo-sciences.org/IMG/pdf/TCC-Faits-Legendes.pdf

On trouve ainsi un catalogue des plus classiques. Pour le texte: cliquer en bas à droite.

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J.-A. Miller (source : YouTube)

Trois autres exemples de fake news de J.-A. Miller

1) Miller affirme : « Au départ, les cures analytiques avaient des résultats rapides et spectaculaires. Il suffisait de livrer à un patient la clé de l’Œdipe, c'était si révolutionnaire que cela le métamorphosait. Au fur et à mesure, la nouveauté se dissipait, les cures devenaient plus longues, plus complexes » [9].

En fait, Freud a commencé sa pratique psychothérapeutique en 1886. L’ouvrage qu’il publie en 1895 avec Breuer se termine par cette célèbre phrase : « Beaucoup est acquis si nous réussissons à transformer la misère hystérique en malheur commun ». Il n’y est absolument pas question de « résultats rapides et spectaculaires ». En 1913, pratiquant depuis plus d’un quart de siècle, Freud écrit qu’il avait cru qu’il suffisait d’informer le patient sur ce qu’il avait refoulé pour qu’il guérisse. Ainsi il avouera que les patients ne guérissaient guère : « Ce fut une grave déception de voir le résultat escompté faire défaut. Comment pouvait-il donc se faire que le malade qui savait maintenant ce qu’il en était de son expérience vécue traumatique se soit pourtant conduit comme s’il n’en savait pas plus qu’autrefois ? À la suite de la communication et de la description du trauma refoulé, pas même le souvenir de celui-ci ne voulait émerger » [10]. Aussi Freud annonce-t-il alors qu’il change de méthode : il s’occupera désormais de faire vaincre des « résistances » au lieu d’informer. En fait, c’est ce qu’il avait toujours fait ! Rappelons qu’il écrivait déjà en 1896 que le « dévoilement » de souvenirs inconscients était très difficile et qu’« il fallait dans la plupart des cas au moins cent heures de travail d’analyse » [11].

2) À partir de 1963, les analyses didactiques de Lacan n’ont plus été reconnues par l’Association internationale de psychanalyse parce que, depuis une dizaine d’années, Lacan faisait des séances de quelques minutes au lieu des 45 à 50 minutes prescrites. Pour les détails : http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article1825

Lacan a alors fondé sa propre École et a opéré à sa guise. Dans Vie de Lacan, Miller présente ces faits de façon totalement déformée. Il écrit-il en 2011: « Lacan n'a pas tellement pâli de la rétorsion de l'Autre. Oui, bien sûr, une Association internationale alors basée à Chicago l'a persécuté, chassé — ou plutôt a voulu l'émasculer comme analyste, en lui interdisant de former des gens. N'en faisons pas toute une histoire. En définitive, elle pouvait peu, sinon aider au rinforzando de la calomnie. Lacan, de son côté, avait de la ressource, ne se laissa pas intimider, et manœuvra comme un chef. C'est alors que je l'ai connu, janvier 1964, et je fus le témoin direct, et aussi l'un des instruments, de sa brillante contre-offensive. Il triompha en France, au prix d'y rester enfermé, car coupé du milieu international » [12].

3) Miller n’hésite pas à transformer des citations pour discréditer ceux qui lui déplaisent. Pour un exemple édifiant : http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article717

Miller a déclaré que « la morale de Lacan relève d’un cynisme supérieur » [13]. C’est aussi sa morale et celle de bon nombre des disciples.

Références

[1] Le Cortil est un centre pour autistes, situé en Belgique. Les diplômes de ce directeur rappellent qu’il ne faut pas être diplômé en psychologie ou en psychiatrie pour s’intituler psychanalyste. Dans certains cas, le psychanalyste détient un de ces diplômes, dans d’autres il a seulement fait une analyse didactique et suivi des séminaires dans une École privée de psychanalyse (c’est le cas de M. Hellebois), dans encore d’autres, il n’a aucun diplôme et “s’autorise de lui-même”, le diplôme de psychanalyste n’étant pas légalement reconnu, contrairement aux deux autres cités.

[2] La liste des communications au « Forum antiTCC » se trouve en annexe à l’article paru dans Science et pseudo-sciences : http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article486

[3] L’Express du 23-02-2004.

[4] En juillet 2008, Miller, dans une lettre ouverte à Mme Sarkozy sur Agoravox : « Sauvons la clinique » : http://www.agoravox.fr/actualites/sante/article/carla-bruni-sarkozy-pourra-signer-42202. Je souligne : « en vous forçant ». Mme Roudinesco, tout aussi mal informée et/ou aussi manipulatrice, écrit dans le journal où elle règne sur l’information psychologique : « Les comportementalistes prétendent guérir des phobies en trois semaines en obligeant un patient qui redoute les araignées à plonger sa main dans un bocal rempli d'inoffensives mygales » (Le Monde, 14-2-2005). Je souligne.

[5] Cartuyvels est professeur à temps plein à l’université Saint-Louis (Bruxelles), je suis professeur à temps plein à l’université de Louvain et à temps partiel à l’université Saint-Louis.

[6] Das Interesse an der Psychoanalyse, 1913, G.W., VIII 407.

[7] Sokal, A. & Bricmont, J. (1997) Impostures intellectuelles. Odile Jacob, p. 32. Pour en savoir plus : https://blogs.mediapart.fr/jacques-van-rillaer/blog/151217/impostures-intellectuelles-de-sokal-et-bricmont-20e-anniversaire

[8] Premier chapitre du LNP, par M. Borch-Jacobsen. Pour en savoir plus sur Anna O : https://blogs.mediapart.fr/jacques-van-rillaer/blog/110718/anna-o-le-cas-paradigmatique-de-la-psychanalyse

[9] Débat J.-A. Miller - M. Onfray (2010) “En finir avec Freud ?”, Philosophie magazine, n° 36, p. 13.

[10] “Sur l’engagement du traitement” (1913) Œuvres complètes, PUF, XII 182.

[11] “Sur l'étiologie de l'hystérie” (1896) Œuvres complètes, PUF, III 180.

[12] Vie de Lacan écrite à l’intention de l’opinion éclairée. Navarin, 2011, p. 21

[13] J.-A. Miller et M. Onfray, Débat « En finir avec Freud ? », Philosophie magazine, 2010, n° 36, p. 15.

 

 

 

 

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