Mots-arts et Monarc

Qui peut bien être la triste figure de sous-fifre qui a décrété que Macron était un "Mozart de la finance" ?

Mozart de la finance ! J’ai appris par le récent billet de Sarah

(https://blogs.mediapart.fr/sarah-seignobosc/blog/270319/ce-que-nous-apprendra-emmanuel-macron-partie-2

qu’on avait désigné par cette appellation Emmanuel Macron.

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 Quand le « syntagme » n’est pas un franc oxymore ( c’est à dire quand les mots qu’il réunit ne sont pas logiquement opposés), la figure s’appelle « alliance de mots ».

Ce titre est une alliance de mots, très certainement involontaire.

Mozart ! Une sorte de dieu vivant en nos cœurs, enfant - lumière,  génial et touchant inventeur, toujours recommencé. Une mer musicale.

La finance ! Une discipline rasoir à tous les sens du terme. Génératrice de comptables, engendreuse d’ennui, génitrice de crime et de corruption.

Non, Mozart et la finance ne sont pas logiquement contraires l’un de l’autre, ce qui n’a aucun sens. Mais ils appartiennent à deux champs opposés, les deux visages d’homo sapiens, être sensible et esthète d’un côté,  cupide et vénal de l’autre. Le bien et le mal, n’en déplaise à Fred.

La finance ne peut avoir de Mozarts. Ce n’est pas un art. À peine une technique. Elle est née au Moyen-Âge parce que les rois avaient besoin d’argent pour faire la guerre et pouvoir rembourser leurs banquiers. Elle a connu un essor exponentiel parallèle à celui du développement, du progrès, de la consommation. La finance, c’est ce qui permet de fabriquer Fukushima, c’est ce qui permet de rouler diesel, c’est ce qui permet de bétonner à tout va. C’est ce qui permet les AVC, le cancer, le diabète, etc. Et ce qui permet aussi, comme dans Ernest et Célestine, les scanners, les chimio, les médicaments pour traiter les maux précédents. Je voudrais bien que quelqu’un refasse Ernest et Célestine, cette fois-ci le couple infernal ne serait plus un dentiste et une marchande de bonbons, mais une cancérologue et un buraliste. Ou alors, un financier et une croque-mort. Pourquoi pas un Mozart de la pub et une M’Bapé de l’écologie politique ?

Donc, ce qui se voulait sans doute hyperbole (on se demande d’ailleurs pourquoi, Macron comme ministre des finances n’a guère brillé, un type comme Bérégovoy a été d’une toute autre trempe), n’est en fin de compte que piètre alliance de mots, blasphématoire sur le plan artistique, servile et hypocrite sur le plan politique. Et sûrement involontaire, ce qui ne décharge ni du blasphème, ni de la servilité, ni de l'hypocrisie.

Qui peut bien être la triste figure de sous-fifre qui a décrété que Macron était un "Mozart de la finance" ?

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