Retour sur "Nos voies d'espérance". Cynthia Fleury, Françoise Héritier, Pierre Rabhi…

C'est en préparation d'une petite "rencontre citoyenne locale" à laquelle il a servi d'introduction que j'ai eu l'opportunité de lire "Nos voies d'espérance", petit ouvrage paru au mois d'octobre dernier, aux éditions Actes Sud.

C'est en préparation d'une petite "rencontre citoyenne locale" à laquelle il a servi d'introduction que j'ai eu l'opportunité de lire "Nos voies d'espérance", petit ouvrage paru au mois d'octobre dernier, aux éditions Actes Sud.


Comme l'indique la couverture assez lisible ci-dessous, il s'agit du recueil d'une dizaine d'expressions singulières (chacune précédée d'une très rapide présentation), sur et à partir de la situation actuelle, et qui partagent une volonté si ce n'est une certitude "d'espérance".
Par les temps qui courent, ça ne se refuse pas.
Et la liste des contributeurs est suffisamment éclectique à la fois pour attirer la curiosité et pour garantir à chacun qu'il y trouvera au moins une raison d'espérer, voire plusieurs.

A titre de billet, "la recension" qui suit, accompagne les réflexions posées et les discussions engagées à l’occasion de :

 





C'est un livre qui coûte 18€80.
Après une rapide présentation de sa genèse et des conditions de son élaboration, il s'ouvre par un manifeste cosigné par les 10 contributeurs et le collecteur-rédacteur, le journaliste Olivier Le Naire.
Il est agréable, bien rythmé, vocabulaire simple, expression concise, il est donc rapide à lire.
A la mesure de la sensibilité de chaque lecteur, les contributions pourront paraître inégales, c'est la loi du genre.
Je vais donc essayer de vous livrer ma lecture, totalement subjective.
C'est un peu long. Désolé.

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Le manifeste (5 pages)
Il pourra être considéré comme la partie la plus intéressante, synthétisant l'ensemble dans une sorte d'éditorial invitant à l'espoir et donc à l'engagement dans l'action, un engagement optimiste mais raisonné. J'y ai personnellement retrouvé en grande partie la priorité à l'éducation que j'ai si souvent essayé de faire valoir ici, dans mes billets. Je ne résiste donc pas à l'envie de recopier ci-dessous en conclusion, son dernier paragraphe.

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Les contributions :

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Nicolas HULOT : Refonder la vie publique, réussir la transition écologique.  Du courage.

J'avais une relative prévention à l'égard du "héros" de ses aventures télévisuelles, puis du "conseiller des princes"... sa participation indéniable à la prise de conscience écologiste généralisée qui est aujourd'hui constatable (en dépit de la permanence de comportements pour le moins contradictoires), m'a amené à considérer Nicolas Hulot un peu plus attentivement. Et il est heureux que sa contribution intervienne en première place, car il la conduit à travers un assez pertinent état des lieux à partir des résultats des dernières élections municipales et européennes, fixant et précisant ainsi le contexte dans lequel se situent volontairement la publication de l'ouvrage et l'ensemble des contributeurs.
Sa propre contribution n'apporte réellement rien de neuf par rapport à ses prises de positions antérieures, qui ont été assez largement médiatisée.
Je note toutefois, et avec plaisir qu'il invite (sans me semble-t-il en avoir toutefois une vision suffisamment étendue, précise et opérationnelle pour l'exprimer clairement), à poser la question des nécessaires changements en termes d'éducation : "La créativité est là, l'intelligence est là, elles viennent de partout. Il n'y aurait plus qu'à se mettre d'accord pour rassembler tout cela et agir. Et non, rien ! J'insiste : les médias portent une vraie part de responsabilité dans ce désastre... Chaque fois que je suis interviewé, la seule chose qui les intéresse, c'est d'essayer de me faire dire du mal de F. Hollande, des Verts, de S. Royal..." Et plus loin : "Il faut créer du désir, donc faire preuve de pédagogie." Et de courage politique, comme l'indique le mot mis en exergue de sa contribution.

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Cynthia FLEURY : Combattre les inégalités, choisir notre liberté.  De l'imagination

Je ne connais Cynthia Fleury qu'à travers quelques brèves apparitions sur des plateaux télé. J'avoue avoir été séduit. Et sa contribution est l'une de mes préférées.

"Ce n'est plus un diplôme qu'il faut avoir, mais deux, trois ou quatre. Ce n'est plus une langue qu'il faut parler, mais au minimum deux ou trois. [.../...] Finalement, le système [des grandes écoles] est délétère pour tout le monde : ceux qui sont écartés, ou qui échouent, ont un sentiment misérable d'eux-mêmes et se sentent coupables. Ceux qui réussissent sont confortés dans leur tentation, peu républicaine et peu civique, de "sécession". Et pendant que notre système éducatif fonctionne sur cette maltraitance archaïque, il ne s'occupe pas des vrais enjeux. On se déchire sur des détails comme la semaine des 4 jours, sur le fait de savoir si les enfants doivent faire de la pâte à modeler ou [...], alors qu'ils vont devoir affronter demain un monde fait à la fois d'occasions magnifiques et de précarité foudroyante, de multilinguisme absolu, de mobilité plus ou moins forcée et de déprotection. Cet aveuglement face aux enjeux de la mondialisation relève lui aussi de la maltraitance. [...] Tout cela devrait être pensé par la communauté politique, car au delà de l'Etat de droit, la vérité d'un projet démocratique reste l'éducation. [...] Et je parle là d'éducation au sens global - scolaire et parentale, existentielle et institutionnelle. [...] Aujourd'hui, nous nous trouvons face au paradoxe suivant : d'un côté, le monde d'Internet, une machine à faire rêver, à détruire la finitude, qui a décuplé l'imaginaire de l'illimité et la virtualisation de soi-même. Mille vies au lieu d'une. Et de l'autre, une formation qui n'est absolument pas en rapport avec cet enjeu et les défis d'aujourd'hui. Si on ne réforme pas notre système éducatif, si nous ne l'adaptons pas à la modernité, nous allons créer un univers de Narcisses blessés dommageable pour les individus, mais aussi pour la collectivité, car cela débouche sur plus le populisme et de xénophobie."

Un peu plus loin, elle argumente assez longuement "la nécessité de remettre sur la table une vieille idée : le revenu de base." s'agissant "d'offrir à tout individu, dès sa naissance, une allocation universelle, versée chaque mois et tout au long de sa vie, ce revenu étant précisément dissocié du travail et de l'emploi." Il y aurait peut-être là à rejoindre par détours, la vita activa selon Hannah Arendt et ses distinctions entre "le travail", "l'œuvre" et "l'action". (Pure spéculation intuitive, et possiblement erronée de ma part, je n'ai lu d'Arendt que "La crise de la culture".)

Puis elle aborde la question écologique comme "formidable occasion de réinventer le politique, car les problèmes environnementaux nécessitent d'articuler les niveaux local et global. Ils rendent donc obsolète la notion de frontière, ou plutôt nécessitent de la penser autrement. [Cette nuance me semble très féconde] ... Pour autant, les territoires nationaux n'appartiennent pas exclusivement aux nations, car il y a des biens communs à préserver, des biens inappropriables. [...] L'entropie des ressources naturelles est l'antichambre de la barbarie. [...] Il n'y a pas de contrat social sans protection des services écosystémiques, ces services que la nature rend à l'homme."

Et sa conclusion, sa réponse à la question, quelle est la solution ?, ne mérite pas d'être tronquée :
"De se montrer pionnier sur l'exemplarité qui est, à mon sens, un grand, un immense territoire d'innovation. Avoir le courage d'envoyer paître la conception actuelle de la croissance et ses illusions, déjà au niveau national. Même si, dans un monde global, cela peut sembler insuffisant, voire inutile, il ne faut pas sous-estimer la portée et la force de la mimesis, de l'exemple. Ethiquement, mais aussi pragmatiquement, il est hallucinant de se dessaisir de ce courage-là. Maintenant, la vraie question est aussi de savoir si, à l'heure de la société des individus, un récit collectif est encore possible et continue d'être le viatique de l'histoire".

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Anne-Sophie NOVEL : Apprendre à partager, humaniser l'économie.  De la lucidité

J'ai personnellement découvert cette journaliste militante de l'innovation et particulièrement de "l'économie collaborative", dans ce livre.

S'appuyant sur Joël de Rosnay et Jérémy Rifkin, elle nous dit en introduction, Po"Nous n'en sommes qu'au début de ces bouleversements, mais cela rappelle cette phrase d'Antonio Gramsci : Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres." Pour venir à bout des ces monstres, nous devons absolument penser la transition et définir la vision du monde que nous souhaitons voir émerger demain."
C'est, pour rester avec Gramsci, "l'optimisme de la volonté" pour prolonger le grand récit collectif en regard du doute, si ce n'est réellement du "pessimisme de l'intelligence" exprimé par Cynthia Fleury.

De la suite, j'ai retenu la permanence qu'il fallait entretenir de l'espoir dans la jeunesse. Concluant un premier survol des pratiques innovantes initiées par les publics jeunes et susceptibles de modifier profondément la société, "Oui, car à terme, cette génération va arriver au pouvoir. Je ne sais pas ce que cela donnera et ne voudrais pas trop faire de pari, mais les choses évoluent." [...] "Sous la poussée collective, même les grands corps vont évoluer. Le changement émerge lentement mais cette dynamique existe."

Son intervention développe ensuite un tour de piste un peu plus approfondi des champs de l'innovation (sans prétendre à l'exhaustivité), essentiellement du point de vue de l'impact sur les marchés sectoriels concernés, mais sans qu'il soit possible me semble-t-il d'en déduire "la vision du monde que" l'auteur souhaite et propose de "voir émerger demain". Ambition posée en introduction et à laquelle finalement elle semble renoncer, "Le vrai projet c'est aussi de faire preuve d'humilité et de comprendre que le politique ne peut pas tout, l'économique ne peut pas tout, le numérique ne peut pas tout."

La conclusion me parait tout à fait juste et opportune, tant dans son objet que dans son message : "Autre enjeu majeur : la neutralité du Net, qui réclame également une gouvernance mondiale."

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Frédéric LENOIR : Donner un sens à sa vie.  Du discernement.

Le sobrement médiatique et sympathique Frédéric Lenoir, auquel en fait je m'intéressais peu.  
Et c'est pourquoi j'ai été surpris de retrouver dans sa plaidoirie pour le bonheur frugal, la critique que j'ai faite mienne depuis longtemps, du mythe des "Trente Glorieuses" ( et ): "...les Français comptent parmi les peuples les plus pessimistes du monde, sans doute parce qu'ils ont le sentiment que les beaux jours sont derrière eux, et que ça va aller de mal en pis. [...] ...trop d'experts ou d'hommes politiques français prétendent revenir au modèle des "Trente Glorieuses". [...] L'individualisme et le désir mimétique rendent des individus malheureux du fait de la compétition et de la comparaison permanente aux autres. [... ce problème] est fortement accentué... par cette idéologie consumériste issue des Trente Glorieuses..."

Quels sont les obstacles à la conversion du grand nombre au bonheur frugal ? : "La liberté est un risque, le bonheur est un risque. [...] Ça ne tombe pas tout cuit. Cela se construit à travers des choix, des priorités, des valeurs. [...] Beaucoup de gens ne mènent pas cette réflexion, parce qu'ils sont pris par l'urgence du quotidien, pris par le modèle dominant très axé sur l'avoir, lorsque, au fond, ils aspirent peut-être à d'autres choses qui les amèneraient à de nouveaux choix de vie... la première chose à faire est ce travail de discernement... Jung appelle cela le processus "d'individuation"... on le mène souvent après la quarantaine, parce qu'avant, il y a les objectifs à court terme de construction d'une vie familiale, de réussite matérielle ou professionnelle, dans lesquels on s'est souvent embarqué sans trop s'interroger."

Aujourd'hui les choses changent, "beaucoup de jeunes réfléchissent à cela dès l'entrée dans la vie professionnelle" lui fait remarquer O. Le Naire. "Il s'agit d'un phénomène récent. [...] Avec eux nous commençons à sortir peu à peu de cet individualisme utilitariste qui remonte aux années 80. Je considère qu'il y a trois âges de l'individualisme. Le premier, que l'on pourrait qualifier d'autonomie du sujet ([qui] acquiert des droits fondamentaux), émerge... avec les Lumières... [il] s'est accompagné toutefois d'un souci de la collectivité, symbolisé par l'idéal républicain. [...] Il existait un sens très fort du progrès social, lié, à un nationalisme également très puissant. Or ce moteur collectif s'est effondré avec les Trente Glorieuses. Là, on n'a plus avancé qu'avec le moteur individuel, concentré sur le consumérisme. Dans les années 80 et 90, l'individualisme narcissique se retrouve au centre de l'échiquier. [Soit en 2007, le temps de maturation d'une génération, l'élection en la personne de Sarkozy, du roi des Narcisses]. J'utilise la société pour moi. [...] Aujourd'hui, est en train d'émerger une nouvelle forme d'individualisme : celui de l'individu global. Un individu toujours centré sur son émancipation, ses droits, ses libertés, et qui cependant, a conscience des intérêts collectifs, non plus à l'échelon national, mais à la fois au plan local et au niveau planétaire. Je parle là de gens engagés dans l'écologie, l'altermondialisme, l'économie solidaire, le commerce équitable, et qu'incarnent, par exemple, Pierre Rabhi et son mouvement des Colibris. Le patriotisme n'a plus beaucoup de sens dans ce contexte. [...] l'échelon national n'est plus vraiment un lieu identitaire et décisionnaire essentiel pour la transformation du monde. [...] Cela me semble très positif. Même si ce mouvement reste minoritaire, on voit que les choses peuvent changer, mais en se déplaçant. Cela explique aussi pourquoi les Français se désengagent du politique : ils ont le sentiment... que ça ne change rien aux problèmes fondamentaux de la planète qui influencent nos vies quotidiennes. La perspective évolue. [...] Vous connaissez la fameuse phrase de Gandhi : "Soyez le changement que vous voulez dans le monde." Il faut le dire et le répéter. [...] Cependant, il est nécessaire d'avoir une boussole, une direction, un idéal vers lequel tendre. En cela l'éducation est capitale. [...] introduisons dès l'école maternelle les fondements de la psychologie et de la philosophie. Parce que les enfants, à partir de trois ou quatre ans, sont à un âge de réflexion critique incroyable, ils posent toutes les bonnes questions. Il suffirait de les amener à réfléchir sur que sont le désir, les émotions, ce qu'est le respect de l'autre, et sur cette règle d'or..., "Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te fasse à toi-même." [...] Le problème, c'est la course de vitesse. C'est de savoir si, avant d'arriver vers des catastrophes, nous aurons le temps de nous convertir à un mode de vie plus responsable. [...] Les états changeront de politique parce que leurs peuples les y contraindront."

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Dominique MEDA : Réinventer le travail et la croissance.  De l'audace.

Je me suis un peu intéressé à son travail sur le travail, à partir de sa contribution au travail engagé par le réseau "Utopia". On nage en plein travail :-)... c'est la loi de l'accouchement, y compris pour un nouveau monde.
Dominique Méda n'est pas une rigolote, je veux dire que la lecture de ses articles ou de ses ouvrages n'est pas jubilatoire (pour ceux du moins que j'ai personnellement lus), on est dans le cambouis, "à fond de cale", et sa contribution au présent ouvrage n'échappe pas à la règle. Je la citerai donc peu, restons digestes.

On entre avec Dominique Méda, dans les problématiques concrètes posées à travers la controverse décroissance/alter-croissance.
Belle ouverture en introduction avec la référence aux travaux du bien trop discret (et pour cause) économiste hétérodoxe Jean GADREY (voir chez Alter.Eco. son blog très, très, très intéressant).

On plaide ici sans ambiguïté pour la croissance, mais une autre croissance, qui se conçoit à partir d'une remise en cause des indicateurs et des instruments de mesure habituels et officiels, à partir de l'impératif et des immenses chantiers d'innovation de la transition écologique, à partir du nécessaire partage du travail comme fait de justice ("...permettez moi de rappeler un fait de bon sens: le volume de travail est toujours partagé, à tout instant, entre les travailleurs... certains en ont beaucoup trop et souffrent de burn-out, d'autres pas du tout et souffrent de leur sentiment d'inutilité... il nous faut substituer, au partage sauvage du travail, un partage démocratique et civilisé."), et à partir de la nécessité ressentie par chacun de vivre, d'avoir des activités choisies, des relations sociales... et pourquoi pas, par incidente, pour réenchanter le politique.

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Pierre RABHI : Se réconcilier avec la nature.  De la beauté.

Je ne sais pas réellement pourquoi, mais le personnage de Pierre Rabhi, aussi séduisant et de plus en plus populaire soit-il, n'excite pas ma curiosité. Sans doute parce qu'au fond, il n'exprime que ce que nous sommes déjà si nombreux à penser, depuis pas mal de temps déjà, certes confusément, mais certainement pas inconsciemment. En tout cas avec un réel sentiment d'impuissance.

Et cependant, notre inertie touche à l'inconscience dit-il : "Le préalable à tout, c'est de prendre conscience de notre inconscience. Tant que nous ne franchirons pas cette étape-là, tant que nous ne prendrons pas le chemin de la lucidité, nous n'évoluerons pas."
Et il plaide vigoureusement contre l'urbanisation, contre les mégalopoles, contre cette rupture du lien avec la terre.
"La civilisation moderne a grandi à l'époque où le monde occidental disposait de la planète entière pour y puiser -y piller !-  absolument tout ce qu'il voulait. Mais si chaque Chinois, chaque Pakistanais, chaque Indien voulait vivre selon [nos] standards, ce serait le dépôt de bilan planétaire assuré. [...] Nous allons... vers une société dans laquelle le salariat va devenir de plus en plus précaire, ce n'est pas une mauvaise chose, puisqu'il a privilégié l'individualisme au détriment d'une solution vivante. Nos sociétés ont sapé la convivialité comme mode de partage du destin. Bien sûr... il y a la sécurité sociale, mais il s'agit d'une solidarité factice. Je sais qu'en cotisant j'aide les autres... mais je ne les connais pas. [...] L'idée centrale est donc de remettre l'humain et la nature au cœur de la vie sociale, depuis le simple hameau jusqu'à la ville, la région, le pays, en créant partout où c'est possible des écolieux, des écoquartiers, des écovillages... Cela ne créé pas seulement une sécurité seulement matérielle, mais aussi psychologique.
[...]
Nous vivons dans un monde submergé par le pratico-pratique absolu qui, oui, a évacué la beauté. Les maisons n'ont pas d'âme, les objets non plus... Du coup, nous allons chercher les compléments d'âme ailleurs... [dans la consommation des productions artistiques et la consommation touristique] Je n'ai rien contre l'art, bien sûr, mais il ne peut remplacer ce dont nous sommes privés au quotidien. Nous avons dépoétisé nos sociétés.
[...]
Nous sommes tous arrivés au monde avec une grande disponibilité d'esprit. Et cet enfant qui est ouvert à tout, on peut en faire un ange ou un monstre... On lui apprend à lire et à écrire, à compter, et c'est très bien car se sont des outils dont chacun à besoin. Mais malheureusement, parents et professeurs oublient trop souvent qu'ils s'adressent avant tout à un être humain."

Pierre Rabhi développe ensuite sa vision de l'agriculture paysanne, au cœur de son engagement.
Mais, comment faire évoluer pacifiquement les choses ?

"Par une révolution du peuple lui-même. Pas du tout avec des poings levés, non, mais au contraire une révolution tranquille qui pose des actes et qui avance... Cela passe, comme je vous l'ai dit, par l'éducation, l'obstination, l'exemplarité."


Et il poursuit par une critique sévère et possiblement simpliste des partis écologistes.
"... la simple existence d'un parti écologiste est une aberration, puisqu'il est là pour essayer de corriger une anomalie... Je suis plein de compréhension et de compassion pour l'être humain dans sa sphère personnelle [et dans ses propres contradictions], dans l'inquiétude qu'il peut avoir par rapport à son propre sort. Non, je ne suis pas critique à ce niveau-là, mais à l'égard des choix [collectifs]."

Et il conclue: "Nous n'avons de toute façon pas le choix..."

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Pierre-Henri GOUYON : Réapprivoiser les sciences.  De la conscience.

Totale découverte, je ne connaissais même pas son nom. (Faut dire que Maurice et les sciences... alors pensez !... un biologiste...)

Logiquement, en introduction il en remet une couche sur l'écologie, les transformations environnementales et l'impact des activités humaines.
Et, "Pour trouver un équivalent de ce que nous vivons aujourd'hui, il faut remonter au Néolithique, lorsque l'homme est passé de l'état de chasseur-cueilleur [nomade] à celui d'agriculteur-éleveur-sédentaire."

Après un petit argumentaire contre la vitesse, qui entraine de mauvaises décisions, dans les domaines scientifiques et surtout techniques, comme en économie, il plaide sans concession pour "le principe de précaution", contre "les intégristes de l'idéologie du progrès héritée des Lumières", et pour la priorité à la recherche scientifique fondamentale publique, sur les "recherches et développements" techniciens financés par les entreprise en quête de brevets exploitables et de rentabilité à court terme (gaz de schiste, OGM, brevetage du vivant...).
Et il dit : "Oui au risque... Tout le monde est d'accord pour en prendre. Mais à conditions d'en connaître l'étendue. Et à condition qu'on débatte collectivement, démocratiquement, pour décider si on est prêt ou non à le tenter." Et quid des tentations eugénistes et de marchandisation des corps qu'ouvre la génétique alliée aux bio-techniques, aux nano-technologies et à l'intelligence numérique ?
Les risques sont décuplés par la captation de la plupart des jeunes chercheurs qui arrivent sur le marché du travail et qui ne peuvent résister aux offres de l'industrie, quand la recherche publique ne peut rien leur proposer.
Reste la question de l'alternative : " Il reste toute une réflexion à mener sur ces sujets... Et à partir de là, instaurer des principes et ne pas y déroger... En se débarrassant de Dieu, nos sociétés occidentales ont peut-être jeté le bébé avec l'eau du bain et perdu en route la notion du sacré. Les philosophes n'ont pas su reprendre ce rôle rempli par les prêtres et aujourd'hui, on ne veut plus écouter les donneurs de leçons... C'est le marché qui dicte tout... Les comités d'éthique pourraient au besoin s'en charger, mais leur rôle reste confidentiel."
Alors il reste à s'en remettre aux citoyens : "Evidemment, on sait bien que la démocratie consiste à faire voter des gens incompétents sur ce que doivent faire les gens compétents. On sait aussi que, pour une raison mystérieuse, cela marche plutôt mieux que lorsqu'on laisse les gens compétents décider entre eux... le système des partis... a trouvé ses limites. Cela vaudrait peut-être le coup d'ouvrir le jeu en réfléchissant à des tirages aléatoires... Quel que soit le système démocratique choisi, il doit, en ce qui concerne les sciences, permettre de substituer un progrès choisi à un progrès subi."

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Abd al Malik : Réussir l'intégration, relancer la citoyenneté.  De la fraternité.

Comme beaucoup, j'ai eu l'occasion d'être assez bluffé par sa tchatche et sa présence solaire lors d'intervention sur les plateaux télé. Mais guère plus, mes oreilles ne sont pas sensibles aux harmonies, ni aux syncopes du rap et du slam. Tant pis pour moi.

Grâce à lui, le bouquin aborde bien sûr la question des banlieues et autres quartiers dits difficiles, mais surtout de l'immigration. S'appuyant sur son expérience singulière et positive, il nous parle des livres de son père, de l'exemplarité du courage et de la détermination de sa mère, et de l'attention reçu de l'une de ses institutrices d'école primaire, comme piliers sur lesquels il a pu se construire et construire son insertion heureuse en dépit des obstacles, dans la société républicaine Française.
Il insiste vigoureusement contre les discours négatifs et méprisants, le renvoi permanent à leurs difficulté et leur échecs scolaires, qui rejettent dès l'école les enfants issus de l'immigration hors de cette école et donc de la société.
"Au moment des émeutes de 2005, la France hurlait : "Ce n'est pas normal qu'ils brûlent leurs écoles !" Mais, a-t-on vraiment pris en compte que ce genre d'attitude, dans les cités, s'apparentait à une tentative de suicide ? ... ce serait trop simple d'excuser les responsables politiques, les intellectuels ou les artistes sous prétexte que beaucoup sont pleins de bonnes intentions. Parce que c'est leur job de donner des clés, de proposer un projet de société, de faire naître les utopies. Or ce job, ils ne le font pas. Ce devoir ils ne le remplissent pas."

Je passe sur les pages où Abd al Malik raconte à titre de témoignage du réel vécu par les jeunes des cités, sa propre expérience entre délinquance mimétique, quasi rituel d'inclusion dans la communauté de vie, et simultanément la quête de son émancipation individuelle à travers l'islam puis la rencontre avec quelques grands auteurs de la grande culture Française républicaine et universaliste (Alain, Simone Weil, Camus, puis Césaire et Glissant), pour déboucher sur : "Tout est lié. C'est ma vie, ma vie qui m'a amené à la littérature, à la philosophie, et à tous ces auteurs qui, eux, m'ont amené à la vie. Car l'essentiel n'est pas dans les livres. Ils aident à contextualiser les choses, à les expliquer, à les expliciter, à dénouer les nœuds. Mais le plus important se joue dans la vie. Ces écrivains m'ont appris qu'il ne faut pas s'enfermer dans les bouquins. Et soudain, toute cette chimie, toute cette alchimie me change, elle me change à l'intérieur."
Puis c'est l'écriture, le rap, pour exprimer le désir de vie et affronter la doxa, la bien-pensance.
C'est quoi la vraie bien-pensance ? "Eh bien, par exemple, expliquer qu'il faut toujours être contre tout, se montrer forcément subversif... Lorsqu'on vit dans un monde protégé, on a envie de casser les conventions et de le dire. C'est très bien, mais dans les cités cela revient à excuser la délinquance, à légitimer le trafic de drogue, et c'est totalement néfaste. Beaucoup de journalistes ou d'intellectuels, généralement de gauche, ont cette attitude négative qui, pour moi, est une forme de condescendance."
Et, relativement à son engagement d'aujourd'hui : "Je ne suis ni de gauche ni de droite, ma démarche est camusienne. Je ne cherche pas à plaire, je ne pose pas, je ne bâtis pas ma statue, je suis là pour montrer une certaine vérité... Je suis là pour dire que quelque soit le milieu dont on est issu, ce qui est bien est bien, et ce qui n'est pas bien n'est pas bien... pour donner l'exemple, à la mesure de mes moyens, comme le faisaient en leur temps les grandes figures intellectuelles qui nous manquent tant aujourd'hui. Ces gens étaient des rock stars. De grands rappeurs... Sartre... Foucault... Deleuze... Derrida... Ce qu'ils disaient résonnait. Pareil avec Bourdieu. Mais aujourd'hui, essayez de m'en citer un de ce calibre... Bien sûr, Régis Debray est fantastique, Alain Badiou aussi... mais leur influence sur la réalité, sur le terrain, est dérisoire. Or penser qu'on ne peut plus avoir d'influence sur le monde serait la fin... Moi je me bats et, concrètement, je vois qu'on peut agir sur le réel... quand je retourne dans ma cité... même mon spectacle sur Camus fait salle comble... Donc oui, c'est possible. Aujourd'hui, la seule attitude envisageable est de s'engager... En 1999, lorsque je suis parti au Maroc à la rencontre d'un maître soufi, je me posais essentiellement des questions d'ordre politique. Or, la première chose que je l'entends dire, c'est : "Ici, il n'y a pas de politique. Il n'y a que l'amour de Dieu, du prophète et de toute la création." Et là, je comprends... que la religion et la spiritualité sont un choix personnel, quelque chose d'intime. Et que la politique relève d'autre chose... Mais aussi la chance que nous avons de vivre en France, car ce pays, grâce au principe de laïcité, grâce à ses institutions et à la République, permet justement de ne pas mélanger les genres... c'est l'islam qui m'a fait aimer mon pays... J'ai compris ce que je devais faire... et surtout l'importance de mon pays, la pertinence de ses principes... Il ne s'agit pas d'attendre un sauveur, un as de la mécanique républicaine, non !... Chacun a la capacité de changer les choses, puisque l'essentiel est de faire quelque chose, même si cela peut sembler modeste."

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Erik ORSENNA : Trouver notre identité et notre place dans le monde.  De la vérité.

Alors celui-là... j'étais étonné de le voir là. Son "Voyage au pays du coton. Petit précis de mondialisation" est bien quelque part à la maison abandonné après lecture par mon épouse, mais je ne l'ai moi-même pas lu. Outre qu'il ait été "la plume" de Mitterand (ce qui n'est quand même pas rien, question performance strictement technique), je n'avais d'Orsenna que l'image qu'ont pu en donner ses apparitions télévisuelles, d'un gars plutôt sympa, souriant, à l'érudition discrète et à l'esprit très alerte, pratiquant un humour subtil et capable d'autodérision dans son côté un peu vieille France, d'une élégante originalité et d'une grande civilité simple. Quelqu'un d'aimable et probablement d'agréable compagnie, et surtout, un excellent conteur d'histoire doté d'une voix également agréable à l'oreille. Un intellectuel à fines lunettes sans doute charmant auprès des dames.

Tout comme Abd al Malik, sa contribution est très centrée sur la France et ses problématiques propres, ou supposée telles, ne serait-ce que par omission.

D'emblée, le politique (un tantinet "solférinien" :-))) s'affirme, mais sans langue de bois, et pas toujours à côté de la plaque sur certain sujets. Je vous dispense toutefois des premières pages, souvent caricaturales et pour le moins discutables, pour aller directement aux éléments de cette contribution les plus cohérents avec l'ensemble de l'ouvrage.

"Je crois à deux principes auxquels je donne une égale importance. Nous devons nous développer, sinon il n'y aura plus d'emploi. Et en même temps nous pouvons respecter le principe d'une certaine frugalité qui n'empêche pas le progrès. Moi, je crois au progrès. Je crois que demain peut-être mieux qu'aujourd'hui, à condition que le contenu de la croissance change. Et qu'elle fonctionne avec des moteurs différents.
Autre spécialité française, la notion de risque zéro. Dans aucun autre endroit du monde je n'ai vu cela. Le progrès c'est du risque... il faut qu'il soit maîtrisé, qu'il soit réparti, qu'il soit calculé. Mais par définition, la vie c'est du risque. Il n'y a pas d'entreprise sans risque... d'art sans risque... d'amour sans risque... pas de vie sans risque. Essayez de vivre sans risque : au mieux, vous aurez survécu. Tout ce que je demande moi, c'est la transparence... Je veux pouvoir choisir avec les cartes en main, toutes les cartes. Or actuellement, on vote pour des illusions. On vote pour des ombres... pour le déni... pour un dixième de la vérité...
Quant à notre identité, prétendument menacée par la mondialisation, elle ne peut se résumer à l'immobilité ! Une identité, ça se construit et se reconstruit sans cesse, c'est à la fois un projet, et une base pour repartir. Ce n'est pas un refuge, encore moins une rente... on mijote des rêves de grandeur, de repli et de mépris des autres. On s'invente des excuses. Mais l'identité, la vraie, c'est un processus... La France est malade de ses rentes idéologiques, économiques, sociales, structurelles. Nous sommes des rentiers. Et les rentiers... dans un monde qui avance, ils sont morts. Mort à la rente !... Sa deuxième chance il faut la saisir... compter sur soi avant de compter sur les autres... je vois des gens magnifiques partout, des initiatives formidables dans tout le pays, et au niveau de l'Etat, rien. Un peu comme si nous étions revenus au Moyen Âge, quand le vrai pouvoir n'était pas central."


Et il poursuit en développant une analyse assez intéressante de la dynamique des grandes villes métropoles infra-nationales comme levier de régénération économique, mais une dynamique un peu trop rabattue à mon avis sur son seul aspect concurrentiel, et dont il n'explore pas me semble-t-il toutes les potentialités en particulier en termes de régénération des liens sociaux et de la vie démocratique dans l'espace national. Il en termine en affirmant : "Il ne faut pas se laisser abuser par la malfaisante chanson du déclin. Quelque chose me dit que les solutions d'avenir ne passent ni par Paris, ni par l'Etat. Le modèle français étatico-parisien est mort."

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Françoise HERITIER : Apprendre à vivre ensemble, éduquer autrement.  De la joie.

C'est en même temps une judicieuse convocation de l'anthropologie à ce rendez-vous de l'espérance, un hommage bienvenu et un vrai plaisir offert au lecteur, que de conclure avec la contribution de cette belle personne qu'est Françoise Héritier.

Les premières pages, sur le mode sensible des souvenirs personnels et des comparaisons (un peu mélancoliques parfois) qu'ils suggèrent au raz des pâquerettes du mode vie, offrent l'intérêt non négligeable de remettre, en fin de lecture, tout le contenu du bouquin dans la perspective historique.
"Peut-être qu'un certain nombre de personnes se retrouveront dans ce que je suis en train de vous dire, et d'autres diront, elles, que tout cela n'est que du bla-bla et n'a pas, au bout du compte, de rentabilité financière. Mais moi j'y trouve une énorme rentabilité, parce que le fait d'éprouver le bonheur d'exister me rend d'aplomb pour vivre. Moi, je ne cherche pas à être rentable. Je cherche à être bien et à faire bien, ce qui n'est pas exactement la même chose. Et pour parvenir à cela, mon conseil, dans ce livre, sera un conseil politique, afin que soit pris en considération le fait que notre avenir doit se préparer dès la crèche et dès la maternelle... non pour fabriquer des enfants précoces... mais afin qu'ils apprennent dès le plus jeune âge la sociabilité, le bien commun, la vie collective, la tolérance, et puis cette générosité dont je parlais tout à l'heure... Cette ambition suppose de revoir entièrement nos méthodes éducatives, les buts de l'enseignement, la formation des maîtres. Et donc, au préalable, de réfléchir collectivement à la société que nous voulons vraiment, aux valeurs qui nous animent."

Poursuivant, à propos de "l'identité nationale" : "... l'anthropologie m'a appris que rien n'est évident et que tout ce qui pouvait nous sembler "naturel", ou découler de la biologie, a, en fait, été construit par la pensée. Y compris la différence entre les hommes et les femmes, puisque ces dernières ont intégré mentalement, durant des siècles, que certaines capacité, certaines occupations, certains métiers, certains comportements, leur étaient interdits... un grands nombre de personnes estiment que le simple fait de faire partie d'une nation, d'un peuple, de parler une langue, leur donne compétence pour juger et décider intellectuellement -voire scientifiquement- de ce que l'on peut dire de cette culture ou de cette société. Mais le fait de parler français ne vous rend pas linguiste, de même que vivre dans la société française ne vous rend pas ethnologue."
Et plus loin, après avoir évoqué les tensions liées à l'immigration, les tensions intergénérationnelles et le rejet du politique, elle dit avoir "le sentiment que nous vivons un peu dans une société d'enfants gâtés."

Et elle conclu par :
"Il y a toujours des raisons d'être pessimistes. L'évolution du monde, la montée du Front national, la montée des fondamentalismes ne me portent pas à l'optimisme, bien sûr, mais la question de fond n'est pas là. Il existe aussi un certain cours de l'histoire, des évolutions positives qui sont en route...Je ne vous parle pas là des améliorations techniques, mais des progrès vers l'égalité et vers la liberté, qui, malgré tout, sont réels... j'observe que l'excision a été supprimées... dans une majorité des pays africains. Les statistiques de l'Unesco et de l'ONU montrent aussi que les fillettes vont d'avantage à l'école. Un bon nombre de pays voient également leur courbe de fécondité baisser à partir du moment où la courbe de scolarisation des filles remonte. Donc ce n'est pas une réussite totale, il y a toujours des retours de balancier, mais toutes ces évolutions mises bout à bout me laissent penser, oui, que nous sommes sur la bonne voie."


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Conclusion du manifeste introductif:

"Le problème, encore une fois, ne réside pas dans notre capacité à trouver des solutions, mais à vouloir y croire et à oser les appliquer plutôt que de rester prisonniers d'un engrenage mortifère. Cette ambition passe avant tout par l'éducation, pour donner très tôt à nos enfants les moyens d'intégrer les règles de sociabilité indispensables à tout projet collectif. Nous devons leur apprendre à choisir librement leurs valeurs, à les hiérarchiser, afin qu'ils puissent décider eux-mêmes -et en toute lucidité- de leur destinée. Cela pour que chacun ait bien conscience qu'à n'importe quelle étape de notre vie, nous avons la liberté de choisir une autre voie. La solution passe aussi par l'exemplarité. Si personne ne peut, seul, changer le monde, chacun en revanche, chaque homme, chaque femme, chaque groupe humain, chaque pays, a la faculté de se changer lui-même, et de montrer l'exemple en modifiant son comportement, en empruntant un nouveau chemin, en adoptant de nouvelles valeurs.
Certains peuvent trouver notre démarche utopique, comme on jugeait naguère irréalistes et vains les combats d'un Mandela, d'un Luther King ou d'un Gandhi, qui bousculaient tant d'habitudes, tant d'intérêts particuliers, tant d'idées reçues. Mais si l'histoire de l'humanité est jalonnée d'horreurs et de lâchetés, elle a aussi montré que la lucidité, la volonté, la persévérance peuvent toujours l'emporter et accoucher de grandes espérances, de sursauts salvateurs. A condition que chacun fasse sa part."

 

Voilà, au delà des contradictions qu'il pose (entre le discours de Rabhi contre l'urbanisation, et celui d'Orsenna sur les dynamiques urbaines, pour ne citer que la plus flagrante), du sentiment d'inachèvement que suggèrent par exemple les contributions de Gouyon et de Novel, je trouve que ce petit bouquin est parfaitement opportun, et en réalité parfaitement cohérent dans sa contruction, traduisant une volonté d'agrégation des compétences et des regards critiques pour construire une lecture du réel en phase avec ce réel. Exemplaire donc de l'exercice auquel chacun d'entre nous devrait se soumettre.

Exemplaire de cette attitude que "l'optimisme de la volonté" nous dicte face à la complexité... sur les chemins ouverts par Edgar Morin.

(Merci à ceux qui sont arrivés jusque là.)

 

Je rapelle que cette "recension" accompagne et succède aux réflexions posées et aux discussions engagées à l’occasion de :

 

et nous n'en resterons pas là...

et une deuxième du 20/12:

 

15/12/2014, mieux vaut tard que jamais, quelques pistes pour prolonger : Réflexions sur une Constituante

 

   

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