Gilets Jaunes et violences policières

Le gouvernement va-t-il continuer à fermer les yeux sur les violences policières ?

CastanerTV © Jean-Paul Richier

Le 14 janvier, interrogé à Carcassonne, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a martelé qu'il n'avait jamais vu un policier ou un gendarme attaquer un manifestant.
Il en a remis une couche ce 18 janvier lors d'un déplacement en Meurthe-et-Moselle.

Jusqu'à présent, pour chaque bavure, la hiérarchie des forces de l'ordre se réfugiait inlassablement derrière, « Ah, mais il faudrait voir le contexte », paravent mis en avant tout aussi inlassablement par les syndicats policiers, qui par ailleurs brandissaient à tour de bras l'épuisement des forces de l'ordre.
Là, c'est carrément « Circulez, y a rien à voir ! »

Vanessa (desarmons.net) Vanessa (desarmons.net)
La cagnotte pour le boxeur

Les vidéos du boxeur Christophe Dettinger s'attaquant à des gendarmes mobiles sur la passerelle Senghor le 5 janvier ont fait couler beaucoup d'encre et de salive.

Et la cagnotte de soutien qui avait été ouverte sur la plateforme de financement participatif Leetchi en a fait couler tout autant.
Leetchi l'a rapidement clôturée face aux polémiques, mais elle avait reçu près de 120 000 € en 1 jour !

Alliance Police, l'un des deux principaux syndicats de policiers, avait réclamé son interdiction.
La secrétaire d'État Marlène Schiappa avait été jusqu'à déclarer le 8 janvier sur France Info qu' « il serait souhaitable de savoir qui a donné à cette cagnotte, parce que je crois que c'est une forme de complicité », réitérant un peu plus tard ses propos sur BFM.
Elle a perdu une occasion de se taire. Il faut dire que c'est une grande spécialité des membres du gouvernement de M Macron, à commencer par Benjamin Griveaux et Christophe Castaner, qui s'emploient à jeter méticuleusement de l'huile sur le feu depuis le début.
Mais elle a surtout perdu une occasion de réfléchir. Car au-delà des considérations pénales sur les actes de M Dettinger, la question qui devrait interpeller est : mais pourquoi diable des milliers et des milliers de Français ont-ils d'emblée apporté ce soutien au boxeur ?

Patrice (desarmons.net) Patrice (desarmons.net)

Les violences policières

La réponse tient dans les violences policières. Violences que les manifestants ont pu subir ou observer, violences dont des vidéos ont pu circuler sur le web et les réseaux sociaux, violences qui ont pu provoquer des lésions dont les images ont également circulé.

Il y a les gaz lacrymogènes à bout portant, les poussées brutales, les coups de matraque ou de tonfa, les coups de poings, les coups de pieds, pouvant aller jusqu'au passage à tabac, sans compter les destructions de téléphones portables ou les insultes et les menaces.

Et il y a surtout les LBD 40 (Lanceurs de balles de défense, couramment appelés "flash-ball"), et les grenades explosives GLI-F4.

Les lésions provoquées par les LBD 40 sont les plus fréquentes, et peuvent être gravissimes lorsqu'elles atteignent la tête. Les conditions d'usage et les conditions de tir (distance minimale, pas de tir sur la tête) n'ont pas été respectées dans un certain nombre de cas.
Une équipe de chercheurs américains concluait au terme d'une revue de la littérature médicale en 2017 : « les LBD […] sont communément utilisés dans le contrôle des mouvements de foules. Nous avons trouvé que ces projectiles étaient responsables d'une morbidité et d'une mortalité importante ces 27 dernières années, le plus souvent par plaies pénétrantes et traumatismes de la tête, du cou et du torse. Étant donné l'imprécision qui leur est propre, la possibilité de mésusage, et les conséquences en terme de santé, de blessure grave, d'invalidité et de mort, les LBD n'apparaissent pas être les armes appropriées dans le contrôle des mouvements de foules. Il y a nécessité urgente d'établir des recommandations internationales sur l'usage des armes de contrôle des mouvements de foules afin d'éviter des blessures et des morts inutiles. »
C'est ainsi, comme l'indique le CheckNews de Libération, que la plupart des pays d'Europe l'ont éliminé, sauf la France, et quelques pays héritiers de régimes autoritaires (Pologne, Grèce, Espagne). 

Les grenades explosives type GLI-F4, outre leur effet lacrymogène, ont un effet sonore et effet de souffle particulièrement puissants. Elles peuvent occasionner des lésions si elle explosent à proximité de quelqu'un, lésions gravissimes si quelqu'un la ramasse en croyant que c'est une simple grenade lacrymogène.

Lycéen (desarmons.net) Lycéen (desarmons.net)
Tous les membres des forces de l'ordre ne sont pas en cause. Beaucoup accomplissent leur mission sans bavure. Mais certains outrepassent les règles.

Ceux-ci peuvent être soit des policiers ou des gendarmes en tenue, soit des policiers en civil. Parmi ceux-ci, il y a des membres de la BAC, la Brigade Anticriminalité. Ce sont des policiers le plus souvent en civil, genre jean et blouson, avec un casque (donc façon Benalla), identifiés par un brassard rouge, qui disposent des différentes armes y compris LBD et grenade. Ils peuvent être aussi tout simplement en civil pour infiltrer les manifestants. Leur mission première n'est pas le maintien de l'ordre, celui-ci relevant en premier lieu des CRS et des gendarmes mobiles, la BAC étant quant à elle mise à contribution pour identifier et interpeller les casseurs. Mais Beauvau les a privilégiés depuis décembre pour répondre à la mobilité des manifestants.
Parmi les unités pouvant opérer en civil auxquelles Beauvau a fait appel, il y a également les CSI (Compagnies de sécurisation et d'intervention), dont les membres sont parfois identifiable par la bande bleue de leur casque, et les BRI (Brigades de recherche et d’intervention). S'ils n'ont pas de sigles distinctifs, il n'est pas évident de les différencier les un des autres.
Ces policiers mobiles en civil se permettent en tout cas beaucoup de choses, certains allant jusqu'aux provocations lorsqu'ils ont affaire à des manifestants isolés.

Il y a eu environ 2 000 manifestants (et journalistes ou parfois passants) blessés depuis le début du mouvement. 

David (desarmons.net) David (desarmons.net)
Deux sources tentent de recenser les blessures graves :

- Le site desarmons.net, collectif qui se définit de façon radicale "contre l’institution policière et ses représentations", d'inspiration anarchiste (au sens utopiste).
Il recense une personne tuée (un femme de 80 ans qui a reçu une grenade lacrymogène au visage) et 97 blessés graves, dont 17 personnes éborgnées par des balles de LBD 40, 4 personnes ayant eu la main arrachée avec des grenades GLI F4, et 1 personne ayant perdu l’audition suite à l'explosion d'une grenade.

- Le journaliste indépendant David Dufresne, auteur de l’enquête Maintien de l’ordre (Fayard, 2013), sur son compte twitter.
Les chiffres sont comparables : il compte au moins 100 blessés graves, dont une quinzaine de personnes éborgnées et plusieurs mains arrachées.

Notons que si David Dufresne a pu prendre la parole sur des médias alternatifs (Le Média dès le 7 janvier, Brut le 18 janvier), il s'est également exprimé sur Arte le 12 janvier, et a eu la place qu'il méritait le 16 janvier, cumulant un article dans Le Monde et des entretiens sur France Culture, BFMTV et France 5.

Et côté médias conventionnels : 

- Le site "CheckNews" de Libération retient pour sa part le 14 janvier 94 blessés graves (dont 10 femmes) depuis le début du mouvement mi-novembre, 69 d'entre eux déclarant avoir été touchés par des tirs de lanceur de balles de défense, dans la grande majorité des cas à la tête, occasionnant dans quatorze cas la perte d’un œil.
Il précise avoir retenu comme blessures graves les membres arrachés, les organes ayant perdu leur fonction principale (notamment les yeux), les fractures, les pieds et jambes incrustés de bouts de grenades, les brûlures graves, et les plaies ouvertes au niveau de la tête.

- Le site de France Info se basant sur des critères encore plus exigeants, recensait le 17 janvier 40 blessés graves, dont 9 mineurs sérieusement blessés et 12 personnes éborgnées. La chaîne d'info lance d'ailleurs dans cet article un appel aux témoignages.

Inconnu (desarmons.net) Inconnu (desarmons.net)
Ces débordements auront-ils des suites ?

Avec l'onction de M Castaner, on ne voit pas pourquoi les membres les plus brutaux des forces de l'ordre chercheraient à se contrôler.

Cependant, depuis le début du mouvement, des signalements ont donné lieu à des enquêtes.

Selon France Inter le 11 janvier, l'IGPN (Inspection générale de la police nationale) a reçu 200 signalements sur sa plate-forme et est saisie par l'autorité judiciaire de 78 dossiers.
Selon France 2 le 15 janvier  , l'IGPN a reçu 300 signalements sur sa plate-forme, dont 78 font l'objet d'une enquête judiciaire.
Selon Le Monde le 16 janvier  , l’IGPN a été saisie de 207 signalements, dont 71 enquêtes judiciaires, pour des faits de violences policières.
Enfin, d'après M Castaner sur Europe 1 le 18 janvier, il y eu 81 saisies judiciaires de l'IGPN, les enquêtes portant sur des atteintes diverses allant de l'insulte à la blessure grave.

Antonin (desarmons.net) Antonin (desarmons.net)
Qui avait jusqu'alors attiré l'attention sur les violences policières ?

Le Défenseur des droits

Il avait déjà attiré l'attention sur le respect des règles de déontologie et le risque de certaines armes dans son rapport de décembre 2017.
Il y préconisait entre autres le retrait des LBD, et vient à nouveau le 17 janvier de demander leur suspension, laquelle a été écartée le jour-même par le secrétaire d'État auprès du ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez au Sénat, puis par Christophe Castaner au micro d'Europe 1 ce 18 janvier, conformément à la volonté des syndicats policiers, notamment Unité SGP-FO, l'un des deux principaux syndicats.

Les ONG

La Ligue des Droits de l'Homme le 7 décembre, Human Rights Watch le 14 décembre, et Amnesty International le 17 décembre, avaient alerté sur les excès du maintien de l'ordre lors des manifestations de GJ.

Les médias "alternatifs"

Le Media, site d'information tendance "insoumise" fondé début 2018, a régulièrement couvert les violences policières dans son "Autre 20 heures". Et il nous a livré le 7 janvier, avant les autres médias, un entretien avec David Dufresne (cf + haut).

Arrêt sur Image, le site critique fondé par Daniel Schneiderman suite à son éviction de la télévision publique en 2007, a également été attentif aux violences, avec un article dès le 10 décembre 2018.
Il titrait le 14 janvier "Aux JT, les violences policières n'existent pas", avant d'enchaîner ironiquement le 15 janvier "Et le JT de France 2 montra un blessé", puis le 17 janvier " 'Une arme controversée' : enfin vint TF1"

Acrimed (Action-CRItique-MEDias), association marquée à gauche, a publié le 28 décembre un article sur le "voile médiatique sur les violences policières".

Côté Mediapart, le journaliste de terrain Karl Laske a constamment été attentif aux débordements policiers dès fin novembre.
Puis il y a eu récemment des articles le 15 janvier et le 17 janvier, ainsi qu'un "live" consacré aux blessés le 16 janvier.

D'autres médias alternatifs ont relevé les violences policières, comme Basta !, média  marqué à gauche, le 10 décembre.

Mais les deux médias ayant relayé le plus minutieusement les violences policières sont bien entendu les branches françaises de la chaîne d'information RT et de l'agence de presse multimédia Sputnik, les deux frères jumeaux financés par Moscou. Ils sont en effet depuis le début férocement anti-Macron (lequel le leur rend bien), et plus généralement ont pour objet d'une part de promouvoir les choix de la Russie poutinienne, d'autre part d'attiser tout ce qui peut déstabiliser les pays occidentaux, ainsi que l'UE notamment en exacerbant les nationalismes.
Autant dire que le mouvement des Gilets Jaunes a été une aubaine pour eux ! D'ailleurs la chaîne RT est devenue du coup l'un des médias préférés des GJ (avec Brut, média vidéo diffusé sur les réseaux sociaux).
Ceci étant, dès lors qu'on connaît leur ligne éditoriale, ce sont au fond des médias comme les autres, qui sélectionnent, ordonnent et commentent le flux des informations en fonction de ce qui les arrange (chacun sait que le concept d'objectivité n'a guère de sens en matière journalistique).

Ainsi, suite aux propos de M Castaner ci-dessus, Sputnik a réagi le 16 janvier, et son frère jumeau RT le 17 janvier.

Jérôme (desarmons.net) Jérôme (desarmons.net)
Et les médias "conventionnels" ?

Les médias conventionnels ont jusqu'à il y a peu mis l'accent sur les violences des manifestants ou des "casseurs" plutôt que sur les violences policières, même s'il leur est arrivé ça et là de rapporter un cas de violence policière ou de blessure de manifestant façon "fait divers".

En fait, le premier média "mainstream" à s'être intéressé pour de bon aux violences policières a été France 2, dans l'émission Envoyé Spécial du 13 décembre 2018, présenté par Elise Lucet, l'une des rares vraies journalistes à la télé quoiqu'on puisse penser de son style.
Dans la partie "Violence, la surenchère", les bavures policières y étaient enfin soulignées et illustrées.

Cependant, on a assisté -enfin- ces jours-ci à des sujets sur les violences subies par les manifestants, ainsi qu'une remise en question des armes comme le LBD.

Certains ont eu un peu d'avance, comme France Inter le 11 janvier en questionnant des photos et des vidéos de violences, Arte le 12 janvier en donnant la parole à David Dufresne, ou Libération le 14 janvier. en consacrant un CheckNews au décompte des blessés graves.

Libération a enchaîné avec un "CheckNews" le 15 janvier sur "Quelles sont les règles encadrant le recours au LBD ?", puis le 16 janvier sur "La France est-elle un des seuls pays européens à utiliser le LBD ?", et le 17 janvier un article d'Ismaël Halissat : "Violences policières : les armes du déni".

Le Monde s'y est mis à son tour, avec le 16 janvier "Le lourd bilan des lanceurs de balle de défense de la police" et "Violences policières : « On est dans le mensonge d’Etat »", puis le 17 janvier "Le Défenseur des droits demande la suspension des lanceurs de balles de défense".

Xavier (desarmons.net) Xavier (desarmons.net)
Le JDD a consacré un article sur le thème le 14 janvier, puis le 16 janvier

De même La Croix ou Ouest-France le 16 janvier, ou les DNA le 17 janvier, ou Le Parisien le 18 janvier.

Le 17 janvier, c'est l'AFP qui consacrait une dépêche aux Gilets6 Jaunes gravement blessés.

L'hebdomadaire Marianne, qui suit attentivement ce mouvement depuis le début et a probablement été l'un des premiers a en saisir le fond, a publié ce 18 janvier un article sur les violences policières.

France Culture a consacré son émision "L'invité(e) des matins" du 16 janvier à cette montée des violences policières, David Dufresne étant l'un des deux invités (émission visionnable sur Youtube) 

France Info a consacré sur son site un article aux blessés le 17 janvier.

BFMTV et RMC ont consacré des séquences à ces questions, ainsi le 16 janvier, le 17 janvier, le 18 janvier, donnant même aussi le 16 la parole à David Dufresne.

France 5 a donné la parole à David Dufresne dans l'émission C à Vous du 16 janvier.

Enfin, les grandes chaînes de télévision ont abordé la question dans leurs JT de 20 heures, ainsi France 2 le 15 janvier ici et , et TF1 le 16 janvier ici et .

Jean-Marc (desarmons.net) Jean-Marc (desarmons.net)

Violences envers les journalistes

L'animosité des Gilets Jaunes envers les médias conventionnels

Les médias traditionnels ont fait beaucoup de publicité au mouvement des Gilets Jaunes, et ont incontestablement contribué à son développement. Certaines émissions ou certains journalistes se sont même intéressés à leurs revendications, ont essayé de comprendre l'émergence et l'extension du mouvement, voire ont donné la parole à des GJ.

Mais la course à l'audimat étant ce qu'elle est, la propension des médias à insister encore et encore sur les violences (matérielles) des manifestants ou des casseurs, les reporters télé sempiternellement à l'affût d'"affrontements" ou de "dégradations" pour attiser l'audience, les chaînes prêtes à passer en boucle un feu de poubelle durant la journée faute de mieux, bref, le traitement des rassemblements comme une simple accumulation de faits divers a fini par irriter gravement les manifestants.
Et ceci d'autant que les violences excessives des forces de l'ordre sur les personnes, elles, étaient laissées dans l'ombre. Il s'agit certainement d'une raison majeure de la colère des GJ envers les médias.

Dans Mediapart, Dan Israël tente d'analyser le 11 janvier différents aspects de l'animosité des GJ envers les médias.

Cette colère a fini par donner lieu à des attaques physiques envers les journalistes, avec une escalade samedi dernier 12 janvier.

Cédric (desarmons.net) Cédric (desarmons.net)
Violence des manifestants versus violence des forces de l'ordre

Les médias ont dénoncé ces attaques, bien entendu inacceptables. Mais on peut s'étonner qu'ils n'aient pas dénoncé avec la même unanimité les attaques dont font l'objet les journalistes, notamment les photo-reporters et les vidéastes, de la part des forces de l'ordre.

Ainsi, les consignes "offensives" qui avaient été données aux forces de l'ordre, à partir de décembre, ont été dès le samedi 8 décembre à l'origine de blessures chez les journalistes, au point que les organisations syndicales des journalistes avaient demandé dans un communiqué le 10 décembre à être reçus en urgence par le Président de la République. Et le 14 décembre, 24 photographes et journalistes annonçaient porter plainte pour les violences subies de la part des forces de l'ordre en manifestation. Cependant, tout ceci n'avait été repris que ponctuellement par quelques médias. Dans un communiqué du 11 janvier publié dans Le Monde, le SNJ (syndicat national des journalistes) a évalué le nombre de journalistes blessés par les forces de l'ordre à une trentaine.

Le site Arrêt sur Image a consacré le 17 janvier un article où il compare minutieusement la couverture médiatique des attaques de journalistes de la part des forces de l'ordre et des attaques de la part des manifestants, et conclut « la différence de couverture, tant en nombre qu'en longueur d'articles, est... frappante. »
Les médias ont appliqué "deux poids, deux mesures" non seulement quant aux violences envers les manifestants, mais également... quant aux violences envers les reporters !

Cependant, dans son communiqué du 11 janvier publié dans Le Monde (cf + haut), le SNJ consacrait une section à « Ne pas occulter les violences policières ».
Et le 15 janvier, les SDJ (sociétés de journalistes) de 30 médias diffusaient un communiqué commençant par « Depuis quelques semaines, un peu partout en France, lors des manifestations des "gilets jaunes", des journalistes sont empêchés d'exercer, insultés, malmenés physiquement, voire blessés, par des manifestants et/ou des policiers. »
Le 17 janvier, de même, la SDJ de Mediapart dénonce à la fois les violences de la part des manifestants et les violences de la part des forces de l'ordre sur les reporters : « Les actes de violence à l’encontre de reporters commis par certain·e·s manifestant·e·s lors des rassemblements de Gilets Jaunes sont inacceptables. Notre inquiétude et notre colère sont encore plus grandes face aux attaques de policiers et de gendarmes à l’encontre de nos consoeurs et de nos confrères. »

Sébastien (desarmons.net) Sébastien (desarmons.net)
Pour conclure : pas de manichéisme

Soyons clairs : de la même manière que tous les manifestants ne sont pas des enfants de chœur, tous les policiers et les gendarmes ne sont pas des brutes.
Derrière la fonction, il y a les hommes.

Certains policiers ou gendarmes ont pu être blessés

Le site CheckNews de Libération indique le 17 janvier que, depuis le 17 novembre, le ministère décompte 1 000 blessés chez les forces de l’ordre, mais que les autorités ne communiquent pas sur le nombre de policiers et gendarmes « gravement » blessés pendant les manifestations de Gilets Jaunes (qu'on peut cependant légitimement espérer bien moindre que chez les manifestants). 
L'UNSA-Police, troisième syndicat de policiers, fait état pour sa part de 797 blessés au 18 janvier.

Beaucoup éprouvent un malaise

Ce malaise, voire cette souffrance, est relayée par les divers syndicats et associations de policiers. 

Le nombre de suicides est ainsi préoccupant au sein des forces publiques. Certes, il y a le fait de disposer des moyens de se donner la mort (comme les médecins ou les vétérinaires). Mais il y a également la pression dans le cadre des missions de maintien de l'ordre, avec le sentiment d'être pris en tenaille entre les consignes de la hiérarchie et l'empathie qu'ils peuvent éprouver pour les manifestants, et avec en prime une opinion publique pas toujours favorable.

suicide-pol
Les syndicats majoritaires orientent plutôt leur colère vers les manifestants, et les syndicats minoritaires orientent plus volontiers leur colère vers le gouvernement. Les syndicats minoritaires peuvent comprendre aussi bien des syndicats comme VIGI, qu'on pourrait qualifier d'« insoumis », que des syndicats comme France Police-Policiers en colère, proche de l'extrême-droite.
A ce propos, il faut savoir que la question de la représentativité des syndicats policiers est pervertie par un cercle vicieux que dénoncent en vain les groupes minoritaires : les syndicats majoritaires sont ceux qui représentent les policiers dans les commissions administratives paritaires, lesquelles interviennent dans toutes les décisions individuelles concernant la carrière, comme avancement, promotion, mutation... Par conséquent, lors des élections pour ces commissions, tous les 4 ans, les policiers qui votent "mal" ou qui ne votent pas prennent un risque pour leur carrière. D'où les pressions et les manipulations que pointait un article du Point en 2014, et qui reste toujours d'actualité. 

Parmi les syndicats minoritaires, je mentionnais plus haut VIGI, qui a bien sûr sa page Facebook et son compte Twitter, et dont le secrétaire général, Alexandre Langlois, ne mâche pas ses mots. On peut par exemple l'entendre s'exprimer le 17 janvier sur des sites aussi différents que Le Média ou RT .

Bref, 

Le "grand débat national", pour autant qu'il aboutisse à quelque chose, peut être l'occasion de remettre en question l'emploi du LBD 40 et des grenades GLI F4, même si le sujet ne s'inscrit pas dans les cadres énoncés par M Macron.
Pourquoi la France devrait-elle rester un des seuls pays d'Europe à autoriser sans réelle restriction les LBD ? Comment font les autres pays ?
Si les armes vulnérantes sont le seul moyen de mater les "Gaulois réfractaires", alors c'est la preuve qu'il est temps d'adapter notre système démocratique.

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