Bilan et leçons de la grève générale de 68

Article n°82 de ma série "1968". C'est le moment d'esquisser le bilan et quelques leçons de Mai et Juin 68. Prochain article: "Lettre d'un enfant de 1968 à un jeune de 2018, par Jean Batou."

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La bourgeoisie, pour s’assurer la coopération des dirigeants syndicaux dans la casse de la grève générale, a fait à Grenelle des concessions sociales sans précédent depuis 1936. Mais elles sont loin des acquis de la grève de 1936 qui avait mobilisé trois fois moins de grévistes, et surtout loin des revendications de 68, comme détaillé dans l’article « 27 mai 68: Grenelle à la poubelle ». Dans la plupart des grandes entreprises, les travailleurs demandaient 1000 F mini, une augmentation de salaire de 20 %, le rétablissement de l’échelle mobile des salaires, la retraite à 60 ans, la suppression des ordonnances, la fin des cadences infernales, le paiement des jours de grève la réduction du travail à 40 heures, payées 45 ou 48. Rappelons sur ce point si important que la semaine de 40 heures a été reportée à des négociations secteur par secteur, Grenelle ne contenant qu’une réduction d’une heure avant 1971 pour les horaires hebdomadaires compris entre 45 et 48 heures et deux heures de réduction pour ceux supérieurs à 48 heures.

Le décalage entre la force de la grève générale et ces concessions explique le rejet de Grenelle par la masse des travailleurs, et la poursuite de la grève pendant trois semaines ou plus dans certains secteurs, notamment l’automobile. Pour casser la grève générale, comme nous l’avons vu dans les articles relatant les résistances du mois de juin, la bourgeoisie a bénéficié de trois armes: 

- une répression très violente, qu’elle ne s’était pas permise face à la grève générale, tuant y compris un lycéen et deux ouvriers, 

- le piège des élections, armé de concert avec les politiciens,

- les pressions et manoeuvres acharnées des directions syndicales pour obtenir la reprise du travail. 

Les patrons ont aussi parfois du faire de nouvelles concessions, face aux grévistes les plus déterminés et organisés. Les conventions collectives sont révisées, avec notamment l’intégration de primes dans le salaire. Là où les profits sont les plus importants, ils ont concédé plus que les 10 % d’augmentation sur l’année. Entre la hausse du SMIG, celle de 10% à Grenelle et les concessions qui ont suivi, l’augmentation sur l’année 68 a atteint 13,5% dans le secteur privé. Mais rappelons que

1) la hausse des rémunérations, dans un contexte fortement inflationniste, s’est élevée depuis le début des années 1960 à 11 % chaque année et même de 14 % en 1963, ce qui relativise le 13,5 d’augmentation sur l’année 1968. En Allemagne, les augmentations annuelles atteignent entre 10 et 15 % dans la première moitié des années 60.

2) cette augmentation, faute de rétablissement de l’échelle mobile des salaires, a vite été rognée par l’inflation. Dans l’année 1968, celle-ci a été de 7 %.

3) les grèves de 1953-54 ont arraché 15% obtenus 

Les patrons ont essayé de récupérer le profit perdu par l’augmentation des cadences, et la suppression de primes. Une ouvrière d’un atelier de confection de Hénin-Beaumont raconte comment les ouvriers ont parfois réussi à résister:  « Dans la confection, nos salaires n’étaient pas au-dessus du salaire minimum de l’époque. Aussi, après les négociations au niveau national, nos salaires ont fait un bon.

Pour compenser cette augmentation, le patron a voulu augmenter la cadence et nous imposer un vêtement de plus à l’heure. Toutes les ouvrières de la chaîne étaient d’accord pour ne pas faire ce vêtement, chacune nous avons tenu et la responsable de bout de chaîne a trouvé le vêtement, en pièces détachées, comme il avait été introduit dans la chaîne.

La direction n’a rien pu faire face à notre détermination et notre unité. Ce fut pour moi une grande joie de vivre cette ambiance de confiance et d’amitié qui a permis cette action bénéfique pour tous.

Nous avions une prime de 5 % pour travail bien fait, tout le monde l’avait. Pour récupérer une partie de l’augmentation de notre salaire, la direction a supprimé cette prime. Avec le syndicat, j’ai mis l’affaire aux prud’hommes et nous avons gagné, puisque cela était donné depuis plusieurs années et faisait partie de notre salaire. »

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Au delà de Grenelle, conquis de 68, les négociations ouvertes ont débouché dans les années 70, à d’autres conquêtes, comme la formation permanente, ou l’indemnisation totale du chômage. La reconnaissance du droit syndical dans l’entreprise (loi du 28 décembre 68) est un conquis important, le nombre d’entreprises de plus de 50 salariés connaissant une implantation syndicale passant de 6267 en 1969 à 19063 en 1976. On peut lire l’exemple de Haute-Garonne dans un travail de Master de Clair Juilliet et Michaël Llopart: « Le mouvement de mai-juin 1968 permet aussi au syndicalisme de tisser sa toile dans des secteurs où il était traditionnellement très peu présent. En effet, dans le BTP ou le textile, de nombreux ouvriers découvrent qu’ils peuvent prendre la parole et avoir un certain poids dans les décisions de leur employeur ou même de l’État. Par exemple, pour la Haute-Garonne, l’UD-CGT établit un bilan dès la mi-juillet qui fait état de 6 639 adhésions et de 149 nouveaux syndicats constitués. Le 2 octobre, un rapport du bureau départemental tire un bilan du renforcement de la CGT. Il reprend les deux chiffres avancés précédemment, et se veut même encore plus précis. Le dernier pointage fait état de 1 000 adhésions pour 14 nouvelles Sections Syndicales d’Entreprises (SSE) dans le BTP, de 500 dans l’habillement avec la naissance de 18 SSE ou encore 800 nouveaux adhérents dans la métallurgie et 13 créations de SSE. Avec la reconnaissance officielle de cette dernière à la fin de l’année 1968, les rapports sociaux se transforment dans de nombreuses entreprises »

La reconnaissance s’accompagne dans nombre de secteurs de mesures protectrices et/ou d’heures de délégation. A Citroën par exemple, les délégués bénéficient d’un crédit mensuel de 120 heures. A la SNCF, dans la Fonction publique ou dans les industries du verre, ils bénéficient du bénéfice du plein traitement pour les congés d’éducation syndicale. Dans les mines sont mis en place pour les Mineurs des comités de bassin inspirés des comités d’entreprise. Les syndicats, dans un premier temps ont enregistré un afflux d’adhésions: environ cent mille à la CFDT, et quatre cent mille à la CGT. Fruit de la combativité ouvrière, la semaine de travail sera ramenée à près de 40 heures dans les années 70 ou 80, alors que dans la plupart des entreprises, la semaine est de 48 heures en 1968, avec une fatigue d’autant plus grande que l’âge de la retraite est alors de 65 ans. 

De même que la grève de 36 a formé des militants que l’on retrouvera très actifs dans la Résistance, Mai 68, par l’expérience de lutte et plus largement par l’insubordination pendant des semaines a formé une génération ouvrant la voie dans les années qui suivent à des luttes exemplaires: vague de grèves du printemps 1971, notamment la lutte des OS à Renault Le Mans,  grèves Girosteel ou  Penarroya en 1972, du Joint français, d’Alstom, de Chausson, ou de Lip en 1973, des PTT et des banques en 1974. Mai 68 a aussi contribué à l’ouverture de nouveaux fronts de lutte comme celle des femmes et des homosexuels, ou comme les luttes écologistes. Sur le développement très rapide de la combativité et de la conscience de classe au delà de la classe ouvrière au sens étroit,  on peut lire ici les témoignages d’une conscience syndicale née en Mai-Juin 68 dans un bureau d’études et celui d’une technicienne de la SEITA

Mai 68 a aussi ébranlé le régime gaulliste et contribué, 13 ans plus tard, à des avancées pendant les deux premières années de la présidence de Mitterrand. Mai 68 a enfin permis la naissance sur les lieux de travail de minorités de travailleurs en rupture avec les bureaucraties syndicales, et parallèlement le développement d’organisations révolutionnaires, débarrassées des illusions électorales.

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La grève générale avait bien certains atouts pour créer une situation révolutionnaire: entre 7 et 9 millions de grévistes selon les diverses estimations, beaucoup pendant trois semaines ou plus, soit la plus grande grève générale en France. Elle a battu tous les records de jours de grève: 150 millions, contre par exemple 37 millions pour le “mai rampant “ italien en 1969, et 14 millions en 1974 pour les travailleurs de Grande Bretagne. Elle s’est accompagnée d’occupations d’entreprises, universités, ports ou gares, d’une large mise en cause du capitalisme, d’un bond de la combativité et de libération de la parole initiée dans la jeunesse, et la dépassant largement dès la troisième semaine de mai.

La grève générale a bien provoquée une crise sociale et politique majeure, mais n’a pas conduit à une situation révolutionnaire. Comme l’a écrit Daniel Bensaid dans Mai 68, ce n’était qu’un début: « La disproportion ne fait qu’exprimer l’écart tragique entre la puissance et la combativité du mouvement, d’une part, le faible niveau de conscience et d’expérience politique, de l’autre. La grève ne fut ni dirigée ni centralisée par les directions syndicales qui en conservèrent le contrôle pour mieux l’atomiser et l’user. Sauf quelques rares exceptions, il n’y avait pas le ferment de ces militants de base trempés dans de grandes luttes : depuis la Libération, à part les grèves de 1953 dans la Fonction publique et celle de 1963 chez les mineurs, plus de résignation que de luttes, plus de défaites que de victoires, avec comme résultat une pesante discontinuité des générations militantes.

Émerveillés et surpris par leur nombre et la découverte de leur force, les grévistes de 68 étaient comme incapables de s’en servir. Bien sûr, il faut nommer les premiers responsables de l’échec, car une grève de 10 millions de travailleurs pendant trois semaines, qui se solde par le plat de lentilles de Grenelle et par la réélection en juin de l’Assemblée la plus réactionnaire depuis la guerre, constitue un échec. Les directions politiques et syndicales du mouvement ouvrier en sont responsables, de la trahison de Grenelle comme de la trahison électorale»

Reste à comprendre plus en détail les raisons de l’échec, pour en tirer d’éventuelles leçons. C’est ce que fait Daniel Bensaid dans ce même article:  

« Mais le problème que nous devons nous poser va au-delà : pourquoi une trahison aussi ouverte et aussi honteuse a-t-elle provoqué aussi peu de ruptures et de débordements dans la classe ouvrière elle-même ? Pourquoi, alors que l’année suivante en Italie les ouvriers de la Fiat ouvraient leurs portes aux étudiants, pourquoi ces impossibles dialogues sous les murs de Renault ou de Citroën ?

C’est le résultat combiné, il faut le répéter, d’un contrôle plus étroit des appareils mais aussi du faible niveau de conscience dans cette immense force soudain révélée à elle-même.

Une grande force sans charpente démocratique

Qu’on y songe. Dix millions de grévistes, trois semaines de lutte… Et pourtant les délégués élus, les comités de grève responsables devant l’assemblée des travailleurs sont restés l’exception. Les exemples avancés d’auto-organisation furent à ce point exceptionnels qu’on s’en souvient encore : l’organisation démocratique de la grève à Saclay, la prise en main du ravitaillement et des transports par les syndicats à Nantes. Pratiquement pas de remise en marche des machines au service de la lutte : on a parlé à ce sujet de la CSF de Brest sans que jamais l’information ait été réellement confirmée. Dans les casernes, on connaît un seul tract, lui aussi exemplaire : celui des soldats du RIMCA de Mutzig qui se solidarisaient avec les grévistes. Enfin, alors que la participation spécifique des femmes est un trait caractéristique de toutes les grandes révolutions populaires (1789, 1848, 1871, 1917…), l’essor du féminisme apparut comme un effet retardé de 68, sans qu’on puisse citer d’initiatives autonomes des femmes en mai et juin 1968.

Canalisée par ses directions vers la table de négociations (la CGT et la CFDT se contentèrent de constater la grève générale, sans jamais la déclarer telle !), la grève générale flotta dans une ambiguïté permanente, à mi-chemin entre la grève politique et la grève revendicative, sans définir clairement ni une cible politique, ni une plate-forme revendicative sur lesquelles se concentrer et se centraliser jusqu’à la victoire.

Le 13 mai, la grève générale fut organisée par les centrales syndicales en solidarité avec les étudiants. Le mot d’ordre spontanément dominant, « Dix ans, ça suffit ! », exprimait la volonté d’en finir avec le régime gaulliste et traçait la voie d’une grève politique. Mais les directions réformistes ne voulaient pas entendre parler d’une grève politique débouchant sur la dissolution de l’Assemblée et sur la formation d’un gouvernement des partis ouvriers. Cette issue étant bouchée par leurs propres directions, les travailleurs, frustrés, se retournèrent à partir du déclenchement de la grève à Sud-Aviation Bouguenais le 17 mai vers leurs revendications : après la grève générale appelée par les directions, celle déclenchée par la base. Mais dans la plupart des entreprises, on attendait la chute du régime comme d’un fruit mûr, sans se la fixer nettement pour but, et on laissait aux directions syndicales le soin de gérer les cahiers de revendications. Dès lors, ces grèves sans mot d’ordre précis et sans auto-organisation devenaient faciles à manipuler pour les directions. Qu’on regarde aujourd’hui les images filmées à l’époque : cette assemblée des ouvriers de Billancourt après le discours de De Gaulle le 30 mai, ces visages fermés et sceptiques, amers mais impuissants, déjà défaits sans savoir comment combattre. 

Le débouché politique confisqué par les manœuvres parlementaires

Pourtant, oui, avec la débâcle dans les ministères et de Gaulle en villégiature du côté de Baden-Baden, la question du pouvoir était objectivement posée. Mais elle ne fut pas posée pratiquement.

Pour offrir une solution de rechange si nécessaire, Mitterrand avança l’idée, pour la première fois depuis 1947, d’un gouvernement Mendès-France avec participation de ministres communistes. Mais il entendait que ce gouvernement soit « sans dosage », autrement dit, il revendiquait les pleins pouvoirs quant à sa composition, afin de donner toutes les garanties nécessaires à la bourgeoisie tandis que le PCF recevrait la tâche habituelle d’organiser le retour discipliné au travail.

« J’estimais, confie cyniquement Mitterrand dans ses mémoires, que la présence de communistes rassurerait plus qu’elle n’inquiéterait. Cette affirmation semble aujourd’hui téméraire. Mais je savais que ni leur rôle, ni leur nombre dans l’équipe dirigeante n’avaient de quoi effrayer les gens raisonnables qui, à l’instant même, voyaient dans la CGT et Séguy les derniers remparts d’un ordre public que le gaullisme se révélait impuissant à protéger, face aux coups de boutoir des amateurs de révolution. »

Fidèles à leur vocation, les dirigeants réformistes proposaient donc un gouvernement de collaboration de classe et de salut public, même si les pourparlers achoppaient sur les noms.

Le 29 mai, le PCF et la CGT défilaient sans la CFDT ni l’UNEF aux cris de « Gouvernement populaire ! ». Présents dans le cortège, nous reprenions : « Gouvernement populaire oui ! Mitterrand, Mendès-France, non ! » Dès le lendemain, les directions ouvrières tombaient d’accord… pour s’incliner sans rechigner devant le diktat de De Gaulle, rassurées de retrouver un interlocuteur leur tenant le langage du pouvoir établi : ils pouvaient dès lors présenter aux travailleurs la couleuvre des accords de Grenelle et laisser là leurs laborieuses négociations sur le gouvernement.

La quasi-inexistence d’un processus d’auto-organisation englobant les militants des partis réformistes, d’une part, et les manœuvres strictement parlementaristes de ces partis, de l’autre, eurent des conséquences profondes et imprévues : la difficulté durable pour nombre de militants de Mai 68, à penser l’articulation concrète entre la mobilisation sociale et la définition d’un débouché politique prenant la forme de l’unité des partis ouvriers. Il en est également résulté une profonde déformation économiste de la plupart des organisations d’extrême gauche, qui se contentaient volontiers d’une différenciation envers les réformistes sur le terrain de la surenchère revendicative et qui imaginèrent le processus révolutionnaire sur le modèle d’un débordement général des appareils réformistes par un « nouveau Mai 68 poussé jusqu’au bout ».

C’était ne pas tirer toutes les conséquences de l’autre grande leçon de Mai : l’absence de parti révolutionnaire.

L’absence de parti révolutionnaire : combativité, conscience, organisation

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Nous avons dit que, s’il avait existé un parti révolutionnaire implanté en Mai 68, tout aurait été possible. Mais l’existence d’un tel parti n’est pas un élément supplémentaire, qui vient seulement se surajouter aux autres dans une crise révolutionnaire. Sa présence ou son absence conditionnent les recours de ceux qui ne peuvent plus gouverner comme avant et les réponses de ceux qui ne veulent plus être gouvernés comme avant. Aussi l’absence d’un parti révolutionnaire ne constitue-t-elle pas un simple manque. Elle détermine toute l’allure du processus : la pâte ne lève pas. Il manque dans chaque usine, chaque établissement, chaque quartier, la poignée de militants reconnus, et capables, dans un moment d’intense réceptivité des masses, de suggérer et de proposer : la remise en marche de la production et des transports au service de la grève ; l’élection de délégués révocables et leur centralisation au niveau de la localité, de la région, de la branche. Il manque ces militants capables de convaincre une section syndicale, une union locale, une fédération, afin que les perspectives deviennent l’enjeu d’un débat de masse au sein du mouvement ouvrier organisé. Une telle organisation révolutionnaire n’existait pas en 1968. Il en est résulté non seulement les limites immédiates du mouvement, mais encore la lenteur à assimiler ses leçons et à les méditer.

« Ce n’est qu’un début, continuons le combat ! » : ce mot d’ordre, avant de faire le tour du monde a fusé spontanément de la manifestation du 13 mai 1968. Ce n’est qu’un début… Oui, mais nous ne savions pas alors à quel point. Les premiers à reprendre le slogan pensaient qu’il s’agissait du début d’une révolution immédiate qui, épinglée à sa date, irait rejoindre dans l’histoire ses sœurs glorieuses de 89, 48, 71… Erreur sur les enjeux et sur les rythmes : ce n’était qu’un début mais le début d’une période de lutte prolongée et de réorganisation en profondeur des forces politiques et sociales. En ce sens, Mai 68, nous sommes encore dedans. »

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Concernant le débouché politique, les dirigeants des grandes organisations réformistes, PCF en tête, ont tout fait pour que la grève n’aboutisse pas sur une révolution sociale. Dès le 24 mai le gouvernement sait qu’il ne peut plus affronter les grévistes, trop nombreux et dispersés sur tout le territoire. Il ne peut compter que sur les bureaucraties syndicales et politiques pour négocier et briser la dynamique de la grève générale. La rencontre secrète Chirac-Krasucki du 24 mai prépare l’ouverture de négociations pour le lendemain. Krasucki, dirigeant de la CGT raconte: « Cela faisait plusieurs jours qu'on essayait d'entrer en contact. Au CNPF, c'était la panique. Ils voyaient le Grand Soir arriver. Ils pensaient qu'on allait les manger tout crus. On s'est dit que Pompidou devait être un peu moins con. Quand il a envoyé cet agité,  j'étais inquiet... Il avait l\'air de croire que je voulais le piéger. Il se figurait que la proclamation des Soviets était imminente, alors je lui ai dit qu'à notre avis, la prise du Palais d'Hiver, ce n'était pas pour tout de suite ! ». Le soir même a lieu la deuxième nuit des barricades, faite d’affrontements violents à Paris, mais aussi en province,  notamment à Lyon, Strasbourg, et Nantes. Le ministre de l’Intérieur Fouchet parle de « pègre » et d’ « anarchistes organisés ». L’Huma fait écho en parlant de « pègre » et de « racaille ». Le lendemain, à 15 heures, Pompidou, ouvre au Ministère du Travail, rue de Grenelle, la première séance de négociations. Le 27 mai, à 7 h30, Pompidou annonce triomphant à la presse le protocole d’accord. Georges Séguy lance depuis le perron de Grenelle: « La reprise du travail ne saurait tarder ». Il a alors sonné la retraite. La reprise est rejetée par la grande majorité des travailleurs, ce qui provoque la décomposition du régime, jusqu’à la « fuite à Baden de De Gaulle » le 29. Mais le lendemain, Pompidou arrive à convaincre De Gaulle d’une deuxième arme pour pour casser la grève: jeter au PCF l’os des élections législatives. Encouragé par la caste au pouvoir à Moscou, qui préfère le régime gaulliste à une révolution socialiste dans un grand pays industrialisé, il se jette dessus.

La grève générale de 1968 en France confirme la démonstration d’un exposé de Ernest Mandel intitulé « La grève générale »: pas de débouché politique sans facteur subjectif, un parti révolutionnaire. En voici la conclusion:  « Ce qui est absolument décisif c’est la préparation des conditions subjectives nécessaires pour faire adopter par la classe ouvrière dans sa majorité la nécessité d’une épreuve de force décisive avec la bourgeoisie.

Toute la logique de cet exposé, c’est qu’une grève générale, une grève générale active, une grève générale qui donne lieu à l’élection de conseils ouvriers, prépare une telle épreuve de force, qu’il y a énormément d’atouts du côté ouvrier. Plus un pays est industrialisé, plus la technicité des processus sociaux est avancée, plus d’atouts se trouvent dans le camp ouvrier.

Mais le facteur en dernière analyse décisif reste le camp qui prend l’initiative dans l’action. Prendre l’initiative dans l’action, même d’un jour, battre l’adversaire dans un moment décisif, cela change totalement les rapports de force. C’est là qu’on voit toute l’importance du parti révolutionnaire et du facteur subjectif pour changer le cours de l’histoire ! »

Une dernière question: la défaite électorale de la gauche n’était pas écrite, comme l’explique bien Chris Harmann dans « Quand la France prit feu: Mai 68 » , dont voici un extrait: « En mai, comme dix millions de personnes évoluaient ensemble, des individus de toutes sortes avec des idées assez conservatrices pouvaient concevoir une solution à leurs problèmes particuliers dans un effort collectif de masse. A la fin du mois de juin ils retrouvèrent de nouveau un monde dans lequel seule l’attitude individualiste pouvait apporter une amélioration personnelle. Les dernières étincelles de lutte étudiante et ouvrière semblaient désormais être source de chaos, de danger, et non plus être la clé pour réorganiser la société.

Cependant il n’y avait objectivement aucune raison pour que le mouvement se désagrège ainsi pendant la première semaine de juin. S’il le fit c’est parce que les organisation politiques et syndicales les plus puissantes au sein de la classe ouvrière concentrèrent tous leurs efforts à un retour au travail dans les services publics clés. Ce faisant, elles amenèrent précisément le changement d’attitude qui permit aux gaullistes de gagner les élections et qui accréditait l’idée selon laquelle aucun changement révolutionnaire n’était possible.

Ensuite, dire qu’il y avait un potentiel révolutionnaire au mois de mai ne signifie pas que le choix se résumait aux élections d’un côté et à la guerre civile de l’autre, comme le déclara de Gaulle le 29 mai. Il y avait une troisième option - l’extension et l’approfondissement du mouvement de manière à ce que le gouvernement soit empêché de recourir aux forces armées de l’État.

Cela aurait signifié encourager les formes d’organisations des grèves qui entraînaient tous les travailleurs, les plus « arriérés’ comme les plus avancés, à modeler eux-mêmes leur propre avenir - par des comités de grève, des assemblées générales régulières dans les usines occupées, des piquets de grève et des rotations d’occupations impliquant un maximum de gens, des délégations envoyées à d’autres usines et à d’autres sections de la société impliquées dans la lutte. Ainsi tout le monde aurait eu la possibilité de participer directement à la lutte et de discuter des leçons politiques à en tirer. Ceci aurait signifié aussi la généralisation des revendications de ceux qui luttaient de façon à ce qu’aucune section de travailleurs ne reprenne le travail avant que des décisions concernant des questions d’ordre vital qui préoccupaient les travailleurs d’autres sections ne soient prises - sur la sécurité de l’emploi, des emplois garantis pour les jeunes travailleurs, le paiement intégral des journées de grève, des droits syndicaux complets dans des usines anti-syndicats comme Peugeot et Citroën, un contrôle démocratique sur les diffusions d’émissions radio et TV par les représentants élus des journalistes et des techniciens.

Bâti sur ces bases, le mouvement aurait empêché le gouvernement de rasseoir son pouvoir. Si le gouvernement cédait aux revendications du mouvement, il ne serait qu’un canard boiteux, et clairement, il deviendrait l’otage du mouvement de masse des travailleurs . S’il ne cédait pas, il resterait incapable de venir à bout de la paralysie du pays assez rapidement pour empêcher ses propres partisans de rechercher une alternative « responsable » qui, à son tour, serait vraisemblablement prise en otage par le mouvement de masse. Dans les deux cas, le gouvernement n’aurait jamais été en état de gagner les élections de la fin juin. Le résultat des élections aurait été devancé par le mouvement dans les usines et dans les rues - comme cela allait être le cas en Grande Bretagne cinq ans et demi plus tard, lorsque un mouvement de moindre ampleur, la grève des mineurs de 1974, se prolongea jusqu’aux élections qui débouchèrent sur un vote contre le gouvernement en place.

Il n’y a, bien sûr, aucune garantie que, si le Parti communiste et la CGT avaient poussé pour cela, ils auraient gagné sur tous les points. Mais ce qui peut être dit avec certitude c’est qu’en refusant de mener campagne pour cela ils ont assuré la fin du mouvement de mai et la victoire électorale des gaullistes. Ils ont aussi fait en sorte que les syndicats français continuent à organiser une fraction moins importante de la classe ouvrière que dans tous les autres pays européens industrialisés malgré l’implication dans une grève la plus importante que les autres pays aient connue jusque là.

Cette troisième option n’aurait pas conduit immédiatement à une révolution socialiste. Mais elle aurait amené une situation politique d’une extrême instabilité dans laquelle une classe ouvrière victorieuse aurait pu prendre conscience de ses propres intérêts et de sa propre capacité à diriger la société. Il est certain que c’est parce que le champ des possibles était si largement ouvert que les dirigeants communistes et de la CGT se hâtèrent d’accepter la voie électorale, la voie la moins dangereuse pour sortir de la crise, même si celle-ci profita à de Gaulle. »

Reste surtout que comme Marx a écrit de la Commune, la réussite de la grève générale de 68 est d’avoir existé. Alors que les dirigeants réformistes affirmaient que le progrès social était assuré d’élections en élections, alors qu’elles n’ont jamais conduit nulle part à mettre à bas la dictature capitalise, Mai 68 fut la confirmation de l’actualité de la révolution socialiste dans les pays capitalistes développés.

Reste à voir quelles leçons peut-on tirer de la grève générale de 68 en France ?

Les conditions du démarrage 

Le développement d’une grève générale semble exiger un « alignement des planètes », c’est à dire des circonstance exceptionnelles qui fracturent la routine de la vie quotidienne. En 68, ces planètes, ce sont au moins les cinq facteurs suivants qui ont fait l’objet d’articles dans cette série:

• des luttes de libération anti-coloniales acharnées et souvent victorieuses comme en Algérie, à Cuba ou en Indochine. Rappelons en plus la création en 1966 de la Tricontinentale qui rassemble les révolutions et organisations révolutionnaires qui affirment leur indépendance par rapport aux deux grands blocs. 

• une révolte anti-autoritaire, et souvent anticapitaliste, à commencer par celle de la jeunesse, qui depuis au moins Berkeley en 1964 aux Etats-Unis s’étend assez vite dans tous les pays industriels 

• l’espoir d’un socialisme démocratique grâce aux luttes anti-bureaucratiques dans les pays dits « socialistes », notamment en Pologne, en Tchécoslovaquie, en Yougoslavie. Les maoïstes de tous pays de l’époque auraient ajouté la « Grande Révolution Culturelle ». Il s’agissait en fait plus d’une manoeuvre d’appareil de Mao, mais l’important ici, c’est qu’ils croyaient dans sa nature anti-bureaucratique, autrement dit d’alternative au modèle russe. 

• en France même, une fragilisation de la chape de plomb gaulliste. En 1965, De Gaulle a cette été réélu, mais il a été mis en ballotage par Mitterrand. Et plus important, et plus rapproché de Mai et Juin 1968, lors des élections du printemps 1967, le bloc parlementaire de droite ne sort majoritaire que d’un député, et encore grâce à la fraude habituelle dans l’Outre-Mer. De plus, ce bloc est divisé entre gaullistes et giscardiens. 

• l’arrivée des baby-boomers à l’université, alors que celle-ci n’a pas été préparée pour les accueillir, d’où le plan Fouchet de sélection. 

• enfin, les premières vagues de licenciement et un ralentissement de la croissance économique, liées notamment à la concurrence ouverte dans l’espace du Marché Commun, bien qu’il ne concernait alors que six pays (les trois du Bénélux, France, Allemagne et Italie). D’où une augmentation du nombre de chômeurs. 

Ces facteurs font qu’il existait en 1968 une volonté politique répandue parmi les jeunes et les travailleurs d’en découdre avec le régime et son monde d’exploitation. Sans cette volonté politique, quelle que soit l’ampleur de la réaction contre la répression des étudiants, la journée de grève du 13 mai n’aurait pas abouti au décollage des grèves, à la grève générale, et à un mouvement de remise en cause radicale du capitalisme.

Par définition, l’histoire ne se répète pas. Mais avons nous une sorte d’« alignement des planètes » susceptible de d’enflammer la plaine ? Sans prétendre répondre définitivement, on peut au moins retenir et discuter de la portée des facteurs suivants, tous très différents de ceux signalés plus haut:

• l’explosion indécente des inégalités. La concurrence entre capitaux, bien plus féroce 50 ans plus tard, dans le cadre de la globalisation des échanges de biens, services et capitaux, et de la financiarisation, engendre, pour que chaque territoire conserve sa compétitivité, une maximisation du profit et un accroissement vertigineux des inégalités. Pire dans le cas français, du fait des résistances des travailleurs, ces inégalités ne sont pas aussi importantes que dans la plupart des autres pays, mais la fonction assignée au macronisme par la bourgeoisie française est justement de rattraper ce retard. Il va vite et fort. Les résistances ne se développent pas au même rythme, du fait des manoeuvres des bureaucraties syndicales et politiques, mais avancent. 

• un taux de chômage très élevé. Le macronisme, accélération des politiques menées depuis 10 ans, entend faire reculer le taux de chômage par un taux d’exploitation plus élevé, donc des profits et des investissements plus élevés. Mais cela ne fait qu’augmenter le nombre de travailleurs pauvres, l’explosion des inégalités déjà mentionnée, et le rejet du capitalisme. 

• la prise de conscience que la dynamique d’accumulation capitaliste détruit la planète et les conditions d’existence, et même de survie, des générations à venir. Là aussi, le retard est patent. Mais il suffira d’une catastrophe « naturelle », à court ou moyen terme, provoquée par cette accumulation, pour que cette conscience fasse un bond spectaculaire, en un temps très bref. Les occasions ne manqueront malheureusement pas.  

• l'expérience des révolutions arabes, des mouvements Occupy, Siriza, Podemos... qu'il faut dépasser.

• face aux attaques de Macron, une explosion des luttes défensives qui parfois gagnent même si c'est dans le cadre d'un recul général (100 grèves victorieuses sur les 8 derniers mois). Depuis deux ans et demi (mars 2016) des tentatives répétées de faire face aux attaques de Macron par des journées d'action parfois bien suivies ou par des grèves à détermination certaine, dans des secteurs économiquement ou politiquement marginaux (nettoyage, hôtellerie, Ehpad...) mais aussi des secteurs importants (cheminots, électriciens et gaziers, postiers, hospitaliers...), où, peu à peu, se construit pour bien des militants, par delà les frontières organisationelles, une "compréhension commune de la période" et des "tâches à y mener" (définition de ce qu’est un parti pour L. Trostsky dans le programme de transition).

• un mouvement de jeunes étudiants et lycéens contre la sélection, le projet d'une société "élitiste" de Macron qui politise à toute vitesse toute une fraction de la jeunesse scolarisée en lui faisant perdre les illusions sur « l'ascenseur social ».

• une détermination à faire face à la répression policière violente et aux exactions des groupes fascisants qui n'ébranle pas le mouvement et fait tomber les illusions sur la démocratie bourgeoise, ou la dictature des patrons.

• un mouvement qui va durer encore longtemps dans une espèce de gréve générale rampante au vu des attaques qui continuent et au vu que la classe ouvrière n'est pas brisée ; une durée longue qui permet une accumulation d'expériences, de création de réseaux militants de la grève générale, comme le Front Social, et donnera probablement des occasions de construire les convergences et les outils politiques pour leur permettre d'aboutir.

Evidemment, personne ne peut prédire, pas plus en 2018 qu’en 1968, quand les conditions d’une explosion seront réunies. Mais la volonté politique d'en découdre s’accumule bien. 

Les conditions du succès

Certaines grèves générales n’ont pour objectif que de créer le rapport de force pour contrer les attaques du gouvernement ou pour imposer des revendications. La grève doit alors être massive pour créer le rapport de force suffisant, que cela soit en frappant les profits de la bourgeoisie, ou en menaçant d’une insurrection qui mette à bas son Etat.

Tel était bien le cas en 1968. La plus grande grève générale de l’histoire de France a ébranlé l’économie et menacé le régime. Le rapport de force permettait de satisfaire les revendications des grévistes bien au delà des résultats de Grenelle, notamment en conquérant en plus l’annulation des ordonnances de 1967, la semaine de 40 heures, le rétablissement de l’échelle mobile des salaires, un salaire mini de 1000 F dans les grandes entreprises, ou une augmentation des salaires de 20 et non pas 10%. 

Au contraire, la bourgeoisie, avec l’aide des bureaucraties syndicales et des politiciens associés, a fait plier les 9 millions de grévistes pour qu’ils acceptent le plat de lentille de Grenelle. Il a manqué en 1968 les équipes militantes dans les principales entreprises qui auraient contribué au développement de l’auto-organisation des travailleurs. C’était la condition de leur indépendance vis à vis des bureaucraties syndicales et du rejet massif du deal de Grenelle. C’est aussi une leçon pour aujourd’hui: sans des militants lutte de classe implantés  dans les centres de travail, les bureaucraties syndicales pourront toujours forcer le reprise pour un plat de lentilles, en usant des manoeuvres anti-démocratiques telles que celles utilisées contre la  grève en 1968.

Mais la grève générale se déclenche presque toujours, comme en France en 1968, avec une volonté très politique de se débarrasser au moins du gouvernement. Elle a en 1968 exprimé la volonté de se débarrasser d’un régime d’exploitation. Pourtant, en France comme dans beaucoup d’autres pays, elle n’a pas eu de débouché politique. Il y manque en effet le plus souvent le facteur subjectif. L’article précédent de cette série (Mai 68: situation révolutionnaire ?) explique que les conditions d’une révolution n’étaient pas réunies en 1968, du fait de l’absence, ou extrême faiblesse, de ce facteur. La situation est-elle plus favorable aujourd’hui ?

Elle est plus favorable pour au moins deux raisons. Premièrement, la construction d’organisations révolutionnaires est bien plus avancée aujourd’hui qu’en 1968. Deuxièmement les freins à leur développement, comme à l’auto-organisation des travailleurs sont bien moindres qu’en 1968. Ces freins étaient et demeurent les organisations réformistes, PC en tête en 1968. En 2018, les organisations réformistes sont beaucoup jour plus faibles. Elles agitent le calendrier électoral comme solution, alors que la bourgeoisie, car  nous ne sommes pas dans une période d'expansion économique comme en 1968, attaque tous les jours. A chaque élection, qu’elle soit présidentielle, législative ou référendaire, les politiciens de gauche, quand ils gagnent dans les urnes, finissent par se coucher. La gravité des reculs passés et des attaques en cours dévoile la fonction désormais principale des élections: un leurre pour les travailleurs et l’accès aux mangeoires pour les politiciens professionnels.

La situation est par contre moins favorable pour au moins deux raisons. Premièrement  en 1968, la masse des travailleurs et une grande partie de la jeunesse aspiraient à dépasser le capitalisme vers le socialisme qui avait triomphé dans de nombreux pays, et continuait à inspirer les luttes de libération nationale. Ce n’est plus autant le cas aujourd’hui. Le projet d’une révolution sociale et d’une démocratie socialiste est en reconstruction, qu’on l’appelle socialisme, communisme, autogestion généralisée , démocratie véritable ou autre.

Deuxièmement, l’Etat dispose de moyens de surveillance et de répression plus avancés qu’en 1968. L’autodéfense indispensable pour faire triompher la cause du travail et donc mettre à bas la dictature du capital demande de disposer d’expériences et d’organisations bien plus fortes. 

Autrement dit, pour surmonter la première et la seconde faiblesse, il reste aux révolutionnaires à travailler à reconstruire le projet d’émancipation sociale, et à reconstruire ses organisations.

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50 ans plus tard...

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Ma série « 1968 »

- Première partie « Mise en jambes »: 37 articles à consulter ici

- Deuxième partie couvrant Mai et Juin, « La plus grande grève générale en France ». 42 articles déjà parus à consulter ici

- Troisième partie, « Bilans et secousses », qui comptera des dizaines d’articles d’ici la fin de l’année.

Article déjà paru:

  1. Mai 68: une situation révolutionnaire ?

    Bonne lecture. Merci pour vos commentaires. Merci aussi de diffuser.  

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