François de Rugy ou l'écologie décolorée

La nomination de François de Rugy au ministère de la Transition écologique et solidaire a été saluée par les chasseurs. Ceci ne peut qu'alimenter les craintes sur son action future.

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Une trajectoire sinueuse

François de Rugy n'est pas vraiment représentatif de la "société civile" censée illustrer le renouvellement macronien des législatives 2017 (un article du Figaro fournit une assez bonne synthèse de sa trajectoire).

Après avoir fait Sciences Po Paris, il intègre d'emblée la vie politique dans la mouvance écologiste, comme cadre de parti, puis élu local, puis député à partir de 2007 grâce aux alliances avec le PS.

Il commence à concrétiser sa prise de distance avec l'écologie en quittant EELV fin août 2015, alors qu'il est vice-président du groupe écologiste à l'AN, quasi en même temps que Jean-Vincent Placé, alors président du groupe écologiste au Sénat.

En janvier 2016, il fait partie des députés du groupe écologiste partisans de l'alliance avec les socialistes qui annoncent une composante "réformiste" dotée de sa propre organisation. Pour illustrer cette scission, ces députés s'opposent d'emblée à une proposition de loi lancée par les députés écologistes indépendants contre le gavage des palmipèdes, et affirment leur soutien aux producteurs de foie gras...

En mai 2016, à l'occasion des nouvelles tensions autour de son remplacement au poste de co-président du groupe écologiste, il fait partie des députés qui quittent ce groupe pour rejoindre le groupe socialiste, provoquant sa dissolution.

En janvier 2017, il est l'un des candidats à la primaire socialiste, qui va être gagnée par Benoît Hamon. Alors qu'en tant qu'ex-candidat à cette primaire il s'est engagé à soutenir le vainqueur, il se rallie dès le mois suivant à Emmanuel Macron, favori des médias et des sondages. Tout comme va le faire un certain Manuel Valls, lui aussi davantage mû par le goût du pouvoir que par les convictions politiques.

François de Rugy et les chasseurs

La Fédération nationale des chasseurs (FNC) a d'emblée salué la nomination d'un "pragmatique" au ministère de la Transition écologique, communiqué remarqué par FranceTvInfo, Libération ou le HuffPost.

Pourtant, en septembre 1999, François de Rugy pointait la chasse comme étant "une zone de non-droit" (ce qui n'a fait que se confimer depuis) à propos de la discussion sur le rapport Patriat.
(NB : oui, il s'agissait déjà de François Patriat, celui-là même qui accompagnait les représentants de la FNC lors de la réunion à l'Élysée la veille du départ de Nicolas Hulot; il avait été nommé Monsieur Chasse par Lionel Jospin, et à l'époque la ministre de l'Environnement Dominique Voynet avait dû elle aussi avaler maintes couleuvres.)

Rugy99 © Jean-Paul Richier
 

Au demeurant, François de Rugy, dans une vie antérieure, a pris  un certain nombre de positions en faveur de l'écologie et des animaux. Il bénéficie d'ailleurs un classement très favorable sur le site Politique et Animaux. Mais remarquons que sur ce site, les dernières références remontent à décembre 2016, et ont trait à son programme comme candidat à la primaire socialiste.

Bref,

Reconnaissons qu'en France le mouvement écologiste n'a pas su se constituer solidement comme tel, a eu tendance à se focaliser sur des sujets sociétaux faute de vision politique globale, et s'est en fin de compte éparpillé façon puzzle. Sa représentation actuelle la plus cohérente est à mon sens constitué par La France Insoumise, qu'on soit d'accord ou pas avec l'axe politique de son programme.

Rugy se présente quant à lui comme un écologiste "réformiste" c'est-à-dire enclin aux compromis, et pro-libéral en matière politico-économique.

En tout cas, le moins qu'on puisse dire, c'est que sa nomination ne suscite guère d'enthousiasme...

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