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Billet de blog 30 oct. 2020

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LA FRANCE SOUS LA MENACE DU DARWINISME SOCIO-SANITAIRE

L'OMS nous classe parmi les pays du monde avec le plus de cas. Faisant moins bien que l'Allemagne ou l'Italie, les autorités expérimentent un darwinisme socio-sanitaire : d’un côté, les retraités, les chômeurs, les petits commerçants et les étudiants exclus de l'espace public, des rues et des places; de l’autre, ceux qui font tourner le CAC 40 et les enseignants qui gardent leurs enfants.

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ÉVOLUTION DES DÉCÉS HEBDOMADAIRES EN EUROPE DE L'OUEST DEPUIS LE 13 JUILLET © Source: Données OMS

Dans sa dernière livraison sur la pandémie du COVID-19, l’OMS nous classe parmi les pays du monde qui enregistrent le plus de cas en octobre (derrière l’Inde et les Etats-Unis et devant le Brésil). Quel record ! Les plus hautes autorités du pays auraient été surprises de la vitesse de la deuxième vague. Une assertion qui fait polémique : pour Le Monde, elle est « fausse ». Or, la question est d’importance, selon les pays, le nombre de morts, proportionnellement à leur population, varie considérablement selon les décisions des autorités et les choix des populations. Souvenons-nous qu’entre des pays comparables, ceux de l’Ouest européen, la létalité de la première vague a été quatre fois plus élevée en France qu’en Allemagne, selon l’OMS. Et cinq fois plus en Espagne et en Italie qu’outre-Rhin.

Or, tout donne à penser que la France est déjà la lanterne rouge de la deuxième vague parmi les puissances de l’Europe de l’Ouest. J’avais, ici même, publié le 11 octobre, dans un blog titré « Covid-19 : les Italiens font mieux. Pourquoi ? », les courbes d’évolution des décès en France et dans les grands pays voisins, depuis les vacances d’été, qui montraient que les Français payaient un tribut disproportionné par rapport aux Italiens : près de trois fois plus.

L’évolution de la courbe des décès reflète avec un retard d’un mois, les effets de la contagiosité (compte-tenu du délai d’incubation et de la durée moyenne d’hospitalisation jusqu’au décès). Ainsi, l’évolution alarmante des données de mortalité en France indiquait une accélération brutale de la contagiosité dès la fin des congés d’été, à la différence de l’Italie. Nos voisins ont déconfiné en tirant des leçons de la première vague, et nous, pas, bien que les appels en ce sens n’aient pas manqué.

En juillet, j’ai débuté mes vacances à Barcelone où les touristes étaient bien moins nombreux que les années précédentes. Nous nous sommes accoutumés au port du masque - une obligation dans les rues espagnoles déconfinées (je me suis fait reprendre dans un petit village par une patrouille de la Guardia civil pour être sorti en oubliant de me masquer). Mais, à Fréjus-Saint Raphaël, où la cohue était la règle, nous étions rares à être masqués. De là, pour montrer un peu d’Italie aux enfants, nous avons fait un saut à San Remo où sur les trottoirs le port du masque était général, obligatoire qu’il était dans les magasins. En France, les autorités attendirent le retour des congés payés pour rendre le masque obligatoire ; la priorité était au boom touristique, le Premier ministre, l’attention accaparée par les 10% du PIB que pèse le tourisme, une performance menacée par la fuite des touristes étrangers, poussait à la cohue des congés payés. Le port du masque ne pousse pas à faire foule? Il entretient du mystère, engendre des doutes. Se masquer est un geste qui rappelle la distanciation sociale aux distraits.

Cet été, nous avons gaspillé ce qui avait été péniblement gagné dans notre enfermement du printemps. Alors, l’automne venu, nous nous renfermons pour la deuxième fois. Les insuffisances des réactions des autorités et de la société françaises sont rapportées par les observateurs étrangers qui soulignent qu’elles privilégient la croissance des affaires, du PIB au détriment du contrôle de l’épidémie. Ainsi, le 15 octobre, alors qu’un couvre-feu est décrété, Adam Nossiter, le chef du bureau du New York Times, titre : « Un Demi-pas de Macron Suffira-t-il à Émousser la Deuxième Vague en France ? »

Quinze jours, plus tard, la réponse est Non ! La courbe des décès se verticalise et dépasse celle de l’Espagne, plus ou moins stabilisée : on déplore un doublement des morts d’une semaine à l’autre, selon l’OMS, 670 du 12 au 18 octobre et 1 243 du 19 au 25).

Le confinement qui débute aujourd’hui infléchira la courbe de la mortalité dans un mois. D’ici là, la simple prolongation de la tendance actuelle, un doublement chaque semaine, entrainerait autant de décès que durant la première vague (pour rappel, une trentaine de milliers). Bien entendu, aucun de nos voisins n’échappe à la deuxième vague. Mais, comme lors de la première, le tribut des décès variera considérablement en fonction des choix des autorités, des sociétés et de la qualité des organisations. Jusqu’à présent, la deuxième vague cause 2,7 fois plus décès qu’en Italie (la population française étant 1,1 fois celle de l’Italie).

DEUXIÈME VAGUE : DÉCÉS DEPUIS LE 5 AOÛT

Allemagne: 908

Italie:1 558

Espagne: 4 457

France: 4 215

(Source des données : OMS)

D’ici que la deuxième vague s’essouffle, peut-on espérer que les leçons des erreurs de l’été passé en France auront été tirées ? Et que le deuxième déconfinement aura des effets plus durables que le premier ? Ou sommes-nous abonnés à la lanterne rouge? Rendez-vous dans quinze jours.

D'ici là, on expérimente le darwinisme socio-sanitaire de façon décomplexée: les rues et les places réservés à ceux qui font tourner les indices boursiers du Big Business, ceux qui justifient d'un sauf-conduit de leur entreprise (y compris lorsqu'ils sont en télétravail et qui ont des réunions de travail occasionnelles) ou de l'établissement scolaire où les enseignants gardent leurs enfants. Et ceux sans sauf-conduit à présenter: Les retraités, les chômeurs, les petits commerçants, les étudiants au confinement! Les pauvres, toujours plus nombreux (+ 13 % de RSA à Paris, ville riche, en 4 mois) : ouvrez l'oeil quand vous prenez l'air ! Les forces de l'ordre veillent au grain, le carnet des amendes à la main. 

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