Après les méthaniers, voici les hydrogèniers imaginés par Kawasaki

En marge des Jeux de 2020 à Tokyo, Kawasaki prépare une démonstration du plus grand projet de ravitaillement énergétique à base d'hydrogène jamais imaginé. Grâce à ce qu'on pourrait appeler des "hydrogèniers", le Japon acheterait de l'hydrogène fabriqué proprement en Australie à partir de lignite. Kawasaki entend, ni plus ni moins, ouvrir la voie à une société de l'hydrogène énergétique.

(article revu et complété le 22 janvier 2018)

Sans doute faut-il maintenant s'habituer à découvrir des projets gigantesques qui mettent en œuvre l'utilisation énergétique de l'hydrogène.

Pour l'heure, Kawasaki veut créer une route maritime de l'hydrogène de l'Australie au Japon.

Le moment est venu de promouvoir un nouveau mot: "hydrogènier" comme successeur du "méthanier".

Après les méthaniers, voici les hydrogèniers ... Après les méthaniers, voici les hydrogèniers ...

Dans la ligne de l'annonce de la Mirai ("Futur") par le PDG de Toyota, une autre société nippone, Kawasaki, s'engage clairement pour une société de l'hydrogène et le fait savoir au monde entier.

L'ambition de Kawasaki est énorme. Son site promotionnel propose un engagement clair et très ambitieux:

"Driving vehicles" and "generating electricity" are essential for our life. Hydrogen is the solution to continue these in a manner that is friendly to the future global environment. Kawasaki will support our future society with hydrogen, the ultimate clean energy.
Go! Hydrogen Road. Our aim is to usher a large quantity of hydrogen into our society in a manner that is safe, stable and affordable to handle.
As our technology moves ahead, the makings of a new road, the Hydrogen Road, will be created.

Traduction
"Conduire des véhicules" et "produire de l'électricité" sont essentiels pour notre vie. L'hydrogène est la solution pour poursuivre ces activités d'une manière qui soit favorable à l'environnement mondial futur. Kawasaki soutiendra notre société future grâce à l'hydrogène, l'ultime énergie propre.
Route de l'hydrogène. C'est parti ! Notre objectif est d'introduire une grande quantité d'hydrogène dans notre société d'une manière sûre, stable et abordable. Au fur et à mesure que notre technologie avancera, les ingrédients d'une nouvelle route, la route de l'hydrogène, seront créés.

Un site de marine marchande meretmarine.com explique qu'à l'origine, en 2010, il y avait un programme européen (IDEALHY) consacré à la liquéfaction de l'hydrogène. Kawasaki et Shell participèrent à ce projet. Le groupe anglo-néerlandais, a voulu s’associer aux spécialistes japonais de l’hydrogène "pour préparer son entrée sur un marché qu’il voit comme en forte croissance", nous dit le même site.

Un site d'économie maritime lemarin.fr explique:
L’accord-cadre a été signé à Canberra dans les locaux de l’agence de sécurité australienne (Amsa). Il s’agit d’établir des standards de sécurité en coopération étroite avec l’Organisation maritime internationale (OMI) puisque ce cas de figure n’est pas encore inclus dans le code IGC qui encadre le transport maritime des différents gaz.

Pratiquement, une vidéo promotionnelle de Kawasaki explique le projet.

  • L'hydrogène serait produit à partir de lignite actuellement utilisé pour la production d'électricité localement en Australie, plus précisément dans la vallée Latrobe, située dans l'État de Victoria.
  • Pour le transport, l'hydrogène serait liquéfié à une température proche du zéro absolu. C'est une technologie dont Kawasaki aurait déjà démontré la maîtrise.
  • Il serait transporté sur des navires navires transporteurs d'hydrogène, des hydrogèniers pourrait-on dire, que Kawasaki construit sur le modèle de ceux qui servent déjà à transporter le gaz naturel. Kawasaki a construit une trentaine de méthaniers sur son chantier naval de Kobe. S'agissant de construire des hydrogèniers, le défi technologique reste de taille sachant que le gaz naturel est transporté à "seulement" -162°C au lieu de -253°C pour l'hydrogène. Selon lemarin.fr, le premier modèle de navire est équipé de deux cuves totalisant une capacité de 2 500 m3 d’hydrogène liquide. La propulsion serait assurée par un moteur diesel classique, mais Kawasaki étudie aussi l’utilisation de l’hydrogène comme carburant sur le modèle des méthaniers qui consomment une petite partie de leur cargaison.
  • Ces hydrogèniers voyageraient de l'hémisphère sud à l'hémisphère nord, un trajet de plus de 6000 km de l'Australie au Japon.
  • Ils arriveraient dans un nouveau centre d'importation de l'hydrogène construit par Kawasaki près de l'aéroport de Kobe. Ce serait le premier "port hydrogènier" en quelque sorte.
  • L'hydrogène serait ensuite distribué au Japon toujours sous forme liquide, puis transformé sous forme de gaz sous pression pour les usages de mobilité ou de production d'électricité.
  • Selon meretmarine.com les industriels visent une importation de 660.000 tonnes d’ici 2030, soit 1.5% de la consommation énergétique japonaise.

Un point critique d'un tel scénario est celui la séquestration du CO2 issu du lignite, que le site et la vidéo promotionnels de Kawasaki passent sous silence. Pourtant c'est un défi majeur, comme l'explique l'article suivant:
Kawasaki Industries Wants to Make Dirty Lignite Coal Useful and Clean.

Cet article cite un article de IEEE-Spectrum qui décrit les déboires d'une société américaine du Mississippi qui échoue à séquestrer le CO2:
Kemper County and the Perils of Clean Coal Technology.

Un responsable du projet de Kawasaki aurait affirmé: "L'hydrogène sera exempt d'émissions de dioxyde de carbone". Kawasaki a choisi la vallée Latrobe non seulement en raison de ses énormes réserves de lignite, mais aussi parce que les gouvernements fédéral et étatiques avaient déjà séquestré avec succès du CO2 dans un ancien champ de gaz sous-marin.

Quoiqu'il en soit, le projet de Kawasaki n'est pas idéal, s'agissant à ce stade de transporter de l'hydrogène fossile. Pourtant, ce projet représente un jalon porteur d'avenir, car ce seront les mêmes hydrogèniers et les mêmes infrastructures de transport et de distribution qui seront disponibles d'emblée pour l'hydrogène renouvelable, quand la décision sera prise d'abandonner le lignite au profit de sources renouvelables comme l'éolien ou le solaire (thermique ou photovoltaïque) dont l'Australie pourrait devenir productrice à grande échelle, étant donné les étendues ensoleillées dont elle dispose.

De même, les hydrogèniers, seront disponibles pour d'autres projets gargantuesques de transport de l'hydrogène ailleurs dans le monde.

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A suivre ...

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