Leur sottise, leur fausseté, leur petitesse

Jean-François Kahn, Bernard-Henri Lévy, Christophe Castaner, Sybeth Ndiaye, Gilles Legendre, Emmanuel Macron, et aussi Rita Skeeter et Cornélius Fudge.

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Jean-François Kahn, — « Ce n’est jamais qu’un troussage de domestique ! » — à propos du viol d’une femme de ménage par le directeur du Front Monétaire International, participe au lynchage collectif de Front Populaire. Comment peut-on l’ouvrir encore ? Me fait penser au sénateur dans la P. respectueuse.

Bernard-Henri Lévy traite Onfray de fasciste et lui jette à la tête le nazi Déat, lui qui a « lu tout Botul ».

Christophe Castaner et son « soupçon avéré », suivi du lâchage des flics, si funeste pour cette pauvre Mariane déjà tant malmenée.

Sybeth Ndiaye, porte-parole du président, assume de mentir pour protéger le président !

Gilles Legendre (je ne choisis rien, tout est bon dans le Legendre).

Emmanuel Macron (idem. Y a des trucs graves, des trucs terribles mais l’échelle est ouverte, et il est là pour encore presque deux ans. L’attribution du pompon est donc par essence provisoire). Rendez-vous en mai 2022 pour le mur du con.

Toutes les diatribes de médias aux ordres, aux ordres d’un pouvoir comme à celui d’un lectorat.

Trapaidem qui me censure et ne s’aperçoit pas qu’il valait mieux pour Ivlas Nelle qu’on explique son mensonge par son homophobie, refoulée ou non, plutôt que de la mêler au lynchage d’Onfray par les médias aux ordres. Et donc d’y mêler Trapaidem en entier, qui est né sur le fumier d’une presse discréditée. Et de souiller ainsi une image de marque de propreté et de vérité.

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Pourquoi tout ce joli monde n’a-t-il jamais lu Montaigne, qui fait la démonstration de ce que l’honnête est utile ? Devant la faiblesse de notre mémoire et de notre intelligence, soyons franc, soyons exact, soyons juste. Cela nous évite d’avoir à jongler entre nos mensonges et nos errements. Le confort de la justesse. Mais Montaigne, hein ? Je crois que les plus ignares sont souvent les plus cons, les plus méchants, les plus malhonnêtes. Je le vois bien dans le quartier Paul Brard. C’est vrai aussi dans la jet set.

Je relis Harry Potter tous les ans. En ce moment, j’en suis à l’apogée : le tome 5.  L’apogée, car c’est un cours de révolution et de stratégie. Ce que je chéris surtout, ce sont ces ados qui décident de faire eux-mêmes, de faire quand-même. Ça me fait penser à Greta, et aussi à Front Populaire. Gonflés, les jeunes ! Réparer le monde, il est question.

Dans Harry Potter, il y a tout. J’en ai déjà parlé. Nouvel exemple pour illustrer aujourd'hui sottise et déni en politique et en presse, appliqués à la manipulation de l’opinion.

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À chaque fois que le ministère de la magie (ce qui, dans le conte philosophique de Joanne Kathleen Rowling correspond à notre gouvernement), entre en contact avec Harry, ça se passe mal. Sottise, injustice, déni, incompétence sont à la tête du monde sorcier, à tel point que c’en est prophétique (quand l’œuvre a été écrite, on ne connaissait pas encore des gens tels que Macron, Castaner, Legendre, Ndiaye).

Dans Harry Potter, la presse existe en trois organes : La Gazette du sorcier correspond à notre presse d’information. Sorcière hebdo est un mélange Paris-Match-Gala-L’Obs. Et celui qui sauve les ados qui luttent, c’est le Chicaneur. Une feuille dédiée à l’absurde ! Rien de véridique, rien de vraisemblable. Certainement, peu de lecteurs, bien que la question ne soit jamais évoquée.
Dans La coupe de feu, les trois enfants ont eu affaire à Rita Skeeter, qui écrit avec sa « plume à Papote », métaphore de la construction commerciale et frelatée d’un discours faux et doré qui remplace automatiquement tout ce qui est dangereux, donc invendable. La vérité. Surtout quand elle fait peur ou qu’elle dérange. Quand Rita sort sa plume à Papote de son sac et l’essaye avant de l’utiliser, ça donne ça :

— Essai… je m’appelle Rita Skeeter, reporter à la Gazette du sorcier.
Dès que Rita Skeeter eut fini de parler, la plume verte se mit à écrire toute seule, glissant d’un bord à l’autre du parchemin. Harry lut du coin de l’œil : Séduisante blonde de quarante-trois ans, Rita Skeeter, dont la plume acérée a dégonflé bien des réputations surfaites…

Et quand Harry, contraint à l’interview, balbutie des « heu » et des « mais non, ce n’est pas ça… », ça donne l’outil qui permettra par la suite au ministère d’empêcher Harry d’être cru quand il affirmera que Voldemort a repris vie.

Dans l’Ordre du Phénix, Hermione a su juguler Rita. Car elle l’a démasquée : Rita est une Animagus qui ne s’est jamais déclarée, et c’est grâce au fait qu’elle se transforme en scarabée qu’elle espionnait et chassait le scoop. Maintenant, Hermione peut la faire chanter.
Le ministère, infiltré et financé par les Mangemorts, a appliqué un régime d’exception à l’école Poudlard. Les cours de défense contre les forces du mal sont vidés de leur contenu, car Cornélius Fudge le chef de l’exécutif a peur d’être supplanté par Dumbledore, directeur de Poudlard, danger imaginaire et acceptable, au lieu d’avoir peur de Voldemort, danger réel et effrayant.
Hermione, toujours elle, a eu l’idée de travailler quand-même cette discipline stratégique et vitale. Et elle a songé à Harry comme professeur ! Idée saugrenue, hallucinante ? En fait non. Do it ourselves
Luna Lovegood, qui participe à l’atelier clandestin de lutte contre le ministère, est la fille du directeur du Chicaneur.

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— Cho ? dit aussitôt Rita en pivotant sur son siège pour dévisager Harry d'un regard avide. Une fille ?
Elle attrapa son sac en crocodile et fouilla à l'intérieur.
— Même si Harry sortait avec une centaine de filles, cela ne vous regarderait pas, dit Hermione à Rita d'un ton glacial. Alors vous pouvez tout de suite ranger votre petit matériel.
Rita était sur le point de sortir une plume d'un vert criard qu'elle remit aussitôt dans son sac avec l'air de quelqu'un qu'on vient d'obliger à avaler un flacon d'Empestine.
— Qu'est-ce que vous fabriquez là ? demanda Harry.
Il s'assit et regarda successivement Rita, Luna et Hermione.
— C'est ce que la petite Miss Parfaite s'apprêtait à me dire quand tu es arrivé, répondit Rita en buvant bruyamment une longue gorgée de son verre. J'espère quand même que j'ai le droit de lui parler ? lança-t-elle à Hermione.
— En effet, vous avez le droit, répliqua Hermione avec froideur.
Le chômage ne convenait guère à Rita. Ses cheveux autrefois soigneusement bouclés étaient à présent ternes, négligés, et pendaient tristement autour de son visage. Le vernis écarlate qui recouvrait ses ongles, semblables à des serres, était écaillé et deux ou trois fausses pierres manquaient à ses lunettes en amande. Elle but une nouvelle gorgée et demanda du coin des lèvres :
— Elle est jolie, Harry ?
— Un mot de plus sur la vie sentimentale de Harry et le marché ne tient plus, je vous le garantis, dit Hermione d'un ton irrité.
— Quel marché ? interrogea Rita en s'essuyant la bouche d'un revers de main. Tu ne m'as pas encore parlé de marché, Miss Bégueule, tu m'as simplement dit de venir te retrouver ici. Oh, toi, un de ces jours…
Elle prit une profonde inspiration qui la fit frissonner de la tête aux pieds.
— C’est ça, un de ces jours, vous écrirez d'autres articles horribles sur Harry et sur moi, dit Hermione avec indifférence. Allez-y, trouvez donc quelqu'un que ça intéresse.
— Cette année, ils n'ont pas eu besoin de moi pour écrire des articles horribles sur Harry, répliqua Rita.
Elle lui jeta un regard en biais par-dessus son verre et ajouta dans un murmure rauque :
— Comment as-tu réagi en lisant ça, Harry ? Tu t'es senti trahi ? Désemparé ? Incompris ?
— Il est en colère, bien sûr, répondit Hermione d'une voix dure et distincte. Parce qu'il a dit la vérité au ministre de la Magie et que le ministre est trop bête pour le croire.
— Alors, tu t'en tiens à ton histoire selon laquelle Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom est de retour ? dit Rita.
Elle abaissa ses lunettes et soumit Harry à un regard perçant pendant que son doigt s'aventurait avec convoitise vers la fermeture de son sac en crocodile.
— Tu maintiens toutes ces salades que Dumbledore a racontées à tout le monde au sujet du retour de Tu-Sais-Qui dont tu serais le seul témoin ?
— Je n'étais pas du tout le seul témoin, gronda Harry. Il y avait une douzaine de Mangemorts également présents. Vous voulez leurs noms ?
— J'aimerais beaucoup, confia Rita dans un souffle.
Elle fouillait à nouveau dans son sac à présent et regardait Harry comme s'il offrait le plus beau spectacle qu'elle eût jamais vu.
— J'imagine le titre en grand : « Potter accuse… » avec en sous-titre : « Harry Potter révèle les noms de Mangemorts qui se cachent parmi nous ». Et puis, en légende d'une belle grande photo de toi : « Harry Potter, quinze ans, l'adolescent perturbé qui a survécu à l'attaque de Vous-Savez-Qui, a provoqué un scandale hier en accusant d'éminents et respectables membres de la communauté magique d'être des Mangemorts… »
La Plume à Papote était maintenant dans sa main et à mi-chemin de sa bouche lorsque l'expression d'extase de son visage s'évanouit.
— Mais bien sûr, dit-elle en baissant la voix et en fusillant Hermione du regard, la petite Miss Parfaite ne veut surtout pas que je raconte cette histoire, n'est-ce pas ?
— Eh bien, en réalité, répondit Hermione avec douceur, c'est au contraire ce que veut la petite Miss Parfaite.
Rita l'observa avec des yeux ronds. Harry également. De son côté, Luna chantonnait Weasley est notre roi d'une voix rêveuse et remuait le contenu de son verre à l'aide d'un bâtonnet sur lequel était piqué un oignon mariné.
— Tu veux que je rapporte dans un article ce qu'il a dit au sujet de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom ? demanda Rita à Hermione d'une voix étouffée.
— Oui, c'est ça, répondit Hermione. La véritable histoire. Tous les faits. Exactement comme les raconte Harry. Il vous donnera tous les détails, il vous révélera les noms des Mangemorts clandestins qu'il a vus là-bas, il vous dira à quoi ressemble Voldemort maintenant — oh, je vous en prie, ressaisissez-vous, ajouta-t-elle avec mépris en lui jetant une serviette.
Au nom de Voldemort, Rita avait tellement sursauté qu'elle avait renversé sur elle la moitié de son Whisky pur Feu.
Elle épongea le devant de son imperméable crasseux sans quitter Hermione du regard. Puis elle lâcha soudain :
— La Gazette n'imprimera jamais ça. Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, personne ne croit ces histoires à dormir debout. Tout le monde pense qu'il a des hallucinations. Maintenant, si tu veux bien me laisser écrire quelque chose sous cet angle…
— Nous n'avons pas besoin d'un nouvel article pour dire que Harry a perdu la boule ! coupa Hermione avec colère. Nous avons déjà ce qu'il nous faut, merci ! Je veux qu'il ait la possibilité de dire la vérité !
— Il n'y a pas de marché pour une histoire comme ça, dit Rita d'un ton froid.
— Vous voulez plutôt dire que La Gazette ne la publierait pas parce que Fudge s'y opposerait, rectifia Hermione, agacée.
Rita la fixa longuement d'un regard dur. Puis elle se pencha en avant par-dessus la table et dit, d'un ton de femme d'affaires :
— D'accord, Fudge fait pression sur La Gazette, mais ça revient au même. Ils ne publieront jamais un article qui montre Harry sous un jour favorable. Personne n'a envie de lire ça. C'est contraire à l'état d'esprit de l'opinion. La dernière évasion d'Azkaban a suffisamment inquiété les gens. Ils ne veulent tout simplement pas croire que Tu-Sais-Qui est de retour.
— Alors, La Gazette du sorcier a pour ambition de ne dire aux gens que ce qu'ils ont envie d'entendre, c'est ça ? répliqua Hermione d'une voix cinglante.
Rita se redressa, les sourcils levés, et vida son verre de Whisky pur Feu.
— La Gazette a pour ambition de se vendre, espèce de petite sotte, dit-elle froidement.
— Mon père trouve que c'est un horrible journal, dit Luna en se mêlant soudain à la conversation.
Suçant son oignon mariné, elle fixa Rita de ses immenses yeux protubérants au regard un peu fou.
— Lui, il publie des articles importants parce qu'il pense que le public a besoin de savoir. Il s'en fiche de gagner de l'argent.
Rita se tourna vers Luna d'un air hautain.
— J'imagine que ton père dirige une quelconque feuille de chou locale ? dit-elle. Le genre Vingt-cinq façons de passer inaperçu chez les Moldus avec la date des prochaines braderies de chaudrons ?
— Non, répondit Luna en trempant son oignon dans son soda de Branchiflore. Il est directeur du Chicaneur.
Rita poussa un grognement de dédain si bruyant que les clients de la table voisine se retournèrent d'un air inquiet.
— Des articles importants parce qu'il pense que le public a besoin de savoir, hein ? répéta-t-elle avec le plus profond mépris. Je pourrais me servir de ce torchon comme fumier pour mon jardin.
— Eh bien, voilà une chance de relever un peu le niveau, répliqua Hermione d'un ton aimable. Luna dit que son père est d'accord pour prendre l'interview de Harry. C'est lui qui la publiera.
Rita les regarda toutes les deux pendant un moment puis elle laissa échapper un hurlement de rire.
— Le Chicaneur ! s'exclama-t-elle en gloussant comme une poule. Et tu penses que les gens vont le prendre au sérieux si on publie ça dans Le Chicaneur ?
— Certaines personnes ne le croiront pas, admit Hermione d'une voix égale. Mais la version que La Gazette du sorcier a présentée de l'évasion d'Azkaban comporte des lacunes béantes. Je crois que beaucoup de gens vont se demander s'il n'existe pas une meilleure explication de ce qui s'est passé et s'ils voient un autre article disponible, même publié dans un… — elle jeta à Luna un regard en coin — dans un magazine inhabituel, je pense qu'ils auront très envie de le lire.
Rita resta silencieuse un long moment mais elle observait Hermione d'un œil rusé, la tête légèrement penchée de côté.
— Bon, admettons que je le fasse, dit-elle soudain. Je serais payée combien pour ça ?
— Je ne crois pas que mon père paye vraiment les gens pour écrire dans son magazine, répondit Luna d'une voix rêveuse. Ils le font parce que c'est un honneur et puis aussi pour voir leur nom imprimé.
Rita Skeeter se tourna vers Hermione. On aurait dit qu'elle avait encore dans la bouche un goût prononcé d'Empestine.
— Je suis censée faire ça gratuitement ?
— Eh bien oui, assura Hermione d'un ton très calme en buvant une gorgée du contenu de son verre. Sinon, comme vous le savez déjà, j'informerai les autorités que vous êtes un Animagus non déclaré. A ce moment-là, peut-être que la Gazette vous paiera un bon prix pour un reportage en direct sur la vie des prisonniers d'Azkaban.
Rita semblait éprouver une envie irrépressible de prendre le petit parasol en papier qui dépassait du verre d'Hermione et de le lui enfoncer dans le nez.
— J'imagine que je n'ai pas le choix ? dit Rita d'une voix légèrement tremblante.
Elle ouvrit à nouveau son sac en crocodile, en sortit un morceau de parchemin et prit sa Plume à Papote.
— Papa sera très content, déclara Luna d'un ton enjoué.
Un muscle tressaillit sur la mâchoire de Rita.
— D'accord, Harry ? demanda Hermione en se tournant vers lui. Prêt à dire la vérité au public ?
— Oui,je pense, répondit Harry.
Il regarda Rita dont la Plume à Papote frémissait déjà au-dessus du morceau de parchemin.
— Alors, allez-y, Rita, dit Hermione d'un ton serein en repêchant une cerise confite au fond de son verre.

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Je trouve tout ceci  prophétique, et à plusieurs niveaux. Ne reste plus qu'à espérer le Happy end dans le monde des Moldus. Qui au fond n'est ni pire ni meilleur que celui des sorciers, dans lequel la Novlangue a perdu.

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