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Billet de blog 25 novembre 2011

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Question de souveraineté.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

(réédition ce 26/11 pour modification du titre et insertion du lien avec "C'est le temps de la multitude" billet à lire de jb.devathaire)

(et rajout : L’UMP se « pétainise » billet à lire de christophe lemardelé)

(et encore un nouveau billet à lire :

"Déflagration de souveraineté!"

de Adrien Gaumé

Ce billet fait suite à "La régression du repli territorial" qui se termine par une question mise en suspens :

"qui est souverain ?"


Mais il est aussi une invitation à prolonger les nombreux et difficiles échanges que stimule la confrontation des "deux gauches apparentes" dans la perspective de la présidentielle, pour tenter de décrypter le sens de cette ligne de démarcation que semble avoir tracé la campagne référendaire de 2005, et peut-être pour la dépasser.
Il n'y a pas d'ambiguïté dans mon propos, je ne fus pas "noniste" et ne goûte guère au souverainisme, je revendiqe mon "européisme" et même plus ; pour autant, je me refuse à tout procès d'intention à priori à l'endroit des souverainistes de gauche, et je reconnais comme légitimes les questions qu'ils soulèvent à travers leurs critiques du modèle supranational européen actuel et des outils de la régulation mondilale existants.
Je conteste en revanche l'opportunité et la pertinence politique de leur discours dans le débat public préalable à cette présidentielle. (Etant entendu que le discours politique est, avant tout, un discours à portée symbolique et pédagogique.)

Avant d'aller plus loin, je propose à chacun la lecture de cette fiche Wiki qui a le mérite me semble-t-il de "faire inventaire".


Je disais donc "dépasser" cette ligne de démarcation, de part et d'autre de laquelle se rangent en deux blocs apparemment irréductibles tous ceux qui se réclament de "gauche", non pas que ce dépassement constitue en soi un objectif à mes yeux essentiel, mais parce qu'il faut bien convenir qu'insensiblement la "souveraineté" ou plutôt, le sort qui lui est réservé dans les projections en compétition, est en passe de devenir le critère discriminant des engagements politiques qui sont aujourd'hui offerts à nos choix pour 2012. Est-ce anodin ?


(A droite, c'est une antienne, la roue de secours, l'éternelle bouée de sauvetage des oligarchies en perditions politique... au coeur des dérives nationalistes. N'en parlons plus, mais n'oublions jamais.)



A gauche, ce fut toujours une tentation, et vraisemblablement le miroir aux alouettes qui guida tant de volontés d'agir et/ou de soifs du pouvoir, sur la trajectoire incertaine de la modération, tantôt opportunément, tantôt dangereusement, tout dépend de l'amplitude de la trajectoire et jusqu'où peut aller (trop loin) la modération pour ne pas être un reniement.
Il n' y aurait donc à priori rien de neuf ?


Si, il y a me semble-t-il quelque chose de neuf.


C'est que, peut-être pour la première fois depuis bien longtemps chez nous en France, du moins avec autant de netteté (je laisse le soin aux historiens de corriger s'il y a lieu), il y a superposition d'une ambition de radicalité sociale et d'une volonté d'affirmation de la souveraineté nationale.


La "question" sociale et la "question" nationale n'interviennent plus à sens inversés parmi les déterminants des positions sur l'échiquier politique, de la gauche vers la droite, mais viennent fusionner dans la démarche d'identification initiée par une gauche qui se veut plus à gauche, radicale.
Les polarités habituelles seraient-elles bousculées ? (il n'est que de voir l'extinction à laquelle est actuellement condamnée l'extrême gauche congénitalement internationaliste).

Que pouvons nous en penser ?


Le concept de souveraineté est évidemment essentiel au projet démocratique, et certains pourraient faire remarquer que l'acception moderne que nous en avons trouve justement son origine dans cette superposition fondatrice, d'une volonté d'émancipation politique et du désir émergent de justice sociale, que fut la révolution de 1789, et qui fit naître dans un même mouvement, le citoyen et le militant social... autrement dit, le citoyen de gauche.
Au delà de tous les bémols et de toutes les nuances à faire valoir au nom de la "révolution bourgeoise", la remarque est sans aucun doute pertinente.


Faut-il pour autant en rester, ou plutôt en revenir à cette acception moderne ? (... qui dit si bien son âge).
Faut-il faire comme si l'histoire s'était arrêtée là ?
Faut-il considérer que depuis, tout ne fut qu'erreur et dévoiement de la pensée... à gommer pour retrouver la pureté d'une pensée orthodoxe ? et pour ressourcer nos engagements dans une archéologie narcissique.


Au droit de ces questions, il faut aller me semble-t-il au delà du simple constat de cette concomitance et de cette superposition, ne pas se contenter d'en déduire sommairement une interprétation essentialiste abusive sur la base d'une confusion entre deux catégories de pensée et deux registres ou ordres de réalités, en fait parfaitement distincts.


Le principe de souveraineté recouvre me semble-t-il un enjeu de moyens, il s'agit à travers la conquête du droit de citoyenneté de s'approprier collectivement la puissance publique... qui n'est "puissance" que parce qu'elle est publique, et ne procède en fait que de son affirmation.



Tandis que la revendication sociale s'inscrit dans l'affirmation d'une fin, l'exercice (...bien au delà de leur proclamation) égalitaire, universel et effectif des droits .


Alors il faut peut-être convenir que notre souveraineté n'a pas à être attaché à l'une quelconque des formes historiques de son exercice, qu'elle n'est qu'un outil, en tant que tel évolutif et malléable, dont nous sommes maîtres puis qu'elle ne procède que de notre volonté ; et que, si nous sommes en capacité de partager la finalité de nos engagements, il ne nous reste plus alors qu'à mettre en débat entre nous, la détermination des meilleurs moyens de la servir, c'est à dire d'unir nos engagements, pour l'affirmation d'une souveraineté renouvelée, reconfigurée à la mesure qui convient désormais.


Il y a un préalable : partager cette mesure.

("C'est le temps de la multitude" billet à lire de jb.devathaire)

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