Ecologie à Besançon : de l'espoir à la farce.

En 2021, quelques jours après la publication du dernier rapport du GIEC, l'équipe écologiste à la tête de Besançon décide des suites à donner à un projet d'éco-quartier se situant sur des terres maraîchères de grande qualité. Elle communique fièrement sur un "projet revisité" consistant à ne détruire que 50% de ce qui était initialement prévu.

Nous sommes à Besançon, ville verdoyante de taille intermédiaire, qui a porté à sa tête une équipe écologiste lors des élections municipales de 2020. Nous sommes ainsi dans l'une de ces villes pilotes - comme le sont Lyon, Bordeaux, Strasbourg ou Poitiers - scrutées avec attention depuis la vague EELV qui a pris corps l'an dernier.

Nous sommes à Besançon, où la volonté de créer un "éco-quartier" sur des terres maraîchères a vu le jour il y a une vingtaine d'années. Une époque lointaine, où changement climatique, 6ème extinction de masse, artificialisation des sols, déclin vertigineux du vivant n'étaient pour beaucoup que des notions abstraites ou un vocable inutilement alarmiste. "Notre Dame des Landes" local - par sa symbolique et non par ses proportions - le projet d'éco-quartier des Vaîtes amenait initialement à artificialiser 16,4 hectares de nature pour 1150 logements. Il suscite passion et contestations depuis plusieurs années.

Nous sommes en 2021, année marquée par une succession inédite d'événements "naturels" exceptionnels : variabilité extrême du climat induisant des catastrophes agricoles, canicules sur la banquise, incendies, ouragans, inondations majeures... Concomitamment le dernier rapport du GIEC vient d'être publié, le réchauffement théorique projeté est catastrophique quand bien même les pays respecteraient leurs maigres engagements. 75% des jeunes "voient leur futur comme effrayant" et souffrent d'"éco-anxiété". Chaque jour nouveau illustre combien la fuite en avant de notre modèle actuel est mortifère.

Autre temps, autre sensibilité, autre conscience pourrait-on penser.

Il semble bien que non et que toute raison soit perdue. Même les politiques censés être les plus engagés pour un demain apaisé, respectueux de la terre et des hommes ont piteusement baissé les bras. Une association locale ("Les Jardins des Vaîtes"), des citoyens et habitants, des maraîchers accompagnés d'experts ont beau eu mettre en exergue l'impertinence de ce programme, avoir remporté plusieurs victoires devant la justice, Anne Vignot, première magistrate de la cité, décide malgré tout de passer en force.

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Communication de la Ville de Besançon sur Facebook Communication de la Ville de Besançon sur Facebook

Après 18 mois au pouvoir, l'équipe écologiste a ainsi très tranquillement annoncé le 16 septembre, dans un autosatisfecit frisant l'indécence, un "projet revisité" entérinant une moindre destruction des espaces naturels impactés. Après une double consultation à la fois scientifique et citoyenne à la sauce démocratie participative et aux conclusions très critiques, l'équipe écologiste soumettra donc sa copie au conseil municipal du 30 septembre. Si le nombre de logements proposés est finalement divisé par deux, le coût du projet a lui doublé, passant de 9,1 à 18,6 millions d'euros. Le préjudice naturel demeure majeur. Le coût au logement est au passage multiplié par quatre.

Ce projet d'un autre temps deviendra certainement réalité ; la nature et l'écologie attendront bien quelques années de plus.

De tels événements locaux montrent à quel point le temps politique est déconnecté du temps du vivant et du temps d'action qu'il reste à l'humanité pour limiter le réchauffement climatique à un niveau simplement vivable. La communication grandiloquente supportant de tels programmes relève de l'imposture la plus profonde, comme l'est l'oxymore de la "croissance verte" démontée par des scientifiques comme Jean-Marc Jancovici.

Communication de l'un des adjoints au Maire sur Facebook Communication de l'un des adjoints au Maire sur Facebook

Non Madame la Maire, non Monsieur l'Adjoint, un "écoquartier exemplaire en matière de biodiversité, compatible avec les enjeux du XXIème siècle et prenant en compte les effets du changement climatique (îlot de chaleur ...)" n'a aucun sens aujourd'hui s'il est bâti sur des terres vivantes et fertiles. Cela semble l'évidence, il faut pourtant vous la rappeler.

Après des décennies de tergiversations, de demi-mesures, de reports en tout genre, des décisions fortes et courageuses s'imposent. Maintenant.

Proposer de ne "détruire que 50% du (sur)vivant" est une folie, un acte de guerre contre l'homme et la nature. C'est pour le moins fâcheux quand on se prétend écologistes.

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Pour qui voudrait en savoir plus, Jade Lingaard, journaliste à Mediapart, a écrit un article détaillé sur ce projet il y a six mois.

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