Le choc des incultures

Choc des cultures ou plutôt choc des incultures ? Ou comment des nuls font de grandes écoles et arrivent au gouvernement d’un pays ?

Avec la mondialisation, ce qui se passe n’est pas un choc des cultures. Non. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, notre époque n’est pas la rencontre des découvertes et des compréhensions du monde. Le chemin a déjà été ouvert par les aventuriers, à la lame et à la poudre de leurs appétits conquérants. Notre époque n’est pas celle de l’ajustement des connaissances. Non, le choc des cultures a déjà eu lieu et les sciences fusionnent avec fluidité. Au 21ème siècle, c’est le choc des incultures qui se produit. A grands bruits et grands cris, des plaintes de la victimisation et des hurlements fanatiques des religions.

La migration des incultures

Partout sur la planète, les crédulités répandues dans l’indigence, drapent les ignorances. Partout, c’est l’affrontement des obscurantismes. Les misères laissées à l'abandon au marge de la productivité, se dressent face aux vitrines de l'opulence. Le brassage des populations enjambe l'état des connaissances pour faire couler le flot de toutes les pitoyables lacunes de l’intelligence.

Comme toujours, l’enrichissement accompagne les réussites économiques. Les unes, rares, résultent de la reconnaissance, les autres, nombreuses, de conquêtes brutales. La leçon à tirer c’est que pour faire de l’argent, il ne faut pas être cultivé, il faut être avide. Le goût de l’accumulation et des jeux des rapports de force font une combinaison potentiellement gagnante. La conduite de projet collectif peut être un instrument, mais le jeu peut rester très personnel. Au bout du compte, la superficialité culturelle peut suffire pour se maintenir en haut de la pyramide des servitudes.

En dépit des moyens formidables dont nous disposons pour mieux communiquer, mieux produire, mieux s’instruire, mieux décider, c’est la rivalité des déficiences qui chahutent notre humanité.

Le pouvoir exercé par des incompétents convaincus de leur mérite

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’accès au pouvoir dans un groupe n’est pas réservé aux plus subtils, aux plus habiles, aux mieux instruits. Il relève de la même logique que celle d’une mobilisation autour d’une décision prise selon des critères de la moindre contrariété.

Au lieu d’utiliser les ressources qui ont permis de faire évoluer les conforts et de les appliquer à l’organisation civilisatrice, ce sont des incompétents convaincus de leur mérite qui accèdent au pouvoir. Au lieu de mettre à bas ce qui précisément est contraire à la qualité de vie humaine, ils viennent y chercher précisément ce qui leur fait envie. Ils considèrent leurs envie comme celles de tous et élèvent des protections pour faire face à des jalousies qu’ils s’inventent. Ils n’apportent rien que leur appétit. Et ce genre d’attractions ne peut pas s’assouvir. Le culte du mérite traduit cette représentation : aucune personne cultivée n’imaginerait récompenser le mérite. Seuls des incompétents, peureux de ne pas parvenir à se hisser là où ils projettent leurs ambitions, peuvent avoir ce genre de fantasmes. Les démocraties ont désormais cette gangrène qui nécrose les centres de décision.

L'internet détourné au service de l'ignorance, de la crédulité et des fausses informations

C’est ainsi, toujours, avec une invraisemblable constance, le choc des incultures, des ignorances, des incompétences, des maladresses, des postures hautaines et des mépris.

On aurait pu croire que grâce à internet, la culture se répande avec plus de fluidité. Les canaux numériques allaient faire œuvre et toute l’humanité se trouverait tirer vers les hauteurs imaginées par les Lumières. Ceux qui n’avaient pas l’électricité mentale allaient être équipés grâce aux ondes hertziennes. Et mince, c’est quasiment le contraire qui se produit. Fausses informations et inculture se sont trouvées un tam-tam redoutable : internet, les réseaux sociaux, tout ce qui était conçu pour propager le contraire sert à asservir. Dommage.

Il reste une ligne... de conduite pour l'éveil de la pensée 

Mais qui dit que cela se passe vraiment ? La Raison laisse filtrer un fin rayon de lumière. Il y a toujours des bouchons sur les routes des vacances... Et il reste encore des contributeurs qui œuvrent pour faire évoluer le monde différemment.

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