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Billet de blog 3 juin 2021

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Fariba Adelkhah : deux ans déjà…

Fariba Adelkhah, anthropologue de Sciences Po, a été arrêtée le 5 juin 2019. Deux ans après son arrestation, on ne sait toujours pas pourquoi elle a été arrêtée. Ses chefs d’inculpation semblent indiquer qu’en Iran c’est la recherche en elle-même qui est vue comme une menace pour la sécurité nationale. À travers elle c’est chacun d’entre nous qui est attaqué car, comme l’écrit Fariba Adelkhah « la recherche est l’abreuvoir de la liberté ».

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Fariba Adelkhah, anthropologue de Sciences Po, a été arrêtée le 5 juin 2019, de pair avec Roland Marchal, sociologue du CNRS.

Roland Marchal a été échangé en mars 2020 contre un ressortissant iranien détenu en France ; Fariba Adelkhah, condamnée à cinq ans de prison sous des allégations fallacieuses qui ne trompent personne.

Deux ans après son arrestation, on ne sait toujours pas pourquoi elle a été arrêtée : comme moyen de pression sur la France et de chantage pour faire libérer des Iraniens détenus en Europe ? Dans le cadre de règlements de comptes internes à la République islamique ? Pour faire taire des voix discordantes, pour faire un exemple contre la liberté d’expression ?

Fariba Adelkhah n’a jamais eu d’activité politique. Elle est une prisonnière scientifique, privée de liberté sur la seule base de ses travaux universitaires. À moins qu’elle ne soit une prisonnière poétique pour les traductions en persan de poèmes mystiques français qu’elle publiait sur un site littéraire iranien ?

En tout cas, ses chefs d’inculpation semblent indiquer qu’en Iran c’est la recherche en elle-même qui est vue comme une menace pour la sécurité nationale.

En octobre 2020 Fariba Adelkhah est sortie de la prison d’Evin pour être assignée à résidence à son domicile sans pouvoir s’en éloigner de plus de 300 mètres. Elle est assujettie au port d’un bracelet électronique, jour et nuit, soumise à un contrôle administratif quotidien, avec des gardes qui viennent chez elle, à heures non régulières, lui faire signer son acte de présence.

Vu de loin, cela peut sembler être un régime de privation de liberté moins sévère. Vécu de près, tel n’est pas forcément le cas : c’est sortir des murs d’une prison pour retrouver ceux d’un périmètre de 300 mètres qu’elle ne pourra pas franchir pendant trois ans encore. C’est continuer de subir la torture psychologique des autorités qui, sans cesse, exercent des pressions sur elle, émettent de fausses accusations, lui font miroiter des espoirs sans lendemain.

Les grâces auxquelles elle aurait pu prétendre (pour la fête de Norouz par exemple) ou la liberté conditionnelle qu’elle aurait pu obtenir (après avoir purgé un tiers de sa peine) ne lui ont pas été accordées. Mais c’est surtout, pour Fariba, être encore privée de sa vie affective et professionnelle depuis deux ans pour la seule et unique raison qu’elle a exercé son métier d’anthropologue en toute intégrité scientifique.

À travers elle c’est chacune et chacun d’entre nous qui est attaqué(e) car, comme l’écrit Fariba Adelkhah dans l’un de ses derniers papiers, « la recherche est l’abreuvoir de la liberté ».

 Ce 5 juin, la Mairie de Paris exprimera une fois de plus son soutien et sa solidarité  en inaugurant un portrait d'elle sur la façade de la Mairie de Paris Centre. Vous êtes invité(e)s à nous rejoindre si vous le pouvez samedi 5 juin à 11h45 à la Mairie de Paris Centre, 2 Rue Eugène Spuller, 75003 Paris.

Pour plus d'information sur l'oeuvre de Fariba Adelkhah

https://blogs.mediapart.fr/jean-francois-bayart/blog/151220/liberte-scientifique-fariba-ton-combat-est-le-notre

https://blogs.mediapart.fr/jean-francois-bayart/blog/060819/fariba-adelkhah-anthropologue-et-prisonniere-scientifique

Pour plus d'information sur le comité de soutien à Fariba Adelkhah :

https://faribaroland.hypotheses.org/category/activities

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