La Turquie entre crispation et ouverture

Ne serait la débilité de l’opposition parlementaire, en particulier du Parti républicain du peuple (CHP), qui obère toute perspective d’alternance dans un avenir proche, sauf à tabler sur une détérioration rapide et grave de la situation économique et du marché de l’emploi, on pourrait se demander si la puissance de Recep Tayyip Erdoğan n’a pas atteint son apogée et n’a pas entamé son déclin, alors même que l’intéressé ne cache ni son intention de devenir président de la République en 2014 – faute de pouvoir rester Premier ministre en vertu des règles internes de son parti – ni son désir de demeurer au pouvoir au moins jusqu’en 2023, date du centenaire de la République.

Célèbre pour son style viril d’enfant du quartier populeux de Kasimpaşa, Recep Tayyip Erdoğan a durci le ton depuis deux ans et multiplié les embardées verbales. En même temps, il ralentissait le rythme des réformes politiques qui avaient contribué à son aura et il laissait percer une « fatigue européenne » grandissante face aux atermoiements et à la mauvaise volonté de l’Union. En se lançant dans une politique souvent qualifiée d’aventuriste à l’égard d’Israël, puis de la Syrie, en morigénant l’agence Standard & Poors qui avait fait passer la note de la Turquie de « positive » à « stable » en mai (1), en laissant entendre qu’il pourrait envisager un rétablissement de la peine de mort et en affichant une morgue proche de l’inhumanité à l’encontre des grévistes de la faim kurdes à l’automne – « Certains d’entre eux ont d’ailleurs besoin d’un régime » –, en multipliant les jugements ethnoconfessionnels – « Même à un Yezidi, nous lui accordons de la valeur tant qu’il n’est pas impliqué dans des actes terroristes » –, en cherchant à prendre le contrôle de l’Université quitte à provoquer une fronde étudiante en décembre, en critiquant une série télévisée populaire, Le Siècle magnifique, au point d’obtenir que Turkish Airlines renonce à la projeter dans ses avions, il a nourri les accusations de dérive autoritaire et de « poutinisation » que lui prodiguait l’opposition depuis plusieurs années, et il a semé le trouble au sein de l’AKP lui-même.

Le parti a opéré une mue idéologique par rapport à l’islamisme parlementaire de Necmettin Erbakan, qu’a amplifiée son exercice du pouvoir et des affaires depuis dix ans, dans un contexte de changement social rapide. Nombre de députés ou de soutiens de l’AKP voient bien qu’un rétablissement de la peine capitale, par exemple, équivaudrait à renoncer à l’adhésion à l’Union européenne, à laquelle ils sont désormais attachés pour des raisons tant économiques que culturelles. Quant au ministre de la Justice, Sadullah Ergin, il n’a pu qu’être gêné par l’intervention intempestive de son Premier ministre à un moment où il aurait pu désamorcer à moindre coût politique la protestation des grévistes de la faim kurdes. Les députés sont également sensibles à l’inquiétude de leurs électeurs, qui à aucun prix ne veulent que le pays devienne partie prenante de la guerre civile syrienne.

Des « amis de trente ans » ?

En outre, les deux interventions chirurgicales que Recep Tayyip Erdoğan a subies en 2011-2012, vraisemblablement pour soigner un cancer du colon, et l’incertitude quant aux intentions d’Abdullah Gül à l’échéance de la prochaine élection présidentielle, en 2014, ont introduit des aléas dans le calendrier politique. La succession du leader le plus charismatique de l’AKP a pu sembler ouverte en filigrane. L’hypothèse d’une rivalité, voire d’une compétition pour emporter la magistrature suprême, entre celui-ci et Abdullah Gül est désormais évoquée, bien que les deux hommes aient jusqu’à présent su préserver leur unité d’action au nom, dit-on, d’une certaine conception de l’éthique islamique (2). Le fait est qu’ils ont tenu à plusieurs reprises des propos très différents, sinon divergents, sur des problèmes sensibles, ces derniers mois, et que la rumeur d’une brouille ou d’une concurrence s’en est trouvée alimentée. Le plus probable est qu’Abdullah Gül se tienne en réserve de la République pour le cas où Recep Tayyip Erdoğan lâcherait la corde, soit pour des raisons médicales, soit pour des raisons politiques (selon un arrêt de la Cour constitutionnelle, sur la base de la révision constitutionnelle du 12 septembre 2010, le chef de l’Etat peut achever son mandat de sept ans en 2014 et se présenter pour un mandat de cinq ans à l’issue de cette échéance). Les sondages lui donnent une nette avance dans l’opinion publique : en mars 2012, 48,8 % des personnes interrogées souhaitaient qu’Abdullah Gül fasse un second mandat, quand seulement 16,9 % d’entre elles envisageaient de donner leur suffrage à Recep Tayyip Erdoğan ; en septembre, les deux hommes recueillaient respectivement 51 % et 22,7 % des intentions de vote.

Le Premier ministre semble par ailleurs avoir perdu le contrôle du parti et du groupe parlementaire. Il est par exemple significatif qu’il ne soit pas parvenu, en octobre, à faire adopter la modification du calendrier politique qu’il jugeait utile à ses intérêts et à faire avancer la date des élections locales. De même, le Premier ministre paraît être entré en conflit, depuis 2011, avec les réseaux fethullahci, accusés d’avoir noyauté la justice et la police et d’inspirer des arrestations et des procès de plus en plus embarrassants pour le gouvernement, et maintenant suspectés de vouloir prendre le contrôle des services de renseignement (3). Enfin, il est à la peine pour élaborer une nouvelle Constitution sur une base consensuelle.

Aussi est-il de moins en moins vraisemblable que Recep Tayyip Erdoğan puisse faire entériner une Constitution présidentialiste, ou même semi présidentialiste de type français, dans l’année qui vient, une grande majorité de l’opinion publique étant hostile à cette évolution du régime (69,3 % en mai 2012 ; 52,47 % en décembre, et 65,8 % en février, selon d’autres instituts de sondage), au même titre que les partis, y compris, selon toute vraisemblance, l’AKP lui-même. Le plus probable, aujourd’hui, est que Recep Tayyip Erdoğan soit élu président de la République, en 2014, si Dieu lui prête vie, dans le cadre d’un régime parlementaire qui n’augmenterait pas radicalement les prérogatives du chef de l’Etat – à charge pour lui de nommer un Premier ministre de paille qui soit à sa dévotion et à ses ordres. Resterait alors à savoir si l’abnégation d’Abdullah Gül irait jusqu’à endosser cet habit, ce qui paraît douteux. Quoi qu’il en sera, ces ajustements au sommet de l’Etat n’auront guère d’influence sur une autre difficulté à laquelle est confronté l’AKP, et qui risque de l’acculer à un échec politique potentiellement dramatique : à savoir le règlement de la question kurde qui empoisonne la République depuis sa fondation (4).

Une lueur d’espoir ?

Recep Tayyip Erdoğan avait d’abord donné le sentiment qu’il comprenait l’acuité du problème et qu’il entreprendrait des réformes politiques d’envergure, de nature à l’apaiser. Abdullah Gül avait également effectué des tournées encourageantes dans le sud-est du pays. De premières mesures avaient été prises, notamment en matière d’enseignement et d’usage de la langue kurde. La révision du code pénal, la volonté d’endiguer le fléau de la torture, la démocratisation des institutions au détriment du pouvoir de l’armée, la décentralisation concernaient également au premier chef les Kurdes. Enfin, un dialogue politique secret avait été entamé avec le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) à Oslo. Ceci expliquant peut-être cela – tant du côté de l’armée que du PKK, qui à bien des égards sont des « ennemis complémentaires », tout le monde n’a pas intérêt à la paix – la trêve a été rompue et les combats ont repris en 2010-2011. Dans le même temps, Recep Tayyip Erdoğan, dont le parti avait enregistré une forte poussée dans le sud-est lors des législatives de 2007, a raté son pari électoral lors des municipales de 2009 : ne recueillant que 39 % des suffrages à l’échelle nationale (contre 41,6 % en 2004), il s’est fait écraser à Diyarbakır par le Parti de la société démocratique (DTP), le prédécesseur du BDP (Parti de la paix et de la démocratie) et le paravent politique du PKK, et il a perdu Van.

L’AKP n’est pas parvenu à éliminer les nationalistes kurdes, et la preuve a été apportée que cette question n’était pas soluble dans la fraternité musulmane, comme avait voulu le croire le Premier ministre, à un moment où toutes les forces en présence dans le sud-est rivalisent sur le terrain religieux, à commencer par le PKK, et comme persiste à le répéter Ömer Çelik, vice-président du parti : « Nous sommes le plus grand parti à représenter les Kurdes ». Au lieu de se résigner à cette démonstration de son impuissance à capter le vote nationaliste ou nationalitaire kurde, Recep Tayyip Erdoğan s’est laissé entraîner par les extrémistes du PKK dans une reprise de la confrontation militaire, quand bien même l’affaiblissement de l’Etat-major lui laissait une plus grande marge de manœuvre que celle de ses prédécesseurs. Et ce au prix de bavures tragiques (bombardement meurtrier de contrebandiers, pris pour des combattants, à Uludere, en juin 2012, notamment) et d’une augmentation vertigineuse des pertes de l’armée. Piégé dans cet engrenage implacable, le gouvernement s’en est pris à un organisme annexe du PKK, la KCK (Union des communautés du Kurdistan), en la réprimant de plus en plus brutalement à partir de 2011, au risque de pousser le BDP en dehors du jeu parlementaire, de détruire toute forme de société civile en pays kurde, de laisser le terrain libre au PKK, voire au Hezbollah, désormais plus nationaliste que celui-ci, et d’être pris en défaut sur le terrain des droits de l’homme par l’Union européenne au fur et à mesure que gonflait le nombre des arrestations d’élus, d’intellectuels, d’étudiants ou de simples militants (5).

Recep Tayyip Erdoğan semble désormais ballotté par les événements et alterne le chaud et le froid, multipliant les déclarations martiales sans renoncer aux gestes (ou en tout cas aux paroles) d’ouverture, par exemple à l’égard de la députée indépendante kurde Leyla Zana à la suite des déclarations conciliantes de cette dernière, au printemps 2012, ou encore en présentant en novembre 2011 les excuses de la République aux habitants de la ville de Tunceli (Dersim) pour la terrible répression de la rébellion de 1936-1938.

Quant à la question kurde, le discours, très attendu, du Premier ministre au dernier congrès de l’AKP, le 31 octobre, n’a ouvert aucune perspective tangible de réforme et a beaucoup déçu. Crédité d’une vraie volonté d’ouverture jusqu’en 2010, Recep Tayyip Erdoğan est alors apparu de plus en plus comme un verrou qui empêche le règlement politique du conflit auquel semblent aspirer aussi bien Abdullah Öcalan ou le BDP qu’une partie de l’AKP, voire le MIT lui-même, l’organe des services secrets, et comme un élément du problème plutôt que de sa solution. Mais, quelques semaines plus tard, le Premier ministre a publiquement endossé les négociations secrètes qu’il avait demandé au MIT d’entamer avec Abdullah Öcalan, sous couvert de suspension du droit de visite de ses avocats et de menace de rétablissement de la peine de mort, et il y a finalement associé le BDP, ce dont il ne voulait à aucun prix de prime abord, au contraire d’Abdullah Gül.

La Turquie est en réalité engagée dans une partie de billards à plusieurs bandes, dont les joueurs seraient au demeurant aveugles ! Néanmoins, l’assassinat, le 9 janvier, à Paris, de trois militantes du PKK, vraisemblablement destiné à faire capoter une fois de plus les négociations, les a, contre toute attente, intensifiées, chacune des parties faisant preuve du sens de ses responsabilités et de sang froid. Jamais peut-être l’espoir d’une issue politique n’a été aussi tangible. Mais il est proportionnel à la désespérance qui prévalait il y a quelques mois encore, ce qui incite à la prudence. Quoi qu’il en sera, le djinn de la cause nationale kurde est sorti de la bouteille des différentes organisations censées la représenter, et nul ne pourra l’y faire rentrer, pas même le PKK qui n’est peut-être plus l’interlocuteur le plus utile pour la restauration de la paix en dépit du charisme persistant de son leader. La combinaison de la guerre civile, depuis les années 1970, et de la libéralisation culturelle, depuis les années 2000, a abouti à une autonomisation du politique par rapport au militaire à laquelle seul un changement constitutionnel drastique pourrait apporter une solution convaincante, par exemple en prenant acte de la pluralité des nations qui composent la Turquie, au sein d’un même Etat, un peu sur le modèle espagnol, avec les aléas que celui-ci comporte.

Au-delà de la définition ethnoconfessionnelle de la citoyenneté ?

D’une certaine manière, l’AKP s’en approche maintenant dans la définition de la citoyenneté de la « République de Turquie » (Türkiyeli, de Turquie, né et vivant en Turquie) qu’il propose, et en faveur de laquelle plaidait le DTP avant son interdiction. Recep Tayyip Erdoğan a tenu des propos particulièrement énergiques à ce sujet, en février, à Mardin : « Qu’on ne vienne pas à nous avec le nationalisme turc et le nationalisme kurde. Ceux qui entretiennent le nationalisme ethnique sont dans la perversion. Nous sommes un parti qui a foulé aux pieds toutes les formes de nationalisme (…) La vision de supériorité de la race, de l’ethnie ou de la tribu relève de Satan ». Sans même parler de l’extrême droite du MHP, le très souverainiste CHP, quant à lui, reste fidèle à la conception kémaliste établie de la citoyenneté « turque » (Türk), encore que le leader du parti, Kemal Kılıçdaroğlu, lui-même kurde alevi originaire de Dersim, ait finalement estimé, en décembre, inopportune toute « définition basée sur l’identité ethnique ».

Une telle évolution ne comporterait pas de risque sécessionniste majeur, l’épicentre de la population kurde s’étant déplacé ces dernières décennies du sud-est anatolien à ses métropoles occidentales, à Istanbul et à la « banane bleue » de l’Europe de l’Ouest, et le PKK n’ayant jamais été (ou n’étant plus depuis longtemps) un parti indépendantiste (6). Mais elle supposerait la dévolution de pouvoirs réels aux collectivités locales et régionales, conformément à la Charte européenne de l’autonomie des collectivités locales que l’Assemblée nationale a d’ailleurs transposée en droit turc en 1991, et surtout une révolution copernicienne de l’imaginaire national qui n’est pas près de survenir, si l’on en juge par la relative timidité d’un Kemal Derviş sur le sujet (7).

L’occultation idéologique, ou même historiographique, de toutes les origines ethniques qui se sont fondues dans le melting pot républicain, à la faveur du passage de l’Empire ottoman au modèle de l’Etat-nation, reste de mise. C’est que les divers peuples qui, au lendemain de la Première Guerre mondiale, ont adhéré au projet identitaire kémaliste, pour la plupart d’entre eux, n’avaient plus rien à perdre. Ils étaient composés de réfugiés des provinces perdues de l’Empire ottoman et se battaient le dos au mur contre les forces grecques, anglaises et arméniennes dont la victoire eût signifié leur expulsion d’Anatolie, voire leur extermination, en mesure de rétorsion des atrocités commises par le Comité Union et Progrès (8). La violence de la réaction d’une partie de l’opinion publique envers la résurgence de l’ascendance arménienne d’un nombre non négligeable de citoyens turcs n’est qu’une manifestation parmi d’autres de ce déni de masse de l’hétérogénéité humaine et culturelle de la Turquie contemporaine (9). Furieux de s’être fait laisser piéger par les excuses du Premier ministre aux Dersimois pour les massacres de 1937 et 1938, dont la responsabilité est imputable à Mustapha Kemal et au CHP, alors parti unique, et refusant de reconnaître pour sa part ces faits historiques avérés alors même que sa famille fut directement victime de la répression, Kemal Kılıçdaroğlu ne trouva, par exemple, rien de mieux à dire que : « Je ne serai pas étonné si un jour il [Recep Tayyip Erdoğan] imposait à la nation de reconnaître les allégations arméniennes [sur le génocide de 1915]. La mentalité du Premier ministre est la même que celle de la diaspora arménienne. Il fait du séparatisme ». Il est également révélateur que 67,1 % des personnes interrogées en septembre se déclaraient favorables à une dissolution du BDP, et 77 % à la levée de l’immunité parlementaire des députés de ce parti.

Pourtant le risque de délitement de l’unité nationale paraît exagéré. On a beaucoup glosé, ces derniers mois, sur le danger de confessionnalisation du système politique turc, en contrecoup des crises syrienne et irakienne, Recep Tayyip Erdoğan adoptant une politique régionale favorable aux sunnites, et la minorité alevi s’identifiant aux alaouites et à leur leader Bachar al-Assad. Certes, l’afflux des réfugiés syriens – 135 519 au début du mois de décembre ; 220 000, dont 150 000 dans des camps, à la fin du même mois ; près de 300 000 en février, bien au-delà de la barre des 100 000 initialement fixée par le gouvernement – a provoqué des tensions dans le Hatay, le sandjak d’Alexandrette (10). L’opinion s’inquiète du soutien consenti à l’Armée de libération syrienne. Et les cadres du CHP, très majoritairement alevi, tiennent parfois des discours, au demeurant assez inquiétants quant à leurs propres convictions démocratiques, en faveur d’un régime baasiste supposé protéger les minorités. Des incidents inter-communautaires ont éclaté, ici ou là, entre Kurdes et « Turcs », ou entre sunnites et alevi. Et on ne peut exclure de vrais affrontements ethniques ou religieux, voire une reterritorialisation de la République par la violence des pogroms et de la purification ethnique, si le « processus de solution » avec le PKK et le BDP échouait et si le bilan des victimes devait continuer à exalter les passions nationalistes.

Néanmoins, la Turquie n’en est pas là, et la tension entre Kurdes et « Turcs » dans les villes de l’ouest semble même être retombée par rapport à l’automne 2011. En outre, le danger irrédentiste qu’incarneraient l’autonomisation du Kurdistan irakien par rapport à Bagdad ou le contrôle d’une partie de la frontière turco-syrienne par le PYD (Parti de l’union démocratique), le mouvement armé kurde syrien issu du PKK, est tout relatif. La Turquie a largement satellisé le Kurdistan irakien depuis que celui-ci est devenu autonome, et le PYD pourrait vite être pris en sandwich entre, d’une part, le PKK, et notamment sa branche militaire, l’ « équipe de Qandil », qui ne souhaite pas son émancipation, et, de l’autre, les organisations kurdes syriennes plus anciennes, qui crient à l’usurpation. Si la crise syrienne comporte des menaces pour la Turquie, ce n’est pas de cet ordre, quelle que soient les manœuvres de déstabilisation que la Syrie (et Israël ?) aient pu entreprendre en guise de réponse à la diplomatie de Recep Tayyip Erdoğan.

 


 

(1) Dans un style similaire, la réévaluation, par l’agence de notation Fitch, en novembre, des perspectives à long terme de l’économie turque (élévation de la catégorie d’investissement BB+ à BBB-) a conduit Ali Babacan, vice-Premier ministre, à estimer que cette décision était bonne mais intervenait « avec retard », et Zafer Cağlayan, ministre de l’Economie, à déclarer que cette note était « toujours insuffisante » et que la Turquie « méritait plus ».

(2) On se souvient qu’en 2002 Abdullah Gül était devenu Premier ministre après la victoire de l’AKP en attendant que Recep Tayyip Erdoğan, privé de ses droits civiques, puisse se faire élire député, et lui avait cédé la place en mars 2003 pour se contenter du portefeuille des Affaires étrangères, avant d’être élu président de la République en  2007.

(3) Sur cette mouvance, lire mon billet du 9 mars 2010: Faut-il avoir peur du collège EducActive de Villeneuve-Saint-Georges ?

(4) Rappelons que les Kurdes composent grosso modo de 20 à 25 % de la population totale et qu’ils se répartissent désormais sur l’ensemble du territoire national, bien au-delà de l’est et du sud-est de l’Anatolie ; ils sont majoritairement sunnites de rite shafi, une minorité d’entre eux étant alevi, voire chrétiens ou juifs ; ils ne sont pas plus unifiés linguistiquement et politiquement, le tribalisme demeurant une réalité sociale importante en dépit de la modernisation de la société turque et de la récurrence de la guerre civile depuis la deuxième moitié des années 1970.

(5) Officiellement, 2 824 étudiants seraient incarcérés, dont 700 pour délit d’opinion politique, mais leur nombre s’élèverait en réalité à 5 000, voire 10 000. Par ailleurs, la Turquie détient le fâcheux record  mondial du nombre de journalistes emprisonnés : 95 à la fin du mois de juin 2012. La vérité oblige néanmoins à préciser qu’elle emporte aussi celui des officiers incarcérés ! Quelque 350 d’entre eux, dont une quarantaine de généraux, sont actuellement en détention provisoire…

(6) En septembre, 60 % de l’électorat du BDP se déclaraient opposés à la division du pays, 44,8 % étaient favorables à une autonomie régionale, 92,8% prônaient un élargissement de leurs droits culturels. Notons qu’Abdullah Öcalan n’est pas lui-même kurdophone et est supporter de l’un des grands clubs stambouliotes de football, ce qui, en Turquie, équivaut à pratiquer une forme de religion civile nationale.

(7) Voir sa conférence « Turkey on the way to the 100th Anniversary of the Republic », AFT Atatürk Lecture, 13 novembre 2012, Ambassade de Turquie, Washington, D.C.

(8) Taner Akçam, Un Acte honteux. Le génocide arménien et la question de la responsabilité turque, Paris, Denoël, 2008. Ainsi, il y a sans doute aujourd’hui plus d’Albanais ou de Bosniaques en République de Turquie qu’en Albanie ou en Bosnie-Herzégovine. Les seuls citoyens turcs d’origine bosniaque seraient au nombre approximatif de 4 millions. S’y ajoutent les citoyens turcs d’origines grecque – à la suite de l’échange des populations de 1923-1924 – bulgare, tatare, circassienne, géorgienne, etc, ou encore les réfugiés d’Asie centrale qui ont fui le régime bolchevique entre les deux guerres.

(9) Voir Laurence Ritter, Max Sivaslian, Les Restes de l’épée. Les Arméniens cachés et islamisés de Turquie, Paris, Editions Thaddée, 2012 ; Ayşe Gül Altınay, Fethiye Çetin, Les Petits-enfants, Le Méjan, Actes Sud, 2011.

(10) Sur les tensions entre autochtones et réfugiés à Antioche, voir le témoignage de Tarik Yldiz, « Tensions dans les rues d’Antioche », Libération, 26 octobre 2012, p. 25. La Turquie abrite une très grande diversité humaine de Mersin à la frontière syrienne. 

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