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Billet de blog 19 mars 2022

De quoi Macron est-il le vote ? - L'école

M. Macron souhaite rester président pendant cinq années de plus et une majorité de nos concitoyens semble, si ce n'est souhaiter la même chose, du moins pouvoir s'en accommoder. Les conséquences d'une telle éventualité étant connues, chacun devrait assumer ses choix et son positionnement dans cette lutte qu'on peut dire de classe(s).

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Une majorité de nos concitoyens semble souhaiter l'advenue d'un deuxième mandat d'Emmanuel Macron. Ou semble s'accommoder de cette possibilité. Or, puisqu'une telle infortune risque de tous nous impacter, et que je crois aussi peu à la fatalité qu'à la bêtise ou à l'égoïsme ataviques de l'espèce humaine, je me permets ce lancer de pavé dans la mare en espérant qu'il rencontre des lecteurs prêts à remettre en question les grilles de lecture préfabriquées et réchauffées indéfiniment par les médias dominants. En vous espérant prêts à examiner les faits sous la lumière crue du réel, nous pouvons commencer sans attendre. 

M Macron avait osé commettre un livre nommé "Révolution" en 2016, quelques mois avant son élection. Ses adversaires l'avaient à l'époque largement moqué. Or, l'évolution de la situation tend malheureusement à remplacer l'ironie par de l'inquiétude voire du désespoir si l'on prend la peine d'observer cette évolution de façon objective. 

Certes, ils ne s'agit aucunement d'une révolution initiée par M Macron ou un de ses ministres, mais plutôt d'une cristallisation d'une tendance de fond. Une révolution anthropologique qui œuvre à fabriquer un nouveau type de citoyen, un sujet néolibéral, qui ne considère l'Humanité que sous l'aspect d'une masse d'individus-entrepreneurs entretenant des relations de concurrence les uns avec les autres, que ce soit individuellement ou en groupe. 

L'économie de marché et son corollaire qu'est la concurrence sont censées depuis longtemps être les totems immuables d'une bonne gouvernance économique. Or, cette logique de la concurrence à tout prix tend à infiltrer toutes les pores de nos vies et de notre société. Métastaser plutôt qu'infiltrer serait certainement plus correct si l'on prend en considération le mal que l'on fait à notre propre humanité en intégrant ces principes économiques comme régisseurs de l'ensemble de nos activités et de nos relations à autrui. 

Ce que réserve M Macron à notre société lors de son éventuel deuxième mandat est une application logique et cohérente de ces principes économiques néolibéraux à des domaines qui jusque là en étaient plus ou moins exemptés, que ce soit réellement ou juste en apparence. 

Concernant l'école, le quinquennat Blanquer avait annoncé la couleur et posé les fondations d'une véritable révolution au sein de l'Education Nationale. Les annonces de M Macron vont dans le même sens et font craindre un engagement sur une voie sans issue et surtout sans retour. 

La méthode de M Macron pourrait être qualifiée de démagogisme de bas étage et de manipulation des faits dans un but politique mais je laisse chacun en juger par lui-même après avoir observé et analysé le réel. Examinons tout d'abord ce qui dans le discours du président-candidat relève des observations et des constats, pour ensuite en questionner la véracité. 

Sur l'école en général et les enseignants en particulier, le discours présidentiel est à charge. Il reprend un à un tous les thèmes diffamatoires distillés ces dernières années par la classe médiatico-politique.

Il reprend le terme "absentéisme" qu'il n'a pas besoin de justifier grâce aux moults reportages, interventions de la Cour des comptes ou sous-entendus plus ou moins explicites de la part de son ministre de l'éducation. Nous en sommes arrivés à un stade où rien ne résiste au fameux "tout le monde sait que". Le fait que dans le monde réel les enseignants soient moins absents que les autres salariés, y compris ceux du privé, et que ce fait soit mentionné même dans des rapports à charge comme celui de la Cour des comptes d'il y a quelques mois, n'empêche nullement l'efficacité de l'argument. 

M Macron s'inscrit également dans la promotion de l'idée que les enseignants doivent fournir plus d'efforts. On ne peut pas dire que le terrain n'ait pas été bien préparé. Pensons juste à ce reportage de France Télévisions sur les enseignants allemands et avec lequel le service audiovisuel public faisait ses adieux à la déontologie. Le président est même allé jusqu'à ressusciter une polémique démentie depuis longtemps mais qui est une nouvelle preuve que la manipulation du réel est une stratégie gagnante à tous les coups. 

En effet, M Macron a dépoussiéré avec son discours le mythe des "enseignants disparus" pendant le confinement du printemps 2020. Cette calomnie qui avait à l'époque été lancée par un reportage de France Télévisions (que l'on peut saluer pour leur régularité à défaut d'exemplarité) a depuis été démentie par les faits. Mais les démentis importent peu dans ces jeux démagogico-manipulatoires. Il est extrêmement difficile d’effacer l’image qui a été gravée dans l’esprit du public en premier lieu. Car les démentis, même faits par le ministre lui-même ou portés par des arguments sans faille, auront difficilement autant d’écho que tout ce qui a été déversé dans les cerveaux disponibles du public pendant quelques jours de battage médiatique. Rares sont les cas où les démentis sont aussi efficaces que les mensonges. Souvent les gens qui lisent les démentis sont ceux qui ne croyaient pas à l’information de départ. Les bénéfices qu’on peut tirer d’un mensonge médiatique sont importants et les risques sont faibles. Le fait que M Macron recycle cet argument pourtant démenti par les faits depuis bientôt deux ans montre bien que ce qu'il flatte est ce sédiment populiste basé sur le "tout le monde sait que" plutôt que nos qualités intellectuelles. 

Si notre cher président jupitérien salit à ce point une profession ce n'est aucunement par un plaisir masochiste. C'est simplement que la fameuse révolution anthropologique néolibérale qui est son unique logiciel, exige un certain nombre de "transformations" que je qualifierais plutôt de "destructions" mais je vous laisserai encore une fois juger par vous-mêmes après examen des faits. 

Ce terreau diffamateur est basé uniquement sur un discours médiatico-politique manipulateur et auto-alimenté depuis plusieurs décennies sans qu'aucune étude sérieuse vienne étayer ces propos. Je qualifierais volontiers ceux-ci de propos "de comptoir" si l'objectivité de mes propres observations ne m'incitait pas à reconnaître une plus grande pluralité des opinions aux comptoirs qu'aux plateaux télévisés. 

Toujours est-il que ce terreau idéologique est ce qui permet à M Macron de déployer toute une série de mesures censées régler des problèmes qui souvent n'existent même pas mais qui risquent d'en créer d'autres, bien plus graves, mais dont on niera l'existence et dont les effets observables seront attribués à des causes en adéquation avec l'idéologie néolibérale. Voyons un peu ce qu'il en est et ce qu'il risque d'en être.

Le président n'hésite pas à qualifier à nouveau l'école comme une priorité de son quinquennat. Un seul mot me parait être en mesure de résumer le projet présidentiel et d'en révéler la cohérence. Ce mot est "concurrence" et il ne régit pas uniquement la politique éducative mais tend, révolution oblige, malheureusement à s'imposer dans tous les pans de la société. 

Ainsi, M Macron entend proposer aux enseignants un "nouveau contrat" qui leur permettrait de voir leur rémunération revalorisée mais aussi leurs devoirs et obligations fortement modifiées. Puisque, comme le dit le président, il faut payer mieux "ceux qui font des efforts", essayons de voir les soubassements idéologiques d'une telle décision. 

Il y a tout d'abord un avantage économique au refus d'une revalorisation globale des enseignants. Cela coûterait trop cher et c'est parfaitement assumé par M Macron. Il tient ce discours depuis longtemps comme on a pu le voir par exemple en octobre 2019 lorsqu'il affirmait : "Si je voulais revaloriser, c'est 10 milliards. On ne peut pas mettre 10 milliards demain, c'est vos impôts. C'est le déficit, c'est la dette pour nos enfants."  Depuis, nous avons pu voir que cette question du déficit est une question relative et que son interprétation traduit surtout une idéologie entraînant une volonté politique ou dans le cas présent son absence ou une volonté inverse. 

Mais ce nouveau contrat n'a pas que des avantages financiers pour les caisses de l'Etat. Il fait partie aussi et surtout d'un travail de sape idéologique qui tend à imposer l'idée que sans une mise en concurrence des enseignants, ces derniers ne peuvent donner le meilleur d'eux-mêmes. L'idée selon laquelle l'insécurité inciterait les individus à se surpasser est tellement ancrée en nous que beaucoup se disent qu'en effet, si à la fin les fonctionnaires sont payés quand même il est bien normal qu'ils n'en fassent pas plus que le minimum nécessaire, voire qu'ils en fassent moins. 

Le problème est que l'exemple enseignant bat en brèche cette pseudo-théorie. Toutes les études et enquêtes le montrent : les enseignants passent au moins autant de temps à travailler devant leurs élèves qu'en dehors de ce temps pourtant souvent présenté comme "le temps de travail des enseignants". Ainsi, si dans le primaire le temps passé devant les élèves est de 24 heures hebdomadaires, comment se fait-il que le temps de travail moyen d'un professeur des écoles soit de 44 heures, comme l'indiquait une étude de l'INSEE en 2010? Il y a là comme un bug dans le logiciel. La logique néolibérale voudrait que le salaire garanti ainsi que tous les avantages liés au statut de fonctionnaire (stabilité sur le poste de travail et la progression salariale garanties) incitent les enseignants à en faire beaucoup moins que ce que montrent les études. Et pourtant...

Alors qu'est-ce qui pourrait expliquer ce fait troublant qui est souvent nié par les idéologues néolibéraux qui préfèrent prétendre que les milliers des enseignants participant aux différentes enquêtes seraient des menteurs plutôt que de remettre en cause la validité de leur logiciel? Il y a une donnée très gênante pour les défenseurs des thèses néolibérales, c'est que les enseignants sont en grande partie souverains sur leur travail. Et si cette souveraineté est de plus en plus attaquée c'est qu'elle est très gênante. En dehors du salaire, les enseignants sont surtout souverains dans leur travail concret. Ils doivent respecter les programmes mais le chemin qu'ils vont faire emprunter à leurs élèves pour arriver au but fixé est de leur seule responsabilité. Le choix des méthodes et des manuels est de leur seule responsabilité. Certains choisissent même de se passer de manuels et de fichiers et de fabriquer eux-mêmes leurs propres outils! Avouez que ça ne colle pas avec la théorie de l'homme néolibéral qui pour fournir le moindre effort doit se sentir en permanence en concurrence et sur la sellette. 

Ainsi M Macron prétend régler un problème inexistant avec des solution radicales dont les effets s'avéreront désastreux. Avec l'introduction de la logique concurrentielle à tous les niveaux de l'Education Nationale on risque surtout d'obtenir l'inverse de ce qui est affiché. L'autonomie des établissements permettra la mise en concurrence de ceux-ci. Si on permet aux chefs d'établissements de recruter eux-mêmes leurs enseignants, comment pourra-t-on espérer que "les meilleurs" enseignants viendront postuler dans les établissements les plus difficiles? Cette autonomie étant la loi du plus fort nous pouvons déjà voir quelles classes sociales pâtiront de cette politique. Si nous rajoutons à cela la restructuration des réseaux d'éducation prioritaires (REP) déjà commencée nous y voyons encore une embuche sur le chemin de la réussite des classes populaires. 

Mais cette autonomie doublée du nouveau contrat (ou pacte) qui sera proposé aux enseignants permettra surtout d'obtenir une obéissance de la part de ces derniers et la disparition de la souveraineté sur le travail évoquée plus haut. En effet, tout comme M Blanquer, le président insiste dans son discours sur l'importance d'appliquer les "bonnes méthodes" pédagogiques. Le nouveau contrat obligera non seulement les enseignants à accepter des remplacements inopinés ou des missions de l'animation des temps périscolaires mais aussi à participer aux formations pour s'approprier "les meilleures innovations pédagogiques". Or, on connait la tendance de M Blanquer à vouloir imposer les "bonnes méthodes", notamment en apprentissage de lecture où, outre la publication de guides très injonctifs, il est allé jusqu'à publier une vraie méthode de lecture. Une première en France. 

La redéfinition des obligations des enseignants annoncée par ce nouveau pacte permettra ainsi de vendre notre fameuse liberté pédagogique, celle-là même qui donne sens à notre travail, qui nous fait tant mouvoir. La vendre à bas prix alors qu'elle n'en a même pas : c'est ce qu'on appelle une très mauvaise affaire. Une après laquelle on met généralement la clé sous la porte. 

Mais, me dira-t-on, si les méthodes officielles sont effectivement les meilleures et qu'il est donc inutile d'avoir recours à une quelconque liberté pédagogique, pourquoi vouloir s'y opposer? Le problème est que des décennies de travaux en sciences de l'éducation ont mené au constat que la pédagogie est une une science de tâtonnement sans cesse à recommencer. Contrairement à ce que prétend le ministère il n'y a pas de manuel parfait mais il y en a seulement des plus ou moins mauvais. Tout se joue dans la façon dont on adapte les outils aux besoins de ses élèves, c'est à dire dans cet espace nécessaire créé par l'existence de la liberté pédagogique. 

M Macron prétend que la publication des résultats des évaluations nationales permettra à la communauté éducative et notamment aux parents de comparer les établissements et de voir quelles sont les "bonnes pratiques pour avoir de meilleurs résultats". C'est là qu'on touche du doigt le rabougrissement à venir de l'école publique. Réduite aux fondamentaux (centrée qu'ils disent), l'école publique actera l'abandon des classes populaires. Se faire assigner à résidence sociale sera leur unique horizon. D'ailleurs, les entreprises locales viendront dès la classe de 5ème baliser ces chemins de vie desquelles il ne faudra pas sortir. 

Une école où apprendre à lire signifiera déchiffrer des sons de plus en plus vite pourra aisément être intégrée dans un classement :

Les élèves de l'école A lisent "un-il-été-on-mur-ni-sur-qui-vélo-par-feu-ce-peur-moto-ami-peau-lune-gare-lire-bon" avec 2 secondes d'avance sur les élèves de l'école B. Les enseignants de l'école A bénéficieront ainsi de la prime à la fluence et ceux de l'école B d'une formation obligatoire à l'enseignement de la fluence dispensée par les enseignants de l'école A dans le cadre du plan d'autoformation et d'échange de pratiques. 

Le fait que ni les élèves de l'école A ni ceux de l'école B ne comprennent rien à ce qu'ils lisent, voire ne savent même pas qu'il y a des choses à comprendre, n'a aucune importance. Le but étant de former des adultes employables, des compétences sont à revoir à la baisse pour une large part de la population. Le néolibéralisme étant une idéologie selon laquelle une élite éclairée doit mener la masse, le troupeau, vers son salut et surtout vers une société où l'accumulation de richesses ne doit plus rencontrer la moindre entrave, l'école publique n'a plus une vocation d'émancipation sociale. L'émancipation ayant été travestie en méritocratie où les transfuges de classe joueront un rôle de justification, toute insatisfaction sera à retourner contre l'individu insatisfait lui-même, son manque de talent, de courage, de goût de l'effort ou encore d'intelligence. 

C'est assez logiquement que l'inflation des évaluations, leur publication ainsi que l'indexation des salaires ou des primes sur celles-là ne pourra produire que des effets pervers d'un tel fonctionnement qui ne l'est pas moins. Chacun cherchant à atteindre de bons résultats aux évaluations plutôt que des acquis solides pour les élèves, le bachotage ne pourra être évité. L'abandon des disciplines non-fondamentales se fera de lui-même et un jour il suffira de voter un texte qui ne fera qu'acter un fait accompli. 

Alors que nous vivons une période où le complotisme est désigné comme un grand danger, œuvrer à la construction d'une société où à la place de citoyens éclairés l'école sera censée fournir des employés modèles sans esprit critique devant faire confiance et suivre les ordres des sachants, où les enseignants eux-mêmes seront dépossédés de cet esprit critique du fait de leur précarisation, tout cela ne peut qu'étonner quiconque prête encore du crédit à nos gouvernants. Personnellement, plus rien ne m'étonne. 

Nous voyons donc la démagogie qui déborde de la moindre phrase de M Macron. S'en prendre à une catégorie spécifique de la population et, profitant du ressentiment créé et savamment entretenu à l'égard de celle-ci, en faire au choix un bouc émissaire, un élément dysfonctionnel, un gouffre financier, bref la cause de nos maux. Les enseignants ne sont pas la seule catégorie visée. Les pauvres en général (l'invention du travail pour la "dignité" mériterait une suite à ce billet qui risque de constituer un exploit en évitant le point Godwin) ou les étrangers (le durcissement des règles de reconduite à la frontière ainsi que du droit d'asile fait partie d'un clin d'œil toujours bienvenu à l'électorat d'extrême droite) étant les boucs émissaires habituels, M Macron ne déroge pas à la tradition. 

Dans ce texte je me suis efforcé de rendre sensible ce qui dans le discours présidentiel allait de soi. Nous nous rendons compte que dès qu'on essaie de transposer dans le réel ces choses prétendument neutres, relevant du bon sens, elles révèlent leur aspect hautement idéologique, leur parti pris qui les inscrit dans une lutte des classes acharnée. Une lutte des classes menée par les classes dominantes, tentant de porter des coups ultimes, rendant toute riposte inimaginable, entérinant les résultats de cette lutte des classes au moment opportun pour eux et rendant ainsi ceux-là irréversibles. 

Riposter de façon efficace exige de s'inscrire dans cette lutte à notre tour. Continuer de jouer en prêtant à nos adversaires une bonne foi nous prive de toute chance de succès est inutile. Riposter exige de la lucidité et du sens politique. 

Si j'étais aussi démagogique que M Macron je pourrais m'indigner du scandale provoqué par les vacances de M Blanquer à Ibiza, comme l'ont brillamment fait des militants d'EELV avec leur histoire de sosie. Malheureusement, ce quart d'heure warholien n'a pas amélioré les conditions de travail des enseignants mais s'est fini en eau de boudin végétal puisque leur candidat à la présidence de la République, M Jadot, propose un raccourcissement du temps de vacances des enseignants puisque tout le monde sait qu'il devraient...travailler plus. 

S'attaquer aux personnes est une entreprise dépolitisante en soi. Critiquer M Macron ou M Blanquer et les présenter comme des incompétents ou bien des méchants n'a que peu d'intérêt en soi. C'est même une démarche qui nuit au combat si elle se limite à cela. Mobiliser des gens en leur faisant croire que tout ira mieux quand M Macron ne sera plus là est la meilleure façon de créer de la déception. Rendre explicite l'idéologie de M Macron, décrire la cohérence et la complémentarité de tous les rouages peut paraitre décourageant mais cela représente l'unique chemin vers l'émancipation sociale effective. 

Pour ceux qui continuent de penser que la voie néolibérale est la seule possible, vous pouvez maintenant prendre en considération ce qu'on peut nommer les dégâts collatéraux. Peut-être que vous ou un de vos proches en fera bientôt partie. Vous pouvez continuer de penser que dans cette société basée sur la concurrence vous ne craignez rien car vous vous sentez mieux doté que d'autres en finances ou autres capitaux. Vous pouvez donc estimer que vous avez mérité votre place. Mais sachez juste que le mérite n'a rien à voir avec un jeu pipé d'avance. 

Je ne suis là que pour vous tendre un miroir afin que vous assumiez vos choix en toute mauvaise conscience. Vous pouvez toujours clamer que j'exagère, que je déforme la réalité. Au fond de vous, vous savez que je ne montre que le réel que vous ne souhaitez plus voir. Vous qui souhaitez continuer de vivoter dans une tour d'ivoire imaginaire où vous logez votre "innocence", ce miroir tendu n'est en aucune façon le mal à éradiquer. Ce qui vous heurte n'est pas l'objet-miroir mais bien le réel qui s'y reflète et que vous passez votre vie à éviter. 

Alors à chaque fois que vous glissez un certain bulletin dans l'urne, que vous tenez un discours méritocratique, que vous tentez de naturaliser les inégalités sociales, que vous désignez un bouc émissaire parmi les classes sociales inférieures à la vôtre, que vous gommez tout déterminisme social, que vous faites de votre cas une généralité, à chaque fois que vous raillez ceux qui luttent, sachez qu'à chacun de ces instants vous luttez vous aussi. Vos prétentions à la neutralité et à l'objectivité n'ont pas lieu d'être. Chacun doit assumer ses choix ainsi que leurs conséquences. Vous y compris.

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