La tribune des personnalités défendant l'accès des mineurs aux corridas

Fidèles à leur tradition, les partisans de l'accès des mineurs aux corridas se plantent des banderilles dans le pied.

L'interdiction de l'accès des mineurs aux corridas et aux écoles tauromachiques est récemment revenue dans  l'espace public, avec l'annonce de la proposition de loi (PPL) de la députée Samantha Cazebonne.

Cette proposition mérite à mon sens le soutien de toutes les personnes soucieuses des mineurs, quelles que soient leurs orientations politiques.

La tribune du Figaro

Le jour où la députée annonçait cette PPL à l'occasion d'un colloque sur la protection de l'enfance, le Figaro publiait une "tribune" : « La corrida est un art et nul ne doit en être exclu » : l’appel de quarante personnalités ».
Pour ceux qui n'ont pas accès à cet inénarrable billet, le voici (cette reproduction ne me paraît pas incompatible avec l'esprit du Code de propriété intellectuelle, en tout cas je l'assume personnellement cool) :

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D'accord, cette tribune n'a aucune importance : elle met en scène une poignée (toujours la même) de pipoles fanatiques de tauromachie sanglante, lesquels font de leur côté sempiternellement appel à la même poignée de Cocteau-Picasso-Hemingway, et égrènent la même poignée de poncifs.

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Pour ceux qui ont un peu de temps à perdre, voici quelques billets concernant certains des signataires : Eric Dupond-Moretti, Marie-Sara Lambert et Françoise Nyssen.

Quelques réflexions sur ce bric-à-brac publié par le Figaro, juste histoire de se détendre un peu :

1 - Contre le puritanisme « rétrograde », et en même temps pour les « traditions » ?

 On peut mesurer la cohérence des signataires à la succession des deux énoncés suivants :
   « La France ne peut incarner ce puritanisme rétrograde et triste. »
et
   « Plaider pour cette mesure, c’est choisir l’air du temps contre le fil du temps. La corrida est affaire de tradition, de transmission entre les générations. »

Dans le premier énoncé, ils invoquent donc la condamnation de Flaubert en 1857 suite à Madame Bovary pour outrage à la morale publique et religieuse, ainsi que l'incarcération d'Oscar Wilde en 1895 pour homosexualité.

Dans le deuxième énoncé, ils brandissent le « fil du temps » et invoquent la « tradition ».

Or, pourquoi les deux procès ci-dessus ont-ils eu lieu, respectivement dans la France du Second Empire et dans la Grande-Bretagne du règne victorien ? Précisément parce que les condamnés avaient pensé pouvoir privilégier « l'air du temps » au « fil du temps », et prendre le contre-pied de la « tradition ».

C'est dire si nos chers signataires ont les idées claires...

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 2 - Au fait, la France du Second Empire et la corrida ?

Louis-Napoléon Bonaparte avait pris le pouvoir par le coup d'État de décembre 1851. Il épousa en janvier 1853 la comtesse espagnole Eugénie Montijo, et organisa en son honneur en août 1853 les premières corridas espagnoles en France, près de Bayonne.
Quelques années plus tard, en 1857, avait donc lieu le procès de Gustave Flaubert.

Les signataires de cette tribune oseraient-ils s'en prendre à l'ordre judiciaire de Napoléon III, alors que c'est celui-ci qui a importé en France l'« art » de la « culture taurine millénaire » ?...

3 - Émancipation ?

Les signataires affirment donc :
« La France ne peut incarner ce puritanisme rétrograde et triste. »
puis plus loin :
« Ils refusent [aux mineurs] un vecteur possible d’émancipation. »

Nos chers signataires préparent-ils une tribune pour exiger le droit d'emmener ses enfants à des partouses ?

4 - Société aseptisée ?

Les signataires écrivent : « Les députés qui portent le projet d’interdire la corrida aux mineurs leur retirent […] un espace de traditions, au profit d’une société encore plus aseptisée. »

Ils déclarent donc vouloir exposer et inciter les mineurs à la violence, et craignent une « société encore plus aseptisée ».
Une question reste en suspens : vont-ils demander l'asile en Syrie, au Yémen ou en Afghanistan ?

Bref

Avec de tels adversaires, les partisans de la PPL de Samantha Cazebonne peuvent dormir sur leurs deux oreilles.

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