Jean-Claude Charrié (avatar)

Jean-Claude Charrié

Abonné·e de Mediapart

642 Billets

3 Éditions

Billet de blog 17 avril 2011

Jean-Claude Charrié (avatar)

Jean-Claude Charrié

Abonné·e de Mediapart

(le chantier) contre les ravages du populisme national - 3

Jean-Claude Charrié (avatar)

Jean-Claude Charrié

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

3- De la caverne à la planète.


Difficile à boucler ce billet... ça fait plus d'un mois que je tourne autour, jamais satisfait de mes essais... pourtant mes idées me paraissaient limpides...Et puis il y a eu ce billet de Netmamou... terrible.Alors voilà ce n'est toujours pas abouti, tant pis... peut-être avec l'aide de quelques commentaires, si le coeur vous en dit.
Comment dire ?...
C'est toujours le même leurre, et comme une histoire à la Sisyphe. Chaque fois, à chaque étape il faut tout recommencer et recommencer dans le sang. Comme si l'expérience était vaine, comme s"il y avait là un point aveugle, un truc indépassable, le trou noir... l'origine même du mot "indécrottable".
On serait presque tenté d'en tirer des conclusions prédictives... du style : prochaine étape, la guerre des continents... à moins que nous soyons réellement en phase régressive et qu'il nous faille indéfiniment rejouer le triste scénario du sièce dernier.
Oui, c'est cela... comme si l'expérience ne servait à rien.
Il faut donc sortir de cette spirale mortifère de la simplification, selon laquelle il ne peut y avoir pour chacun qu'une seule réalité du monde (...ce monde, lui même pourtant, et désormais, unique).
Et simultanément il faut aussi sortir de la fragmentation conflictuelle du monde en mondes hostiles.
Intégrer l'altérité et dépasser l'altérité, dans le même mouvement.


Qu'est-ce qu'un monde ?


C'est une construction, c'est la représentation que nous pouvons en concevoir par la conjugaison dynamique de ce que nous savons par héritage et de ce que nous découvrons par expérience (de ce que nous croyons savoir et de ce que nous croyons découvrir pourrait-on dire également).

C'est une composition intellectuelle instable, dont l'instabilité procède me semble-t-il de la mise en tension constamment renouvelée de nos fidélités et de nos curiosités, de notre besoin de sécurité et de nos désirs, de nos certitudes et de nos interrogations, entre deux pôles : notre besoin vital d'espérance d'une part (notre irrépressible désir de projection) et l'acceptation de notre finitude d'autre part.
Et cette mise en tension procède elle même, de l'impératif d'unité et de cohérence, comme principe de nos indiduations individuelles (psychiques, disent Simondon et Stiegler après lui) et collectives.
Chaque groupe humain construit ainsi son monde, sa rationalité et se faisant, il se construit (ou s'individue) lui même et fait oeuvre de civilisation.


Mais là, il faut me semble-t-il observer la mise en jeu de deux mouvements ou processus simultanés, antagonistes en apparence.


Il y a l'individuation psychique ou individuelle qui nous tire vers nos singularités ou, nos unicités.


Et il y a les individuations collectives qui nous projettent dans nos appartenances, nos ressemblances, nos "en commun" ou, nos multiplicités.


Et c'est dans (ou, par) la composition de ces deux processus, indispensables l'un à l'autre, que nous existons, ou plutôt que nous consistons, comme sujets politiques.


Est-il faux d'émettre alors l'hypothèse selon laquelle, à un stade d'individuation psychique ou individuelle plus "abouti" correspond forcément un champ, ou un périmètre, d'individuation collective plus large ?


A priori de toute controverse qui me permettrait de réviser cette hypothèse, je la fais mienne.

Et, j'en trouve l'illustration dans la simultanéité de l'émergence du citoyen affirmant sa liberté et de l'émergence de la pensée universaliste sous l'impulsion des Lumières.
L'émancipation de l'individu, n'a de sens et ne peut être aboutie qu'à la condition de l'universalisme de sa conscience... liberté, égalité, fraternité... disaient-ils.
Il y a me semble-t-il un lien très étroit entre l’affirmation progressive de l’individu autonome et reconnu dans ses droits d’une part, et l’émergence dans sa conscience de l’humanité unifiée comme son ultime et seule véritable communauté d’appartenance.

Disons que plus les limites de la communauté d’appartenance s’éloignent, plus l’étau des règles communautaires se desserre, et plus l’individu s'affirme, sa conscience s'élargie et s'enrichie, s’affirme avec ses droits, c'est-à-dire ses libertés et ses devoirs qui peu à peu remplacent le conformisme grégaire des communautés restreintes.


Ainsi, depuis l’atomisation clanique originelle, depuis les tribus éparpillées des âges primitifs jusqu’à l’établissement futur d’un gouvernement planétaire, le sens de l’histoire que nous fabriquons ne fait guère de doute, permettant à chaque étape de surmonter les rivalités conflictuelles groupales de l'étape précédente par l’instauration d’un périmètre élargi de souveraineté ou de légitimité du politique, c'est-à-dire de délibération, de gouvernement, et de justice. Et ce mouvement me semble tout à fait conforme à l’intérêt des populations.


La perte d’autonomie du collectif antérieur n’est d'ailleurs acceptable et acceptée qu’en contrepartie du gain qu’elle autorise en droits individuels. De « l’Etat de fait » à « l’Etat de droit », c’est le mouvement d’émancipation démocratique, par lequel peu à peu le sujet s’émancipe, devient citoyen gagne en autonomie personnelle et s’affranchi de l’arbitraire communautaire.


C'est pourquoi face aux crises (économique et sociale, écologique, mais surtout morale) de notre monde, l'appel au refuge dans les frontières de nos état-nations étriqués, hérités des monarchies de l'ancien régime (il serait quand même opportun de nous en souvenir), comme seul moyen d'échapper à leurs maux n'est qu'un contresens politique, un aveuglement qui participe de la compétition régressive instrumentalisée par le capitalisme.
Ce billet n'est que le dernier d'une série de quatre à travers laquelle j'essaie de décliner l'obsolescence et la nécessaire disqualification politique de "l'état nation" selon trois plans de rationalité emboîtés : celui de l'action et de la "faisabilité" par lequel j'ai commencé, celui des représentations idéologiques et des projections théoriques prolongé par un "deuxième bis", et enfin ce dernier par lequel je tente une approche plus anthropologique (et auquel j'adjoins une annexe publiée à part : Petite légende).

Cette série reprend le thème de "La régression du repli territorial" publié il y a quelques temps.

J'ai repris et agencé dans ce billet de nombreux éléments d'une discussion avec Marc Lefrère à l'occasion de son billet "Rentrons en résistance!")

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.