Toyota propose une "Open Source Car" à l’hydrogène

TOYOTA montre l'exemple pour une économie de l'hydrogène loin des modèles procéduriers de Microsoft ou de Monzanto.

Après le coréen Hyundai/KIA, Toyota met les bouchées triples pour vendre sa première voiture à hydrogène, la Mirai. Les commandes au Japon ont dépassés les prévisions.

Mais là où Toyota surprend majestueusement, c'est en offrant ses brevets à la concurrence.

Toyota évite le piège des business models exacerbés par Microsoft ou Monzanto qui tablent sur les protections intellectuelles et les royalties pour freiner la concurrence et asservir le marché, au détriment de l’élan novateur. De fait, avec un tel modèle fermé, l’innovation est controlée par des avocats plutôt que par des chercheurs.

Le mouvement du Logiciel Libre (de Richard Stallman) et Open Source Software (popularisé surtout par Eric S. Raymond) vinrent surtout en réaction contre le modèle Microsoft dont l’essentiel du chiffre d’affaires découlent de droits d’auteurs sur des logiciels. Les logiciels libres sont ouverts à tous. Tout qui en est capable peut les changer, les améliorer et les distribuer.

Il y a une dizaine d’années, Google a réussi à ébranler le modèle Microsoft en soutenant le navigateur libre Firefox contre le navigateur propriétaire MS-IE (avant de sortir Chrome, un navigateur un peu moins libre que Firefox car il évolue sous le contrôle de Google). Plus récemment, avec Android, Google a rassemblé les industriels comme Samsung qui ne voulaient pas que le marché du téléphone portable soit contrôlé par Microsoft comme c’est le cas pour les ordinateurs. Android est un système d’exploitation partagé, libre et gratuit.

De même, dans le domaine de l'industrie agroalimentaire, Monsanto a une approche semblable à celle de Microsoft, empoisonnant la production en créant des brevets parfois même sur des plantes ancestrales.

D'aucuns parlent, de manière générique, d'une Open Source Economics, un modèle qui semble inspirer Toyota pour la voiture à l'hydrogène.

Manifestement, Toyota veut que la voiture à hydrogène soit une voiture libre de toutes contraintes procédurières, une Open Source Car en quelque sorte, à l’instar des Open Source Software que sont Linux, Androïd et quantités d’autres logiciels solides tels que Firefox ou LibreOffice.

Pourquoi Toyota opte-t-il pour un modèle ouvert? Il est permis de penser que Toyota est surtout pressé de développer le marché de la voiture à hydrogène le plus vite possible, sans risquer de perdre du temps à pinailler sur le sexe des anges devant les tribunaux et d'exacerber des jeux mesquins du style "C'est moi qui ai trouvé ça avant toi! Donc, tu ne peux pas me copier ou bien alors tu dois me payer".

Essayons alors de comprendre pourquoi Toyota serait si pressé de passer à l’hydrogène? Voici 12 raisons possibles (liste non exhaustive):

  • parce que Toyota ne veut plus produire des millions de voitures qui contribuent au réchauffement climatique: c’est mauvais pour son image et celle de l’industrie automobile.
  • parce que la résolution des problèmes planétaires urgents (à laquelle contribue l'hydrogène renouvelable) ne peut être retardée par des batailles procédurières et mesquines quant à la propriété intellectuelle.
  • parce que les énergies fossiles s’épuisent.
  • parce que Toyota a bien compris que la production et l’utilisation d’hydrogène, c’est un jeu d’enfant comparé à la production et à l’utilisation des énergies fossiles.
  • parce que Toyota ne veut plus cautionner les dégâts environnementaux causés par l’industrie pétrolière, de la production à l'utilisation.
  • parce que Toyota ne veut pas descendre aux enfers avec l’industrie pétrolière.
  • parce qu’une voiture électrique à hydrogène est silencieuse.
  • parce qu'une voiture électrique, c'est nettement plus simple (et donc plus rentable) à fabriquer qu'une voiture à essence ou au diesel: pas de démarreur, pas de circuit de refroidissement, pas de boite de vitesse, pas de carburateur, pas d'isolation contre le bruit du moteur, ...
  • parce que Toyota sait qu'il faut que tous les constructeurs s'impliquent le plus vite possible dans l'hydrogène pour que des milliers de stations services installent des pompes à hydrogène.
  • parce qu’avec une voiture électrique à hydrogène, on peut faire le plein en moins de 5 minutes, comme pour l’essence ou le diesel (ce n’est pas le cas pour la voiture électrique au lithium).
  • parce qu’une voiture électrique à hydrogène a une autonomie d’au moins 500 km, tout comme une voiture à essence ou au diesel (ce n’est pas le cas pour la voiture électrique au lithium).
  • parce qu’en utilisant l’hydrogène et non le lithium comme "carburant" des voitures électriques, on n’a pas besoin de se soucier de recycler le lithium.

Il est permis de penser que, pour Toyota, le cumul de tous ces avantages produit des bénéfices de loin supérieur à ceux des brevets.

La question est de savoir si les concurrents de Toyota, notamment le coréen Hyundai/KIA et l’allemand Volkswagen, vont abonder dans le même sens de l’Open Source Car à l’hydrogène. Par exemple, on peut se demander ce que Volkswagen va faire avec les brevets qu’il vient d’acquérir pour 80 millions USD de la part d’une entreprise américaine pionnière dans le domaine des piles à combustibles, la société Ballard. Volkswagen va-t-il mettre ces brevets à la disposition de ses concurrents ? A priori, ce serait étonnant.

Quoiqu’il en soit, derrière l'engouement du géant Toyota, ce sont tous les constructeurs de voitures qui vont sortir des voitures à hydrogène et précipiter la descente de l'industrie du pétrole et des énergies fossiles.

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