Macron + LeMaire = Nucléaire + Hydrogène NON renouvelable

Macron est pronucléaire. Le Maire est prohydrogène. Mais l'hydrogène produit à partir du nucléaire n'est forcément pas renouvelable. Ce serait un hydrogène très polluant et dangereux. Combiner le nucléaire et l'hydrogène, ce serait tenter de chasser la peste climatique pour mieux répandre le choléra nucléaire.

(Publié le 18 avril, atténué et republié le 23 avril)

Ce 15 avril 2021, l'émission Vous avez la parole sur France2 opposait l'eurodéputé écologiste Yannick Jadot à Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances, dans la perspective de la Présidentielle 2022.

Néanmoins Bruno Le Maire a eu la bonne idée, une première dans ce genre de débat, de marteler le mot "hydrogène", exprimant en cela une conviction bien vertueuse (même s'il a mis beaucoup de temps à se rendre compte du potentiel de l'hydrogène).

Étrangement le mot "hydrogène" n'a pas du tout été repris ni par Yannick Jadot, ni par les journalistes. Jadot, Salamé et Sotto semblent ne pas encore avoir compris l'enjeu fondamental de la révolution énergétique que représente l'hydrogène renouvelable, le thème de ce blog.

Il est tout de même stupéfiant de constater que le leader écologiste qu'est Yannick Jadot n'a pas du tout rebondi sur le sujet de l'hydrogène, n'ayant développé aucun argument concernant l'hydrogène, un peu comme s'il n'en avait jamais entendu parler, alors qu'il appelait de ses vœux des technologies vertueuses et créatrices d'emploi, ce que l'hydrogène représente plus que toutes les autres technologies renouvelables dont l'hydrogène booste l'efficacité (notamment en permettant de profiter de l'intermittence).

Sur le sujet nucléaire en revanche, Léa Salamé et Thomas Sotto ont forcé le débat, présentant d'emblée une vidéo de Macron qui martelait clairement en décembre 2020 qu'il est pronucléaire et fier de l'être.

Faut-il rappeler d'abord à quel point le Président de la France se montre irresponsable quand il prône ainsi le nucléaire, sans du tout tirer les leçons de la catastrophe de Fukushima qu'a vécu son homologue Naoto Kan, 1er Ministre du Japon au moment de cette catastrophe. Avant cette catastrophe, Naoto Kan était pro-nucléaire comme Macron. Mais après cette catastrophe, Naoto Kan est devenu le plus célèbre des activistes anti-nucléaire.

En février 2019 à Valence, Naoto Kan expliquait (voir vidéo) qu'aucun pays au monde n'a le droit de prendre le risque de devoir évacuer et déplacer le tiers ou la moitié de sa population, sachant que c'est ce qui a failli se produire au Japon en 2011. Naoto Kan a géré la plus grave catastrophe du nucléaire civil avec Tchernobyl. Il sait parfaitement de quoi il parle, mais Macron ne l'a jamais invité à partager son expérience. Un Fukushima made in France pend au nez de Macron.

Jadot a rappelé que le nucléaire coûte extrêmement cher à la France et aux français, que Flamanville seulement qui devait coûter 3,5 milliards d'euros, a déjà coûté pas loin de 20 milliards à la France selon la Cour des comptes. Si Mélenchon avait été là, il aurait sans doute parler aussi des 150 milliards d'euros (voir vidéo) budgétisés pour le grand rafistolage des vieilles centrales nucléaires dont il s'agit de prolonger la durée du vie. Et c'est sans parler du coût d'autres EPRs dont quelques attardés du nucléaire rêvent encore de décorer le paysage français, nonobstant le fiasco de Flamanville qui fait exploser tous les compteurs en dépassements de budget et de délai.

Il va de soi que si de tels montants astronomiques étaient investis dans le renouvelable, la France n'aurait plus besoin du nucléaire et deviendrait LE leader mondial en matière d'énergies renouvelables.

Alors ce que Jadot aurait pu rétorquer en cours de débat, c'est que l'addition des fiertés de Macron et de Le Maire ouvrirait forcément la voie mortifère de la production d'hydrogène par électrolyse à partir d'énergie nucléaire, non renouvelable et très dangereusement polluant. En effet, si les renouvelables souffrent d'un déficit intermittent, le nucléaire souffre d'un excès de constance. La production d'électricité nucléaire doit être supérieure au maximum de la demande et ne peut pas être modulée en fonction de l’intermittence de la demande. Le couple Macron + Le Maire pourrait corrompre les espoirs vertueux d'une économie de l'hydrogène pour perpétuer la folie nucléaire française tant décriée aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur de l'hexagone.

Sous l’impulsion d'un Président pronucléaire, la France pourrait tenter de chasser la peste climatique en utilisant le choléra nucléaire, allant ainsi à contre-courant de ses partenaires européens. Quand en juillet 2020, l'Union Européenne lancé l'économie de l'hydrogène, c'est clairement l'hydrogène renouvelable qu'elle appelait de ses vœux. Il n'était absolument pas question d'un redéploiement du nucléaire.

En France, ceux qui craignent les pronucléaires martèlent déjà depuis des années l'expression "hydrogène décarboné", pour éviter de parler d'hydrogène renouvelable, sachant que l'hydrogène renouvelable exclut le nucléaire.

Moralité:
Le nucléaire n'est pas une réponse acceptable au réchauffement climatique, la meilleure réponse étant l'hydrogène renouvelable.
A bon entendeur salut.

Emmanuel Macron, ministre de l'Économie, visite la centrale nucléaire de Civaux, en France, le 17 mars 2016. © Reuters Emmanuel Macron, ministre de l'Économie, visite la centrale nucléaire de Civaux, en France, le 17 mars 2016. © Reuters

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