Nuisances

Mais ce nuage de gaz qui asphyxie tout le monde ? Qui a le plus pollué ? les trous du cul en moto ? Ou les lacrymo ? Qui a foutu le plus de bordel ? Qui m'a fait descendre le rideau ? Un jour, un ami Musulman m'a dit un truc auquel j'avais jamais pensé : "Œil pour œil, dent pour dent", ça veut dire aussi que la vengeance ne doit pas dépasser le tort."

Ce mercredi se passait bien.  Je relis L’Armée furieuse. Grande magie. Un commissaire fou et flou qui enquête en même temps sur un pigeon martyrisé, sur l’assassinat d’un capitaine d’industrie par son fils qui cherche à faire porter le chapeau à Momo, jeune incendiaire révolté et récidiviste, et sur la Mesnie Hellequin, armée furieuse (c'est à dire folle), constituée de morts pourrissants, dont la légende depuis mille ans est la cause de morts mystérieuses ! Grande magie rationnelle.

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Puis, une moto, échappement à peu près libre, le rodéo recommence. Grande lassitude. J’appelle jamais pour un rodéo. J’ai peur que les flics coursent ce con sans casque. Alors je subis. Petit à petit, la galerie augmente en nombre. C’est monté jusqu’à combien, je sais pas. 30, 40, 50, peut pas dire, surtout que c’est étendu, les types se groupent en plusieurs endroits. Beaucoup d’enfants. Quelle tristesse. Voilà comment, entre autres, la connerie se propage : ces grands-là, ils sont plus fun que les grands usuels (parents, maîtres d’école, etc.) C’est le modèle. C’est l’exemple. Je reçois la visite de cinq gamins qui en fait, veulent juste chahuter. Parmi eux, un a été inscrit à la librairie-école par ses parents. Ça n’a pas duré. Juste une fois. Pas revenu. L'a sûrement fait la vie aux parents.

Par moment, ça se calme. La moto passe de main en main. Un enfant monte en croupe ! L’éducation continue. Par moment, au contraire, ça augmente, beaucoup plus de monde.

Vers 17 heures, alors qu’on a le silence depuis déjà quelque temps, des types qui courent. Dans un sens, dans l’autre. Certains filment. Et puis, des fumigènes tombent sur le parking. Je descends le rideau, un type se précipite pour entrer. Je l’en dissuade. Le rideau se coince dans mes présentoirs, mais je surveillais, j'entrouvre, je repousse, ça se décoince, je referme et finis de descendre le rideau. Je monte pour téléphoner au 17 depuis le poste fixe.
— Bonjour, je suis au 11 avenue Paul Brard à Conflans Sainte Honorine. Des fumiers viennent de balancer des lacrymogènes sur le parking du centre commercial. J’ai descendu le rideau. Ils nous font chier depuis le début de l’après-midi avec une moto. Mais là, c’est carrément des types qui viennent de balancer des fumigènes.
— Des fumigènes, ou des lacrymogènes ?
— Les deux. Ça dégage une sacrée fumée, je sais pas si c’est lacrymogène, mais ça fait tousser.
— Ils sont combien ?
— Peut pas vous dire, je ne vois plus rien, avec le rideau baissé. Mais tout à l’heure, ils étaient un bon paquet. Peut-être 30, ou 50.
— Bon, on va envoyer quelqu’un.
Il prend mon nom, me fait confirmer l’adresse.

Deux ou trois minutes plus tard, il rappelle :
— C’est nos collègues qui ont lancé les fumigènes. Nous avons été appelés pour le rodéo, nous sommes intervenus, et ça s’est mal passé. Ils nous ont caillassé. Alors, on a été obligé de lancer des fumigènes.
Mer d’alors ! Dans ma petite tête, je me dis : « Le remède est pire que le mal . »
— Excusez-moi pour le « fumier » !
Il rigole.
— C’est pas grave. Ça va être un peu mouvementé pendant quelques temps.

Je ne leur jette pas la pierre. D’abord, parce qu'en bientôt dix ans, je les ai déjà appelés un paquet de fois. Parce qu’il n’y a rien d'autre à faire. Est-ce que j’aurais pu sortir et parler aux sots qui nuisent ainsi à tout le monde ? Je ne l’ai pas fait, en tout cas. Il est vrai que je n’étais pas sûr de pouvoir parler au type quand il pose la moto. Quant à se mettre au milieu de la route… Ça marcherait ou pas ? Un type tout seul devant les chars en 88 à Tien An Men. Moi tout seul devant juste une moto. C’est pas comparable. Paradoxalement, une colonne de chars, ça prend toute la place, donc un seul homme la stoppe. Mais une moto, le gars aurait juste à me contourner. J’aurais peut-être dû quand même. Peut-être qu’il suffit d’une personne ? Qu’ensuite, d’autres viennent ? Je repense à ma chaîne humaine. Dans cet article, je jetais cette idée en alternative à la méthode municipale consistant à tout raser.

 https://blogs.mediapart.fr/jean-max-sabatier/blog/240918/cinema-de-quartier

Dérisoire idée ?

Mais ce nuage de gaz qui asphyxie tout le monde ? Qui a le plus pollué ? les trous du cul en moto ? Ou les lacrymo ? Qui a foutu le plus de bordel ? Qui m'a fait descendre le rideau ? Un jour, un ami Musulman m'a dit un truc auquel j'avais jamais pensé : "Œil pour œil, dent pour dent", ça veut dire aussi que la vengeance ne doit pas dépasser le tort."

Condamnons pas. Métier pénible, difficile. Contagion de la connerie. Mais réfléchissons, parlons de ça. Il faudrait arrêter de laisser faire.

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