Désir radical

Magnifique, poétique, politique oxymore. Les partis radicaux ont été des impostures, comme les autres. Voici venir le temps des désirs radicaux.

Désirer une femme, un homme, un ailleurs, un monde sain. Le désir, souvent, on finit sottement par le confondre avec la frustration. C’est oublier que parfois, celle que l’on aime va nous aimer, le pays idéal s’avère exister, le monde et l’humain sortent du brouillard.

Radical : ça veut dire qu’on a trouvé la racine des problèmes, des maux, et que l’on peut donc agir.

C’est comme si cette femme qui me plaît tant, pour qu’elle me tombe dans les bras, je n’avais qu’à le souhaiter !

De la radicale impossibilité de ce désir radical, naît une étrange poésie.

Le désir radical de transformer la société. Faut surtout pas l’avoir : tout de suite, une armée de censeurs, puis une armée de cons, puis une armée de fumiers, vous tombent sur le paletot : ça se fait pas. Accordez-moi la folie, disait Nietzsche, que je puisse croire en moi. Et que je puisse croire un jour que le chaos des hommes n’est pas une fatalité. Que nous sommes juste en crise d’adolescence. Pensez donc ! Des millions d’années depuis que l’animal a commencé à se faire homme. Quelques dizaines de milliers d’années qu’il est en mesure de prendre conscience de ce qu’il est, de comprendre ce qu’est le monde, et d’inventer des modes d’existence collectifs.

Et de tuer la mère, la terre.

utopie

Nous sommes des adolescents livrés à eux-mêmes.

https://blogs.mediapart.fr/lancetre/blog/230219/youna-marette-lyceenne-belge-nous-avons-le-desir-radical-de-transformer-la-societe

Aujourd’hui, ce sont justement des ados qui s’affirment en plein cœur de la crise d’adolescence planétaire. Quand je pense qu’il y a des crétins pour leur reprocher d’être photogéniques ! Bien sûr qu’ils le sont. Qu’elles le sont plutôt, puisque pour l’instant, ce sont plutôt des filles. Je n’ai pas vu la jeune Suédoise, juste la belge Youna Marette, grâce à LANCÊTRE. Pourquoi est-elle photogénique ? Mais parce qu’elle est intelligente et déterminée. Parce qu’elle espère. Ça donne une triple lueur. Plusieurs fossettes. Et des paroles vraies et pertinentes. Mais le problème avec l’intelligence, c’est qu’il faut en avoir pour pouvoir la déceler. C’est d’ailleurs le péché originel du suffrage universel.

L’hostilité vient peut-être d’un sentiment de culpabilité ? J’ai constaté qu’en reprochant, à juste titre, on encourt parfois les foudres kongues. Si vous demandez poliment à quelqu’un qui laisse tourner son moteur devant votre porte, de le couper, eh bien, ça se passe pas toujours bien.

Doit-on avoir honte, nous les adultes ? Portons-nous la culpabilité de ce qui est déjà irrémédiablement fait ? C’est nous qui avons arasé des montagnes pour en extraire du charbon ? Ben, un peu, oui. Nous, on achète, on se chauffe, on consomme, on brûle, on pollue. Et eux ils extraient, ils dynamitent, ils forent, ils massacrent. Pour nous, et pour eux. Impossible de dire qu’on y est pour rien. « Qu’ils ne comptent pas sur nous pour payer leur crise », disait un méchant kong. En fait, c’est bien notre crise. Notre gaz-oil. Notre pouvoir d’achat (autre chié oxymore : acheter est acte d’eunuque. Faire pousser des tomates, ça, c’est puissant. Acheter des légumes calibrés, brillant sous les néons, et sans goût, ça, c’est de l’impuissance).

Alors, est-ce que les Anciens doivent se prosterner devant la jeunesse, battre leur coulpe, s’accuser ?
Bien sûr que non. Si ces ados existent, c’est bien grâce à leurs vieux, non ? La subversion n’est pas qu’affaire de récrimination fiscale. D’âge en âge, les petits prennent les patins des grands. L'opinion murit quand-même. L'écologie devient d'année en année une science exacte (je ne parle pas de l'écologie politique, mais de l'écologie tout court). Il faut juste foutre à bas les anciens modes. La délégation, la représentation, la démission.

Allez. Je l'ai déjà mis sur un autre article, mais tant-pis :

Francis Cabrel - Tout le monde y pense © Tandem Musique

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