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Billet de blog 24 oct. 2020

Faut-il utiliser la peste nucléaire pour chasser le choléra climatique ?

Maintenant que l'hydrogène n'est plus un sujet marginal, il reste un sujet tabou en France: le nucléaire. Je vous propose d'opposer explicitement hydrogène renouvelable et hydrogène nucléaire. En France, on entend parler d'hydrogène décarboné plutôt que d'hydrogène renouvelable, comme pour éviter que la montée en puissance de l'hydrogène ne remette en question l'avenir du nucléaire.

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En tant que belge, j'ai le sens de l'autodérision, et pas seulement à propos des sempiternelles querelles sur base linguistique, un vaudeville qui nourrit la politique politicienne. Le nucléaire fait partie aussi des idioties dans lesquelles la Belgique s'est trop enfoncée, avant de décider d'en sortir d'ici 2025.

En Belgique, le nucléaire était stupidement corrélé à l'éclairage des autoroutes. Comme on ne peut pas arrêter les réacteurs nucléaires la nuit quand la demande en électricité est moindre, la Belgique n'avait rien trouvé de mieux à faire que d'éclairer ses autoroutes avec des lampadaires au sodium très énergivores tous les 50 mètres. C'est ainsi qu'il m'est arrivé souvent en voyageant la nuit sur des autoroutes vides de me prendre pour le Roi Soleil du Royaume de Belgique, tant il est vrai que seul Louis XIV aurait pu rêver d'avoir un tel éclairage pour lui tout seul en pleine nuit.

Sur ce blog, j'avais proposé qu'au lieu d'utiliser l'énergie nucléaire excédentaire pour l'éclairage des autoroutes, on aurait pu l'utiliser pour produire de l'hydrogène par électrolyse et amorcer ainsi la transition énergétique vers l'hydrogène.

Depuis lors, non seulement la Belgique a décidé de suivre l'exemple allemand et de sortir du nucléaire, mais en plus sur les autoroutes, les lampadaires au sodium sont petit à petit remplacés par des lampadaires LED qui consomment 10 ou 20 fois moins d'électricité. En fait, le mieux serait de ne plus éclairer les autoroutes, sachant que cela ne sert à rien pour la sécurité. Au contraire, cela ajoute un danger: celui de terminer sa vie dans une voiture encastrée sur le poteau d'un lampadaire.

A deux reprises en discutant (ici et ) avec Philippe Boucly, président de France Hydrogène (ex-AFHyPAC), j'ai appris que l'idée d'utiliser le nucléaire pour produire de l'hydrogène existait en France depuis bien longtemps et que cette idée était encore à l'ordre du jour.

Philippe Boucly explique en substance que, tant qu'à faire, puisque le nucléaire existe, autant optimiser son utilisation en les laissant tourner les réacteurs à régime constant et en produisant de l'hydrogène quand la demande ne suffit pas à absorber la production.

En soi, c'est une bonne idée, notamment pour amorcer la production d'hydrogène et la mise en place d'électrolyseurs, tant que le nucléaire n'est pas remplacé par le renouvelable comme source d'énergie.

A contrario, il ne faudrait pas que cette production d'hydrogène devienne une raison ou une excuse pour maintenir ou renforcer le nucléaire, car si c'était le cas, cela reviendrait à utiliser la peste nucléaire pour chasser, grâce à l'hydrogène, le choléra du réchauffement climatique.

Par conséquent, la solution essentielle et évolutive qu'il s'agit de mettre en place n'est pas d'utiliser le nucléaire pour produire de l'hydrogène, mais bien d'utiliser l'hydrogène pour équilibrer l'offre et la demande sur le réseau électrique.

De fait, l'énergie nucléaire et certaines énergies renouvelables (éolienne et photovoltaïque) posent des problèmes semblables: pour l'une comme pour l'autre, il est impossible de moduler la production en fonction des variations de consommation. D'aucuns fustigent l'intermittence des énergies renouvelables majeures (éoliennes et photovoltaïques), mais ils oublient de fustiger la monotonie du nucléaire qui est tout aussi problématique*. Il est aussi impossible d'arrêter temporairement une centrale nucléaire qu'il est absurde d'arrêter la production éolienne quand il y a beaucoup de vent.

C'est pourquoi, il importe de développer sur le réseau électrique des mécanismes d'aiguillages souples qui orientent les surplus d'énergie électrique vers la production de stock d'hydrogène par électrolyse, quelques soient les sources d'énergie électrique utilisées (nucléaires, fossiles ou renouvelables). Cette production revient à stocker l'énergie électrique pour la rendre disponible (grâce à des piles à combustibles) quand la demande est supérieure à l'offre, soit quotidiennement aux heures de pointe, soit annuellement en hiver quand la production photovoltaïque est faible.

En d'autres mots, s'agissant de produire de l'hydrogène à base d'électricité nucléaire, mieux vaut ne pas installer les électrolyseurs trop près des centrales nucléaires, afin de bien distinguer la production d'électricité nucléaire qui devrait disparaitre de la production d'hydrogène qui est appelée à devenir une solution pérenne.

De tels mécanismes d'équilibrage du réseau devraient permettre une transition douce des énergies existantes fossiles ou fissiles vers les énergies renouvelables.

* Il faudrait ajouter que la notion d'intermittence des énergies renouvelables est très relative, comme expliqué ici.

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