Bruno Roger-Petit, Emmanuel Macron, et la tauromachie

Le journaliste Bruno Roger-Petit est nommé porte-parole de l’Elysée à compter du 1er septembre 2017.

Depuis hier, si on tape "Bruno Roger-Petit" sur Google Actualités, il y a de quoi lire  !

L'Élysée a annoncé le 29 août qu'il nommait le journaliste Bruno Roger-Petit en tant que porte-parole, à compter du 1er septembre 2017.

Bruno Roger-Petit, dit BRP, a une dimension polémiste qui lui vaut d'être lui-même l'objet de polémiques. D'ailleurs un certain nombre d'articles ou de commentaires sur sa nomination sont pour le moins virulents. Mais il a au moins le mérite d'avoir annoncé de plus en plus clairement, dès la campagne présidentielle, sa couleur macroniste, et de ne pas feindre comme tant de journaleux, de plumitifs et autres éditocrates donneurs de leçons, d'être un professionnel "objectif" planant au-dessus de la mêlée.

Bruno Roger-Petit Bruno Roger-Petit

 

Bruno Roger-Petit et la corrida 

Je faisais référence au futur porte-parole d'Emmanuel Macron dans un article début juin 2017 : L'éthique à deux vitesses de Maître Dupond-Moretti.

L'article se concluait ainsi, en référence à la faveur dont la tauromachie semblait bénéficier de la part du président de le République :

« A propos, Bruno Roger-Petit, qui contredisait avec conviction EDM [Éric Dupond-Moretti] durant cette séquence, est un militant macronien, qui a même dîné en face d'Emmanuel à La Rotonde le soir du premier tour.

Espérons qu'à l'occasion, il saura démontrer à M Macron qu'il n'est ni éthiquement, ni politiquement opportun de se positionner en faveur de la tauromachie sanglante. »

 

La mission de Bruno Roger-Petit ?

BRP est investi par le chef de l'État d'une mission tout à fait capitale : redorer l'image de celui-ci auprès de l'opinion.

Emmanuel Macron, fort du soutien de l'ensemble des médias mainstream durant sa campagne, pensait pouvoir flotter dans une présidence "verticale", un exercice "gaullo-mitterrandien", un pouvoir "jupitérien".

Mais, curieusement, il connaissait apparemment mal les médias. Car pour qu'un média tienne financièrement le coup, il lui faut des annonceurs et/ou des abonnés ; pour avoir des annonceurs et/ou des abonnés, il lui faut de l'audimat ou du lectorat ; et pour avoir de l'audimat ou du lectorat, l'Homo sapiens® étant ce qu'il est, il lui faut mettre l'accent sur les conflits. Ainsi, depuis la conclusion des législatives, les médias français mettent paradoxalement le projecteur sur l'opposition au programme macronien, et sur les "affaires" mettant en cause des "macronistes".

Et fidèles à leur logique circulaire, nos médias insistent déjà depuis un certain temps sur l'échec de la communication de M Macron et sur sa chute dans les sondages (là aussi l'un entretenant l'autre).

Depuis plusieurs jours, ils annoncent en grande pompe un changement de comm' de la part d'Emmanuel Macron. Avec, lors de sa tournée en Europe de l'Est du 23 au 25 août, illustration de cette rupture : d'une part, références aux affaires politiques intérieures françaises lors de ses interventions à l'étranger (en l'occurrence à Salzbourg puis à Bucarest) ; d'autre part, échanges en "off" avec trois journalistes invités sur le Falcon présidentiel entre Salzbourg et Bucarest, auxquels il a annoncé sa volonté de s'adresser plus fréquemment aux Français.

 

Au fait, et Éric Dupond-Moretti ?

Dans l'article sus-cité, je rendais compte de l'opposition entre BRP et EDM sur le thème de la corrida.

De son côté, Éric Dupond-Moretti va prononcer le 15 septembre, à l'occasion de l'ouverture de la Féria des Vendanges, le Brindis à la ville de Nîmes, initié par l'association intitulée Les Avocats du Diable, en collaboration avec la municipalité de Nïmes.

Le terme de "brindis" se réfère au noble geste par lequel un toréador dédie le charcutage à mort d'un taureau à une ou plusieurs personnes.

L'association Les Avocats du Diable est sise à Vauvert, au même endroit que les éditions Au Diable Vauvert, et est par ailleurs à l'initiative du Prix Hemingway, créé en 2004  sur une idée de Marion Mazauric et Simon Casas pour récompenser chaque année un ouvrage sur le thème de la tauromachie.

Depuis sa récente création, ce "brindis" a été assuré en 2014 par Francis Wolff aka Big Bad Wolff (le philosophe qui se veut la caution intellectuelle française de la corrida), en 2015 par Vincent Bourg aka Zocato (le chroniqueur taurin du quotidien régional tauromaniaque Sud-Ouest), et en 2016 par Bernard Domb aka Simon Casas (le businessman qui programme notamment les corridas dans six arènes de première catégorie espagnoles et françaises).

 

Conclusion

Pour l'instant, laissons s'installer Bruno Roger-Petit, qui a fort à faire, et laissons-le donc convaincre Emmanuel Macron qu'il n'est ni éthiquement, ni politiquement opportun de se positionner en faveur de la tauromachie sanglante.

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