Déraison d’état

Un truc qui m’a toujours fait pleurer les fesses, c’est la notion de raison d’état. Avec son corollaire, la naïveté, l’imbécilité, dans lesquelles l’opinion doit être maintenue.

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Sous couvert de géopolitique, de politique tout court, le pire arbitraire règne. C’est hérité des temps héroïques ou le pouvoir est assis sur le dogme, sur la religion. Chamane et chef ont toujours été cul et chemise, un roi a toujours été le lieutenant d'un dieu. La recette, roborative, est à base de fibres : la peur, la cupidité, la superstition, etc. Les nations se nourrissent de chair. L’individu ne compte pas.Les bûchers et les échafauds, les inquisitions et les impérialismes, ont servi cette raison d’état, peut-être depuis les débuts d’homo sapiens. En fait, la source de la tragédie, c’est ça. La raison d’état, c’est le supplice d’Antigone.De nos jours, les dogmes se sont laïcisés : hitlérisme, stalinisme, libéralisme. Croissance. Même aujourd’hui, alors que les preuves d’atteintes graves à l’environnement sont de plus en plus nombreuses et évidentes, l’opinion continue à vouloir la croissance, le plein-emploi, et une consommation à outrance. La croyance moderne, c’est la croyance en ce qui s’appelait encore il y a peu le progrès. Odieuse absurdité, le système économique dominant la planète est un système de liberté ! Ça y est, la Novlangue est là. Le citoyen est aliéné.

Il faut se souvenir à quel point les dogmes du passé ont été absurdes, infâmes et sanglants, pour observer objectivement les dogmes actuels. À Lisbonne, dans Candide, malgré le bel autodafé offert pour apaiser Dieu, le soir même, la terre trembla de nouveau épouvantablement. (Tio passage ici) : https://blogs.mediapart.fr/jean-max-sabatier/blog/031018/bouquet-misere

Pauvre bouc ! Savez-vous que la tragédie, c’est le « chant du bouc » ? Pendant les fêtes de Dyonisos, le bouc est traité convivialement pendant toute la journée. Déboutonnage, peinture générale, musique, liberté, abus, carnaval, célébration du copain bouc. Y a pas, c’est sa fête. Sauf qu’à la fin il est sacrifié. Les Grecs ont-ils adopté un rite hébreux, ou bien est-ce le contraire ? Le bouc émissaire, chargé des péchés des hommes, est dépêché itou. Tout ça, c’est déjà de la raison d’état. C’est pour le bien de la tribu, puis de la cité. C’est sanglant, c’est absurde, c’est un rite. Un dogme.

Pourquoi ça marche, alors que c’est clairement absurde ? Parce que ça ne l’est pas pour tout le monde. Si je peux me démener afin d’avoir une plus grosse bagnole que le voisin, ça vaut le coup d’être asservi. Et ça vaut le coup pour le système qui fabrique les voitures.

Aujourd’hui, l’État français va privatiser quelques fleurons supplémentaires : Aéroport de paris, Française des Jeux, Engie. Pour la FDJ, le concept lui-même est néronesque. Un impôt sur la pauvreté, réfuté par personne. Si c’est une entreprise d’état, cet argent est plus ou moins censé rester dans la poche du peuple. Si ça devient privé, c’est infâme.
Raison d’état oligarque : on ne discute pas. Les louches poignées de louches sont rites admis.

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Aujourd’hui, l’État français joue au con en la personne de son chef avec le jeu de l’insulte, suivie de révolte, suivie de LBD, tout ça en espérant le syndrome de 68/69 (le gaullisme repasse après mai 68). Et le chef appelle à la sagesse !

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Quand on y réfléchit, la seule chose qui a permis le brelan mortel Chirac Sarkosy Hollande Macron, c’est la notion de parti, de clan. La raison d’état est celle du clan qui s’en est emparé. Supprimez le clan et son lieutenant, et la nation sera gérée avec la même sérénité que n’importe quelle autre structure sociale.

Le dogme le plus ubuesque est le double dogme du clan et du chef.

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